Le Novelliste N°2: Magnifique Osmose Entre L’ancien et le Nouveau!

Posté le Lundi 17 septembre 2018

 

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Reçu le numéro 2 de la la revue « Le Novelliste » et le moins que l’on puisse dire c’est qu’une fois de plus l’ami Léo Dhayer et Lionel Evrard a mis les petits plats dans les grands avec un sommaire plus que réjouissant: Kriss Vila, Christine Luce, André-François Ruaud ( belle nouvelle fantastique emprunt de nostalgie), Pierre-Paul Durastanti (Interview sur la collection Pulp’s) Arthur Conan Doyle, Lyon Sprague de Camp ( longue nouvelle inédite) , un superbe texte de Alain Dartevelle ( Sublime hommage à Jean Ray) un Port-Folio de Fred T.Jane et sa vison de l’avenir , la deuxiéme partie de « Hartmann l’anarchiste », un excellent article de Fabrice Mundzik « Les réseaux sociaux du dix-neuvième » (faisant suite à une nouvelle de Camille Lemonnier) plus d’autres nouvelles toutes aussi passionnantes les unes que les autres. Comme à son habitude , cette magnifique revue est très éclectique en mélangeant auteurs anciens et modernes et les amateurs de publications à « 10 sous » seront ravis avec une importance toute particulière accordée aux « pulp’s » ( qu’ils soient français ou états-unien) avec entre autre le très intéressant article de Christine « La fiction à deux sous ».
Après une fort belle présentation du rédacteur en chef « Vous avez dit Pulp » et du chemin pris par « Le Novelliste » et de sa mise en valeur d’auteurs oubliés ou non , mais surtout de rééditer des textes importants pour notre patrimoine populaire de l’imaginaire, laissez vous emporter par la magie et la pertinence de cette revue dans un monde éditorial parfois aseptisé, sortez des sentiers battus avec ce bel objet dans un magnifique écrin orchestré par Hannes Bok.Je suis certain que vous allez être surpris et transporté vers cette littérature dite marginal mais qui nous prouve par le présent volume qu’il nous reste encore plein de choses à découvrir. J’ai pour ma part été enchanté d’admirer les magnifiques compositions de Heinrick Kley artiste Allemand génial, dont j’ignorais jusqu’à l’existence et qui vient de rejoindre ma liste d’illustrateurs préférés. Tout cela pour 12 Euros, il serait sacrilège et anti-Savanturier de laisser filer une si belle occasion de parfaire votre culture de l’imaginaire.

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« Femmes D’Argile et D’Osier » de Robert Darvel: L’Aventure, Toujours………

Posté le Mercredi 12 septembre 2018

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- « Ne dirait-on pas des bris de céramiques géantes ? Avança Hary Foote,
- Plutôt des caillots noirs vomis par les ruptures hémorragiques d’une civilisation cyclopéenne, non ? Lui opposa le chirurgien Erving »

Lorsque le 24 Juillet 1911,Hiram Bingham « découvre » les ruines du Machu Picchu, il était loin de percevoir l’impact de cette incroyable et improbable mise au jour du site archéologique le plus célèbre au monde. Car voyez vous l’histoire a pour malice de nous révéler que les choses qui restent en surface et loin de vouloir gratter au plus profond de ses couches successives, elle préfère nous raconter l’aspect le plus crédible des choses, tout ce que le public sera prêt à recevoir sans un haussement de sourcil ou une rire sarcastique. Chers Amis, les livres d’histoire nous mentent ! Pour preuve cette immense farce qu’est la découverte de l’Amérique et comme il est plus compliqué de revenir sur des prérequis vieux de plusieurs décennies, le choix sera de vouloir se cacher la face et continuer de nous bercer de la douce illusion de nos petits acquis intellectuels. Fort heureusement, il existe des hommes qui prenant leur courage à deux mains, n’hésitent pas à révéler à un public souvent naïf, l’incroyable vérité, au risque d’émousser sérieusement leur solide réputation. Robert Darvel est de cette trempe-là et, armé de toute une pile d’ouvrages scientifiques, d’études ardues pour le commun des mortels et de vieilles cartes qu’il vous faut déplier avec d’infinies précautions, cet homme disais-je, va se plonger au cœur même de l’aventure et suivre les trace de cet intrépide explorateur dont une poignée d’individus à peine, connaît la véritable histoire des « Femmes d’argile et d’osier ».
C’est avant tout un roman d’aventure avec un grand « A » que nous livre ici l’auteur, loin des artifices et des phrases maintes fois rabâchées, car plus que se faire le biographe d’un intrépide explorateur, il va réaliser un tour de force graphique, mais pas n’importe lequel car voyez-vous, l’écriture ça se mérite comme il en va de même avec cette génération d’hommes intrépides qui firent la gloire du cinéma et de nos bibliothèque. Ouvrir un tel roman, c’est vivre de fait une double expérience, celle de suivre les traces imaginaires de ce qui est peut-être arrivé (thèse valable à défaut de preuves contraires) mais surtout ne faire qu’un avec le style inimitable de cet explorateur du vocabulaire, savanturier hors pair de la narration qui vous emporte dans son verbe aussi enivrant que les fleurs exotiques qui abondent dans la jungle de ces contrées lointaines. Bien entendu, comme je l’ai déjà lu sur la toile à propos de son roman, on pense aux films de Herzog et au tout récent « The lost city of Z » de James Gray, tant dans le roman, la foret est perçue comme une entité vivante, prête à nous engloutir à notre tour, mais ce serait trop réducteur et ne pas regarder également du côté du réalisme fantastique sud-américain et de ces auteurs qui sonnent à nos oreilles comme autant de promesses de savoureuses et hallucinantes lectures, une erreur impardonnable : Borges, Marquez, Sepulveda,Varga Llosa………
Tout dans cette aventure fleure bon les auteurs de ces pays que l’on a tendance à oublier, mais qui pourtant imprègne notre imaginaire d’une façon pérenne tant leur style narratif est d’une puissance rare et leur approche de l’imaginaire est en parfaite osmose avec cette nature qui à l’image du shintoïsme au Japon, est partout et ce bien avant que n’apparaisse la toute première ébauche de l’homme. Pour avoir passé quelque temps au Pérou, j’ai retrouvé avec plaisir l’odeur de la terre et de la végétation, la fureur et la majesté de l’Urubamba , le contact avec les habitants locaux, si fiers de leurs racines et qui portent encore sur leur visage toute la noblesse et la beauté d’une civilisation à la gloire passée, éradiquée par un pays « civilisé » affirmant son arrogance de conquérant à coup de mousquets et de crucifix. Le roman de Robert Darvel possède cette particularité de nous transporter dans un univers incroyablement bien construit , « dicté par une logique où effectivement des éléments perçus et décrétés comme  magiques , surnaturels, voire irrationnels surgissent dans un environnement défini comme réaliste, à savoir un cadre historique, géographique, ethnique, social ou culturel avéré », mais avec sa manière à lui baignée dans un onirisme qui lui est propre, généreux en diable lorsqu’il lui faut placer ses personnages dans des situations où cette fameuse frontière entre le réel et l’imaginaire nous enveloppe de cette brume d’une formidable densité tant sa matière est chargée des mystères de la terre. C’est un roman unique où le réel s’imprègne peu à peu de toute la magie d’une civilisation ayant toujours entretenu un rapport étroit avec la nature, où les dieux reposent d’un sommeil tout relatif et dont les rêves projettent les vivants dans un univers fait de femmes aux corps parfait d’argile et d’osier. On se laisse emporter par cette frénésie surréaliste et si l’action laisse souvent la place à un exercice de style où la beauté des décors n’a d’équivalent que les situations extrêmement bizarres dans lesquelles se débattent nos intrépides explorateurs, cet univers à la fois dangereux et fascinant est une porte ouverte vers un monde insoupçonné, régit par ses propres lois, sa propre logique.
Franchir cet œil du monde pour évoluer dans « l’en deçà », c’est mettre les pieds où le lecteur doit abandonner tout ses repères, admettre l’impensable, écouter parler les pierres, tomber sous le charme de femmes aux corps subtils que seuls les initiés peuvent discerner, affronter les terribles gardiens du temple, hommes de métal et de rouille et atteint d’un mal encore plus dévastateur : une terrible malédiction qui va les obliger à renaître encore et toujours et rester prisonnier de leur misérable carcasse, ossature de métal grossier dans un monde aux fragrances subtiles. Lire une telle aventure, c’est admettre qu’un homme, unijambiste, trouve sa force dans un scaphandre trouvé en pleine jungle et terminer son formidable périple par un nouveau membre accordé par dame nature et qui tel un lierre doué d’une conscience propre va finir par l’assimiler et ne faire qu’un avec lui. Poupées dotées de conscience, muletier capable de se dissocier tel un pantin de bois…….. Une imagination sans limite, poussée dans ses plus magnifiques retranchements afin de sublimer une expédition de légende dans un cadre hostile et sans concession, mais pouvant se révéler d’une grande richesse pour celui qui parviendra à ouvrir ses propres portes de la perception.
Heureux lecteur se laissant aller à cet inoubliable périple, se fondre dans la masse et plonger au cœur de cette forêt aux multiples facettes, il lui sera alors possible de ressentir la métamorphose des protagonistes de l’histoire, pris au piège de cet univers qui vous hypnotise et vous paralyse tout en les laissant s’imprégner de cette douce chaleur, cataplasme onirique apaisant leurs muscles endoloris. Leur devenir ne sera plus le même en prenant pleinement conscience que les ruines du Machu Picchu ne sont que futilités face à la délicatesse d’un monde qu’ils seront probablement les seuls à revendiquer.
Nul doute qu’une fois de plus, l’auteur nous livre ici un roman d’aventure avec ce qu’il possède de plus noble et de plus jouissif pour le lecteur qui se respecte ,une merveilleuse pépite, un ovni littéraire, serti dans un écrin de la plus belle élégance que les amateurs éclairés n’hésiteront pas à enfermer dans leur coffre à bijou/bibliothèque.
Une magnifique légende vient ici de naître, celle des femmes d’argile et d’osier dont je viens de tomber amoureux et qui pendant fort longtemps, viendront entretenir cette passion pour l’imaginaire français qui de marquer un grand coup.
Qu’il est bon de temps à autre de sortir, à l’image de Hiram Bingham , des sentiers battus et de se laisser aller à découvrir des territoires vierges, mais riches d’une prose et d’un imaginaire rarement rencontré.

Robert Darvel me fait penser à un volcan, calme en apparence mais bouillonne intérieurement et lorsque jaillit l’éruption c’est pour nous submerger d’un feu intérieur , une coulée de mots d’une beauté époustouflante et qui avance inexorablement mû par une force tranquille et dont le passage ,bien des années après,laisse les traces de son extraordinaire puissance.

« Femmes d’argile et d’osier » de Robert Darvel. Publié par les moutons éclectiques sous une magnifique couverture panoramique de Melchior Ascaride.

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Vous en Réviez: Guy Costes et Joseph Altairac l’ont fait!

Posté le Jeudi 6 septembre 2018

Après un monumental ouvrage sur les terres creuses, voici que nos deux plus brillants spécialistes de l’anticipation ancienne récidivent avec un monstrueux  et incroyable coffret qui va faire passer bien des nuits blanches aux amateurs du genre: Incontournable!

Deux volumes reliés sous coffret

« Auteurs du monumental essai bibliographique Les Terres creuses (2006) consacré aux mondes souterrains imaginaires, Guy Costes et Joseph Altairac explorent cette fois, avec Rétrofictions, les domaines de l’utopie, des voyages extraordinaires, du merveilleux scientifique et de la science-fiction ancienne, en reprenant à leur compte le concept unificateur de « conjecture romanesque rationnelle » théorisé par l’encyclopédiste Pierre Versins.
Cette entreprise ne constitue cependant pas une simple mise à jour de sa célèbre Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science fiction (1972) : en effet, Rétrofictions concerne exclusivement les productions francophones, mais recensées dans une perspective d’exhaustivité, à partir de 1532, date de publication du Pantagruel de Rabelais, jusqu’à la création en 1951 du « Rayon Fantastiquec» et d’ « Anticipation », premières collections françaises de science-fiction.
L’ouvrage propose près de 5000 entrées onomastiques consacrées aux auteurs de 11000 occurrences dans des genres et sur des supports les plus divers (littérature, poésie, théâtre, bande dessinée, illustration, cinéma, radiodiffusion, carte postale, assiette ornée, etc.), oeuvres dont l’appartenance à la conjecture rationnelle se trouve à chaque fois justifiée par un extrait ou un descriptif, accompagnés de données bibliographiques précises. La reproduction de plus de 1000 documents iconographiques témoigne de l’importance accordée par les auteurs à l’illustration au sens large.
Enfin, un imposant index thématique achève de faire de Rétrofictions un ouvrage de référence et un outil indispensable aussi bien à l’amateur et au collectionneur qu’au chercheur travaillant sur l’histoire et l’évolution de la science-fiction francophone sous toutes ses formes. »
Illustration de couverture de Jeam Tag.

C’est ici: https://www.lesbelleslettres.com/livre/3759-retrofictions

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« L’Evangile Cannibale » de Fabien Clavel

Posté le Mercredi 15 août 2018

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Curieux roman que celui de Fabien Clavel, auteur dont j’avais fait un coup de cœur pour son magnifique ouvrage « Feuillet de cuivre » , nous révélant tout le talent d’un écrivain protéiforme à l’imaginaire riche et parfaitement structuré. Tout comme celle du vampire, la thématique du zombi à maintes fois était utilisée, usée jusqu’à l’os pour rester dans l’ambiance et ce qui m’a poussé à me rendre acquéreur de ce volume réédité par l’excellente collection de poche « Hélios », c’est avant tout la couverture et par voie de conséquence retourner le livre, lire le résumé et l’acheter immédiatement. Il y avait dans ces quelques lignes ligne ce fameux « je ne sais quoi » qui souvent fait la différence et surtout un sujet, certes classique dans la littérature de genre, mais surtout ce petit plus qui ne pouvait que valoriser encore plus le roman : le fait d’utiliser des retraités comme héros. L’exercice avait été traité avec brio dans le roman de Brice Tarvel « Le bal des iguanes » et quelque part, j’avais envie de me replonger dans cet univers encore plus décalé que celui des zombis : celui des vieux !
Pour avoir travaillé en leur compagnie en tant que soignant, c’est un univers que je connais bien et contrairement aux croyances populaires, je sais que c’est un monde particulier, où l’on est parfois loin de l’image du sage, bourré d’expérience, de patience et de bon sens…….. Non le vieux peut se révéler souvent acariâtre, obsessionnel, paranoïaque, sournois et con au possible ! Je le sais nous sommes tous condamnés à y passer ! Cet état de fait ne fait qu’accentuer l’ambiance du roman où Fabien Clavel use de beaucoup d’humour et de lucidité afin de nous présenter les personnages de la pension du mûrier où une poignée de locataires va vivre un road-movie post-apocalyptique au rythme lent de leurs fauteuils électriques face à des adversaires certes tout aussi lent qu’eux, mais vachement plus vénères.
Le roman est réalisé sous la forme d’un témoignage audio réalisé par le héros/narrateur constituant le périple de cette poignée de survivants, face à un monde complètement cannibalisé par les effets à retardement d’un traitement aux vertus soi-disant rajeunissantes, mais qui se révèle un véritable fléau pour l’humanité. C’est un témoignage fortement corrosif sur une société, pas si loin que cela de la nôtre, où il n’y a ni bon, ni méchant, seulement des êtres humains qui agissent d’un bord comme de l’autre pour assurer leur survie. En décidant de se cloîtrer sur tout un étage de leur maison de retraite, condamnant toutes les issus, cette communauté de vieux révoltés sous la houlette d’une grabataire aux soi-disant dons de voyance, va ressortir au bout de quarante jours,constater que le monde n’est plus ce qu’il était et livré à une population complètement zombifiée, qui au fil du récit va se révéler de plus en plus vindicative et…….. affamée ! Le groupe d’ancêtre traverse alors Paris au rythme lent de leurs fauteuils électriques sous les assauts permanents de créatures qui n’agissent que par un seul et unique désir : manger !

Fabien Clavel nous livre alors un roman d’une cruauté sans concession, parsemé d’un humour décapant sous les actions parfois complètement décalées de ces vieillards qui agissent souvent plus par égoïsme que par charité . C’est un roman sur la paranoïa d’un homme qui se proclame être le seul à sauver l’humanité et décider de repeupler la terre avec une nouvelle génération en usant de procédés qui font froid dans le dos. Cet évangile cannibale se révèle d’une grande lucidité face à la nature humaine qui, lors de situations extrêmes , se met à nu tout en faisant ressortir ses faiblesses, sa folie et son incroyable connerie et au final, on ne sait plus qui est qui , toute cette clique dépenaillée, les habits déchirés et salles, les couches pleines de matières organiques se fond dans le décor : des survivants, des mutants comme les autres !

Mais c’est également un roman amusant où l’auteur joue sur les travers de la personne âgée en les sublimant lors de passages savoureux qui mettent certes beaucoup de cynisme mais un peu de douceur dans ce monde de brute. Certains passages y sont tout simplement hallucinant comme la toute première rencontre du zombi dans le parc monceau ,le chapitre où les rescapés trouvent refuge dans le jardin du Luxembourg tentant en vain d’organiser une retraite confortable jusqu’au jour où ils seront contraint d’évacuer face à une marée putrescente et ce final d’apocalypse dans un champ de mars bombardé par des avions militaires qui tentent , en vain, de mettre fin à cette abomination grouillante……Le final est sans concession, à l’avenant du roman qui reste à mon avis un petit ovni du genre avec un parfait équilibre entre humour et horreur , deux « h » qui vont dominer tout au long de cet « évangile cannibale » , car voyez-vous même chez les personnes « civilisées » la faim justifie les moyens et avec ou sans dents l’homme peut se révéler bon, mais dans le sens culinaire du terme.

En résumé, un portrait au vitriol de notre société qui certes relègue nos vieux dans des mouroirs, mais finalement, valent-ils mieux que ceux qui les y mettent ?

Une belle réussite , un roman qui vient mettre un peu de fraîcheur dans une thématique qui commençait à prendre un sérieux coup de vieux !

En plus de la magnifique couverture de David Hartman, qui je ne sais pas pourquoi me rappelle furieusement certains dessins de Jean Solé, vous trouverez en fin de volume une interview de l’auteur où il s’exprime sur son choix, sa source d’inspiration et le lien qui existe entre certains des personnages du livre et l’ensemble de sa production. Un excellent moyen de découvrir un auteur particulièrement intéressant.

Extrait:

« On a toujours nos blouses blanches.Ridicules.Elles ressemblent plus à  rien.Des traînées sales de sueur.Les gribouillis noirs des goules.Et puis, moins glorieux, des traces de merde au cul, d’urine jaunâtre sur le devant.

Mais on est des survivants!

C’est nous les anges, les messagers.On vient apporter la bonne parole, ce nouvel évangile des morts, l’évangile cannibale.Le temps nous lavera de nos souillures.On reviendra immaculés, NOUS SERONS JUGES! »

 

« L’évangile cannibale » de Fabien Clavel éditions Mnémos collection « Hélios », couverture de David Hartman. Mars 2018. Parution originale en Janvier 2017 chez ActuSF.

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« Sous Terre Personne Ne Vous Entend Crier » de Gilbert Gallerne : Un polar Fantastique Noir et Effrayant!

Posté le Mercredi 25 juillet 2018

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Hasard des lectures , en classant les livres de ma bibliothèque, je tombe sur un ouvrage de la collection « Gore » le N°36 « Cauchemar à Staten Island » de Gilles Bergal , dont je parlais il y a peu dans la malle de l’étrange. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que je connaissais le Gilles Bergal écrivain de fantastique alors que je connaissais peu Gilbert Gallerne, plus auteur de polars . Honte à moi, il s’agit en fait de la même personne et comme j’apprécie énormément cet auteur dont je me rappelle l’anthologie parue chez Corps 9 « Créatures des ténèbres », je commande son dernier ouvrage « Sous terre personne ne vous entend crier » aux éditions French Pulp (qui ressortent entre autre « La compagnie des glaces » et la mythique série de Benoit Becker consacré au cycle « Frankenstein ») et me lance donc en simultané dans la lecture de ses deux romans.Deux signatures mais une même plume, avec toutefois 32 ans de décalage et en plus avec une thématique non pas similaire , mais une toile de fond identique puisque les deux romans abritent dans les entrailles de la terre (les égouts en l’occurrence) des sortes d’aberration de la nature, Mais les similitudes vont s’arrêter là (si l’on excepte le personnage principal, une commissaire de police n’ayant pas froid aux yeux) , les deux romans traitant d’une sujet assez éloigné, la survivance de monstruosités proche des profonds de Lovecraft pour le premier et d’un tueur en série pour le second , malgré une tare physique que le lecteur découvrira à la toute fin du roman . Ce qui m’a frappé lors de la lecture du « Gore », c’est la rapidité avec laquelle l’auteur vous place dans l’action, ici pas de fioriture, seuls les faits compte et il vous décrit avec une certaine habileté des personnages assez falots en apparence, mais dont la vie va basculer rapidement dans l’horreur la plus pure. L’ex inspecteur Coogan, marqué dans sa chair par la disparition d’un être aimé n’a plus rien à perdre, c’est un solitaire, un flic dont la carrière n’est pas exempte de belles réussites, mais il se retrouve seul face à une situation extraordinaire et son habileté va lui permettre de faire admettre l’impensable : l’existence de créatures mutantes avides de chair humaine. Dans cette ambiance de docks battus par une pluie incessante, il va provoquer cette horde de dégénérés, donnant lieu à un chapitre fort réussi où il se trouve acculé sur le toit d’un bâtiment, encerclé par les monstres, pour ensuite se conclure par un final d’apocalypse en affrontant avec une poignée de policiers mal préparés, l’antre de ces créatures qui vivent dans un labyrinthe de canalisation servant à évacuer les eaux usées. Un combat éprouvant où peu survivront et permettant de révéler l’incroyable vérité aux autorités sans pour autant prendre les mesures qui s’imposent.

Déjà avec ce roman, l’auteur nous révèle ses qualités , dans un roman qui certes trouve sa place dans une collection « Gore » mais qui à mon avis n’en est pas un pour autant ( avec une couverture assez hideuse et qui ne reflète pas l’esprit du livre) et je ne peux que féliciter les éditions « Rivière Blanche » d’avoir ressorti ce roman dans une collection se rapprochant plus du genre fantastique, car ce « Cauchemar à Staten Island », trouve plus sa filiation dans cette catégorie, lui donnant à mon avis , une meilleure chance de sortir un peu de l’oubli. À noter que ce fort volume contient en outre une autre aventure inédite De Coogan « « La nuit des hommes loups » , ainsi que l’intégralité du recueil de nouvelles cité plus haut « Créatures des ténèbres » .

A la lecture de ce roman fort sympathique, nous avions là, les prémices d’un auteur doué pour  l’imaginaire avec une écriture fluide, baignée de cet univers propre à la littérature de genre avec ce sens de l’urgence dans la description de ses personnages : quelques lignes suffisent à les mettre en place, on sait à qui on a à faire, les caractéristiques des individus et du décor qui les entoure sont presque cinématographiques ! Une même qualité d’écriture que nous allons retrouver bien des années plus tard, avec cet excellent roman policier mâtiné de fantastique, un genre qui semble le revêtir comme une seconde peau. Dés les premières pages, le constat est flagrant, l’homme n’a rien perdu de son plaisir d’écrire et de nous présenter des personnages qui présentés par d’autres, perdraient tout leur attrait et leur charme. Gilbert Gallerne parvient à les rendre vivant et terriblement crédibles, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs passions dévorantes, leurs faiblesses…….leur humanité ! Il se fait ici le porte-parole de ses quidams que l’on croise chaque jour dans la rue et pour lequel nous n’attachons pas d’importance, mais qui peuvent se révéler terriblement passionnant si l’on s’arrête un peu sur l’histoire de leur vie. Dans ce roman, des vies, on en croise plus d’une et il se fait ainsi le biographe de ces personnages insignifiants, mais dont le destin va faire qu’un jour, leurs routes vont se croiser et changer leur vie à tout jamais. Dans un style toujours aussi vif et saccadé, le roman se prend comme une rame de métro, tout va à toute vitesse, les stations s’enchaînent avec parfois quelques arrêts, mais uniquement pour mieux repartir, prendre de la vitesse, encore et encore afin d’arriver au terminus complètement dérouté par le bruit et les secousses !
Dans ces pages, on croise des flics scrupuleux, des flics obtus, une hiérarchie pas toujours efficace, de malheureuses victimes, de pauvres hères en mal d’identité et un tueur qui nous révulse et nous fascine. Dans cette enquête haletante, Jonzac , le héros, va se retrouver face à une terrible situation, rattrapé par son passé qu’il croyait loin derrière lui, mais qui vient lui exploser à la figure comme une bombe à retardement. En suivant, au plus profond de l’âme humaine et des profondeurs du métro parisien, le périple de cet homme qui va le conduire aux portes de l’enfer, l’auteur nous livre le portrait d’un héros de l’ombre qui se veut inébranlable de part sa fonction, mais qui risque de se retrouver déstabilisé face au terrible secret que « le meurtrier des catacombes » cache en lui. C’est une course contre la mort, une course contre la vie qui débute alors et dans une atmosphère oppressante, faite de souterrains putrides, de squats immondes et de débris humains rejetant une société qui lui ferme ses portes, le flic se retrouve alors face à ses propres fantômes, ses propres doutes et peut-être même ses regrets.
C’est également le roman de la nostalgie, de la fin d’une époque et l’annonce dans le texte du transfert du 36 vers les Batignolles et l’arrivée des « jeunes » qui portent certes un regard plein de respect vers leurs illustres pionniers faisant tout pour bousculer une police qui doit évoluer avec son temps, est le signe évident qu’une page vient de se tourner et que cette littérature de genre que nous aimions tant, avec ces grandes figures qui marquèrent toute une génération vont disparaître à tout jamais dans l’ombre des ruines de cet emblématique quai des orfèvres. Il est d’ailleurs surprenant et plaisant à la fois de voir combien l’auteur semble être dans un univers familier, un peu comme si lui-même, dans une autre vie peut-être, à fait partie de « la maison » .
Un roman policier donc, haletant et addictif, à la limite de ce genre crépusculaire qu’est le fantastique et qui nous laisse penser que Gilbert Gallerne est un véritable coureur de fond, que les années ne semblent pas altérer et dont le souffle puissant continue à stimuler l’imaginaire des lecteurs. Si je connais mieux sa part de ténèbres avec toute sa production fantastique qui trône en bonne place dans toutes les bonnes bibliothèques qui se respectent, je viens de découvrir son autre facette, celle d’un auteur profondément humain et dont l’œuvre reflète une personnalité attaché à des valeurs essentielles qui font que dans certaines situations il n’y a pas que des bons et des méchants, seulement des individus qui luttent pour leur survie et prêts à payer au prix fort leurs erreurs passées.
Si vous ouvrez « Sous terre personne ne vous entend crier » je pense qu’il se produira un phénomène assez curieux, il vous sera impossible de la lâcher et en ce qui me concerne, commencé dimanche après-midi un petit break pendant la nuit et terminé le lendemain matin ! Espérons que nous retrouverons Lionel Jonzac lors de prochaines aventures dans l’OCRVP « qui a entre autres pour mission d’élucider les veilles affaires non résolues » , un service qui s’annonce prometteur pour nous amateurs des « X Files » ,
Un grand chapeau pour terminer à cet éditeur « French Pulp » qui pour ce roman nous a fait les faveurs d’une fort belle couverture avec têtes de mort en relief et qui, lorsque l’on regarde son catalogue, nous régale d’aussi belles rééditions.
Alors il ne vous reste plus qu’à vous armer d’une puissante lampe torche, de bottes en caoutchouc et de vous enfoncer dans la moiteur et la noirceur des catacombes, à la découverte d’un univers insoupçonnable à la fois horrible mais terriblement passionnant.

« Sous terre personne ne vous entend crier » de Gilbert Gallerne. Éditions French Pulp, collection « Polar » . Juin 2018

Pour Commander l’ouvrage cliquez sur le lien ci-dessous:

http://frenchpulpeditions.fr/catalogue/polar/

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la nuit des hommes loup

cauchemar à staten island

 

 

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« Monstres Cachés » Une Anthologie ImaJ’nère

Posté le Lundi 23 juillet 2018

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La peur est l’une des émotions la plus forte de notre organisme au même titre que la joie et la tristesse. Sa fonction principale est de nous protéger en plaçant notre corps en état d’alerte et de vigilance afin de se prémunir d’un danger extérieur. Ses manifestations peuvent varier d’un individu à l’autre en effet pour certains, elle peut être un stimulateur, mais pour d’autres elle sera source de paralysie pouvant se révéler catastrophique. Mais la peur peut également être source de plaisir, vous savez, ce petit frisson qui vient descendre le long de votre échine et vous procurer cet agréable picotement lors d’une sensation forte. La peur peut « donner des ailes » , vous faire agir de manière surprenante où elle vous procurera le courage nécessaire à réaliser des actes que vous jugiez jusqu’alors irréalisable ou elle sera capable de vous faire commettre les actes de pire lâcheté !
Mais qu’est-ce qui provoque la peur ? Elle est présente depuis que l’homme possède cette lueur d’intelligence et surtout capable d’analyser un phénomène, mais je crois que ce qui terrifie le plus les bipèdes que nous sommes, c’est la peur de l’inconnu. Depuis des temps immémoriaux, l’homme s’est évertué à bâtir des légendes, construire des mythes, des territoires peuplés de créatures fantastiques et redoutées. Son imaginaire sans limite a construit la forteresse de ses propres peurs et son inconscient, baigné de ces histoires extraordinaires, est condamné à cette éternelle crainte de ce qu’il ne comprend pas, de ce qu’il ne peut voir ou pire encore ce qu’il se plaît à créer de toute pièce. Cette peur est étroitement liée à deux phénomènes que l’on retrouve dans toutes les cultures, qu’elle que soit l’époque, qu’elle que soit la religion ou la couleur de peau : les monstres et la peur du noir ! Les deux sont étroitement liés, car dans cette obscurité impénétrable, manteau de ténèbres dont se dégage tous les méphitiques remugles de notre cerveau primitif, le monstre reste tapi, attendant bien patiemment l’erreur fatidique qui nous fera mettre un pied dans cette zone de non-retour qu’est l’obscurité. Probablement par masochisme ou tout simplement pour ressentir ce petit courant qui électrise notre épiderme, des hommes, probablement des envoyés des ténèbres que l’on appelle écrivains, s’évertuent depuis des siècles à inventer des histoires où ils lâchent, diaboliques qu’ils sont, une horde de monstres assoiffés de sang sur les pauvres humains que nous sommes. C’est ainsi qu’ils vont se repaître de nos peurs et alimenter cette conscience populaire et faire que les monstres existent bel et bien et que les auteurs en sont les biographes attitrés. Riches de ce statut, ils viennent donc hanter nos demeures, nos caves et nos greniers, les placards de nos enfants, les malles de nos grands-mamans, s’affirmer dans les endroits les plus improbables, dans les campagnes et les mégapoles, dans des régions baignées par le soleil ou les recoins les plus obscurs de notre planète. Le monstre n’a pas de frontières, il règne partout où l’on croit à sa toute-puissance et l’écrivain n’est là que pour pérenniser ses hauts faits et instiller encore plus le doute dans la misérable cervelle du lecteur qui subrepticement, se fera le porte-parole de cette vile créature dont il nous est impossible pourtant de nous passer. Car le monstre alimente les histoires, perpétue les légendes, alimente l’imaginaire de cette créature si fragile mais tellement attachante.
Dans cette anthologie proposée par la merveilleuse équipe d’ImaJ’nère , vous avez l’occasion unique de tenir entre les mains un condensé de tout ce que l’on peut rencontrer en matière de monstres et si le titre ne laisse planer aucun doute en étant bien souvent « cachés » , c’est pour mieux vous effrayer, vous déstabiliser, vous faire douter. Vingt-trois nouvelles qui possèdent toutes un charme particulier en raison de la différence de sensibilité des auteurs qui vont venir aborder le sujet, mais aussi parce qu’elles nous montrent l’aspect protéiformes du monstre. Il ne s’agit pas simplement de cette créature hideuse qui se terre dans la noirceur de votre placard ou dans les recoins humides de votre cave, non, le monstre est en chacun de nous et bien souvent il pourra donc revêtir l’enveloppe d’un simple mortel à l’aspect pas forcément repoussant.
C’est dans cette optique que réside toute l’intelligence et la pertinence de cette anthologie et les auteurs vont y faire preuve d’une certaine malice, prendre parfois la thématique à contre-pied, y ajouter une dose d’humour, de méchanceté, de poésie et d’horreurs cosmiques …….mais toujours avec panache et talent !
Comme de coutume pour ce genre d’ouvrage, il y a des nouvelles qui sortent à mon goût plus du lot, mais c’est un avis personnel, qui n’engage que moi, interdépendant de ma propre sensibilité. Le plus important à retenir est l’extrême variété des monstres que vous allez y rencontrer et ce n’est pas ce qui manque avec le classique du monstre dans le placard : « Un si beau costume » (B .Greene) une terrifiante variation sur l’ami imaginaire, les vielles légendes racontées dans les tranchées : « Une si jolie chose » (Cédé) faisant appel aux veilles légendes ,  le monstre qui sommeille en nous : « « Regarde vers l’ouest » (L.Davoust), nouvelle la plus atypique de l’anthologie et « Bleu » (Julien Heylbroeck) et son étrange et fascinant tueur, « La spécialité de Charcoin » (C.Ravat), un régal dans tous les sens du terme, « East End November » (D.Verdier)ou comment revisiter l’histoire d’un certain Jack, « Mon pire ennemi » (A.Cuidet) où certains pouvoirs qui sommeillent en nous peuvent se révéler dévastateurs . Il nous arrive parfois d’être victime de notre propre curiosité avec la tragique et japonisante nouvelle « Mort dans l’œuf » (S.Chauderon), petit hommage à une nouvelle de Matheson avec la magnifique « Des choses au fond des yeux » (C.Rodmacq) , un peu d’humour avec la très drôle « Une histoire de loyer » (J.A.Reeves) et la tout aussi sympathique « Les morts ont toujours tort » ( R.Dambre) un fort plaisant nouvelle sur une variation du tueur à gages. Petite incursion dans la fantasy avec « Un monstre se cache la dedans » ( S.Sanahujas) , pour les nostalgiques de « Creepshow » et autres contes de la crypte (c’est-à-dire moi.) , nul doute que « Les elligrées » (M.Leroy-Rambaud) va ranimer d’agréables souvenirs, par contre, ne vous fiez pas à « Mon très cher Monsieur Lapin » (A.Calviac) dont le titre assez charmant va vous révéler l’aspect redoutable d’un mangeur de cauchemars. Les amateurs d’histoires de spiritismes « Old School » vont trouver leur compte dans « Mémento Mori » ( P.M.Soncarrieu). C’est une histoire d’amour et de SF que l’on retrouve dans l’ univers psychédélique et oppressant de « AIRE3 » (C.Luce) alors que « Le monde selon Minos » (T.Geha) nous parle d’un autre futur où les hommes sont monstrueusement modifiés, tout comme la nouvelle « Mais….Qu’avez vous fait gober à Solange » ( S&R.Mallet) certaines drogues peuvent générer certaines modifications assez….abominables. Le monstre peut également être généré par la magie vaudou comme en témoigne « Tanatot » (F.Carpentier). Pour la fin de cette anthologie, je vous réserve le plat de résistance puisque pas moins de quatre nouvelles vont graviter autour de Lovecraft et le mythe de Cthulhu…..à tout saigneur toute horreur !
« Le chant » du profond » (C.Leboulanger ) est une très belle variation du mythe avec comme fil conducteur un virtuose de la musique qui va payer à ses dépens un lourd tribu à la cause des profonds et se transformer en monstres, « La petite chose de Yuggoth » ( J.Verschueren) ou l’on va suivre de « l’intérieur » la naissance de ces horribles créatures et de la façon , peu orthodoxe, dont on peut s’en débarrasser, « La maison de cuir » (B.Tarvel) nous dévoile une fois encore l’immense talent conteur de l’auteur dans une histoire particulièrement horrible qui ne démériterait pas dans la défunte collection « Gore », du grand art ! Terminons avec la nouvelle la plus longue du recueil « Phenomenae » (J.H.Villacampa) ou l’auteur s’amuse allègrement des codes du mythe pour transposer sa propre réalité à celle du mythe( bourré de clins-d’oeil et de la mise en scène de personnages et de lieux faisant partie intégrante de sa vie) dans une enquête sur fond de jeu de rôle ou la statue de la liberté est utilisée à des fins originales et jamais rencontrées en littérature, excellent !
L’ensemble des nouvelles est entrecoupé de temps à autre par une « Brève » de Patrick Eris, de savoureuses (très) courtes nouvelles ou l’auteur nous expose sa propre expérience avec les monstres.
Si l’on rajoute à ce copieux album de presque 500 pages, la magnifique couverture couleur d’une Caza plus que jamais inspiré et d’une représentation en N&B d’un « monstre » pour chaque nouvelle, d’une préface de l’illustrateur, d’une postface de Jean-Hugues Villacampa, d’un dictionnaire des auteurs, il vous sera alors possible de prendre toute la mesure de cette anthologie qui se révèle indispensable à tout amateur qui se respecte.
Avec neuf anthologies au compteur, toutes plus passionnantes les unes que les autres, nul doute qu’Imaj’nère possède un bel avenir devant soi et que le résultat final pour chaque volume est à la hauteur de tout ce que l’amateur éclairé de l’imaginaire peut espérer: plaisir de lecture, plume affutée, imaginaire débridé!
Alors un grand bravo à toute l’équipe, aux auteurs et aux illustrateurs, de la bien belle ouvrage faisant honneur à nos bibliothèques et surtout ne perdez jamais de l’esprit que « Nous sommes tous des monstres », à vous de trouver qu’elle sera votre catégorie !

« Monstres Cachés » une anthologie ImaJ’nère. Couverture couleur et illustrations intérieures N&B de Philippe Caza. 2018

Pour commander cette anthologie…….ou les autres , cliquez sur le lien ci-dessous

https://imajnere.fr/anthologies/

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Claude Seignolle N’est Plus!

Posté le Dimanche 15 juillet 2018

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Claude Seignolle

Claude Seignolle n’est plus, une bien triste nouvelle . Nous parlions encore de lui il y a peu avec des amis Savanturiers, ventant son incroyable longévité et son extraordinaire parcours. Je l’avais découvert il y a longtemps comme tout un chacun, dans la mythique collection Marabout, séduit lors d’un premier regard par les magnifiques couvertures, rapidement charmé  par sa plume puissante, baignée de talent, pétrie de cette glaise fantastique dont on fait les histoires. Il avait consacré sa vie et son œuvre à sa France natale, une France faite de légendes et d’histoires insolites, une France riche en tradition, mais dont les trésors populaires risquaient de se dissoudre à jamais dans les brumes déliquescentes de l’oubli. Claude Seignolle en avait fait son cheval de bataille, portant haut les couleurs des contes et de la tradition orale pour en collecter les milliers de preuves et les immortaliser dans l’œuvre gigantesque de toute une vie . Plus que tout autre il savait que les paroles s’envolent, mais que les écrits restent. Nous lui sommes alors redevables de cet immense patrimoine qui semblait vouloir s’infiltrer dans les terres arides de nos lointaines campagnes pour n’être plus que l’ombre de lui même car les hommes , à force de trop vouloir tourner le dos à leur histoire , finissent par oublier leurs propres racines. « Tous les pays qui n’ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid » disait Patrice de La Tour du Pin  , alors remercions du fond du cœur cet immense écrivain qui au travers de sa prose colossale nous a offert un magnifique feu de cheminée , de celui prés duquel nous allons continuer à nous raconter des histoires, de celui près duquel notre mémoire trouvera toujours un endroit pour se réchauffer et surtout pour se rappeler. Dans cet ailleurs où il vient de se rendre, immortel qu’il était devenu pour nous tous, il est fort probable qu’il aura bien des choses à raconter avec ces autres conteurs de l’imaginaire et je ne doute pas qu’il y ait une foule attentive d’âmes vagabondes pour écouter ce conteur né et partager avec lui de bien terribles histoires. Il restera toujours dans notre cœur, marquant de son talent toute une génération de lecteurs passionnés ,vous nous manquez déjà !

Afin de lui rendre un dernier hommage, une petite sélection de quelques couvertures d’œuvres qui marqueront à jamais les lecteurs des littératures de l’imaginaire dont cette « La nuit des halles » pour lequel j’avais écrit ce modeste petit article, ainsi que pour la magnifique ouvrage de Alain Sprauel qui lui consacra une remarquable bibliographie

« La nuit des halles »

J’ai toujours été émerveillé par les gens de lettres, les vrais, ceux qui ne font pas beaucoup de bruit, qui utilisent les mots avec élégance et facilité. Je suis admiratif du langage et, bien que ne sachant pas l’utiliser avec autant d’aisance et de sobriété, je suis éperdument amoureux de la musique des mots, la couleur des phrases et la texture du vocabulaire. Nous découvrons donc dans son oeuvre tout l’amour d’un homme cultivé et passionnant, pour un auteur qui bien que très discret, est pourtant à la tête d’une imposante bibliographie. J’avais découvert Claude Seignolle il y a de cela plusieurs années et cette soif de mystère et de fantastique ne pouvait que me diriger vers cet auteur mêlant de façon érudite folklore et fiction. Un homme profondément enraciné dans notre terroir et dont le talent fait resurgir de manière saisissante tout se patrimoine culturel de contes et de légendes dont notre pays peut s’enorgueillir. En reprenant la lecture de « La nuit des halles », je me rends compte à quel point j’étais passé à coté d’un ouvrage vraiment extraordinaire et d’une sensibilité extrême. Élégant mais jamais maniéré, sobre tout en étant puissant et poétique à la fois, des textes empreints d’une grande générosité de cœur et de sentiments. L’amour y flotte comme une étrange odeur de parfum douceâtre et entêtant comme la mort. Des personnages s’y meuvent et leurs destins marqués par une rencontre aussi soudaine que durable ne pourront être que source de souffrance et de mélancolie. Douleur de l’âme et de l’esprit, corps graciles et fantomatiques rencontrés au coin d’une rue au hasards d’une errance nocturne, compagnon de route d’un énigmatique et silencieux personnage, vie éternelle dont le destin se trouve enfermé dans la flamme tremblotante d’une bougie, quête improbable à la recherche d’une figure folklorique, la mort dans « La nuit des halles » est d’une présence permanente, réclamant son dû pour chaque histoire, comme pour mieux nous rappeler que nous faisons partie intégrante d’un cycle dont la fin est presque toujours inéluctable.
Claude Seignolle est un magicien des mots, nous ne pouvons que boire ses phrases avec une grande avidité, car elles coulent en nous de façon onctueuse et rafraîchissante et sont la promesse d’agréables moments de lecture, riches et captivants. Un auteur qui nous fait aimer encore plus la littérature et qui, personnellement, illumine mes journées dans la perspective de tenir entre mes mains un de ses ouvrages.

 

la nuit des halles

« Bibliographie Seignolle »

Il est des personnages emblématiques de la littérature populaire, un populaire noble dans le sens du terme et si quelques tortueux esprits voient en cela un qualificatif péjoratif, c’est qu’au bout du compte ils n’ont rien compris et ne peuvent alors que passer leur chemin .En infatigable arpenteur de l’imaginaire, Claude Seignolle, ce grand faiseur d’histoire, ce conteur hors pair, a élevé au rang de patrimoine national, toutes ces légendes qui firent de notre pays, à l’instar de la brumeuse Angleterre, le territoire des légendes et des superstitions, terreau fertile de drames épouvantables qui dans les coins les plus reculés de nos campagnes, firent naître de bien curieuses histoires racontées le soir au coin du feu.

J’ai toujours été admiratif de cet immense écrivain, et le culte que je lui voue, n’est pas le fait inconsidéré d’un collectionneur maniaque et obsessionnel, mais bien la marque d’une profonde admiration pour un magicien des mots et du langage, qui parvient si bien dans une verve toute en nuance et en subtilité, nous apporter les preuves d’une extrême sensibilité et d’un talent que peu d’écrivains fantastiques peuvent revendiquer. Il est pour moi de la trempe d’un Jean Ray, d’un Thomas Owen et plonger dans un de ses livres, est une immense satisfaction, un plaisir extrême, le présage d’un formidable voyage dans ces terres de l’imaginaire qui sont pour moi comme un seconde maison. Cet auteur possède une parfaite maîtrise des atmosphères étranges et sulfureuses et je me délecte et savoure avec un plaisir immense sa prose imaginative à l’odeur surannée des contes d’autrefois. La lecture de ses premiers textes fut un véritable choc et je me rappelle de cet émoi qui fut le mien lorsque je fis mes armes dans le domaine du fantastique dans cette si prestigieuse et unique collection qui lui réserva une place d’honneur : Les éditions Marabout. Car avant de connaître le plaisir des éditions originales, elle fut comme beaucoup de lecteurs de ma génération, une mine inépuisable où je venais, armé de ma seule imagination, piocher avec une exaltation toujours plus fébrile dans cette matière extraordinaire, cette substance impalpable mais riche en sensation, de toute ces choses comme le disait si bien l’écrivain Gantois, dont on fait les bonnes histoires. Cet éditeur fut la cause de bien des nuits blanches avec des textes aux pouvoirs ensorcelants, agrémentés de superbes couvertures dont il m’arrive encore de regarder les si magnifiques couvertures réalisées par des artistes si admirablement inspirés.

Cet écrivain puissant et imaginatif, ce gardien de notre mémoire populaire ne m’a jamais déçu, chaque livre, chaque histoire est la porte ouverte non seulement vers des mondes originaux, mais une plongée enivrante dans cette poésie du macabre où les mots ne sont jamais en trop, où l’ambiance est à l’image de ce brouillard épais et tenace qui recouvre inexorablement toute chose dans bon nombre de ses histoires, les enveloppant insidieusement comme pour vouloir déformer une réalité qui peut à tout instant sombrer dans le macabre. Car voyez-vous, les univers de Claude Seignolle sont constitués de ces petits rien qui à tout moment peuvent faire basculer votre raison, franchir cette barrière si tenue entre le réel et le surnaturel, car il est le dépositaire de cette mémoire collective qui au fil des générations à construit toute une mythologie fantastique où bien souvent la mort côtoie de façon insolente les vivants, comme pour nous mettre en garde et mettre à mal notre arrogance.

Voilà un faiseur d’histoires qui n’a eu de cesse au cour de sa vie de mettre à l’honneur toute la matière première nécessaire à façonner le patrimoine culturel d’un pays en le sublimant d’une si merveilleuse façon où la sueur glacée de cette peur qui nous étreint et nous fascine, côtoie le plaisir d’une écriture merveilleuse qui coule d’une si belle façon en donnant à notre si belle langue française toute sa force et sa richesse. Il est l’écrivain du langage des fantômes, de la peur qui rode, des vengeances posthumes et des esprits tourmentés et ce diable d’homme doit avoir quelques entrées avec le royaume des ténèbres pour en retranscrire ainsi toute sa substantifique moelle. On se laisse souvent emporter dans son univers et peu importe la caresse glacée de cette main qui vous entraîne dans les royaumes du fantastique, la musique de son vocabulaire est là pour nous envoûter et nous faire oublier l’espace d’un instant qu’avec un si formidable guide, la mort n’est pas si terrible que ça.

Le magnifique hommage qui vient ici de lui être rendu avec cette « Bibliographie Seignolle, 95 années de diableries » est un de ces objets précieux et rare qui ne pourra que combler d’aise les passionnés de Claude Seignolle. Un livre qui nous est décrit dans la préface de Claude Seignolle d’une manière si admirablement courte et précise : « Ma bibliographie, c’est ma biographie ». Quoi de plus admirable pour quelqu’un qui a consacré sa vie à l’écriture. Voilà un outil indispensable confectionné avec une minutie conférant à la maniaquerie, qui nous recense toutes les œuvres de l’auteur avec une précision d’horlogerie Suisse, et parcourir les quelques 260 pages de cette bible au papier glacé est un plaisir dont tout amateur de littérature fantastique ne devrait pas se priver. Le menu en est alléchant et se décline en de nombreux chapitres qui sont autant une invite à un plantureux repas aux saveurs étranges : Préface de Claude Seignolle, une BD inédite de Laurent Lefeuvre, répertoire détaillé des romans et nouvelles fantastiques de l’auteur, les recueils fantastiques, les anthologies de contes et légendes, les essais sur le Folklore, textes érotiques, les autobiographies, les traductions,adaptations pour la jeunesse et la bande dessiné, les biographies, les adaptations pour la radio, la télévision, le théâtre , le cinéma …..Tout un ensemble exhaustif réalisé de mains de maître par un auteur déjà réputé pour l’excellence de son travail sur les biographies des écrivains de l’imaginaire. Alain Sprauel, collectionneur acharné et grand amateur d’ouvrages bibliophiliques des littératures de l’étrange possède à son actif un « tableau de chasse » assez exceptionnel où figurent des travaux de grande qualité avec des auteurs aussi prestigieux que Serge Brussolo, Pierre Pelot, Stephen Wull, Michel Jeury,Graham Masterton, Bran Stocker, John Shéridan Le Fanu…Passant des auteurs anciens aux modernes avec une grande aisance, ses travaux font référence dans le domaine et ce travail exceptionnel sur Claude Seignolle vient compléter le sérieux et le professionnalisme d’un homme déjà reconnu pour sa monumentale bibliographie sur Jack London. L’ouvrage est admirablement bien organisé, complété par une index permettant de retrouver dans cet ouvrage toutes les œuvres, courtes ou longues, essais, critiques etc…de l’auteur.

L’ouvrage est en outre agrémenté d’une magnifique iconographie où se croisent photos, couvertures, les éditions rares ou introuvables comme celles beaucoup plus récentes. Mais la grande originalité de ce précieux volume est d’avoir réalisé cet album comme un ouvrage/ hommage de la mythique collection Marabout. Même présentation, avec une magnifique couverture et je pèse mes mots, de Laurent Lefeuvre dont il vous sera possible également d’apprécier tout le talent dans cette bande dessinée inédite qui débute l’ouvrage « Celui qui avait toujours froid ». Pour un peu, avec un titre pareil,on se croirait transporté en Nouvelle-Angleterre dans une nouvelle de Lovecraft. Le dessin en N &B est absolument sublime et confirme le talent de ce dessinateur hors pair sur une histoire bien évidemment de Claude Seignolle. La couverture donc, est une œuvre un peu à la manière de celle qui enchantèrent nos mirettes éblouies lors de l’achat d’une volume de la collection Marabout « Fantastique » et je ne peux m’empêcher en regardant cette planche couleur de Laurent Lefeure, de voir sous les traits de Claude Seignolle en personne, un personnage se transformant en loup Garou, un peu comme si le pouvoir de la couverture de « Hugues le Loup » de Erckmann-Chatrian, paru également aux éditions Gérard, faisait encore son office après des décennies. Ne pouvait-il pas y avoir plus bel hommage que de réaliser ainsi une créature aux traits si abominables et abritant un si extraordinaire auteur. Sous l’apparence de l’homme doux et aimable se cache l’incarnation de notre terrifiant patrimoine culturel populaire, un authentique faiseur d’histoire qui y consacra la majorité de sa vie. La planche N&B se trouvant également en première page et nous révélant l’auteur recouvert d’une peau de loup et surveillant tapis dans l’ombre un petit enfant, est tout aussi délectable.

Même constat pour la fin du volume, ici l’auteur de cette bibliographie et celui de l’objet de ce travail,nous sont présentés à la manière de la défunte collection, c’est-à-dire avec un texte dans le sens longitudinal….un témoignage de respect jusqu’au-boutiste !

Chers amis, ce petit bijou est à tirage très limité, soit 95 exemplaires et si vous êtes assez rapide il vous sera également possible d’avoir un tirage signé par les deux auteurs et tout cela pour la modique somme de 35 Euros….

Personnellement j’ai fait mon choix, mais pouvait-il en être autrement pour cet écrivain faisant partie de mon choix si je devais un jour me retrouver seul sur cette fameuse île déserte avec une sélection de dix auteurs dans les bagages. Si un jour, notre pauvre humanité se retrouvait réduite au despotisme d’une société totalitaire condamnant par le feu toute trace de littérature, nul doute que cette précieuse mémoire orale transmise dans le secret aux générations futures, se consacrerait sans hésitation possible pour ma part, à Jean Ray et Claude Seignolle, bien évidemment !

Bibliographie Seignolle

Quelques ouvrages glanés au fil de mes rayonnages

le rond des sorciers

marie la louve

la malvenue

invitation au chateau de l'étrange

le galoup

la brume ne se lévera plus

la malvenue

contes macabres

histoires maléfiques

les chevaux de la nuit

histoires atroces

histoires maléfiques néo

une enfance sorcière

 

marie la louve

 

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« Un Eclat de Givre » D’Estelle Faye…..Un Eclat de Beauté Pure!

Posté le Jeudi 5 juillet 2018

Je m’estime modestement être un lecteur aguerri et donc d’avoir lu quantité de livres parfois insipides, manquant souvent d’originalité, d’être de pales copies de tels ou tels auteurs ou bien, fort heureusement, de tomber de temps à autre sur un écrivain original, d’une sensibilité extrême et surtout d’un talent pour ces territoires de l’insolite que nous aimons tant, non seulement en parfait accord avec ce que je recherche, mais qui surtout va laisser dans ma mémoire une trace indélébile. Depuis quelque temps, je ne cesse de clamer haut et fort toute l’originalité de l’imaginaire Français et Estelle Faye avec « Un éclat de givre » mérite de fait ma plus haute estime et toute la reconnaissance d’un lecteur aux appétits féroces. Brillante écrivain d’une sensibilité extraordinaire et d’une puissance telle qu’elle est parvenue à créer un univers unique et original, sans tomber dans la redite ni la copie, un roman pot-apocalyptique aux relents de fantasy urbaine en y incluant des personnages hauts en couleur, d’une ambiguïté telle que ce que l’on va prendre pour de la fragilité, se révèle une force incroyable. De ce héros au destin peu enviable en apparence, travesti la nuit, aventurier malgré lui le jour, nous retiendrons une âme à fleur de peau, un écorché vif, dont les amours vont se retrouver sans cesse remis en question dans un univers baroque, un Paris métamorphosé où cohabitent enfants mutants et sirènes, où un hôpital transformé en centre expérimental abrite des êtres trouvant leur rédemption dans la souffrance des autres, où « Notre dame », cours des miracles des temps modernes , est transformée en gigantesque usine à méthane dirigée par une population tzigane qui compte bien protéger son territoire jusqu’à la mort. Un univers hallucinant et halluciné que l’auteur nous fait partager avec une rare générosité et un talent inné pour l’écriture et dont le lecteur, devenu addicte, ne pourra se satisfaire qu’en se jetant sur une autre de ses œuvres ! Oui, Estelle est une auteure rare, une de ses perles pétrie d’émotion et d’imagination, de celles que l’on range précieusement dans sa bibliothèque et dont on va suivre avec intérêt le parcours et la date de sa prochaine publication. Une grande auteure de l’imaginaire qui vient de me faire un immense plaisir de lecture, aussi coupant et incisif que son titre, mais avec cette sorte de don qui confère à certains talents, la certitude d’un brillant avenir. Mais sa production est là pour en témoigner, c’est pour cela que je vais dans peu de temps entamer « Les Seigneurs de Bohen»
Il m’a fallu un moment pour arriver au bout de ma pile de livres en attente (qui est la preuve que le mouvement perpétuel existe) le livre d’Estelle s’y trouvait et pour mon plus grand plaisir, j’ai fini par l’y en extraire…….comme quoi tout arrive, même de trouver encore après toutes ses années des ouvrages qu’il nous est impossible de lâcher.
Une magnifique perle dans un admirable écrin, une lecture plus que recommandable, indispensable !
« Un éclat de givre » de Estelle Faye « Les Moutons Électriques » éditeurs

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« Les Fakirs Du Pays Vertical » Horreur sur le toit de monde!

Posté le Mardi 19 juin 2018

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Trois personnes se retrouvent au beau milieu de l’Himalaya, deux se connaissent, mais qui est la troisième ? Un oculiste venant de Dheli , maigre à en pleurer, à faire peur, mais pour l’heure, il faut survivre. Par quelle puissante magie se retrouvent-ils ainsi perdus en pleine montagne avec pour seuls vêtements, ceux qu’ils avaient sur le dos lors de leur mystérieuse abduction ! Trois personnes se retrouvent dans une situation bien périlleuse, deux sont d’anciens alpinistes ayant défiés le toit du monde, mais qui est la troisième ? Un intrus, une erreur ou pire encore, une réincarnation ? Commence alors une lutte pour la survie et profitant de leur connaissance du terrain, les anciens montagnards vont retrouver de quoi se vêtir et se nourrir, un bien piètre répit puisque leur destin va basculer lorsqu’ils vont rencontrer « Les trois fakirs du pays verticale » et être confrontés à « L’œil dans la crevasse ».
Une seule personne va se retrouver au beau milieu de l’Himalaya……. Qu’est-il arrivé aux deux autres : meurtre, vengeance ou pire encore ? Ce qui est certain, c’est qu’à des milliers de kilomètres de là, on s’interroge encore sur l’évaporation de ses trois individus si loin physiquement, mais si proche spirituellement. Rêve, cauchemar, vengeance post-mortem…… Les dieux, seraient-ils devenus fous ? Ou peut-être ont-ils envie d’aller un peu d’ aller se dégourdir les jambes du côté des simples mortels? Une bien étrange affaire me direz vous, pas étonnant à une telle altitude et dans un pays aussi mystique.
Mystère sur le toit du monde, une dramatique et passionnante aventure dans la collection du même nom, le numéro 16 pour être précis, et en renouant avec ces bons vieux Ferenczi d’antan, le Carnoplaste vient ici encore faire un clin d’œil avec une tradition qui jamais ne s’effacera de nos mémoires, celle du roman populaire qui, avec un zeste de mystère, un soupçon de fantastique et une pincée d’imagination, pouvait transporter le lecteur en de lointaines contrées tout en restant bien assis dans son fauteuil, à rêver peut-être d’une autre vie moins monotone.
Que de questions dans ce sympathique fascicule illustré avec bonheur, mais il est encore une que je me pose en tournant la dernière page : qui se cache derrière le mystérieux (se) Phara Chibh ? Des fakirs, une transmutation de corps, une entité monstrueuse……Je crois que j’ai ma petite idée. En tout cas, une collection à suivre, une fois de plus chez cet éditeur !

« Les Fakirs du pays vertical » collection aventures N° 16. Le Carnoplaste éditeur de fascicules. Couverture de Fred Grivaud,

Dans la même collection :

  • « L’horloge à cinq doigts » de Nelly Chadour
  • « Les frères Swamp » de Julien Helbroeck
  • « Les visiteurs de l’étoile naine » de Dominik Vallet

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« Enfers et Fantomes D’Asie » Un Voyage Au Coeur Des Ténébres

Posté le Mardi 12 juin 2018

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Depuis l’aube de l’humanité, il y a toujours eu cette crainte des ténèbres qui,des cavernes de l’homme préhistorique au gratte-ciel le plus moderne, n’ont jamais cessé d’exercer sur lui effroi et fascination. Bien des choses séparent les nombreuses cultures, mais s’il en est une pour laquelle la voix se fait plus grave et respectueuse et surtout qui rapproche n’importe quel être humain le soir à la veillée, sans tenir compte de la couleur de peau ni de la condition sociale, c’est sans nul doute les histoires de fantômes. Notre bonne veille Europe peut se féliciter d’en posséder une multitude et il vous suffit de vous tourner en direction de l’Angleterre, l’Écosse ou l’Irlande pour vous en convaincre. Il est de notoriété publique que ces pays sont des terres de légendes pour les spectres en tout genre, mais il se trouve que la France n’est pas en reste, à la lecture des ouvrages de Claude Seignolle où diables ,dames blanches et autres squelettes en sabots livrent une âpre bataille aux misérables créatures vivantes qui osent les défier. Nul recoin de la planète n’est épargné, toute part de lumière possède sa zone d’ombre et lorsqu’il s’agit d’imaginer quelques créatures infernales, l’espèce humaine n’est pas en reste, bien au contraire. Pendant fort longtemps, la tradition orale fut le moyen le plus efficace pour se transmettre ces obscures et effroyables légendes, puis vint l’écriture et le livre s’accompagnant de l’habile pinceau d’une multitude d’artistes qui donnèrent un visage à toutes ces abominations. Chemin faisant, suivant la route toute tracée des progrès scientifiques, le cinéma fit son apparition et comme si cela ne suffisait pas à nos appétits insatiables, tout finit par arriver chez nous, sans que nous ayons besoin de nous déplacer, un accès illimité à tout le savoir du monde, mais générant par la même occasion une nouvelle forme de hantise, la naissance de nouvelles légendes « cyber-spectrales ».
Du fait de son éloignement et des nombreux récits d’explorations et de voyages qui fleurissaient de la fin du XIXème siècle eu début de XXéme, l’Asie n’a jamais cessé d’attiser notre convoitise, de titiller notre imaginaire, de laisser libre cours aux légendes les plus incroyables. De cette fascination doublée d’une crainte xénophobe, naquit toute une littérature qui du péril jaune, en passant par le raffinement dans l’art de la torture et les cauchemars éveillés des fumeries d’opium, elle fut la terre d’asile de bien des mystères, qui pendant des décennies furent l’objet de nombreuses superstitions. Les frontières se sont ouvertes, le commerce devint fructueux, certains tabous se brisèrent et les vielles histoires du temps passé furent rangées dans un coin. Les spectres et les revenants n’ont de substance que par la crainte qu’ils inspirent et le monde actuel ne pouvait pas se permettre de leur accorder une place légitime, tant ce désir de cartésianisme est l’apanage de l’homme moderne …….ou du moins en apparence. Pendant fort longtemps, Yokai, Obake, Yurei et autres Oni Japonais furent laissés dans un coin des mémoires et si certains anciens en parlaient encore, un tremblement dans la voix, bien des fantômes de ce pays peuplé pourtant de nombreuses légendes, manquèrent de disparaître à jamais, si un homme n’avait eu un jour l’idée de les faire revivre au moyen d’un personnage de bande dessinée et réveiller ainsi l’attrait de tout un pays pour ces hordes infernales. Il en fut de même pour Lafcadio Hearn qui en rédigea de nombreuses histoires dans ses recueils « Kwaidan », « Au Japon spectral » et bien d’autres encore où les Européens prirent toute la mesure du potentiel énorme que possédait ce pays en matière de créatures de la nuit. De ces brumes délétères, commencèrent alors à resurgir une longue procession de formes à la démarche hésitante qui n’avait rien oublié de son insatiable appétit de vengeance. Car si, spectres et revenants ont comme fonction première de faire peur, ils sont avant tout un instrument de vengeance, le moyen de culpabiliser les vivants des fautes commises ou de payer une dette de sang. Le cinéma se fit alors le porte-parole de ces voix d’outre tombes, connu seulement que par quelques rares spécialistes curieux d’approfondir cet enseignement maudit condamné à un regrettable oubli : « Les contes de la lune vague après la pluie »« Histoires de fantômes Japonais »,« Le fantôme d’Oiwa », « Onibaba »« Kwaidan », autant de titres emblématiques qui marqueront à jamais l’esprit des intrépides chasseurs de spectres.
Tout le paradoxe de notre société, est de posséder d’extraordinaires moyens de rapprocher les hommes, de partager les informations et curieusement certains domaines restent calfeutrés dans les recoins obscurs de notre mémoire comme si la crainte soudaine de faire resurgir les vieilles superstitions pouvaient porter atteinte à notre crédibilité et rappeler à notre bon souvenir que notre civilisation s’est construite sur la peur de l’invisible. L’exposition qui vient d’ouvrir ses portes à Paris au musée du quai Branly vient donc ici réparer un préjudice qui n’avait que trop longtemps duré et au travers de ce magnifique hommage, réhabiliter tout un aspect de cette culture façonnée dans le substrat des mythes et des légendes et de lui redonner cette patine magnifique, apanage de ces objets ô combien précieux qui se bonifient avec le temps. Mais réunir ainsi toute un magnifique collection ne serait rien, et finalement à la portée du premier spécialiste, si celle-ci n’était réalisée non seulement par de brillants érudits qui maîtrisent parfaitement cette culture des choses anciennes mais surtout par des hommes de goût sachant utiliser cette matière première afin de lui donner toute sa force, doublée de ce pouvoir de crainte et de fascination qu’elles peuvent susciter. Utiliser avec discernement plusieurs pays de l’Asie et en sachant trouver un liant pouvant conduire le visiteur d’une salle à l’autre tout en conservant ce fil conducteur qui sépare le monde des vivants avec celui des morts, n’était pas une mince affaire ! Pourtant, les faits sont là, et en rendant cette promenade aux allures toutes nonchalantes, mais se révélant bien plus perturbante qu’il n’y paraît , à l’image de cette entrée dans l’enfer Thaïlandais symbolisé par cette immense bouche de démon ouverte vers un monde de souffrance et de désolation, le visiteur se retrouve à la place de ce simple mortel , condamné aux affres de l’enfer. La grande force de cette « errance dans le territoire des morts » est d’être parvenu à la rendre complètement immersive et en jouant sur les deux aspects de la tradition et de la modernité, nous faire partager pleinement l’expérience en étant plus qu’un spectateur, mais un acteur à part entière. Il ne suffit pas de montrer, encore faut-il être capable de faire participer et je dois avouer qu’à maintes reprises, il m’a semblé, tel dans un film fantastique, franchir les limites de mon petit écran , et me retrouver au cœur même de l’histoire que j’étais en train passivement, de regarder. À l’image de ce train fantôme de notre enfance, les concepteurs de cette machine à hurler de rire ou de terreur selon les pièces visitées, le spectateur subit littéralement cette forme de cauchemar éveillé, où rien n’est laissé au hasard, où toutes les dimensions de cette vaste thématique sont prises en compte, où chaque objet, chaque animation sont à leurs justes places. Tout est fait ici pour nous rappeler à notre bon souvenir, que la peur est un mécanisme primitif, pouvant vous saisir par l’épaule dans la réalité la plus banale et quoi de plus inoffensif en effet qu’une lanterne, une assiette ou une paire de sandales. Fidèle à la tradition Shintoïste, ici, c’est le moindre objet qui se révélera le vecteur d’une âme tourmenté et si la vengeance ou une dette de sang anime bien souvent cette cohorte de spectres aux visages déformés par cette inextinguible soif de vérité , le remord d’une mère pour un enfant mort-né, viendra également hanter à tout jamais, les rivages de ce marécage enveloppé d’une étoupe brumeuse : L’horreur devient alors poésie !

Dans cette culture asiatique, d’une extrême diversité et complexité, il existe autant de mauvais que de bons esprits et qu’il s’agisse de la Chine, du Japon, du Cambodge ou de la Thaïlande, dont j’ai découvert l’extrême richesse en la matière, nul doute que le visiteur va être surpris par la beauté des objets exposées et de tout le raffinement que certains artistes ont placé dans la réalisation d’objets rituels et/ou funéraires, symbole de cette relation étroite que nous avons toujours entretenus avec le royaume des morts. Ustensiles du quotidien, peintures sur soie, sculptures, jouets, livres, affiches et statues, tout un monde de ténèbres où l’on reste suspendu entre effroi et stupéfaction et qui nous laisse, une fois la visite terminée complètement abasourdis.
Que dire face à d’aussi magnifiques peintures sur soie, les Urei-Ga, représentant maints fantômes affamés aux visages blafards, face à ces deux gigantesques « Phi Prêt » qu’une simple formule magique suffirait à leur donner le pouvoir de se mettre en marche, à ces spectres Chinois dont les sauts de revenants semblent vouloir s’animer dés que vous avez le dos tourné, comment ne pas frissonner dans la partie « J-Horror » où les murs imprégnés de la spectrale Sadoko vous poussent dans une pièce où vous vous retrouvez entourés d’adolescents à la démarche saccadée et animés par une faim innommable, comment ne pas tomber sous le charme de ce théâtre d’ombre où cette femme/ féline se transforme sous vos yeux ahuris en un redoutable félin vous fixant de ces yeux terriblement humains, comment ne pas vouloir entrer dans ce décor savamment orchestré où le fantôme d’ Oiwa vous tend ces bras fantomatiques , vous suppliant de bien vouloir la prendre en pitié et damner votre âme à tout jamais ? Une visite haletante dont le point d’orgue, lieu géométrique de toutes les terreurs, se matérialise par l’enfer Thaillandais sous les hurlements des suppliciés condamnés à une escalade sans fin sur un arbre diabolique hérissée de pointes acérées qui ne dispense que souffrance et malédiction. Ici, l’enfer n’est pas pavé de bonnes intentions , il est seulement jalonné de toute la perversion et l’imaginaire des hommes qui depuis des temps immémoriaux exorcise toutes ses peurs par le biais de sa vison fantasmagorique d’un au-delà aussi repoussant que fascinant .
L’exposition se termine par une succession de lanternes, histoire d’adoucir cette infernale expérience, petit rappel à une tradition toute Japonaise, la veillée aux cent bougies, en espérant que lors de notre passage, l’une d’entre elle ne s’éteigne pas et que par l’un des angles non-euclidiens de cette magnifique exposition , un des fantômes ne surgissent pas , étreignant de ses doigts éthérés notre âme de simple mortel en quête de sensations fortes. Comme le précise si bien Julien Rousseau dans la préface au catalogue « Enfers et fantômes d’Asie » , à l’image du fantôme vagabond, « le visiteur se retrouve pris au piège entre deux mondes » , il ne lui reste plus qu’à choisir sa propre destination et s’accrocher aux aspérités de notre monde illusoire car en ce bas monde, tout n’est que vanité et faux semblants.. mais les morts eux, le savent bien !
Mon seul regret, est de ne pas habiter sur Paris afin de profiter encore et encore de ce haut lieu de créatures ectoplasmiques Asiatiques et d’en savourer à différentes périodes de la journée toute sa substantifique moelle. De retour dans ma Provence natale, il ne me reste plus qu’à compulser avec frénésie, le magnifique catalogue d’exposition disponible à la boutique du musée (et sur commande) , probablement l’un des plus beaux livres sur le sujet où texte et photos se marient dans une symbiose parfaite et vous donne un magnifique aperçu d’une exposition qui restera gravé dans les annales du genre !
Un immense bravo aux commissaires de l’exposition et plus particulièrement à Julien Rousseau et Stéphane du Mesnildot, un magnifique travail qui restera à jamais gravé dans nos mémoires d’admirateurs de ses « Enfers et fantômes d’Asie » !

Ci-joint le catalogue disponible en ligne sur la boutique du musée et/ou dans toutes les bonnes librairies,

A lire également le numéro spécial de « Connaissance des arts » spécial « Enfers et fantômes d’Asie »

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Quelques photos de l’exposition

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Phin Pret

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