La tristesse d’un disparition: Adieu Joseph Tu vas Terriblement Nous Manquer!

Posté le Dimanche 15 novembre 2020

Contrairement à beaucoup de membres du club des Savanturiers, j’ai connu Joseph tardivement et comme beaucoup d’entre vous, je l’ai connu grâce à ce club. Nous nous sommes rencontrés la toute première fois il y a quelques années lors d’une convention et c’est probablement Jean-Luc Rivera qui me l’avait présenté. A l’époque, j’avais cette forme de timidité qui me rendait tout petit lorsque je rencontrais un érudit de cette trempe. Mais Joseph n’était pas comme tout le monde, de suite, j’ai été interpellé par cette incroyable modestie des belles personnes qui ,sous des airs un peu effacés, cachent une incroyable grandeur d’âme et une générosité tout aussi affirmée. Souvent, nous échangions des messages après un post sur le club et à chaque fois, j’étais impressionné par sa clairvoyance, son érudition et cette mémoire qui jamais ne lui faisait défaut. Joseph, c’était l’homme qui de suite attirait votre attention, car son savoir, doublé d’un humour toujours fort à propos, ne pouvait qu’attirer la sympathie. Il est de ces hommes qui dégagent la bonté et cette sagesse accumulée au fil des ans à se plonger dans cette documentation qu’il affectionnait tant et qui était toute sa vie . Je me rappelle que, jamais avare de cadeau, il m’avait envoyé le volume 2 de « L’aube du magicien » paru aux éditions de l’ODS, il y parlait de moi et du club des Savanturiers et je me rappelle de cette immense fierté d’avoir ainsi été cité par cet homme pour qui j’avais le plus grand respect et une admiration sans faille. Il a toujours été pour moi l’incarnation même du Savanturier, modeste, aventureux, ouvert au monde et toujours prêt à partager et à donner. Celles et ceux qui l’ont mieux connu savent à quel point c’était la bonté et la générosité même et cet amour qu’il avait pour les littératures de l’imaginaire et pour son entourage, il l’a concrétisé par ces magnifiques cadeaux éternels qu’il nous a fait avec son vieux complice Guy Costes en rédigeant « Les terres creuses et « Rétrofictions ».

Je sais tout le chagrin que sa disparition vient de provoquer, je lis votre douleur et votre profonde tristesse, mais peut-être trouverons nous un semblant de réconfort en nous disant qu’il s’est endormi au milieux de ses livres qu’il aimait tant , cocon de papier qui toute sa vie durant à construit l’homme qu’il était , un fidèle ami, un homme infiniment bon et dont je garderai gravé en moi ce franc sourire et cette bonhomie qui nous émerveillait,

Nous venons de perdre un ami Savanturier, un frère de la conjecture, un père gardien du savoir, les yeux sont secs d’avoir trop pleuré, la gorge sèche de cette forme d’injustice qui ne nous prépare jamais assez à la violence de tels événements. Je voulais ainsi exprimer toute mon affection et mon soutien à celles et ceux qui étaient si proche de lui, je pense à Guy Costes à Christine Luce à Fleur Hopkins et bien d’autres encore car Joseph c’était l’ami de toujours, celui qui a toujours partagé, celui qui nous a tant donné.

Cher Joseph on ne cessera jamais de t’aimer et si je n’ai jamais osé de te le dire, ce soir est un peu particulier et je ne suis certainement pas le seul à le penser,

Adieu vieux frère de la Savanture, tu as certainement été l’un de mes plus belles rencontres de celles qui marquent la vie d’un homme. Je te suis éternellement reconnaissant d’avoir croisé mon chemin.

Merci à mon ami Robert Darvel pour ce magnifique cliché réalisé lors de la grande braderie de Lille , il y a plusieurs années.

 

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Jan Marcus Bodichiev: Un Détective à Vapeur Digne de ses Prédécessurs!

Posté le Mercredi 26 août 2020

souvenirs d'un détective à vapeur logo

Fils de l’historien Viatcheslav Pavlovitche Koulikov, Olav Koulikov retrouve des documents réunis par son père et relatant certaines enquêtes du célèbre détective Jan Marcus Bodichiev et dans un univers où l’Empire anglo-russe domine la majeure partie du monde depuis le mariage de la Reine Victoria et de l’Empereur Constantin,certaines enclaves de contestation socialisantes européennes comme la France poursuivent la lutte afin de garder une indépendance toute relative. Mais le crime reste encore une denrée courante en l’an 3000 de cette nouvelle ère et les méthodes à l’ancienne sont parfois bien plus efficaces que science et techniques de pointe!

Je dois avouer ne pas être un grand spécialiste de littérature policière, veuillez pardonner mon ignorance, je suis un lecteur tardif et donc je suis dans l’ignorance de certains grands classiques du genre.Pourtant, il m’arrive parfois de m’abandonner au genre surtout lorsqu’il est estampillé Les saisons de l’étrange .Il faut dire qu’avec ces Souvenirs d’un détective à vapeur  nous voilà transposé en terrain presque conquis, dans un territoire qui sied plus à mes tocs de lecteur à savoir un univers dystopique rétrofuturiste, mais pas que ! J’avais déjà eu l’occasion d’apprécier la plume de André-François Ruaud lors d’un volume précédent dans les saisons de l’étrange 1 et je dois avouer que la lecture des suites des aventures de Jan Marcus Bodichiev confirme cette délicieuse impression éprouvée initialement. Dans les 6 nouvelles que constituent ce recueil (je ne compte pas le chapitre 4 notes et fragments.) nous faisons plus ample connaissance avec ce détective spécialiste en informatique et dont le flegme So British n’a d’équivalence que le flair et la logique incroyable avec laquelle il vient résoudre les meurtres qui ensanglantent ses enquêtes. Mais ce qui fait surtout la force de cet ouvrage, ce ne sont pas les énigmes à proprement parler, bien que deux d’entre-elles relèvent des amateurs de l’étrange : L’affaire du lac et des poissons et Le cas de la pluie de sang, non, pour moi c’est avant tout la façon dont l’auteur nous plonge au cœur du mystère avec cette plume entre poésie et nostalgie où il prend le temps de nous décrire le cadre dans lequel se déroule les enquêtes, comme si notre détective, avant d’être ce privé aux talents de déduction redoutable, était avant tout un personne doué d’une extrême sensibilité (ce qui est le cas) et capable, en piéton infatigable, de vous révéler toute la beauté et le charme de tout ce qui vous entoure. Ainsi dans L’affaire du lac et des poissons c’est la Provence de Giono qu’il nous fait découvrir avec ravissement et dans Saint-Francisbourg la forme d’une ville c’est la visite d’une mégapole fantasmée que nous découvrons au hasard des pérégrinations du héros qui, tel un piéton attentif et poétique nous donne la vision d’une ville à l’architecture parfaite (qui sera d’ailleurs la base du mystère des nombreux assassinats) mais il faut dire que l’auteur fut « coupable » d’un ouvrage symptomatique de son amour pour les villes tentaculaires et pleines de mystère :  Londres une physionomie et London noir. Mais plein d’autres surprises vous attendent dans ces aventures et la dernière nouvelle, Les trafiquants de couleurs au titre étrangement beau, va certainement plaire aux amateurs de cinéma avec l’apparition d’un réalisateur célèbre et qui ne pouvait pas mieux convenir dans cet univers en parfait décalage: Tatichiev, cela vous dit-il quelque chose?
En résumé, Bodichiev est une personnage fort sympathique, un être débonnaire à l’apparence flegmatique, mais dont les aventures nous révèlent un personnage sensible en parfaite adéquation avec son temps à savoir si nous sommes plongés dans une dystopie avec un bouleversement géopolitique fort original, l’unité de temps au final reste assez flou , en tout cas les repères que l’auteur sème au fil des pages sont suffisamment vagues pour que le lecteur se retrouve dans un univers où le détective , avec son coté très Hercule Poirot, puisse y évoluer comme un poisson dans l’eau, avec ou sans fourrure, celles et ceux qui connaissent le livre comprendront.

Hâte donc de retrouver les prochaines aventures de ce fin limier, outre le coté très divertissant de toutes ces nouvelles, l’écriture d’André-François possède quelque chose d’apaisant et de diablement addictif.

« Souvenirs d’un détective à vapeur » d’André-François Ruaud, Les saisons de l’étrange saison 2 , couverture de Melchior Ascaride. 2019

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Souvenirs d'un détective à vapeur couverture

 

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Sturkeyville: Lieu Géométrique de (presque) Toutes les Terreurs

Posté le Lundi 24 août 2020

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Sturkeyville, lieu géométrique de toutes les terreurs…..et dire que, pour un peu, nous passions à coté de cet auteur majeur du fantastique ! Merci donc à l’éditeur et au magnifique travail de traduction de Nathalie Duport Serval, pour ce recueil de 6 nouvelles, toutes plus admirables les unes que les autres qui varient entre horreur pure, science-fiction, fantastique et fortement saupoudrées de cette poésie que l’on retrouve dans les écrits de Sturgeon.

C’est une véritable bouffée nostalgique qui s’est emparée de moi à la lecture de cet ouvrage. Une écriture ciselée où l’auteur prend le temps du détail, s’arrête sur des éléments qui ne paraissent pas importants, mais qui au final nous permettent d’aller au plus profond de cette horreur à l’apparence si banale qui se cache dans cette petite ville. Un ambiance proche de celle de Lovecraft, oui, mais en mieux, car il y a cette dimension humaine qui vous fait vous attacher aux personnages et vivre cette angoisse de manière plus viscérale et cette terreur qui vous colle à la peau au fil des pages.

J’ai vraiment été transporté dans une autre dimension et les différentes thématiques qui parsèment cet ouvrage (possession, maison hanté, créatures de cauchemars, paradoxe temporel….) vont véritablement vous aspirer et vous projeter dans cette petite ville à l’apparence si anodine, mais qui révèle bien des secrets, de lourds secrets….

Les nouvelles sont accompagnées de de superbes illustrations N&B et donc,si vous ne le lisez pas, c’est qu’il n’y a plus rien à faire pour votre salut !

« Bienvenue à Sturkeyville » de  Bob Leman ,Editions Librairie Scyllia, illustrations intérieures de Arnaud S.Maniak .Décembre 2019.

Bienvenue à Sturkeyville

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Laurent Mantese un Auteur au Sommet de la Littérature Fantastique

Posté le Lundi 24 août 2020

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Lorsqu’il y a de cela plusieurs années, j’ai découvert l’univers de Jean Ray, je me suis tout de suite laissé guidé par son style inhabituel, sa plume de conteur né. Depuis, cette fidélité n’a jamais failli et lorsque je regarde, avec amour les étagères de ma bibliothèque que je lui consacre, je me dis que ce sont probablement les ouvrages que je garderai en priorité si un jour, j’avais à faire un choix. De cet auteur, grâce au travail acharné de certains passionnés, nous avons connaissance de plus en plus d’éléments sur sa vie et son œuvre, mais il reste tant de choses à découvrir encore ! Je me rappelle avoir lu avec avidité, il y a de nombreuses années, les fameux contes du Whisky et désiré, comme l’ensemble de toute sa production, acquérir toutes les éditions en langue française. Comme tout un chacun, j’ai commencé cette accumulation maladive par les éditions Marabout puis j’ai trouvé l’édition originale à La renaissance du livre, celle de l’Atalante, la librairie ds champs Élysée, chez Néo……..
Je collecte également tout ce qui peut concerner cet auteur et découvrir un titre, non pas de cet auteur, mais d’un écrivain qui désire lui rendre hommage, inutile de vous dire que je m’empresse de l’acquérir. Me voilà donc à passer commande chez un éditeur au nom prédestiné, Malpertuis, et dont la grande force est de nous livrer nombre de textes originaux, dont notamment des recueils de nouvelles et une fort belle série dont je suis grand fan Le club Diogéne.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la couverture de Nicollet pour ces les nouveaux contes du whisky est magnifique et représente déjà un argument d’achat. Déjà, le premier plat qu’il avait concocté pour les nouvelles éditions Oswald en 1985 était très classe. Un recueil de nouvelles hanté par la mort et la misère, les contes et les légendes, des histoires de vie et de mort où la frontière entre la réalité et les divagations de marins dont la bouche pâteuse d’avoir trop bu de cette boisson tant vénérée, est parfois difficile à évaluer : la frontière entre le réel et le fantasme est parfois extrêmement ténue. Je me rappelle de ces histoires hantées de terre et de mer où je me suis laissé emporté, fasciné par la verve de l’auteur captivé par autant d’imagination et de ce sens inné à donner le frisson à ses lecteurs. Mais ce sont aussi des histoires d’hommes, formés à la dure, à la peau burinée par les vents marins, aux mains calleuses d’avoir manœuvré tant de cordages, de voiles et de couteaux…. Un monde dur et sans pitié où les cœurs, parfois, se laissent deviner sous le cuir épais des corps éprouvés, dans cette brume délétère que dispensent ce breuvage ambré, qui délie les langues et ouvre les portes de l’imagination. Pour cette toute nouvelle « mouture » , vibrant hommage à ce personnage à l’imagination débordante, la démarche de Laurent Mantese ne peut que forcer le respect et s’embarquer ainsi à bord d’un porte-containers danois pour les eaux tumultueuses de l’atlantique nord afin d’y puiser l’inspiration nécessaire pour ce volume/hommage est également pour le lecteur une expérience unique. L’auteur, tout en restant dans un contexte moderne, est parvenu à insuffler au travers des 22 nouvelles qui composent cet ouvrage, non seulement cette part d’ombre et de mystère qui parcourt l’œuvre de Jean Ray, mais surtout cette touche subtile qui fait que bien que le lecteur soit plongé dans l’univers si particulier de l’auteur Gantois, le style conserve toutefois sa patte personnelle tout en restant fidèle à cette ambiance si particulière rencontrée dans ses œuvres les plus marquantes de son modèle.J’avais déjà exprimé tout le bien de Laurent Mantese à la lecture de son roman La mort de Paul Asseman et le lecteur pourtant boulimique que je suis, avait mis en attente Le comptoir des épouvantes et Le rapport Oberland. Inutile de vous dire qu’après cette nouvelle expérience extraordinaire à la lecture de Les nouveaux contes du whisky, je me suis précipité vers Le comptoir des épouvantes qui patientait bien sagement dans ma bibliothèque et quelle claque les amis ! Comment en effet rester insensible à des nouvelles aussi terrifiantes que L’abominable aventure de Mr Van Der Kamp ou Le démon de la passe d’Holzarte. Ce qu’il y a d’incroyable dans ce recueil de nouvelles, c’est ce mélange subtil entre le génie de Jean Ray et le talent de Claude Seignolle ! Laurent Mantese est sans nul doute le digne successeur de ces deux maîtres incontestés, une plume aussi inspirée que féconde qui jamais lors de la lecture de l’une de ses œuvres, laisse place à l’ennui.
Tout cela pour vous dire chers lecteurs et lectrices que si vous êtes amateurs d’histoires terrifiantes où se mélangent subtilement poésie et cette dramaturgie propre aux héros tourmentés par de terribles malédictions, si vous avez le désir de succomber à une écriture fluide et travaillée à la fois avec cette sensation que l’auteur se fait non seulement plaisir, mais vous fait plaisir et si enfin vous voulez lire de la littérature fantastique qui ne tombe pas dans les poncifs habituels, mais fait preuve d’une grande originalité, alors ce volume ou plutôt dirais-je ces volumes sont fait pour vous. Car voyez -vous, si vous ne succombez pas à la noirceur de Le manuscrit d’Absalom à la terrifiante Benjamin Neuville ou à la magnifique Douce petite sirène endormie, c’est que votre âme est perdue à tout jamais et qu’il ne vous restera plus qu’à lire cette littérature fantastique de masse dont on essaye de nous abreuver. Mais quelque part, si vous venez de lire ces lignes, c’est qu’il y a encore un espoir de vous sauver.
Laurent Mantese est assurément un auteur de grand talent, une grande figure du fantastique dont il nous faut absolument suivre les prochaines sorties.

« Les nouveaux contes du whisky » de laurent Mantese. Éditions Malpertuis collection « Absinthes, éthers,opium » Couverture de J.M.Nicollet. 2020

« Le comptoir des épouvantes » de Laurent Mantese .Éditions Malpertuis collection « Absinthes, éthers,opium » Couverture de Adrien Police. 2012

les nouveaux contes du whisky

les contes du whisky

le comptoir des épouvantes

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Jean-Pierre Moumon: Une Etoile de la SF Française Vient De S’éteindre

Posté le Dimanche 12 juillet 2020

 

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De par mon métier, je suis en rapport constant avec la mort, mais nous ne sommes jamais assez préparés lorsqu’il s’agit d’un proche ou d’un ami. Je viens d’apprendre la mort d’une grande figure de la SF. Jean-Pierre Laigle vient de nous quitter, fauché par une putain de défaillance cardiaque, aussi soudaine qu’imprévisible. Qu’elle ironie du sort pour quelqu’un qui avait énormément de cœur à l’égard de cette littérature pour laquelle j’ai rarement vu autant de passion et d’engagement. Pendant très longtemps, nous fûmes voisin, il habitait à quelques kilomètres de chez moi et la première fois que j’ai entendu parler de lui, c’était lors d’une investigation dans une librairie toulonnaise à la recherche de mes premiers Néo. Le vendeur voyant mon intérêt pour cette littérature m’avait alors parlé de ce couple de passionné, un peu marginaux, à l’époque, il vivait avec Martine Blond. Je me rappelle être allé leur rendre visite dans leurs villa « Magali » chemin de la Calabro et de suite je me suis rendu compte que j’avais affaire à de singuliers personnages, toujours habillés à l’emporte-pièce, mais d’une grande érudition et d’une générosité sans faille. J’étais un débutant dans le domaine et je fus grandement impressionné par son immense savoir. Par la suite, j’ai eu l’occasion de le voir assez souvent, non seulement chez lui, mais de manière impromptue dans certains vide-greniers. Il s’intéressait à tellement de chose…….sa passion le poussa à apprendre plusieurs langues car dans cette magnifique et unique revue que fut « Antares » il releva le défi de traduire des textes rares, dans des langues peu habituées à la SF mais qu’il avait pourtant l’intention de faire partager avec un public le plus large possible.
Je me rappelle de nos longues discussions sur la SF ancienne et toute l’admiration que j’avais pour cet homme d’une grande simplicité, qui ne se mettait jamais sur le devant de la scène. Une humilité que bien des personnes devraient prendre en exemple. Cette boulimie le conduisit à diriger, infatigablement, plusieurs collections dont il était le rédacteur en chef en publiant dans diverses collections, des textes rares perdus dans d’introuvables revues ainsi que de nombreuses bandes dessinées riches de quelques perles et enfin accessibles à un public de passionnés. Il a toujours travaillé pour la réhabilitation d’une science-fiction boudée pendant des années par des spécialistes ne faisant pas toujours preuve de délicatesse.
Jean-Pierre, c’était l’incarnation même du fan avec tout ce que cela comporte de noble et de beau. Il organisa plusieurs festivals dans notre région et je garde avec émotion et nostalgie bon nombre de ces affiches sur laquelle on peut découvrir tout cet amour qu’il avait pour le genre. Ces derniers travaux, concernant les planètes pilleuses sont une mine pour les amateurs, il avait écrit une extension à cet ouvrage publié à l’œil du sphinx. Hélas le public toujours à contester que rien ne sorte en librairie, mais qui boude la parution d’ouvrage aussi essentiels, a fait que ce texte fut publié sur mon site « Sur l’autre face du monde », car l’échec commercial du premier volet découragea l’éditeur de poursuivre l’aventure. Ce fût un immense honneur et une joie extrême.
Sa vie, il l’a menée en véritable passionné, bouffant à plusieurs reprises de la vache enragée, car à cette époque, le monde de l’édition « amateur » était bien difficile, mais c’est un choix qu’il avait choisi et assumé jusqu’au bout.

Grâce à lui j’ai découvert bien des merveilles ensevelies dans d’obscures revues car il fut le tout premier à réhabiliter cette littérature qualifiée de « mauvaise » par certains critiques peu ouverts d’esprit. Les nombreuses collection dont il fut à l’origine sont la preuves de cette foi qui l’a toujours animé et de cette passion qui jamais , jusqu’à son dernier souffle, ne l’a quitté. Il fallait une certaine dose de courage pour oser rééditer des textes comme « Une invasion de macrobes » de couvreur ou le sublime « Un monde sur le monde » de Lanos et Perrin. Jean-Pierre lui, il y croyait et dans la chaleur étouffante de son petit local où il faisait tourner sa rotative, c’est toute l’histoire du fandom qui prenait vie
C’est une grande perte pour le monde de la SF, un grand homme de l’imaginaire un précurseur en bien des domaines ne serait-ce que par le fait d’avoir créé la première revue d’une telle qualité avec un tel nombre d’auteurs de talent et totalement inconnus du public.
Cette nouvelle m’a bouleversée, car, même si je ne le voyais plus trop depuis quelques mois, un travail très prenant exigeant bien des sacrifices, je l’ai toujours gardé dans mon cœur, symbole d’une résistance farouche entre la qualité et la quantité, éternel combat entre l’ombre et la lumière
Je regrette que de son vivant il ne fut pas plus reconnu et mis à l’honneur à de nombreuses manifestations bien souvent vides de toutes substances. Je ne remercierai jamais assez Jean-Luc Rivera de l’avoir invité lors d’un festival à Sèvres, Jean-Pierre était si content de pouvoir à nouveau évoluer dans un milieu qu’il a toujours défendu avec force, courage et obstination.
Sa mort me touche, nous touche, car avec lui, disparaît un défenseur acharné du genre, une bien belle personne qui aura toute sa vie durant défendu les valeurs classées pendant de décennies comme maudit. Je suis certain qu’il brille maintenant au firmament d’un monde meilleur, étoile parmi les étoiles, début d’un grand voyage dans les immenses galaxies dont il a durant toute sa vie, admiré l’étrange beauté et la possibilité de la pluralité de leurs mondes habités.
Toutes nos pensées s’envolent vers sa famille et Martine Blond, complice de toujours.
Depuis quelques jours l’univers de la SF Française vient une nouvelle fois de perdre un fidèle ami, mais il continuera à faire briller en nous cette petite lumière chaleureuse et réconfortante d’un univers aussi riche que passionnant.

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JPM Antares

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JPM Finlay

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JPM Les robinsons de la planète Mars

JPM Quand la lune était habitée

JPM Un monde sur le mondeles planétes pilleuses

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« Désolation » Le Duo Jaworski/Ascaride: Un Roman Graphique Au sommet Du Talent!

Posté le Dimanche 26 janvier 2020

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Lorsqu’en 2017, les Moutons Électriques publièrent leur premier roman graphique « Tout au milieu du monde » avec le trio de choc qu’est Melchior Ascaride, Julien Bétan et Mathieu Rivero, nous avions déjà là l’amorce d’une catégorie de livre qui allait marquer durablement ma vie de lecteur en publiant le tout premier livre graphique de la collection. Deux années plus tard, les trois complices récidivent en réalisant « Ce qui vient de la nuit » , ouvrage dont je n’ai pas eu le temps de faire l’éloge, mais qui venait asseoir le talent de ces jeunes artistes avec cette histoire de Fantasy baignée de magie de malédiction et de terreurs ancestrales. En priorisant le jaune, Melchior Ascaride est parvenu à appesantir encore plus l’atmosphère étrange de ce texte sombre et sans concession, comme une brume lactescente qui progressivement semble vouloir sortir d’entre les pages, vous agripper de ces doigts glacés et fantomatiques pour vous attirer dans cette campagne bretonne du temps jadis, pétrie de légendes et de haut fait d’armes. Une fois de plus, texte et images sont en parfaite corrélation et l’on sent dans la technique utilisée par l’artiste un tournant déterminant comme pour vouloir encore plus imprégner le lecteur de toute la magie de l’histoire.
Fidèle au vieil adage « jamais deux sans trois » l’éditeur vient de renouveler l’expérience avec le tout aussi percutant « Désolation » écrit cette fois par une figure emblématique de la Fantasy, Jean-Philippe Jaworski et dont le texte vient coller comme une ombre au magnifique travail pictural d’un Melchior Ascaride plus inspiré que jamais. Tout d’abord, ce qui frappe l’esprit du lecteur que je suis, avide de belles couvertures, c’est le travail effectué une fois de plus pour cette édition et de la typographie du titre qui vient parfaitement se marier avec les circonvolutions de cette créature mythologique que l’on pourrait aisément confondre avec un vers à l’aspect redoutable. Ensuite, ce que j’ai aimé dans ce court roman, c’est le choix de l’auteur de commencer cette aventure de manière aussi abrupte qu’elle se termine. Une sorte de tranche de vie dans des temps reculés et/ou imaginaires, pétri lui aussi d’histoires terrifiantes traversé par la fureur du métal qui s’entrechoque et de l’odeur du sang versé. Certes comment ne pas penser à l’univers de Tolkien père fondateur de toutes ces terres de magie et de mystère, mais si Jean-Philippe Jaworski excelle à nous rappeler l’univers du maître, son talent parvient largement à prendre le large et nous livrer son univers qu’il est capable de construire en quelques pages et le peupler de figures inoubliables pour qui le tranchant d’un épée et plus éloquent que bien des discours. Il nous plonge ainsi dans une quête extraordinaire, une course contre la montre obligeant un puissant seigneur et toute sa horde bardée de fer et lourdement chargée de victuailles de porter secours à un fief voisin assiégé de toute part et risquant de plier l’échine face à un impitoyable ennemi. Pour cela, une seule issue possible s’il veut arriver à temps, passer à travers une montagne maudite, abritant selon les légendes un redoutable dragon et résister aux attaques de hordes de Gobelins commandés par un chef à la sanglante réputation : Le dévoreur !
Aidé de son fidèle Radswin le diseur de loi, Hjalmberich accompagné de 20 guerriers nains et de trente gnomes, vont traverser le massif du Kluferfell et braver la terrible région du Wyrmdale et il faudra bien plus que le savoir de maître Skirfir « Brûle-gueule » l’artificier de la troupe pour mener à terme une expédition qui va découvrir un secret bien plus incroyable que celui de l’existence d’un dragon !

Ce qui fait le charme incroyable de cette odyssée, c’est son coté quelque peu décalé en marge d’une Fantasy certes très codifiée avec les grandes figures classiques du genre, mais en y insufflant cette touche personnelle où le tragique des situations se mélange avec bonheur au comique de certains personnages. Ainsi Skirfir cité plus haut, spécialiste en explosifs et Littyllytig le contremaître des gnomes, sont les deux personnages qui régulièrement vont interagir dans les moments clef de l’aventure en y injectant la quantité suffisante espièglerie , de malice et d’humour afin de créer un tout homogène et particulièrement savoureux. Une expédition, sans cesse accompagnée par le bruit des armes et la fureur de la bataille, car « Griffus », « viandars », « panses de fer » et autres « Konomor » le konungr des Uruk Maug , ne cessent de harceler cette troupe hétéroclite aussi peu nombreuse que déterminée.

Pour un peu j’aurai presque l’envie de vous présenter ce volume une corne remplie d’un alcool fort et à brailler des chansons paillardes!


Ainsi donc, pour ce troisième roman graphique Melchior Ascaride articule toute son œuvre sur des tons oranges et noirs et nous propose une fois de plus un travail qui vient éveiller nos rétines et accroître de manière déterminante cette sensation éprouvée au fil de la lecture, comme si le lecteur, sous le joug d’une magie ancestrale, pouvait se retrouver en parfaite symbiose avec les aventures qu’il est en train de lire. Toutes les pages sont baignées de cette atmosphère unique où texte et images œuvrent dans une symbiose parfaite pour le plaisir du lecteur et si nombres de ses dessins me poussent bien après la lecture du livre à revenir dessus pour le seul plaisir des yeux, je ne peux qu’éprouver un profond respect pour la parfaite cohésion entre le texte, l’image et la mise en pages qui d’une manière spectaculaire trouve sa substantifique moelle entre la page 104 et 115 lors de la traversée de la cité sous la montagne : quand le dessin se fait langage on comprend mieux alors pourquoi il est un art qui ne connaît aucune frontière !
Au final nous voilà donc en présence d’une pièce majeure chez cet éditeur en ce qui concerne le roman graphique et du rouge roman initiatique en passant par le jaune des vieilles malédiction, nous voici dans l’orange du fracas des batailles où les deux talents vont jouer de talent et d’originalité afin de nous plonger dans une épopée inoubliable, une descente aux enfers où la verve de l’écrivain n’aura d’égale que la sublime inspiration de l’artiste qui l’accompagne.
Sans nul doute un très gros coup de cœur et je ne pourrai trop que de conseiller aux lecteurs amateurs de beaux objets, de belles histoires et d’une plongée dans un art graphique d’une grand originalité, d’acquérir cette trilogie qui je l’espère est annonciatrice d’autres ouvrages d’une telle qualité et d’une telle intensité,
Bien que cela n’enlève rien à la qualité du travail réalisé, pour quand un ouvrage relié dans le même esprit, mais avec cette fois-ci des plages entières et non coupées par le milieu de manière à dévoiler de manière plus percutante le travail de l’artiste ?

« Désolation » Roman graphique paru aux Moutons Électriques, collection « La bibliothèque dessinée » texte de Jean-Philippe Jaworsky , dessins de Melchior Ascaride. 2020.

Tout au milieu du monde

ce qui vient la nuit

Désolation

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« Celui Qui Chuchotait Dans Les Abysses » Aux Origines Du Mythe!

Posté le Samedi 4 janvier 2020

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Sans être un grand spécialiste, je suis, à l’image des passionnés de littérature fantastique, amateur de ce nouveau genre appelé terreur cosmique et me délecte de temps à autre d’ouvrages écrits par toute une génération d’auteurs vouant un culte innommable au grand-maître de Providence. Depuis quelques années en effet, les éditeurs ne cessent de nous régaler de « pastiches » plus ou moins réussis s’affiliant au redoutable cycle de « Cthulhu » et ma bibliothèque peut ainsi se vanter de totaliser quelques dizaines d’ouvrages de formats variables arborant fièrement sur leurs couvertures d’indicibles visions qui, si elles ne vous rendent pas fous, suscitent une certaine admiration tant l’artiste s’est immergé dans l’univers cauchemardesque de H.P.Lovecraft. Pour exemple le dernier volume paru chez Bragelonne « Les montagnes Hallucinées » magnifiquement illustré par François Baranger. Ici point de roman « a la manière de…. » , la reprise d’un classique, mais revêtu d’un habit de circonstance qui force le respect : grand format sous couverture rigide avec un dessin en transparence et un lettrage couleur argent du plus bel effet, jaquette couleur, illustration à l’identique à chaque page voire en double page ! En bref, si vous me lisez et que cet ouvrage n’occupe pas une place d’honneur sur vos étagères, vous savez ce qu’il vous reste à faire ! Tout cela pour en venir au fait qu’actuellement ce n’est pas la réédition des œuvres de Lovecraft qui sont importantes, bien que nous attendons le super méga collector de la mort proposé par Mnemos en huit volumes , mais de la nouveauté originale de la part des continuateurs et surtout que l’éditeur nous propose une présentation sympathique et originale pouvant ainsi se démarquer des éditions « classiques » pour ne pas dire un peu trop conventionnelles. Chers amis, si vous êtes à la recherche d’un tel objet, j’ai ce qu’il vous faut et croyez moi, en matière de « Collector » je n’ai pas le coup de cœur facile.
J’ai découvert les éditions « Le miroir aux nouvelles » d’une façon assez tardive…..Honte à moi qui suis souvent à la recherche du modeste petit éditeur , proposant des produits originaux. C’est en furetant sur le net, comme tout bon Savanturier des temps modernes qui se respecte, que je tombe par hasard sur leur site : peu de livres, mais sacré bonsoir, tous attirants à souhait et vous donnant une envie folle de les avoir dans votre bibliothèque : formats peu conventionnels, illustrés, thèmes divers et variés ( polar, SF, fantastiques , curiosités littéraires…..) et tous écrits par la même personne…….Mystère ! Dans le lot, je repère un titre qui attire ma convoitise : «  47°9′ S 126°43′ W  celui qui chuchotait dans les abysses ». Mon sang ne fait qu’un tour , d’autant plus que la couverture est terriblement sympathique puisque, outre quelques tentacules, on y aperçoit l’étrave d’un navire dont le nom frappé aux initiales de « HPL » ne pouvait que m’emporter à son bord sur des mers étranges et redoutables. Ni une ni deux, je commande l’objet et j’en profite pour en demander un second , nous sommes en période de Noël et je connais un poulpesque ami qui sera content de ce présent. Bien entendu, je pousse l’impertinence jusqu’à demander une dédicace !
Deux jours après, je reçois une gentil mail de l’auteure, Chrystel Duchamp, qui me dit combien elle est heureuse de cette commande et que, bien entendu les ouvrages seront dédicacés par ses soins, mais également par l’illustrateur Eric Barge : une première approche plus que prometteuse !

Moins d’une semaine plus tard, les ouvrages arrivent et quel bonheur, l’objet est de doute beauté : Grand format, couverture souple frappé d’une blason à tête tentaculaire, recouvert de son élégante jaquette aux dégradés de vert, à l’intérieur de superbes illustrations pleines pages en N&B, et à la toute fin de l’ouvrage la première page d’un journal fictif plié en quatre qui……Mais, n’anticipons pas !
L’histoire donc. Un journaliste est contacté par un mystérieux professeur, risée du monde scientifique, lui proposant de servir de biographe à une formidable expédition organisée dans la zone la plus isolé du pacifique, le point Nemo,c’est-à-dire le point de l’océan le plus éloigné de toute terre immergée. En effet, un son étrange en provenance de cette surface d’Océan se fait entendre depuis quelque temps et a défaut de lui trouver une explication la communauté scientifique le nomme « Bloop ». Mais le professeur Lewis Theobald Jr ne s’y trompe pas, il sait lui que l’origine de ce son provient d’une créature dont on veut feindre l’existence : le grand Cthulhu en personne ! Pendant des années il prépare avec soin le bateau et l’équipement de pointe nécessaire afin d’explorer les fonds marin. Le « HPL » est enfin prêt, commence alors pour notre journaliste un voyage aux enfers qui se terminera comme bien souvent lorsque l’on se frotte aux grands anciens par un placement dans un lieu où personne ne vous entendra hurler.
Raconté ainsi, vous me direz que l’histoire semble banale, téléphonée et sans surprise, mais c’est sans compter sur le talent narratif de l’auteure qui vient ici avec son style bien millimétré et diablement efficace nous apporter un plaisir de lecture que le vieil habitué des terres de l’imaginaire que je suis, aime à parcourir. En effet, Chrystel Duchamp prend le parti avec ce livre de s’adresser à un public ignorant tout de l’œuvre de Lovecraft, en parcourant sa novella,de références à son œuvre, tout en utilisant comme je le disais plus haut un style narratif pouvant charmer les plus aguerris. Il y a chez le héros de cette aventure, une mise en abîme incroyablement bien menée et de la rencontre avec le professeur et celle finale , avec Cthulhu en personne, une montée en puissance qui arrive à nous surprendre. D’ailleurs cette aversion de David Wayland pour la mer qui devient peu à peu obsessionnelle pour en devenir maladive, ne sont que les prémisses d’une horreur encore plus grande à venir. On retrouve les mêmes maux que dans les héros de Lovecraft, personnages septiques et/ou à la recherche de la vérité et qui finalement se trouvent coincés dans une spirale infernale, mais racontée d’une telle façon qu’au final, j’ai eu l’impression de redécouvrir tout ce qui fait le fondement de son cycle. Une approche certes plus moderne, mais avec un style plus léger, l’auteure va à l’essentiel et c’est justement ce qui fait la force du texte : on ne s’embarrasse pas de fioriture, on se laisse embarquer tête baissée, et ce, sans jamais le regretter.
Ce format entre la nouvelle et le court roman n’est pas un exercice facile mais nous avons ici la preuve formelle que même en utilisant un thème archiclassique, formaté et usé jusqu’à la trame, il est possible d’en faire quelque chose d’inhabituel , non seulement à lire mais agréable à regarder, avec un final assez original ou le fin mot de l’histoire nous est livré sous la forme d’une coupure de presse factice, intégrée comme preuve ultime, document plié en quatre et collé sur la dernière page, comme si toute cette histoire n’était qu’une mystification, le délire d’un fou et finalement remise en doute par plusieurs articles de presses et inséré intentionnellement dans ce récit témoignage, comme pour semer le doute dans la tête du lecteur.
Ce livre est beau, il est bien pensé, fabriqué avec amour et les illustrations d’Eric Barge, complice de l’auteure, viennent ici par la présence de ces dessin pleines pages N & B, asseoir encore plus ce statut d’objet culte , de ceux incontournables que tout amateur de sympathiques histoires et de beaux livres, se doivent d’avoir dans leurs bibliothèque,
En tout cas, le mien trône fièrement à côté de ceux de François Baranger et je voulais par ce petit article rendre hommage au travail de ces artistes de l’ombre qui œuvrent en toute simplicité pour le plus grand plaisir de leurs lecteurs. Une preuve de leur grande générosité et d’une foi inébranlable sur cette route pas toujours facile qu’ils ont choisis d »emprunter.

« 47°9′ S, 126° 43′ Celui qui chuchotait dans les abysses » Éditions « Le Miroir Aux Nouvelles » Texte de Chrystel Duchamp, illustrations de Eric Barge. 215 . Tirage Limité

Pour le commander c’est ici: https://www.lemiroirauxnouvelles.fr/

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« La Science-Fiction En France Dans Les Années 50″ Une Décennie Fabuleuse Mise à L’honneur

Posté le Dimanche 29 décembre 2019

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À peine sortions nous quelque peu époustouflés par la monumentale somme qu’est le « RétroFictionS » des ami Guy Costes et Joseph Altairac, qu’une rumeur venait poindre le bout de son nez, annonçant la parution prochaine d’un ouvrage consacré à la « Science-fiction » en France dans les années 50. Rumeur vite confirmée par l’éditeur avec la présence d’une somptueuse couverture rétro à souhait et un lettrage de couverture digne de cette époque bénie qui au final n’avait été que rarement évoquée occultant de fait toute l’importance que ce « mauvais genre » avait exercé sur notre pays. Pour les lecteurs et modestes chercheurs que nous sommes, cet ouvrage représentait beaucoup pour nous, en raison des faibles documents existants ou du moins de façon éparses dans diverses et rares revues ou sur des sites internet, mais ce, de façon très parcellaire, voire incomplète. Notre ressenti fut donc plus que positif et pour cause, en plus de paraître chez Moltinus et distribué par les Moutons Électriques , éditeur dont nous connaissons tout l’engagement en ce qui concerne les rééditions d’œuvres populaires ayant sombré dans un oubli total avec des ouvrages d’excellentes qualités, mais de surcroît réalisé par un grand spécialiste en la matière, mémoire vivante et fin connaisseur de la littérature populaire et surtout grand collectionneur devant l’éternel. Il faut dire que nous avions déjà beaucoup apprécié sa plume alerte et féconde dans diverses études, « Les pulps l’âge d’or de la littérature populaire Américaine », « Bob Morane, profession Aventurier » les deux volumes parus dans la collection « Travaux » de chez Encrage et mesuré de fait sa grande érudition en la matière. De l’érudition, il en fallait pour mener à terme cette entreprise assez compliquée car dans les années 50, juste après cette frontière symbolique entre « roman scientifique » et/ ou « Merveilleux scientifique » , les balbutiements du genre furent assez chaotiques et dans cette pléthore d’éditeurs, aussi bien dans les magazines que dans les collections spécialisées, il fallait un formidable défricheur de cette période afin non seulement d’y mettre bon ordre mais surtout de le restituer de façon cohérente et plaisante à lire, tout cela afin de ne pas perdre le passionné comme le simple profane.
A la lecture de ce magnifique ouvrage rouge sang sous une délicate parure de velours, le lecteur va pouvoir s’abreuver jusqu’à plus soif de ces quelques trois cent pages où fourmillent détails surprenants, anecdotes étonnantes et surtout un regard lucide et parfaitement maîtrisé sur une folle décennie, laboratoire formidable d’une genre qui cherchait ses marques , terrain d’expérimentation pour tout un public abreuvé par une production majoritairement étasunienne mais qui ne tarderait pas à accorder ses bonnes grâces à une production nationale qui peu à peu va finir par s’affirmer et acquérir ses lettres de noblesses.
Il vous suffira de jeter un œil sur le sommaire de cet ouvrage véritable bible du genre, pour vous apercevoir du minutieux travail de fouille «  archéobibliographique » réalisé par Francis Saint-Martin et de voir à quel point cet incroyable chercheur est allé déterrer au plus profond de ses précieuses archives afin de nous exhumer l’histoire de cette décennie fondamentale pour l’histoire de la science-fiction Française .Si la qualité ne fut pas toujours au rendez-vous, il s’agissait plus du tâtonnement d’éditeur parfois peu scrupuleux en quête d’une manne providentielle pour assouvir leurs intérêts personnels que de rechercher une réel public avide d’une genre qui paradoxalement n’avait pas encore pris de réelles marques. D’ailleurs dans un chapitre fort instructif, comme l’ensemble du livre, et intitulé « L’apparition du mot science-fiction » l’auteur nous précise la genèse de ce mot tant outre Atlantique que sur notre bon vieux territoire.

Au final, nous voilà donc en présence d’un ouvrage unique et indispensable où rien n’est oublié. Ainsi de la revue « V magazine » en passant par « Bolero » le royaume des éditions « Del Duca » celle d’Hauteville, les débuts de « Richard-Bessière » et de « Keller-Brainin » de Jimmy Guieu , de Brantonne et Jeff De wulf, la genèse des éditions Fleuve noir ( tous genres confondus) de la revue Fiction , des petits publications comme « Le trotteur » « Grand Damier » « Série 2000 » ou les plus connues comme « Le rayon fantastique » ou « Présence du futur » , c’est la porte ouverte vers un univers merveilleux que nous découvrons et que l’auteur nous propose avec toute sa modestie, son érudition mais surtout cet art de savoir diriger une livre à vocation historique en l’écrivant comme un roman tellement passionnant qu’il nous est impossible de le lâcher. Cela fait bien des années que je manipule ces précieux petits volumes sans me douter un moindre instant de leur fabuleuse histoire qui fut bien souvent le fait d’un hasard incroyable pour ceux qui les ont écrit et d’une plus mouvementé pour ceux qui les publièrent.
En le lisant, j’ai appris une quantité incroyable de choses, mais ce qui fait la force principale de l’ouvrage, ce sont les détails que Francis Saint-Martin nous livre sur des figures légendaires avec cette lucidité et cette bienveillance propre aux passionnés de l’histoire de la SF et nous livre une foule de détails sur des noms aussi célèbres que Pacifico Del Duca, Georges H.Gallet, Maurice Renault , Michel Pilotin, Jacques Bergier …….. Tout un univers dont nous ignorions l’existence et dont les portes viennent s’ouvrir devant nous et dans laquelle nous pouvons nous engouffrer avec plaisir et ravissement. Voilà une année qui se termine des meilleures façons qui soit car notre histoire de la Science-Fiction en France était orpheline d’un tel ouvrage à la fois didactique, plaisant à lire et un ouvrage précieux pour celles et ceux cherchant des éléments précis , des points de repaires indispensables sur ces auteurs, ces éditeurs et bien souvent ces illustres inconnus qui contribuèrent à l’édification d’une genre.Que ce soit par passion pour la littérature ou par appât du gain, voilà ainsi offert à notre curiosité toute une période de notre histoire populaire qui depuis trop longtemps était resté dans l’ombre et qui vient par ce magnifique ouvrage remettre sur le devant de la scène plus qu’un courant littéraire mais toute une période incroyablement palpitante, tumultueuse et terriblement novatrice.
Saluons une fois de plus Moltinus d’avoir pris le risque de publier un tel ouvrage qui, en raison de son faible tirage reste malgré tout un petit peu cher et que certaines personnes pourraient fustiger pour le manque de reproduction en couleur. Comme tout passionné, je dois avouer regretter le manque de présence de cette imagerie souvent naïve, avec l’éclat chatoyant de certaines couvertures qui vous pètent à la figure, mais je suis aussi partisan de cette bonne vielle phrase « peu importe le flacon….. » et je pense franchement que l’ivresse est là de part le magnifique écrin dans lequel l’ouvrage a été placé et par la qualité exceptionnelles des informations qui se trouvent à l’intérieur , et ça les amis, croyez moi, cela n’a pas de prix !

« La Science-Fiction en France dans les années 50 » de Francis Saint-Martin. Éditions Moltinus  collection « Le rayon vert ».

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« Le Mystère Des Pennes »: Un Détective Des Ténèbres à L’ancienne!

Posté le Mardi 24 décembre 2019

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Le détective de l’étrange est une race hybride provenant du terreau fertile de l’imaginaire qui ne cesse depuis de nombreuses années de créer de nouvelles formes littéraires.

Oscillant entre le fantastique et le récit policier, cette branche dérivée de la littérature dite populaire, manque de réels repères, un peu comme l’enfant abandonné dont on à du mal à trouver les origines. Et pour cause, une fois de plus c’est « une genre dans le genre » et faute d’histoire bien précise, il est un peu à l’image des ses redoutables spectres pourchassés par nos célèbres détectives : il flotte entre deux mondes !

Pourtant les précurseurs furent nombreux et de « Dupin » d’Edgar Allan Poe, au célèbre binôme « Mulder/Scully », prés d’un siècle de chasseurs de fantômes, hantent les rayonnages poussiéreux de nos bibliothèques et envahissent l’espace clos de nos petits écrans. Les auteurs firent preuve alors d’une imagination débordante et l’on tremble devant les exploits de « Carnacki », on frissonne face à « John Silence », on convulse devant les aventures de « Harry Dickson » et on se pâme d’aise à la lecture des exploits de « Sar Dubnôtal »le « Grand Psychagogue ». Car au-delà du personnage central de l’histoire, bien souvent l’auteur nous livre un pur joyau de cette « para-littérature » où se mêlent en un accord parfait, fantastique, policier et parfois même anticipation.

Essayons d’imaginer un seul instant, une aventure de Harry Dickson réalisée par Alain Resnais (projet à l’étude qui ne vit hélas jamais le jour, consulter à ce propos le formidable ouvrage « Repérages » Editions Le Chêne 1974), ou alors un Peter Cushing interprétant « Carnacki » ou Eddy Constantine dans le rôle de « Teddy Verano »….

Des plus célèbres, aux plus anonymes, la quête reste la même : Traquer le mal sous ses différentes formes. Peu importe les moyens utilisés et les motivations de chacun, un seul et unique mot d’ordre va tous les unir à savoir en découdre avec les fantômes, spectres, revenants et autres formes ectoplasmiques.

Du comique au tragique, du médecin tiré à quatre épingle au privé alcoolique, de la supercherie scientifique aux phénomènes paranormaux confirmés, c’est tout un monde «  au delà du réel » de maisons hantées, de statues maléfiques, d’êtres possédés, d’objets envoûtés, de matérialisations monstrueuses, de morts effroyables et de vengeances d’outre tombe, qui s’offrent à nous et ce pour notre plus grand plaisir.

Ma première rencontre avec ce singulier chasseur de spectres remonte à des décennies, à l’époque où je m’abreuvais jusqu’à plus soif des formats de poche de la collection « Marabout Fantastique » avec les magnifiques couvertures de Henri Lievens. Je me rappelle qu’une amie m’avait dit  « tu devrais lire cela, je pense que cela va aussi te plaire » : j’avais dans les mains mon premier recueil des aventures de Harry Dickson le Sherlock Homes Américain ». Je dois avouer un peu avec honte que j’avais toujours rechigné à lire ses aventures, pensant qu’il ne s’agissait que d’aventures policières, genre dont je n’étais pas particulièrement friand à l’époque. Mais dès la première nouvelle, ce fut un choc et depuis, je n’ai jamais cessé de porter ce détective hors normes dans mon cœur bien qu’à l’époque, j’ignorais totalement l’existence des « détectives des ténèbres. »
C’est la lecture des deux numéros spéciaux de la célèbre et rare revue « Le Fulmar » que j’ai commencé à construire ma propre mythologie du genre. Publiés respectivement en Août/ Septembre pour le N°11 et Décembre 83/Janvier 1983 pour le N° 12, depuis cette date, je ne cesse de réunir tous les ouvrages en langue française appartenant au genre et plusieurs étagères appartiennent désormais à ce genre ou policier et fantastique font bon ménage. Je suis donc toujours extrêmement heureux lorsqu’il m’est possible de rajouter un titre à cette passionnante spécialité et qui plus est lorsque l’auteur ne réside pas très loin de chez moi.
Georges Foveau à qui l’on doit de nombreux ouvrages , et notamment une série « Les aventures d’Albert Leminot » sorte de détective de l’étrange « jeunesse » , des romans de Fantasy, d’essais et d’autres consacrés à la littérature générale, pour en arriver à deux ouvrages qui nous intéressent plus particulièrement : « La société des vieilles têtes à longs chapeaux » et « Théodore Compas le détective de l’étrange, le mystère des Pennes » . Ces deux publications, liées étroitement par la présence du fameux « Détective de l’étrange », sont une bien belle découverte en raison non seulement de l’appartenance à mon genre de prédilection, mais aussi et surtout pour la qualité des objets et la qualité des textes en eux-mêmes.
Si le premier ouvrage mentionné brille pour l’éclat de sa parure, édition  cartonnée abondamment illustré de photos et de dessins de Thibaud Langlumé, il l’est aussi comme je le précisais par la présence de notre fameux détective que l’on retrouve dans « Le buveur de foi » ( inclus dans l’ouvrage cité précédemment) et le fascicule « Le mystère des Pennes » . Déjà le terme de « Fascicule » est un enchantement pour les oreilles et on se rappelle avec satisfaction ceux illustrés par Alfred Roloff et bien entendu plus proche de nous, la reprise du célèbre détective dans la collection du Carnoplaste sous la houlette de mon ami Robert Darvel. Une aventure donc qui embaume le midi de la France et construite avec brio autour d’une vieille légende ou abonde malédiction, société secrète, trésor caché…… Cette épopée fleure bon les publications populaires d’antan, mais avec un style calibré aux petits oignons nous révélant un Théodore Compas fort sympathique, aventureux au possible et charmeur à ses heures. On se prête au jeu de l’auteur qui, avec une mécanique bien huilée nous délivre les énigmes au compte goutte, pour terminer par un final digne d’une aventure d’Indiana Jones ……on en redemande !
Mais il ne s’agit pas que d’une autre simple aventure policière aux consonances fantastiques, Georges Foveau est un fin connaisseur du genre et on le devine entre les lignes tout son savoir faire et son érudition en la matière , avec certaines petites allusions dont cette fameuse rencontre avec le célèbre Harry Dickson dans un magasin de curiosités des plus singulier.
Il faut acheter et lire ces deux ouvrages disponibles sur le site « Dark Room » non seulement parce qu’il sont beaux, « Le mystère des Pennes » reprend un format à l’ancienne dans le style des Harry Dickson » mais aussi en raison de cette preuve d’amour envers toute une littérature de genre qui par l’existence de ce type de publications essaye de se démarquer et donner envie au lecteur de tenir entre les mains autre chose qu’un volume formaté à la couverture insipide et au contenu convenu.
Souhaitons de tout cœur que nous retrouverons très prochainement ce très sympathique « Détective de l’étrange » pour de nouvelles aventures  et que l’auteur continuera à nous régaler de ces merveilleuses publications avec ce doux parfum suranné d’autrefois.

« Théodore Compas le détective de l’étrange : Le mystère des Pennes » Par Georges Foveau. Disponible sur le site « Dark Rooms »

« La société des vieilles têtes à longs chapeaux » de Georges Foveau et Thibaud Langlumé. Disponible sur le site « Dark Rooms »

Pour commander les ouvrages cliquez sur le lien: http://darkrooms.shop/index.php

Le mystére des Pennes

La société des vielles tetes à longs chapeaux

 

 

 

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« La Murène » de Brice Tarvel: Aventure Quant Tu Nous Tiens!

Posté le Mercredi 18 décembre 2019

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 Ce qu’il y a de bien chez des auteurs comme Brice Tarvel c’est que le lecteur est certain de trouver suffisamment d’intérêt pour passer un agréable moment de lecture. Peu importe le genre qu ’il aborde, c’est l’imagination qui fait loi et qu’il s’agisse de romans de Fantasy, de romans jeunesse, de fantastique, d’horreur pure ou de détective de l’occulte, on sent derrière tout cela un homme de terrain , habitué depuis sa plus tendre enfance à parcourir les territoires de l’imaginaire. Il n’y a pas de meilleur spécialiste en la matière que celui , infatigable, arpente les méandres cauchemardesques de son imagination pour nous livrer des romans qui à l’image de « La murène » fleure bon cette marmite du populaire où mijote depuis des décennies une bien curieuse pitance qui vient régaler les affamés que nous sommes.
Il y a dans son style peu conventionnel et comme il me plaît à la signaler à chaque fois, cette patte incomparable qui fait que, pas de doute, nous sommes en présence d’un roman de cet auteur. Entre délire de l’imaginaire et style d’écriture aux expressions qui n’appartiennent qu’à lui, chaque roman est une aventure incomparable où, le temps de quelques heures le lecteur va perdre pied et se retrouver dans un univers hors de l’espace et du temps. Pourtant, dans ce roman paru chez Rivière Blanche, nous serions en droit de croire que tout va se passer d’une manière conventionnelle…..Que nenni ! Ne vous fiez pas à l’allure flegmatique du lascar, c’est une véritable tempête qui s’agite sous son crâne, de celles qui ne cessent jamais et qui poussent notre auteur à écrire encore et toujours de folles histoires. Pour preuve donc, l’histoire de Peggy Hammer qui depuis sa plus tendre enfance suite à la rencontre douloureuse avec une murène, s’est retrouvée forte d’un bien étrange don : celui de pouvoir modifier sa peau comme bon lui semble. Mais le fort caractère de la drôlesse ne lui dicte pas à devenir un « super-héros » de pacotille dont les pouvoirs seraient au service du bien, mais plutôt une bien curieuse souris d’hôtel afin d’assouvir ses petites fantaisies…..il faut bien vivre ! Pour son malheur, la charmante créature est liée par les liens de la cambriole avec le responsable de la brigade de vigilance rouge, mystérieuse organisation de l’état, chargée des affaires délicates et dont personne ne connaît l’existence. À sa tête, Lucien Verary qui entend bien utiliser la belle mutante afin de dénouer un sombre affaire de savant fou dont le projet insensé n’en est pas moins la destruction de monde afin d’asseoir son autorité : la routine quoi !
Nous voilà donc embarqué dans un folle histoire se déroulant en partie dans les égouts de Bordeaux, pour finir dans les vignobles de cette belle région, notre belle aventurière accompagnée d’une toute aussi délicieuse créature au don de prémonition, va devoir affronter bien des dangers avant de remettre un bon d’ordre dans ce gigantesque bazar. D’ailleurs profitant de cette escapade dans la région Brice en profite pour faire allusion à un personnage bien connu du monde de l’édition…..je vous laisse découvrir qui !

Entité protoplasmique, rats mutants, horde de Bécassines déjantées, laboratoire secret, végétation mutante, invention folle capable de modifier de climat……Ce livre est un festival de situations rocambolesques où le seul mot d’ordre est de divertir le lecteur et croyez moi, chaque chapitre apporte son lot de surprises tant l’imagination de Brice ne connaît aucune limite.

J’ai toujours aimé les histoires de savants fous, figure emblématique d’une certaine littérature d’avant-guerre où cet esprit vif, mais ô combien dérangé savait assouvir sa soif de vengeance avec des inventions toutes plus folles les unes que les autres et c’est avec cette thématique que le roman vient ici nous divertir, mais avec ce grain de folie supplémentaire propre aux auteurs, justement nourris à cette littérature. Je vous le disais plus haut, à chaque livre signé par l’auteur , c’est une surprise sans cesse renouvelée, on se frotte les mains à l’idée de ce que l’on va découvrir, on salive d’avance à chaque nouveau personnage qui vient enrichir son univers peuplé de ces héros de l’ombre qui viennent acquérir de fait une part d’immortalité. Avec la parution de ce roman chez Rivière Blanche, c’est au final la parfaite symbiose entre un éditeur qui a toujours encouragé la littérature de genre et conservé cet esprit populaire dans le sens noble du terme et un auteur qui porte en lui les derniers germes d’une génération ou écrire est plus qu’un art, mais toute une tradition au service du plaisir du lecteur.
Ce livre par son coté complètement décalé, l’enchaînement dément des situations que vont vivre les personnages (attendez de voir le cambriolage avorté de « La murène » au début du livre.) et cette espèce de « je ne sais quoi » qui confère à l’histoire cette agréable sensation de baigner dans un univers qui nous colle bien à la peau, est la preuve que la littérature populaire, loin de s’étioler retrouve un souffle nouveau que certains auteurs s’efforce de faire (re)vivre avec cette fraîcheur vivifiante et ce devoir de mémoire dans un pays où le genre connu son heure de gloire, un certain déclin et une renaissance source, de la part du lecteur que je suis, d’un émerveillement sans cesse renouvelé.
Pour conclure, la couverture bien que représentant une femme à l’air farouche n’est pas désagréable à voir (nous avons connu pire.) , une illustration plus dans le ton du roman eut été parfait ou alors , à la place du « S » sis sur la casquette de la belle aventurière , un « M » eut été le bienvenu.
Mais ne boudons pas notre plaisir, l’ensemble reste cohérent et nous ne remercierons jamais assez Rivière Blanche de tant d’implication dans les littératures de genre et de nous faire partager d’aussi bons moments de lecture.

« La Murène » de Brice Tarvel, Éditions Rivière Blanche . Collection Blanche N°2183. Illustration Mike Hoffman

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