« La Vision Des Vikings » où la Marche en Avant du Progrès!

Posté le Samedi 5 janvier 2019

Dans le numéro 690 du dimanche 20 Février 1910 de la revue « Journal des Voyages » si le lecteur se laisse emporter par la magnifique couverture de Conrad pour la nouvelle de Victor Forbin « L’infernal passage » il lui faudra toutefois être plus curieux et pousser un peu plus avant son investigation pour découvrir une autre illustration en noir et blanc tout aussi remarquable de Georges Bellenger et illustrant quant à lui un très court texte reproduit ici et relatif aux légendes de la mer. Plus qu’un conte l’auteur, un certain Bonquart, nous révèle une vision prémonitoire, une histoire futuriste par sa chute et que l’on écrivait de façon régulière dans ce genre de publication. Véritable vivier pour les amateurs d’illustrations et d’images Savanturières que nous sommes, cette revue est pleine de ressource, une époque où l’artiste pouvait exprimer son talent sans limite et surtout avec un goût prononcé pour le fantastique et le merveilleux. Pour preuve cette vision complètement décalée , choc des civilisations et de la marche en avant du progrès !

la vision des Vikings logo

Roll, ce chef valeureux que ces compagnons ont surnommé « L’ours du Nord » , est debout, sur la plate-forme de combat élevée à l’arrière de son drake, et Roll est songeur laissant errer inconsciemment son regard sur la mer houleuse. Sur le pont du navire où il règne en maître, sont groupés ses compagnons,

Mille pensées confuses se heurtent en son esprit troublé.Qui donc lui donnera la puissance infinie qu’il rêve ?

Cette cuirasse qu’il porte, ce casque au lourd cimier, les javelots que lancent si loin et si fort son bras puissant, ce drake aux larges flancs qui le porte, tout lui semble devenu jouets d’enfant ; et Roll rêve de nefs géantes, rapides comme l’éclair et portant en leurs flancs la foudre sur lesquelles il s’élancerait à la conquête du monde.

Et il maudit la lourde barque dont il était fier et que sa voile pourtant gonflée, fait à peine glisser sur la mer.

Cependant la nuit vient, aucune terre n’est signalée encore, Roll rêve toujours….

Soudain des clameurs s’élèvent ; les vikings semblent saisis d’épouvante ; les uns s’emparent de leurs armes, les autres, trop affolés de terreur pour songer à la lutte, cherchent un abri dans la cale et tous se heurtent dans un désarroi indescriptible.

«  Qu’y a-t-il ? Et pourquoi craignez-vous ? S’écrie Roll, n’êtes-vous plus les farouches vautours du Nord, et ne suis-je pas Roll, votre chef ?

- Vois, lui dit un de ses compagnons, montrant du geste une vague silhouette qui s’avance vers eux menaçante.

Et Roll regarde, et Roll voit…..

Une masse gigantesque court sur les flots et grandit encore ; de hautes tours la dominent, et de ces tours s’envolent en un mugissements de lourds nuages d’une fumée noire que rougissent des lueurs de flammes. De ses flancs sortent, par des embrasures, de longs tubes d’acier, des barques aux formes étranges sont suspendues autour de ses bords sur de longs bras de fer . Et partout on voit passer ces ombres noires, nautonniers de cette barque infernale. La mer se brise en volutes énormes sur son avant, comme poussée par la tempête. Et le colosse , rapide, semble courir sur la mer….

Roll dans une extase revoit son rêve et ses compagnons groupés autour de lui, respectueux de son admiration pour l’étrange vision, l’entend dire tout bas :

« Voilà l’avenir qui passe ! »

la vision des vikings image

l'infernal passage

 

merveilleuxscientifiqueunblogfr @ 19:14
Enregistré dans les Introuvables
Bonne Année 2019

Posté le Lundi 31 décembre 2018

Bonne et heureuse année 2019 riche en lectures et découvertes sensationnelles.

Merci pour votre fidélité

Bonne année 2019

merveilleuxscientifiqueunblogfr @ 16:37
Enregistré dans En vrac
« Les Attracteurs de Rose Street » de Lucius Shepard: Qui a Peur Des Fantômes?

Posté le Dimanche 4 novembre 2018

Les attracterurs de rose street logo

 

Fraîchement admis dans le très prisé « Club des inventeur » , Samuel Prothero jeune aliéniste dont la réputation reste à prouver est contacté par Jeffrey Richmond à la réputation sulfureuse. En effet, en cette fin du XIXéme siècle on voit d’un mauvais œil un homme aussi génial, vivre dans un quartier mal famé, entouré de miséreux et qui plus est dans un maison ayant servi de bordel pendant de longues années. Richmond lui propose d’asseoir sa réputation en proposant au jeune psychiatre une expertise qui pourrait se révéler déterminante pour sa réputation. En prenant ses quartiers dans l’étrange bâtisse, il découvre alors l’invention que son hôte vient de réaliser, une colossale machine capable de purifier l’air. Mais ce qu’il va découvrir rapidement, c’est que cette structure possède une propriété bien particulière, celle de faire revenir les morts ! Commence alors une étrange aventure où l’aliéniste découvre peu à peu l’étrange relation de Richmond avec sa défunte sœur, Christine, dont le spectre vient hanté la maison et du terrible secret lié à sa disparition prématurée. Commence alors un pénible travail de psychanalyse, ballotté entre une ancienne prostitué dont il tombe éperdument amoureux, un spectre qui supporte mal sa condition immatérielle et son frère qui cache un passé bien plus terrible qu’il n’y paraît. L’aliéniste, plus que sa raison, risque d’y perdre la vie dans un final d’apocalypse où «  L’attracteur de Rose Street » devient une porte ouverte sur le monde des vivants .

 

Dans ce court roman inédit proposé par la magnifique petite collection « Un heure lumière » , nous avons un texte, bien soigné, admirablement écrit et nous racontant la mise en abîme d’un homme qui va se retrouver détruit par sa propre invention. Au delà de cette thématique du « savant fou » , c’est une histoire d’amour et de mœurs que nous propose ici l’auteur dans un cadre victorien fort bien à propos, venant renforcer l’atmosphère délétère et de déchéance qui flotte dans cette sinistre demeure. En se faisant côtoyer plusieurs thématiques, histoire de fantôme et de maison hanté, c’est aussi un roman à caractère sociologique où nous est dépeint un société machiste complètement gangrenée par le cadre étriqué de la bienséance et du « quand dira t-on », du moins en apparence. Mais ce roman est avant tout une formidable histoire de possession, doublé d’une histoire d’amour où les personnages vont se retrouver prisonniers non seulement de leurs sentiments mais des remords d’un passé qui leur est impossible d’effacer. Malgré la taille de l’œuvre, les personnages ont une belle consistance et Shepard est parvenu à créer une véritable atmosphère étrange , proche de l’ oppression. Cependant, une question se pose à la lecture de ces 128 pages : Le roman dégagerait-il une telle force s’il avait été traduit différemment ? En effet il nous faut saluer ici le talent de Jean-Daniel Brèque dont on retrouve toute la minutie du choix des mots avec ce style qui lui est propre et que l’on retrouve avec délectations dans sa collection Baskerville, consacrée exclusivement au polar Victorien.Sous sa plume inspirée, le roman se révèle être d’une lecture plus qu’agréable, elle bonifie un texte qui à mon avis demandait un grande subtilité de traduction en regard de la thématique et de l’époque où se situe le roman . Certes, c’est un exercice dont il a grande habitude, toutefois un roman contemporain situé dans le passé avec le style de l’époque , voilà un défit qu’il était difficile à relever et les deux écrivains ont réussi à le relever haut la main et je puis vous assurer que « Les attracteurs de Rose Street » est la meilleur histoire de fantôme que j’ai eu l’occasion de lire depuis fort longtemps.

Sous une magnifique couverture d’Aurélien Police, voilà un petit roman dont le prix ridicule ne grévera pas votre budget et qui marquera certainement votre esprit de lecteur féru d’histoires de fantômes.

« Les attracteurs de Rose Street » de Lucius Shepard, Éditions Le Bélial collection « Une heure lumière » N° 15. Couverture d’Aurélien Police.

Les attracterurs de rose street

merveilleuxscientifiqueunblogfr @ 18:19
Enregistré dans les coups de coeur du "Moi"
« La voix des Morts » de Eric Bony: Une Aventure de Thomas Cazan , Journaliste de L’étrange!

Posté le Vendredi 2 novembre 2018

la voix des morts logo


Lorsque Thomas Cazan est contacté par une riche excentrique afin de se lancer sur les traces d’une curieuse machine à dialoguer avec les morts, septique au départ, il va par la suite se laisser entraîner dans une bien singulière aventure , jonchée de mystère, mais surtout d’un grand nombre de cadavres ! Il faut dire que l’on ne plaisante pas avec les morts et le héros du livre sait de quoi il parle, un drame douloureux lors d’une précédente enquête lui ayant ôté la présence du seul être au monde pour qui il avait un réel attachement. Mais la quête de cette mystérieuse machine ne va t-elle pas l’entraîner dans une histoire bien plus complexe qu’elle n’y paraît ? Pourquoi des hommes meurent-ils foudroyés par une fantomatique apparition, pourquoi une correspondance entre le célèbre Camille Flammarion et Thomas Edison suscite t-elle tant de convoitise, quels bénéfices la « Fondation Edison pour le Progrès » comptent-elle tirer de la découverte du fameux nécrographe et d’ailleurs cet appareil existe t-il vraiment ? Autant de questions que va essayer de résoudre le journaliste de la revue ENIGM , aidé en cela de manière indirecte par son ami policier le capitaine Bennoum qui va également faire les frais de cette incroyable aventure où se mêle d’une manière inextricable réalité et fiction, avec des enjeux pouvant avoir des retombées lourdes de conséquences, tant sur le plan scientifique que mystique.

Passionné des détectives de l’occulte et fortement impressionné par les deux précédents volumes d’Éric Bony (dont vous trouverez une chronique du premier volume « Le tombeau du diable » sur les pages de ce blog) j’étais donc impatient de me replonger dans les mystérieuses enquêtes de ce journaliste de la revue ENIGM . Fébrilité se mêlant avec une curiosité toute justifiée par la lecture récente d’un ouvrage de Philippe Baudoin, grand spécialiste de spiritisme, consacré au célèbre inventeur Thomas A.Edison et de sa peu connue machine à communiquer avec les morts : le nécrophone. Dans ce volume intitulé « Le royaume de l’au-delà précédé de Machines Nécrophoniques » l’auteur nous révèle le mystérieux parcours de cette invention hors norme et de la relation existant entre le milieu scientifique de l’époque (nous sommes au début du XXéme siècle.) et le monde spirite, mais surtout les différentes « machines » qui furent imaginées afin d’établir un contact avec le monde des morts. D’ailleurs, Eric Bony ne manque pas de remercier Philippe Baudoin, de lui avoir révélé par l’intermédiaire de cet ouvrage, l’existence du nécrophone et par voie de conséquence d’avoir contribué quelque part à la réalisation de « La voix des morts ». Mais une simple idée ne suffit pas à écrire un bon roman, encore faut-il tout le talent d’un auteur pour réaliser ce subtil mélange permettant au lecteur de se faire happer dès la première page et de le tenir en haleine jusqu’à la dernière. Il y a des talents comme ça qui réussissent ce pari de cette curieuse alchimie entre les genres et construisent une aventure qui vous accroche dés le premier chapitre en vous disant que, quoi qu’il arrive, vous ne lâcherez pas le livre.
Probablement, qu’il a joué sur la corde sensible du Savanturier que je suis depuis fort longtemps , mais il faut avouer que tous les ingrédients sont réunis pour me satisfaire tout en poussant de petits gloussements de satisfaction .L’amateur de curiosité littéraire trouvera donc dans ce volume de 300 pages, un habile mélange de polar ésotérique, de fantastique, d’aventure et de ……merveilleux scientifique ! Car voyez-vous les amis Eric Bony s’est fait plaisir en introduisant des éléments historiques pour agrémenter son récit, on y parle entre autre de la découverte d’un ancien tunnel sous la manche, mais le lecteur stupéfait va également se trouver au cœur d’une intrigue sous l’emprise d’une puissante société occulte, sans oublier l’intervention de personnages ayant marqués il y a fort longtemps les esprits scientifiques et littéraires, dont Camille Flammarion et Jules Verne en sont les plus célèbres représentants. Que le lecteur avide de situations qui frisent le rocambolesque et le populaire se frottent également les mains, car le personnage le plus charismatique du roman d’aventures y trouve également une place de choix avec une découverte sensationnelle qui va ajouter un énorme plus à ce roman déjà riche en rebondissements.
En jouant habilement avec les grands classiques du genre, l’auteur nous livre dans cette troisième enquête de Thomas Cazan, digne successeur de Carl Kolchak (les amateurs de la série « Dossiers brûlants comprendront) un roman digne de figurer dans toutes les bibliothèques des Savanturiers, car il est la synthèse de tous les genres que nous apprécions tous et dont la thématique du détective de l’occulte et du merveilleux scientifique en son les saveurs probablement les plus appréciées des amateurs.
Le seul bémol reste la couverture, qui ne rend pas hommage à ce magnifique bouquet d’imaginaire que nous propose Eric Bony. Son coté photo montage « cheap » tenterait plutôt à décourager si nous ne connaissions pas ce nouveau héros des détectives de l’étrange et de tout le talent de cet auteur dont nous attendons avec impatience la suite de ce très plaisant « La voix des morts »

« La voix des morts » d’Eric Bony. Edition City Thriller 2018.


Dans la même série lire également « Le tombeau du diable » et « La musique des ténèbres » les deux précédentes aventures de Thomas Cazan, journaliste de l’étrange.

la voix des morts

 

 

 

merveilleuxscientifiqueunblogfr @ 18:21
Enregistré dans les coups de coeur du "Moi"
« Jules César » ou Comment Voyager Dans Le Temps En S’amusant. De A.Grandazzi, S.Tamaillon & A.Meteignier

Posté le Dimanche 21 octobre 2018

Lorsque Stéphane Tamaillon publie un ouvrage jeunesse, il faut toujours s’attendre à ce qu’il y ait un soupçon d’imaginaire et ce n’est pas la parution de « Jules César, une visite au musée des temps passés » qui viendra ici me contredire, Jugez plutôt par vous-même avec le début de l’histoire :

« Le 15 Mars 2144, la classe de Mme Nosco embarque à bord de l’aérobus de l’école , direction le musée des temps passé, L’apparie survole la ville en un éclair, ou presque, Quelques minutes plus tard, le véhicule atterrit devant un grand bâtiment de verre et d’acier. Terminus tout le monde descend ! »

Les deux héros de cette trépidante aventure, Alpha une jeune fille et Oméga son équivalent masculin, doivent faire une visite du musée et à l’aide de leur tablette, préparer un exposé dont le thème sera : Jules César ! Un peu bougons, les deux enfants commencent la visite du musée à la recherche de précieux indices et vont faire la rencontre d’un curieux gardien qui leur propose pas moins que les clefs d’une machine à voyager dans le temps ! Celle-ci à la possibilité de les rendre invisibles et de pouvoir donc en toute liberté, aller espionner nos ancêtres du passé. Pas le temps de dire « ouf » et voilà nos deux explorateurs temporels lancés sur les traces du plus célèbre des empereurs romains.
Un voyage extraordinaire et périlleux, où les deux intrépides adolescents vont faire bien des découvertes pour se faire rappeler à l’ordre par leur institutrice qui inquiète de leur longue absence, va revêtir un scaphandre temporel pour aller les récupérer le jour de l’assassinat de Jules César et les ramener dans le futur afin de réaliser un magnifique exposé suscitant l’admiration de tous les élèves.

Une histoire de voyage dans le temps se voulant à la fois divertissante et didactique et je dois avouer avoir pris un certain plaisir à parcourir les pages magnifiquement mises en scène par Alice Meteignier, collant parfaitement avec le texte. Chaque mot difficile ou technique est écrit en rouge (surtout concernant les « termes » de la Rome ancienne) et vous invitant à vous rendre en fin du volume composé d’un lexique, mais également d’un dictionnaire des personnages cités dans le volume, sans oublier une précieuse chronologie des événements entre la naissance de César et sa fin tragique,
J’ai, dans cette histoire, redécouvert des choses que j’avais complètement oublié, ou d’autres que je ne savais pas comme l’apparition de la comète de Halley l’année de la mort de César, signe dans lequel les Romains virent l’affiliation du défunt à une divinité.
Au final un excellent cours d’histoire en s’amusant et qui plus est, purement de science-fiction, un moyen supplémentaire d’apprendre en se divertissant et une nouvelle approche ludique des immenses possibilités de notre imaginaire.
Un grand bravo aux trois collaborateurs de ce voyage dans le temps, belle mise en pages, beaux dessins et texte en parfaite adéquation avec un jeune public, un bel outil de travail vivant et amusant qui devrait réconcilier les plus irréductibles avec les cours d’histoire 

« Jules César, une visite au musée des temps passé » de Alexandre Grandazzi & Stéphane Tamaillon, Dessin de Alice Meteignier. Éditions Perrin/Gründ.

Jules César

jules césar machine temporelle

jules césar verso

 

merveilleuxscientifiqueunblogfr @ 18:11
Enregistré dans En vrac
Le Novelliste N°2: Magnifique Osmose Entre L’ancien et le Nouveau!

Posté le Lundi 17 septembre 2018

 

le novelliste logo

Reçu le numéro 2 de la la revue « Le Novelliste » et le moins que l’on puisse dire c’est qu’une fois de plus l’ami Léo Dhayer et Lionel Evrard a mis les petits plats dans les grands avec un sommaire plus que réjouissant: Kriss Vila, Christine Luce, André-François Ruaud ( belle nouvelle fantastique emprunt de nostalgie), Pierre-Paul Durastanti (Interview sur la collection Pulp’s) Arthur Conan Doyle, Lyon Sprague de Camp ( longue nouvelle inédite) , un superbe texte de Alain Dartevelle ( Sublime hommage à Jean Ray) un Port-Folio de Fred T.Jane et sa vison de l’avenir , la deuxiéme partie de « Hartmann l’anarchiste », un excellent article de Fabrice Mundzik « Les réseaux sociaux du dix-neuvième » (faisant suite à une nouvelle de Camille Lemonnier) plus d’autres nouvelles toutes aussi passionnantes les unes que les autres. Comme à son habitude , cette magnifique revue est très éclectique en mélangeant auteurs anciens et modernes et les amateurs de publications à « 10 sous » seront ravis avec une importance toute particulière accordée aux « pulp’s » ( qu’ils soient français ou états-unien) avec entre autre le très intéressant article de Christine « La fiction à deux sous ».
Après une fort belle présentation du rédacteur en chef « Vous avez dit Pulp » et du chemin pris par « Le Novelliste » et de sa mise en valeur d’auteurs oubliés ou non , mais surtout de rééditer des textes importants pour notre patrimoine populaire de l’imaginaire, laissez vous emporter par la magie et la pertinence de cette revue dans un monde éditorial parfois aseptisé, sortez des sentiers battus avec ce bel objet dans un magnifique écrin orchestré par Hannes Bok.Je suis certain que vous allez être surpris et transporté vers cette littérature dite marginal mais qui nous prouve par le présent volume qu’il nous reste encore plein de choses à découvrir. J’ai pour ma part été enchanté d’admirer les magnifiques compositions de Heinrick Kley artiste Allemand génial, dont j’ignorais jusqu’à l’existence et qui vient de rejoindre ma liste d’illustrateurs préférés. Tout cela pour 12 Euros, il serait sacrilège et anti-Savanturier de laisser filer une si belle occasion de parfaire votre culture de l’imaginaire.

le novelliste 2

le novelliste verso

merveilleuxscientifiqueunblogfr @ 22:20
Enregistré dans en feuilletant les revues
« Femmes D’Argile et D’Osier » de Robert Darvel: L’Aventure, Toujours………

Posté le Mercredi 12 septembre 2018

femmes d'argile et d'osier logo


- « Ne dirait-on pas des bris de céramiques géantes ? Avança Hary Foote,
- Plutôt des caillots noirs vomis par les ruptures hémorragiques d’une civilisation cyclopéenne, non ? Lui opposa le chirurgien Erving »

Lorsque le 24 Juillet 1911,Hiram Bingham « découvre » les ruines du Machu Picchu, il était loin de percevoir l’impact de cette incroyable et improbable mise au jour du site archéologique le plus célèbre au monde. Car voyez vous l’histoire a pour malice de nous révéler que les choses qui restent en surface et loin de vouloir gratter au plus profond de ses couches successives, elle préfère nous raconter l’aspect le plus crédible des choses, tout ce que le public sera prêt à recevoir sans un haussement de sourcil ou une rire sarcastique. Chers Amis, les livres d’histoire nous mentent ! Pour preuve cette immense farce qu’est la découverte de l’Amérique et comme il est plus compliqué de revenir sur des prérequis vieux de plusieurs décennies, le choix sera de vouloir se cacher la face et continuer de nous bercer de la douce illusion de nos petits acquis intellectuels. Fort heureusement, il existe des hommes qui prenant leur courage à deux mains, n’hésitent pas à révéler à un public souvent naïf, l’incroyable vérité, au risque d’émousser sérieusement leur solide réputation. Robert Darvel est de cette trempe-là et, armé de toute une pile d’ouvrages scientifiques, d’études ardues pour le commun des mortels et de vieilles cartes qu’il vous faut déplier avec d’infinies précautions, cet homme disais-je, va se plonger au cœur même de l’aventure et suivre les trace de cet intrépide explorateur dont une poignée d’individus à peine, connaît la véritable histoire des « Femmes d’argile et d’osier ».
C’est avant tout un roman d’aventure avec un grand « A » que nous livre ici l’auteur, loin des artifices et des phrases maintes fois rabâchées, car plus que se faire le biographe d’un intrépide explorateur, il va réaliser un tour de force graphique, mais pas n’importe lequel car voyez-vous, l’écriture ça se mérite comme il en va de même avec cette génération d’hommes intrépides qui firent la gloire du cinéma et de nos bibliothèque. Ouvrir un tel roman, c’est vivre de fait une double expérience, celle de suivre les traces imaginaires de ce qui est peut-être arrivé (thèse valable à défaut de preuves contraires) mais surtout ne faire qu’un avec le style inimitable de cet explorateur du vocabulaire, savanturier hors pair de la narration qui vous emporte dans son verbe aussi enivrant que les fleurs exotiques qui abondent dans la jungle de ces contrées lointaines. Bien entendu, comme je l’ai déjà lu sur la toile à propos de son roman, on pense aux films de Herzog et au tout récent « The lost city of Z » de James Gray, tant dans le roman, la foret est perçue comme une entité vivante, prête à nous engloutir à notre tour, mais ce serait trop réducteur et ne pas regarder également du côté du réalisme fantastique sud-américain et de ces auteurs qui sonnent à nos oreilles comme autant de promesses de savoureuses et hallucinantes lectures, une erreur impardonnable : Borges, Marquez, Sepulveda,Varga Llosa………
Tout dans cette aventure fleure bon les auteurs de ces pays que l’on a tendance à oublier, mais qui pourtant imprègne notre imaginaire d’une façon pérenne tant leur style narratif est d’une puissance rare et leur approche de l’imaginaire est en parfaite osmose avec cette nature qui à l’image du shintoïsme au Japon, est partout et ce bien avant que n’apparaisse la toute première ébauche de l’homme. Pour avoir passé quelque temps au Pérou, j’ai retrouvé avec plaisir l’odeur de la terre et de la végétation, la fureur et la majesté de l’Urubamba , le contact avec les habitants locaux, si fiers de leurs racines et qui portent encore sur leur visage toute la noblesse et la beauté d’une civilisation à la gloire passée, éradiquée par un pays « civilisé » affirmant son arrogance de conquérant à coup de mousquets et de crucifix. Le roman de Robert Darvel possède cette particularité de nous transporter dans un univers incroyablement bien construit , « dicté par une logique où effectivement des éléments perçus et décrétés comme  magiques , surnaturels, voire irrationnels surgissent dans un environnement défini comme réaliste, à savoir un cadre historique, géographique, ethnique, social ou culturel avéré », mais avec sa manière à lui baignée dans un onirisme qui lui est propre, généreux en diable lorsqu’il lui faut placer ses personnages dans des situations où cette fameuse frontière entre le réel et l’imaginaire nous enveloppe de cette brume d’une formidable densité tant sa matière est chargée des mystères de la terre. C’est un roman unique où le réel s’imprègne peu à peu de toute la magie d’une civilisation ayant toujours entretenu un rapport étroit avec la nature, où les dieux reposent d’un sommeil tout relatif et dont les rêves projettent les vivants dans un univers fait de femmes aux corps parfait d’argile et d’osier. On se laisse emporter par cette frénésie surréaliste et si l’action laisse souvent la place à un exercice de style où la beauté des décors n’a d’équivalent que les situations extrêmement bizarres dans lesquelles se débattent nos intrépides explorateurs, cet univers à la fois dangereux et fascinant est une porte ouverte vers un monde insoupçonné, régit par ses propres lois, sa propre logique.
Franchir cet œil du monde pour évoluer dans « l’en deçà », c’est mettre les pieds où le lecteur doit abandonner tout ses repères, admettre l’impensable, écouter parler les pierres, tomber sous le charme de femmes aux corps subtils que seuls les initiés peuvent discerner, affronter les terribles gardiens du temple, hommes de métal et de rouille et atteint d’un mal encore plus dévastateur : une terrible malédiction qui va les obliger à renaître encore et toujours et rester prisonnier de leur misérable carcasse, ossature de métal grossier dans un monde aux fragrances subtiles. Lire une telle aventure, c’est admettre qu’un homme, unijambiste, trouve sa force dans un scaphandre trouvé en pleine jungle et terminer son formidable périple par un nouveau membre accordé par dame nature et qui tel un lierre doué d’une conscience propre va finir par l’assimiler et ne faire qu’un avec lui. Poupées dotées de conscience, muletier capable de se dissocier tel un pantin de bois…….. Une imagination sans limite, poussée dans ses plus magnifiques retranchements afin de sublimer une expédition de légende dans un cadre hostile et sans concession, mais pouvant se révéler d’une grande richesse pour celui qui parviendra à ouvrir ses propres portes de la perception.
Heureux lecteur se laissant aller à cet inoubliable périple, se fondre dans la masse et plonger au cœur de cette forêt aux multiples facettes, il lui sera alors possible de ressentir la métamorphose des protagonistes de l’histoire, pris au piège de cet univers qui vous hypnotise et vous paralyse tout en les laissant s’imprégner de cette douce chaleur, cataplasme onirique apaisant leurs muscles endoloris. Leur devenir ne sera plus le même en prenant pleinement conscience que les ruines du Machu Picchu ne sont que futilités face à la délicatesse d’un monde qu’ils seront probablement les seuls à revendiquer.
Nul doute qu’une fois de plus, l’auteur nous livre ici un roman d’aventure avec ce qu’il possède de plus noble et de plus jouissif pour le lecteur qui se respecte ,une merveilleuse pépite, un ovni littéraire, serti dans un écrin de la plus belle élégance que les amateurs éclairés n’hésiteront pas à enfermer dans leur coffre à bijou/bibliothèque.
Une magnifique légende vient ici de naître, celle des femmes d’argile et d’osier dont je viens de tomber amoureux et qui pendant fort longtemps, viendront entretenir cette passion pour l’imaginaire français qui de marquer un grand coup.
Qu’il est bon de temps à autre de sortir, à l’image de Hiram Bingham , des sentiers battus et de se laisser aller à découvrir des territoires vierges, mais riches d’une prose et d’un imaginaire rarement rencontré.

Robert Darvel me fait penser à un volcan, calme en apparence mais bouillonne intérieurement et lorsque jaillit l’éruption c’est pour nous submerger d’un feu intérieur , une coulée de mots d’une beauté époustouflante et qui avance inexorablement mû par une force tranquille et dont le passage ,bien des années après,laisse les traces de son extraordinaire puissance.

« Femmes d’argile et d’osier » de Robert Darvel. Publié par les moutons éclectiques sous une magnifique couverture panoramique de Melchior Ascaride.

femmes d'argile et d'osier

merveilleuxscientifiqueunblogfr @ 22:15
Enregistré dans les coups de coeur du "Moi"
Vous en Réviez: Guy Costes et Joseph Altairac l’ont fait!

Posté le Jeudi 6 septembre 2018

Après un monumental ouvrage sur les terres creuses, voici que nos deux plus brillants spécialistes de l’anticipation ancienne récidivent avec un monstrueux  et incroyable coffret qui va faire passer bien des nuits blanches aux amateurs du genre: Incontournable!

Deux volumes reliés sous coffret

« Auteurs du monumental essai bibliographique Les Terres creuses (2006) consacré aux mondes souterrains imaginaires, Guy Costes et Joseph Altairac explorent cette fois, avec Rétrofictions, les domaines de l’utopie, des voyages extraordinaires, du merveilleux scientifique et de la science-fiction ancienne, en reprenant à leur compte le concept unificateur de « conjecture romanesque rationnelle » théorisé par l’encyclopédiste Pierre Versins.
Cette entreprise ne constitue cependant pas une simple mise à jour de sa célèbre Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science fiction (1972) : en effet, Rétrofictions concerne exclusivement les productions francophones, mais recensées dans une perspective d’exhaustivité, à partir de 1532, date de publication du Pantagruel de Rabelais, jusqu’à la création en 1951 du « Rayon Fantastiquec» et d’ « Anticipation », premières collections françaises de science-fiction.
L’ouvrage propose près de 5000 entrées onomastiques consacrées aux auteurs de 11000 occurrences dans des genres et sur des supports les plus divers (littérature, poésie, théâtre, bande dessinée, illustration, cinéma, radiodiffusion, carte postale, assiette ornée, etc.), oeuvres dont l’appartenance à la conjecture rationnelle se trouve à chaque fois justifiée par un extrait ou un descriptif, accompagnés de données bibliographiques précises. La reproduction de plus de 1000 documents iconographiques témoigne de l’importance accordée par les auteurs à l’illustration au sens large.
Enfin, un imposant index thématique achève de faire de Rétrofictions un ouvrage de référence et un outil indispensable aussi bien à l’amateur et au collectionneur qu’au chercheur travaillant sur l’histoire et l’évolution de la science-fiction francophone sous toutes ses formes. »
Illustration de couverture de Jeam Tag.

C’est ici: https://www.lesbelleslettres.com/livre/3759-retrofictions

retrofiction

merveilleuxscientifiqueunblogfr @ 22:32
Enregistré dans la vieille anticipation en librairie
« L’Evangile Cannibale » de Fabien Clavel

Posté le Mercredi 15 août 2018

l'évangile cannibale logo


Curieux roman que celui de Fabien Clavel, auteur dont j’avais fait un coup de cœur pour son magnifique ouvrage « Feuillet de cuivre » , nous révélant tout le talent d’un écrivain protéiforme à l’imaginaire riche et parfaitement structuré. Tout comme celle du vampire, la thématique du zombi à maintes fois était utilisée, usée jusqu’à l’os pour rester dans l’ambiance et ce qui m’a poussé à me rendre acquéreur de ce volume réédité par l’excellente collection de poche « Hélios », c’est avant tout la couverture et par voie de conséquence retourner le livre, lire le résumé et l’acheter immédiatement. Il y avait dans ces quelques lignes ligne ce fameux « je ne sais quoi » qui souvent fait la différence et surtout un sujet, certes classique dans la littérature de genre, mais surtout ce petit plus qui ne pouvait que valoriser encore plus le roman : le fait d’utiliser des retraités comme héros. L’exercice avait été traité avec brio dans le roman de Brice Tarvel « Le bal des iguanes » et quelque part, j’avais envie de me replonger dans cet univers encore plus décalé que celui des zombis : celui des vieux !
Pour avoir travaillé en leur compagnie en tant que soignant, c’est un univers que je connais bien et contrairement aux croyances populaires, je sais que c’est un monde particulier, où l’on est parfois loin de l’image du sage, bourré d’expérience, de patience et de bon sens…….. Non le vieux peut se révéler souvent acariâtre, obsessionnel, paranoïaque, sournois et con au possible ! Je le sais nous sommes tous condamnés à y passer ! Cet état de fait ne fait qu’accentuer l’ambiance du roman où Fabien Clavel use de beaucoup d’humour et de lucidité afin de nous présenter les personnages de la pension du mûrier où une poignée de locataires va vivre un road-movie post-apocalyptique au rythme lent de leurs fauteuils électriques face à des adversaires certes tout aussi lent qu’eux, mais vachement plus vénères.
Le roman est réalisé sous la forme d’un témoignage audio réalisé par le héros/narrateur constituant le périple de cette poignée de survivants, face à un monde complètement cannibalisé par les effets à retardement d’un traitement aux vertus soi-disant rajeunissantes, mais qui se révèle un véritable fléau pour l’humanité. C’est un témoignage fortement corrosif sur une société, pas si loin que cela de la nôtre, où il n’y a ni bon, ni méchant, seulement des êtres humains qui agissent d’un bord comme de l’autre pour assurer leur survie. En décidant de se cloîtrer sur tout un étage de leur maison de retraite, condamnant toutes les issus, cette communauté de vieux révoltés sous la houlette d’une grabataire aux soi-disant dons de voyance, va ressortir au bout de quarante jours,constater que le monde n’est plus ce qu’il était et livré à une population complètement zombifiée, qui au fil du récit va se révéler de plus en plus vindicative et…….. affamée ! Le groupe d’ancêtre traverse alors Paris au rythme lent de leurs fauteuils électriques sous les assauts permanents de créatures qui n’agissent que par un seul et unique désir : manger !

Fabien Clavel nous livre alors un roman d’une cruauté sans concession, parsemé d’un humour décapant sous les actions parfois complètement décalées de ces vieillards qui agissent souvent plus par égoïsme que par charité . C’est un roman sur la paranoïa d’un homme qui se proclame être le seul à sauver l’humanité et décider de repeupler la terre avec une nouvelle génération en usant de procédés qui font froid dans le dos. Cet évangile cannibale se révèle d’une grande lucidité face à la nature humaine qui, lors de situations extrêmes , se met à nu tout en faisant ressortir ses faiblesses, sa folie et son incroyable connerie et au final, on ne sait plus qui est qui , toute cette clique dépenaillée, les habits déchirés et salles, les couches pleines de matières organiques se fond dans le décor : des survivants, des mutants comme les autres !

Mais c’est également un roman amusant où l’auteur joue sur les travers de la personne âgée en les sublimant lors de passages savoureux qui mettent certes beaucoup de cynisme mais un peu de douceur dans ce monde de brute. Certains passages y sont tout simplement hallucinant comme la toute première rencontre du zombi dans le parc monceau ,le chapitre où les rescapés trouvent refuge dans le jardin du Luxembourg tentant en vain d’organiser une retraite confortable jusqu’au jour où ils seront contraint d’évacuer face à une marée putrescente et ce final d’apocalypse dans un champ de mars bombardé par des avions militaires qui tentent , en vain, de mettre fin à cette abomination grouillante……Le final est sans concession, à l’avenant du roman qui reste à mon avis un petit ovni du genre avec un parfait équilibre entre humour et horreur , deux « h » qui vont dominer tout au long de cet « évangile cannibale » , car voyez-vous même chez les personnes « civilisées » la faim justifie les moyens et avec ou sans dents l’homme peut se révéler bon, mais dans le sens culinaire du terme.

En résumé, un portrait au vitriol de notre société qui certes relègue nos vieux dans des mouroirs, mais finalement, valent-ils mieux que ceux qui les y mettent ?

Une belle réussite , un roman qui vient mettre un peu de fraîcheur dans une thématique qui commençait à prendre un sérieux coup de vieux !

En plus de la magnifique couverture de David Hartman, qui je ne sais pas pourquoi me rappelle furieusement certains dessins de Jean Solé, vous trouverez en fin de volume une interview de l’auteur où il s’exprime sur son choix, sa source d’inspiration et le lien qui existe entre certains des personnages du livre et l’ensemble de sa production. Un excellent moyen de découvrir un auteur particulièrement intéressant.

Extrait:

« On a toujours nos blouses blanches.Ridicules.Elles ressemblent plus à  rien.Des traînées sales de sueur.Les gribouillis noirs des goules.Et puis, moins glorieux, des traces de merde au cul, d’urine jaunâtre sur le devant.

Mais on est des survivants!

C’est nous les anges, les messagers.On vient apporter la bonne parole, ce nouvel évangile des morts, l’évangile cannibale.Le temps nous lavera de nos souillures.On reviendra immaculés, NOUS SERONS JUGES! »

 

« L’évangile cannibale » de Fabien Clavel éditions Mnémos collection « Hélios », couverture de David Hartman. Mars 2018. Parution originale en Janvier 2017 chez ActuSF.

l'évangile cannibale

l'évangile cannibale original

 

merveilleuxscientifiqueunblogfr @ 17:20
Enregistré dans les coups de coeur du "Moi"
« Sous Terre Personne Ne Vous Entend Crier » de Gilbert Gallerne : Un polar Fantastique Noir et Effrayant!

Posté le Mercredi 25 juillet 2018

sous terre personne ne vous entend crier logo


Hasard des lectures , en classant les livres de ma bibliothèque, je tombe sur un ouvrage de la collection « Gore » le N°36 « Cauchemar à Staten Island » de Gilles Bergal , dont je parlais il y a peu dans la malle de l’étrange. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que je connaissais le Gilles Bergal écrivain de fantastique alors que je connaissais peu Gilbert Gallerne, plus auteur de polars . Honte à moi, il s’agit en fait de la même personne et comme j’apprécie énormément cet auteur dont je me rappelle l’anthologie parue chez Corps 9 « Créatures des ténèbres », je commande son dernier ouvrage « Sous terre personne ne vous entend crier » aux éditions French Pulp (qui ressortent entre autre « La compagnie des glaces » et la mythique série de Benoit Becker consacré au cycle « Frankenstein ») et me lance donc en simultané dans la lecture de ses deux romans.Deux signatures mais une même plume, avec toutefois 32 ans de décalage et en plus avec une thématique non pas similaire , mais une toile de fond identique puisque les deux romans abritent dans les entrailles de la terre (les égouts en l’occurrence) des sortes d’aberration de la nature, Mais les similitudes vont s’arrêter là (si l’on excepte le personnage principal, une commissaire de police n’ayant pas froid aux yeux) , les deux romans traitant d’une sujet assez éloigné, la survivance de monstruosités proche des profonds de Lovecraft pour le premier et d’un tueur en série pour le second , malgré une tare physique que le lecteur découvrira à la toute fin du roman . Ce qui m’a frappé lors de la lecture du « Gore », c’est la rapidité avec laquelle l’auteur vous place dans l’action, ici pas de fioriture, seuls les faits compte et il vous décrit avec une certaine habileté des personnages assez falots en apparence, mais dont la vie va basculer rapidement dans l’horreur la plus pure. L’ex inspecteur Coogan, marqué dans sa chair par la disparition d’un être aimé n’a plus rien à perdre, c’est un solitaire, un flic dont la carrière n’est pas exempte de belles réussites, mais il se retrouve seul face à une situation extraordinaire et son habileté va lui permettre de faire admettre l’impensable : l’existence de créatures mutantes avides de chair humaine. Dans cette ambiance de docks battus par une pluie incessante, il va provoquer cette horde de dégénérés, donnant lieu à un chapitre fort réussi où il se trouve acculé sur le toit d’un bâtiment, encerclé par les monstres, pour ensuite se conclure par un final d’apocalypse en affrontant avec une poignée de policiers mal préparés, l’antre de ces créatures qui vivent dans un labyrinthe de canalisation servant à évacuer les eaux usées. Un combat éprouvant où peu survivront et permettant de révéler l’incroyable vérité aux autorités sans pour autant prendre les mesures qui s’imposent.

Déjà avec ce roman, l’auteur nous révèle ses qualités , dans un roman qui certes trouve sa place dans une collection « Gore » mais qui à mon avis n’en est pas un pour autant ( avec une couverture assez hideuse et qui ne reflète pas l’esprit du livre) et je ne peux que féliciter les éditions « Rivière Blanche » d’avoir ressorti ce roman dans une collection se rapprochant plus du genre fantastique, car ce « Cauchemar à Staten Island », trouve plus sa filiation dans cette catégorie, lui donnant à mon avis , une meilleure chance de sortir un peu de l’oubli. À noter que ce fort volume contient en outre une autre aventure inédite De Coogan « « La nuit des hommes loups » , ainsi que l’intégralité du recueil de nouvelles cité plus haut « Créatures des ténèbres » .

A la lecture de ce roman fort sympathique, nous avions là, les prémices d’un auteur doué pour  l’imaginaire avec une écriture fluide, baignée de cet univers propre à la littérature de genre avec ce sens de l’urgence dans la description de ses personnages : quelques lignes suffisent à les mettre en place, on sait à qui on a à faire, les caractéristiques des individus et du décor qui les entoure sont presque cinématographiques ! Une même qualité d’écriture que nous allons retrouver bien des années plus tard, avec cet excellent roman policier mâtiné de fantastique, un genre qui semble le revêtir comme une seconde peau. Dés les premières pages, le constat est flagrant, l’homme n’a rien perdu de son plaisir d’écrire et de nous présenter des personnages qui présentés par d’autres, perdraient tout leur attrait et leur charme. Gilbert Gallerne parvient à les rendre vivant et terriblement crédibles, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs passions dévorantes, leurs faiblesses…….leur humanité ! Il se fait ici le porte-parole de ses quidams que l’on croise chaque jour dans la rue et pour lequel nous n’attachons pas d’importance, mais qui peuvent se révéler terriblement passionnant si l’on s’arrête un peu sur l’histoire de leur vie. Dans ce roman, des vies, on en croise plus d’une et il se fait ainsi le biographe de ces personnages insignifiants, mais dont le destin va faire qu’un jour, leurs routes vont se croiser et changer leur vie à tout jamais. Dans un style toujours aussi vif et saccadé, le roman se prend comme une rame de métro, tout va à toute vitesse, les stations s’enchaînent avec parfois quelques arrêts, mais uniquement pour mieux repartir, prendre de la vitesse, encore et encore afin d’arriver au terminus complètement dérouté par le bruit et les secousses !
Dans ces pages, on croise des flics scrupuleux, des flics obtus, une hiérarchie pas toujours efficace, de malheureuses victimes, de pauvres hères en mal d’identité et un tueur qui nous révulse et nous fascine. Dans cette enquête haletante, Jonzac , le héros, va se retrouver face à une terrible situation, rattrapé par son passé qu’il croyait loin derrière lui, mais qui vient lui exploser à la figure comme une bombe à retardement. En suivant, au plus profond de l’âme humaine et des profondeurs du métro parisien, le périple de cet homme qui va le conduire aux portes de l’enfer, l’auteur nous livre le portrait d’un héros de l’ombre qui se veut inébranlable de part sa fonction, mais qui risque de se retrouver déstabilisé face au terrible secret que « le meurtrier des catacombes » cache en lui. C’est une course contre la mort, une course contre la vie qui débute alors et dans une atmosphère oppressante, faite de souterrains putrides, de squats immondes et de débris humains rejetant une société qui lui ferme ses portes, le flic se retrouve alors face à ses propres fantômes, ses propres doutes et peut-être même ses regrets.
C’est également le roman de la nostalgie, de la fin d’une époque et l’annonce dans le texte du transfert du 36 vers les Batignolles et l’arrivée des « jeunes » qui portent certes un regard plein de respect vers leurs illustres pionniers faisant tout pour bousculer une police qui doit évoluer avec son temps, est le signe évident qu’une page vient de se tourner et que cette littérature de genre que nous aimions tant, avec ces grandes figures qui marquèrent toute une génération vont disparaître à tout jamais dans l’ombre des ruines de cet emblématique quai des orfèvres. Il est d’ailleurs surprenant et plaisant à la fois de voir combien l’auteur semble être dans un univers familier, un peu comme si lui-même, dans une autre vie peut-être, à fait partie de « la maison » .
Un roman policier donc, haletant et addictif, à la limite de ce genre crépusculaire qu’est le fantastique et qui nous laisse penser que Gilbert Gallerne est un véritable coureur de fond, que les années ne semblent pas altérer et dont le souffle puissant continue à stimuler l’imaginaire des lecteurs. Si je connais mieux sa part de ténèbres avec toute sa production fantastique qui trône en bonne place dans toutes les bonnes bibliothèques qui se respectent, je viens de découvrir son autre facette, celle d’un auteur profondément humain et dont l’œuvre reflète une personnalité attaché à des valeurs essentielles qui font que dans certaines situations il n’y a pas que des bons et des méchants, seulement des individus qui luttent pour leur survie et prêts à payer au prix fort leurs erreurs passées.
Si vous ouvrez « Sous terre personne ne vous entend crier » je pense qu’il se produira un phénomène assez curieux, il vous sera impossible de la lâcher et en ce qui me concerne, commencé dimanche après-midi un petit break pendant la nuit et terminé le lendemain matin ! Espérons que nous retrouverons Lionel Jonzac lors de prochaines aventures dans l’OCRVP « qui a entre autres pour mission d’élucider les veilles affaires non résolues » , un service qui s’annonce prometteur pour nous amateurs des « X Files » ,
Un grand chapeau pour terminer à cet éditeur « French Pulp » qui pour ce roman nous a fait les faveurs d’une fort belle couverture avec têtes de mort en relief et qui, lorsque l’on regarde son catalogue, nous régale d’aussi belles rééditions.
Alors il ne vous reste plus qu’à vous armer d’une puissante lampe torche, de bottes en caoutchouc et de vous enfoncer dans la moiteur et la noirceur des catacombes, à la découverte d’un univers insoupçonnable à la fois horrible mais terriblement passionnant.

« Sous terre personne ne vous entend crier » de Gilbert Gallerne. Éditions French Pulp, collection « Polar » . Juin 2018

Pour Commander l’ouvrage cliquez sur le lien ci-dessous:

http://frenchpulpeditions.fr/catalogue/polar/

sous terre personne ne vous entend crier

la nuit des hommes loup

cauchemar à staten island

 

 

merveilleuxscientifiqueunblogfr @ 6:12
Enregistré dans les coups de coeur du "Moi"
12345...48