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Archive N° 16 « La joconde retrouvée » De Quirielle réinvente l’art!

Posté le 1 avril 2010

« La Joconde retrouvée »

Roman de Jean De Quirielle .Editions Méricant « Les récits mystérieux ». 1913 ,208 pages. Couverture illustrée couleur de Ch.Atamian. (Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne et de littérature fantastique N° 6 bis Mars/Avril 1991)

Enquêtant sur le vol mystérieux de la Joconde au musée du Louvre, Pierre José Manoël un jeune et dynamique journaliste va se retrouver impliqué dans une fort bien étrange aventure. En compagnie de son fidèle ami, Georges De Hagre, passionné de sciences occultes, il pense bien se faire une solide réputation en récupérant le précieux tableau. Leurs différentes recherches les mèneront à soupçonner un étrange personnage, le baron Liederberg toujours accompagné de son plus fidèle ami ; l’énigmatique Melzi. Cette méfiance à leur égard est renforcée sur des rumeurs les suspectant de l’enlèvement et de la séquestration d’une jeune fille, Margot et dont la disparition remonte à plusieurs jours. N’écoutant que leur courage, ils organisent une expédition nocturne chez le baron, mais la déception est à la hauteur de leur audace, ils feront « choux blanc ».Le suspect n’est qu’un vieil original, amateur de magie noire et en possession d’une bien curieuse machine dont ils ignorent l’utilisation.

Toute l’histoire se déroulera par la suite dans une étrange atmosphère où les indices ne cesseront de s’accumuler sans pour autant permettre d’arriver à une conclusion satisfaisante : Découverte d’un faux tableau de la Joconde, d’un local transformé en bloc opératoire, photo d’une « vraie » fausse Mona Lisa dans un décor actuel. Quelque chose leur échappe, mais quoi et que conclure de tout cela ? Sans oublier les apparitions de cette troublante créature au parfum d’iris et dont la ressemblance avec le personnage du tableau trouble au plus haut point nos deux héros……est-ce la réalité ou le produit fantasque d’une enquête qui affecte de plus en plus leurs sens ?

Toutes les réponses vont surgir de façon inattendues grâce à aux témoignages de Margot, échappée de manière inespérée des griffes de ses ravisseurs et de l’énigmatique créature, cette apparition fantomatique qui troubla tant l’esprit des audacieux détectives. Son origine extraordinaire sera la clef de toute l’énigme. Melzi, dont les origines illustres remontent à la nuit des temps, appartient à une famille qui hérita d’un manuscrit légué par Léonard De Vinci. A l’origine le précieux document fut « codé » par l’illustre maître et il est le seul, en tant que dernier descendant de la lignée, à pouvoir le déchiffrer. Intitulé « La peinture vivante », il parle d’une peinture composée d’une formule spéciale et qui permettrait à celle-ci de « survivre » à travers les siècles, à condition toutefois de lui insuffler l’âme de son modèle. Mona Lisa victime du génial mais perfide Léonard fut emprisonnée dans une toile et condamnée à sourire pour l’éternité.

Cette découverte fait le bonheur de Liederberg, immensément riche et amoureux fou du célèbre portrait, mais surtout de son modèle. Appuyé par la promesse d’une forte somme d’argent,Melzi décide alors de mettre en œuvre tout son savoir,aidé en cela du précieux manuscrit afin de donner vie au célèbre modèle. De Vinci était un méticuleux et les plans de sa machine sont soigneusement rédigés ce qui facilite le travail de reconstruction.

Mais l’hypothèse est des plus folle, défiant toute logique. En effet les atomes de cette peinture vivante chargés de l’âme de la victime sont par un système de miroir projetés par un rayon lumineux de manière à obtenir un spectre, première forme initiale propulsée à son tour au travers d’une lentille géante contenant un plasma vivant. Cette deuxième projection grâce à un procédé magique réussit alors à prendre un aspect physique. Bien évidemment, il nE reste qu’un tas de cendres du tableau ayant servi de support. L’infortunée Margot ayant assistée de façon involontaire à cette expérience fut donc emprisonnée et relâchée avec la complicité du modèle ressuscité. Cette dernière, après avoir assassiné le baron s’enfuira avec Melzi, pas du tout reconnaissante envers son bienfaiteur qui dépensa sans compter pour faire revivre son amour de toujours.

Héla,il y a toujours un « hic » dans les histoires un peu extraordinaires,l’auteur n’utilisera pas comme subterfuge le classique « ce n’était qu’un rêve » mais un procédé qui décevra les amateurs inconditionnels que nous sommes. En effet, « Mona Lisa » sera découverte quelques temps après, ombre d’elle-même et à moitié folle. Il ne reste plus que sur son visage, souffrance et déformation. Melzi voyant le profit qu’il pouvait tirer de la naïveté du baron, en véritable « sculpteur de chair humaine » charcuta une pauvre fille de la rue, de façon à lui donner l’apparence du modèle tant adulé. Après une ingénieuse mise en scène, il fait croire à cette résurrection tant espérée. Une fois les poches pleines, il ne lui restait plus qu’à disparaître et de se débarrasser désormais de ce « chef d’œuvre en péril »

En guise de conclusion

Deuxième roman de Jean De Quirielle chez Méricant et quatrième titre paru dans cette mythique collection, l’explication finale ne manquera pas de décevoir les inconditionnels du genre car le procédé évoqué par l’auteur est sauf avis contraire une véritable innovation et jamais rencontré dans notre domaine. Basé sur des faits réels, le vol de la Joconde au musée du Louvre (21 Août 1911), l’histoire est pourtant fort plaisante et l’idée de cette « peinture vivante » assez originale. Même si la première explication est un mélange d’invention extraordinaire et de magie, cette thèse d’une rematérialisation d’une image projetée, véritable mémoire imprimée, reste unique.

Le thème de la peinture reprenant vie ou de personnages projetés dans un tableau vivant est en général un sujet essentiellement abordé en littérature fantastique (« Le portrait » de Nicolas Gogol, « Le portrait de Dorian Gray » de Oscar Wilde, « Le portrait du mal » De Graham Masterton….). Bien souvent il s’agira de spectres ou de fantômes et donc n’impliquant aucune utilisation de machines ou d’inventions révolutionnaires.

Classique roman mystérieux de l’époque où le genre peinait encore à trouver ses marques, cette  « Joconde retrouvée »  est assez symptomatique de la collection « Les récits mystérieux »avec une explication plus ou moins rationnelles, avec des textes qui oscillaient bien souvent entre roman policier, fantastique et invention merveilleuse, et le sempiternel jeune et courageux journaliste qui ne reculait devant rien pour secourir une jeune fille en détresse. Il faudra les deux autres textes de l’auteur « L’œuf de verre » et « Les voleurs de cerveaux » pour se convaincre de son véritable talent d’écrivain de « merveilleux scientifique ».

Mais je reste toujours très enthousiaste lorsque je me plonge dans la lecture de ce type de roman même si arrivé en fin de volume je peste en constatant que l’auteur n’assume pas jusqu’au bout son sens de la démesure. Dernier petit détail amusant qui à l’époque ne pouvait être pris en considération et concernant l’appartenance plus que probable du modèle à la gente masculine. En effet imaginons la tête du baron Liedeberg si la fameuse machine avait fonctionnée et se trouvant face à une « femme » étalant toute sa virilité. Comme quoi à toute chose, malheur est bon. Au fait j’allais oublié, depuis cette regrettable aventure, les spécialistes restent discrets à ce sujet, le portrait que tout le monde admire avec respect……est une copie ! L’original se trouvant réduit à l’état de cendres.

Bibliographie

« Deux romans d’angoisse » Edition Méricant s.d (vers 1912),contient les deux textes cités par Versins dans son encyclopédie : « L’homme qui fit parler les bêtes » et « L’homme qui ne pouvait pas mourir » .

- « L’œuf de verre » Méricant collection « les récits Mystérieux » 1911 d’après la BnF.

« La Joconde retrouvée » Méricant collection « Les récits mystérieux » 1913

- « Les voleurs de cerveaux ». Paru dans « Lecture pour tous » Avril/Mai/juin 1920.Illustration De Lorenzi

- « Celui qu’on n’attendait pas » paru dans la revue « Lecture pour tous » en Avril 1925 ( Nouvelle purement fantastique)

 

 

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3 commentaires pour « Archive N° 16 « La joconde retrouvée » De Quirielle réinvente l’art! »

  1.  
    Guy Costes
    1 avril, 2010 | 15:43
     

    Bonjour,
    tu écrits : – « L’homme qui fit parler les bêtes » Ce texte mentionné dans le Versins daterait de 1910. Visiblement précédé d’une nouvelle « L’homme qui ne pouvait pas mourir » et dont je ne retrouve aucune trace.
    C’est presque cela puisque il s’agit du recueil Deux romans d’angoisse (composé de : L’homme qui fit parler les bêtes, et L’homme qui pouvait ne pas mourir. Méricant, ce n’est pas un des Récits mystérieux tout en leur ressemblant, s.d. mais (1912) La Joconde retrouvée est annoncée à paraître. J’en parle (en te citant) dans Le Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne n°10, page 48, il y a même une reproduction de la couverture.
    Bien cordialement, G.C.

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  2.  
    Christine Luce
    1 avril, 2010 | 21:13
     

    Re!

    Je récupère le beau scan, merci!
    Et tant que j’y suis, pour la datation, tous les William Tharps semblent dater de 1912 à 1914, le temps de la parution de la collection Les Récits Policiers qui étaient, eux, numérotés. (Il y a de jolis titres très extraordinaires dans cette série mais le seul que j’ai m’a l’air tout ce qu’il y a de plus criminel sans pointe de folie).

    Dans un topic dédié à Quirielle, sur BDFI, MD/Dave parlait du recueil commenté par un certain G.C. dans un bulletin mythique mais nous ne savons toujours pas à quoi il ressemble. Il précisait également que « Les Voleurs de Cerveaux » avaient été réédités en fascicule fac-similé par Les Aventuriers de l’Art Perdu.
    RP/Belzé cite, lui, un autre titre : Celui qu’on attendait pas (in « Lecture pour Tous ») – Janvier à avril 1925.

    Et merci pour les voyages en anticipation ancienne!
    Christine

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  3.  
    1 avril, 2010 | 22:54
     

    Merci pour vos infos,je viens de rectifier le tir concernant « Deux romans d’angoisse ».Après vérification sur l’ouvrage de Van Herp consacré à la revue « Je sais tout » (Edition Recto Verso) j’ai retrouvé les traces de « Celui qu’on n’attendait pas » daté seulement d’Avril 1925 je viens également de le rajouter….joli coup Christine,merci.Je ne sais pas si « les voleurs de cerveaux » fut réédité par « Les aventuriers de l’art perdu » je demanderai à Philippe Gontier prochainement.En ce qui concerne les William Tharps j’en ai quelques uns et il sont assez sympa,pas SF (sauf un « l’ombre qui tue » qui l’est plus ou moins) mais avec une date…..eux!A bientôt ici ou ailleurs.

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