« Similia Similibus » L’invasion du Canada

Posté le 16 juillet 2010

« Similia Similibus, ou la guerre au Canada, essai romantique sur un sujet d’actualité »

Roman de Ulric Barthe. Imprimerie du Télégraphe. 1916. Illustrations Hors textes de Charles Huot et L.Brouilly. Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne et de fantastique N°19 (Décembre 1997). Article revu et augmenté.

Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes dans la famille Meunier et pour cause, ils préparent le mariage de leur fille Marie- Anne avec le jeune et beau journaliste, Paul Bremont.

Pourtant le repas de fiançailles tourne vite au désastre lorsque le soir des festivités, un immense éclair lumineux, suivi d’une violente explosion, viennent secouer l’horizon : Québec est bombardée ! Sa vieille forteresse abritant une poignée de militaires et quelques cartouches semble être la cible d’un agresseur mystérieux.

Mystérieux ? Pas pour longtemps car après cette soudaine entrée en matière, les habitants découvrent avec stupeur que les agresseurs ne sont autre que des Prussiens. L’attaque est si soudaine et rapide que ces derniers, profitent de la situation pour se pavaner dans les rues de la ville, le sourire aux lèvres, l’air narquois et provocateur.

Une invasion des plus singulière, car faite à « l’usure » et de façon insidieuse et sournoise : une émigration massive des achats par ci, par là de vieux dépôts et de vieilles usine…Voilà une bien singulière façon d’envahir un pays. Mais le projet est tout aussi ambitieux et spectaculaire, à savoir l’invasion et l’occupation du Canada.

Mais la prise de Québec ne constitue qu’une petite « Poche » prémisse d’un projet beaucoup plus vaste et visant toute l’annexion du territoire. De son coté, la population prend curieusement la chose avec diplomatie : Anglais ou Prussiens, qu’elle différence ?

La première partie du projet est donc une réussite, coupant la ville du reste du monde, une sorte Blitzkrieg Canadienne en somme. Mais l’histoire se répète et pendant ce temps, à l’ombre des « casques à pointes » la résistance s’organise. Belmont le jeune journaliste est Français que diable, et aidé de son ami de toujours Jimmy Smith, il rassemble toutes les bonnes volontés. Un seul mot d’ordre, résister et s’opposer à l’envahisseur coûte que coûte.

Alors la liesse Allemande est de courte durée, le général Von Goelinger se fait des cheveux blancs car l’invasion de L’Ontario est un échec total. Ce petit grain de sable dans la machine de guerre Germanique va ralentir considérablement la poursuite de cet élan victorieux. Un échec qui ne sera pas sans conséquences puisque l’heure est à la prise de conscience et la population après une brève phase de soumission va donner de plus en plus de fil à retordre à l’envahisseur.

Les escarmouches se succèdent et les premiers prisonniers sont jetés en prison. Face à une telle inconvenance et un manque total de respect vis-à-vis des glorieux « fils du Kaiser », les « Sapoteurs » doivent payer ! Début de la phase 2 ou plan « B » selon votre humeur : La soumission par la terreur !

Le ton n’est plus à la plaisanterie et le peuple va ainsi comprendre à ses dépends, la signification du terme « crime de guerre ». Sans nul doute un des épisodes les plus sanglants de l’histoire du Canada. Des femmes, des enfants, des vieillards, tous exécutés sans distinction. Les scènes de massacres se succèdent, l’horreur est à son comble, mais que fait l’armée !

Trop c’est trop, de partout des milices prennent forme, le pays se réveille de sa torpeur et dans un élan patriotique balaye d’un souffle vengeur cet ennemi indésirable. Mais la « poche » de Québec résiste encore et il faudra l’intervention miraculeuse d’un officier Prussien, ancien Canadien élevé en Allemagne, dont la « Trahison » permettra de faire basculer l’avantage du coté des insurgés.

La bataille sera terrible et la grande faucheuse prélèvera un lourd tribut, Belmont pour ne citer que lui, frappé en plein cœur…..pour se réveiller en sueur dans la chambre de ses beaux-parents : Hé oui, tout ceci n’était qu’un mauvais rêve!

Sacré noceur que ce Belmont. Après avoir enterré de façon copieuse sa vie de garçon, son estomac était dans tel état d’acidité et sa cervelle proche de la phase de liquéfaction, qu’un étudiant en médecine croyant bien faire, lui administrera une forte dose de tétronal. Vingt quatre heures après un coma avancé et une sacré gueule de bois, tout finira par un heureux mariage et une longue réflexion sur la solidarité entre les différentes nations.

Aux armes citoyens !

A la lecture de ce résumé, il est évident que ce roman, relativement rare, n’offre pas une grande originalité : Rareté n’est pas synonyme de qualité !

Toutefois il demeure assez intéressant ne serait-ce que pour son origine, car il s’agit de toute évidence d’une des rares incursions d’un auteur Canadien dans l’anticipation militaire, sans oublier le roman d’Ubald Paquin « La cité dans les fers » (Editions Garand, imprimeur éditeur, 1926). Une autre particularité est la faible fréquence des œuvres où l’on assiste à l’invasion du continent Américain par une force militaire étrangère. Pour mémoire le roman de Roy Norton « Les flottes évanouies » (analysé dans les pages de ce blog) et le très célèbre « Banzaï » de Para Bellum, pseudo de F.H.Grautoff, qui restent à mon avis des textes beaucoup plus agréables à lire.

Le propos de Ulric Barthe n’est pas un réaliser un ouvrage de  « stratégie fiction » mais plutôt  de réaliser un roman « revanchard » où l’auteur se fait un immense plaisir à infliger une « pâtée mémorable » à l’envahisseur Prussien. L’autre aspect du texte semble également très clair : L’appel à la vigilance. L’introduction de « Simila Similibus » ne fait aucun doute sur les intentions de l’auteur. Tout est calme et paisible, mais ne vous endormez pas trop sur une paix toute relative, méfiez-vous. Nous sommes un peu dans un contexte paranoïaque, dans la lignée de « La chose d’un autre monde » dont la phrase de conclusion « Watch the skies » ne laisse planer aucun doute ! Surveillez vos voisins, surtout s’ils sont étrangers, ne faites confiance en personne.

Mais les intentions de l’auteur furent également de réveiller les consciences et les ardeurs patriotiques, en faisant naitre chez le lecteur un sentiment de culpabilité. En France la guerre bat son plein, livrant son cortège de cadavres et d’abominations. L’auteur, Canadien Français se sent-il redevable envers ses frères Européens ? Sentiment de honte d’être si loin de sa mère patrie bien au chaud et à l’abri, alors que l’envahisseur Allemand occupe sans vergogne notre beau pays ? Une sorte de Mea-culpa qui voudrait en somme exorciser les vieux fantômes du remord.

Plein de lourdeurs, de maladresses et de statistiques interminables, cette invasion du Canada, dénonce une fois de plus les horreurs de la guerre et de la stupidité des hommes qui y contribue. L’auteur en profitera pour dénoncer, mine de rien, la présence plus pacifique mais tout aussi ferme de « L’envahisseur » Anglais et dont la population semble mal s’accommoder.

Au final une anticipation militaire très moyenne, car tel n’était pas le but de l’auteur. Il ne nous reste plus qu’à pardonner tant d’incohérences stratégiques pour cette rare incursion de l’écrivain dans notre domaine: Les intentions sont ici plus patriotiques que conjecturales.

A ranger sur nos étagères au coté du plus prolifique mais tout aussi indigeste, capitaine Danrit. Pour les amateurs d’anticipations militaires je ne peux que vous recommander fortement la lecture de l’excellent « Paris en feu » (également présent dans ces pages) histoire de vous réconcilier avec le genre.

Pour les « Fans » de stratégie fiction, il sera également utile de se référer à l’article de Paul Bleton dans le N° 19 de la revue « Encrage » (1988 Volume 3), l’auteur y dresse une liste des œuvres les plus importantes dans ce domaine.

A propos de l’auteur

Joseph-Honoré Ulric Barthe, naît à Québec le 13 septembre 1853, fils d’Honoré Barthe, navigateur et de Praxéde Trépanier. Il fait ses études classiques au séminaire Saint Joseph de trois rivières (1861-1870) Il abandonne les études de droit pour devenir journaliste à la « Gazette de Sorel. DE 1884 à 1895, il est rédacteur à « L’électeur » (Québec) où il mène une ardente bataille pour le triomphe des idées libérales Canadiennes.

En 1897, il devient secrétaire de la compagnie du Pont de Québec, fonction qu’il occupe jusqu’à sa dissolution en 1907. En 1906, il fonde et dirige pendant les sept années de sa publication, « La vigie ». Durant sa carrière journalistique, Barthe collabore à « La semaine commerciale » comme éditorialiste de 1894 à 1900 et à « L’union libérale ».

Il épouse le 22 Janvier 1884 à l’église de St Pierre de Sorel, Marie-Anne Wilhelmine Boucher. Après le décès de son épouse survenu en 1900, il va se remarier en Janvier 1907 avec Azeline Boucher, sœur de sa défunte épouse.

Comme historien on lui doit de nombreux travaux sur l’histoire du Canada dont « La prise de Québec et ces conséquences » en 1908. Il traduit également l’ouvrage de Byron Nicholson « The French Canadian ». Barthe est durant toute sa vie un ami et profond admirateur de Sir Wilfrid Laurier, dont il compilera les principaux discours que celui-ci prononcera au parlement. En 1909 il est élu président de  » L’associated Press » de la province de Québec.

Pendant la première guerre mondiale, il publie plusieurs brochures en faveur des alliés, entre autre un pamphlet contre l’Allemagne intitulé « Devant le grand jury des nations » (1915). Dans le but d’inciter les Canadien- Français à s’enrôler pour défendre la liberté, il écrit le roman « Similia Similibus ou la guerre au Canada »

Quelques mois avant son décès, il entre au service du gouvernement provincial comme publiciste au département des terres et forets. Il décédera à la suite d’une intervention chirurgicale le 3 Août 1921

A propos de son roman Claude Jaquelle écrivit dans « L’année de la science fiction et du fantastique Québécois » :

« Le roman de Barthe mériterait d’être réédité car il constitue un document sociologique intéressant qui révèle les courants des idées d’un peuple à une réponse donnée. Certes, on n’écrit plus de cette façon aujourd’hui mais qu’importe ! Un certain charme suranné émane de cette prose »

Ce roman fut réédité par une revue Québécoise « Le Résurrectionniste » aux éditions « C’t’un fait Jim » du N° 1 (28 Janvier 1998) au N° 13 (17Janvier 199). Cette revue à la particularité de rééditer, un peu comme le fait « Le visage vert » et bien d’autres encore, des textes fantastiques ou de conjectures anciennes d’auteurs Canadiens

 

 

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