« Les Détectives De L’impossible » Dossier N° 1 Christian Rozes

Posté le 21 septembre 2010

  teddyverano dans Le bureau des investigateurs du bizarre  sanstitre5psb

 Jules de Grandin sous le regard vif de…………Teddy Verano sous la protection de……. Harry Dickson : Bienvenue dans la grande famille des Détectives de l’impossible!

 

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Dossier « Les Détectives de l’impossible »

 

Fervent admirateur de littérature fantastique tout comme de vieille SF (cela vous vous en doutiez), il est un genre resté pendant fort longtemps dans l’ignorance et qui n’a cessé d’exciter ma fibre de lecteur : Les détectives de l’impossible ! Bien que depuis quelques années réhabilités grâce entre autre à de fortes personnalités comme François Ducos (La défunte collection « Super Poche » au Fleuve noir) » ou Gérard Dôle (La dynamique maison d’édition « Terre de Brume »), c’est un genre qui reste encore « nébuleux » et qui peine encore à trouver ses véritables marques.

Oscillant entre le fantastique et le récit policier, cette branche dérivée de la littérature dite populaire, manque de réels repères, un peu comme l’enfant abandonné dont on à du mal à trouver les origines. Et pour cause, une fois de plus c’est « une genre dans le genre » et faute d’histoire bien précise, il est un peu à l’image des ses redoutables spectres pourchassés par nos célèbres détectives : il flotte entre deux mondes !

Pourtant les précurseurs furent nombreux et de Dupin d’Edgar Allan Poe, au célèbre binôme « Mulder/Scully », prés d’un siècle de chasseurs dd fantômes, hantent les rayonnages poussiéreux de nos bibliothèques. Mais en regard d’une certaine popularité, il ne faudrait pas trop crier victoire. En dépit d’une époque accusant une X-filomanie des plus tenace (le postulat du complot gouvernemental et d’un pacte avec les aliens fut sans contexte ce qui attisa le plus la curiosité), cette branche mutante de la « paralittérature » reste encore peu connue. L’historique en est incertaine, les ouvrages y faisant référence sont rares pour ne pas dire pratiquement inexistants.

Pourtant quelle imagination, quel délire, on tremble devant les exploits de Carnacki, on frissonne face à John Silence, on convulse devant les aventures de Harry Dickson et on se pâme d’aise à la lecture des exploits de Sar Dubnôtal le « Grand Psychagogue ». Car au-delà du personnage central de l’histoire, bien souvent l’auteur nous livre un pur joyau de la littérature populaire ou se mêlent en un accord parfait, fantastique, policier et parfois même conjecture. Essayons d’imaginer un seul instant, une aventure de Harry Dickson réalisée par Alain Resnais (projet à l’étude qui ne vit hélas jamais le jour, consulter a ce propos le formidable ouvrage « Repérages » Editions Le Chêne 1974), ou alors un Peter Cushing (Hélas décédé) interprétant Carnacki ou Eddy Constantine dans le rôle de Teddy Verano….

Finalement, les « chasseurs de spectres » tant sur le petit écran qu’en littérature sont légion, il suffit de savoir les débusquer à notre tour. Je vais donc essayer dans la mesure du possible, de répertorier et de vous parler de tous ceux….et celles qui contribuèrent à bâtir l’immense édifice de ces « héros de l’ombre » , qui continuent encore à faire les délices de nos longues soirées d’hiver.

Toutefois, avant de commencer cette louable entreprise, je vais me permettre de tracer les limites de mes « investigations ». Je pense en effet qu’il s’agit d’un domaine où il serait absurde d’être trop restrictif et de limiter le genre uniquement à la gente des détectives. Il me parait indispensable de procéder à un balayage beaucoup plus large et d’englober d’une manière générale tout enquêteur officiel ou non, confronté à des phénomènes paranormaux. De ce fait ce dernier appartiendra soit à une branche de l’état ou un de ses organismes (Police, armée, F.B.I, etc…) ou tout simplement de simples particuliers agissants pour leur propre compte ou pour un tiers (détective privé, médecins, professeur d’université, tec….).

Cette liberté d’englober une population aussi vaste, vient du désir d’exhumer de nombreuses affaires (non classées) et provenant de romanciers ou de scénaristes qui n’auraient aucune chance d’être répertoriés. Car il faut bien admettre que nombreuses sont les références ou les héros des différentes aventures que je vais ainsi recenser,n’ont pas d’attestations officielles, de mandats de perquisition, de locaux et de moyens bénéficiant du dernier cri de la technologie ou de bureaux miteux dans un immeuble insalubre.

Des plus célèbres, aux plus anonymes, la quête reste la même : Traquer le mal sous ses différentes formes. Peu importe les moyens utilisés et les motivations de chacun, un seul et unique mot d’ordre va tous les rallier à savoir en découdre avec les fantômes, spectres, revenants et autres formes ectoplasmiques. Bien évidemment, faute d’accessibilité à certains ouvrages, certaines références pourront vous sembler incomplètes, mais je compte sur votre participation, car ce blog est aussi le votre, afin de m’apporter toutes vos lumières.

Du comique au tragique, du médecin tiré à quatre épingles au privé alcoolique, de la supercherie scientifique aux phénomènes paranormaux confirmés, c’est tout un monde « au delà du réel » de maisons hantées, de statues maléfiques, d’êtres possédés, d’objets envoûtés, de matérialisations monstrueuses, de morts effroyables et de vengeances d’outre tombe, qui s’offrent à nous et que nous allons essayer dés aujourd’hui de partager.

« Mais il se fait tard, le brouillard enveloppe de son épais manteau, les ruelles étroites de mon quartier. Au loin un clocher égrène lentement les douze coups de minuit. Tout être et toute chose dans le halo jaunâtres des réverbères prennent alors des proportions fantastiques. Une plainte formidable déchire brusquement le silence de la nuit, une ombre spectrale s’élève dans le ciel accompagnée d’un ricanement diabolique. N’écoutant que mon courage, j’endosse mon imperméable après avoir vérifié le chargeur de mon révolver : Les affaires reprennent je dois à présent vous laisser ! »

 

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John Silence se verra confier les affaires les plus incroyables           Martin Mystère quand à lui ne sera pas de reste

 

« La vivante épingle » de J.Joseph Renaud. Editions Pierre Lafitte. 220 pages.1922. Ce volume contient deux autres nouvelles : « Une veillée » et « Judith ». (Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne et de fantastique N° 3 Septembre 1990. Tirage 36 exemplaires.

Au cours d’une soirée organisée par le Professeur Tarraube, grand spécialiste en archéologie égyptienne, celui-ci montre avec fierté un étrange objet découvert lors d’une expédition. Le critique Oscar Heckey, ne semble pas être impressionné par cette mystérieuse épingle verte en forme de crocodile. Pourtant, tous les invités évitent un trop longue observation, tant elle suscite l’effroi et le dégoût. Il faut dire que, de l’avis général elle semble véritablement dotée d’une vie propre, un peu comme si elle était « vivante ».

Bravant tous les interdits et la malédiction qui pèse sur cette amulette notre héroïque critique, dans un moment de fanfaronnade fort mal venue, bafouera haut et fort l’objet de toutes les attention. Mais on n’insulte pas d’une manière aussi effrontée les dieux à têtes d’animaux, Heckey sera découvert mort peu de temps après, la sinistre épingle plantée dans la nuque. Les circonstances sont d’autant plus mystérieuses que le cadavre sera trouvé dans un bureau fermé de l’intérieur et qui plus est sans aucune autre issue possible.

La presse s’empare de l’histoire sous le titre rabatteur de « Affaire de la vivante épingle ». Les journalistes brodent copieusement avec force de « malédictions » « envoûtements » et autres « sortilèges » de toute sorte. Le mystère est donc copieusement entretenu, le dossier piétine, toutes les hypothèses sont formulées, puis rejetées et l’on va finir par rejoindre la cause des « journaleux » et croire à une véritable malédiction. La police, pragmatique et à qui « on ne la fait pas », avant de classer ce « dossier brûlant » contacte en dernier recourt, un spécialiste des affaires étranges un spécialiste de l’occulte : Cristophe Rozes.

Fort de son expérience dans ce genre d’enquêtes et n’écoutant que son courage et sa perspicacité, plonge tête première dans une curieuse histoire. Ignorant les sombres avertissements qui jalonnent ses investigations (odeurs pestilentielles, hiéroglyphes de feu sur les murs de sa chambre, apparition d’un monstrueux crocodile,…) il parviendra à mettre à jour la formidable imposture. Car bien évidemment il y a supercherie, dont le responsable n’est autre que le Pr Terraube.

Ce dernier, voulant mettre un terme aux agissements crapuleux du célèbre critique, l’assassina et eut l’idée presque géniale de masquer sa forfaiture en une terrible histoire de malédiction. Tout finira par s’expliquer, les effroyables apparitions dont Rozes fut la victime, provenaient d’un complice, Ramou le domestique du professeur, un puissant fakir qui utilisera son immense pouvoir de suggestion afin d’envoyer des images mentales à sa victime. La logique et le bon sens, finissent toujours par triompher.

Le triomphe de la logique.

A la lecture de ce court roman, nous voici une fois de plus en présence d’un fantastique « expliqué », technique souvent utilisée par un grand nombre de romanciers, et qui consacrèrent de façon anecdotique, une partie de leur talent à rédiger des histoires ou il sera question de « débusqueurs de fantômes ».

Peut-être trouverez vous « bizarre » de débuter ce travail sur un recensement des « détectives de l’impossible », par un auteur qui ne lui consacrera qu’une seule et unique aventure, mais je me suis rappelé avoir analysé pour le « Bulletin » le cas étrange de cette «Vivante épingle » et finalement pourquoi ne pas commencer cette rubrique par un « occasionnel » de ce genre dans le genre.

Bien qu’il ne s’agisse que de sa seule et unique aventure, afin de donner plus de crédit au personnage, l’auteur nous le présentera comme un personnage assez expérimenté et dont le talent et la notoriété ne sont plus à démontrer :

« On continue à nous rabattre les oreilles avec les forces inconnues. Ces questions d’occultisme, spiritisme, magnétisme, etc…, n’ont guère comme représentants, comme leaders que des naïfs ou des escrocs. Un seul de ceux qui les ont traitées par écrit nous inspire une parfaite confiance : c’est Mr Cristophe Rozes .Son livre « Le regard du Sphinx », quoique septiques déterminés, nous n’en acceptions peut-être pas toutes les conclusions, méritait pleinement pour sa logique, sa prudence, sa documentation considérable, le grand succès qu’il a obtenu …. Mr Christophe Rozes est au courant de toutes les supercheries des occultistes professionnels. Les sociétés internationales d’études psychiques, il en est des sérieuses,lui demandent souvent son concours comme « vérificateur ». A diverses reprises, il a pincé de prétendus médiums en flagrant délit de tricherie »

Si ce singulier personnage nous est présenté comme une référence,ayant déjà une solide réputation à son actif, il n’en reste pas moins, plus qu’un débusqueur de fantômes, un spécialiste des « arnaques ectoplasmiques ». Rozes comme nous l’apprendrons par la suite dans le roman, a déjà été sollicité pour résoudre quelques affaires épineuses de maisons hantées. Il a en effet résolu le cas d’une chapelle prétendue hantée dans le parc d’un château du morvan. Alors que tout le monde, reporters, savants et policiers, pensaient à un authentique cas de malédiction, il boucla l’affaire en 48h. Un banale affaire d’auto suggestion et d’hallucinations collectives et dont il consigna le témoignage dans son ouvrage « Mémoire sur un célèbre cas d’hallucinations collectives ». Il déjoua également l’arnaque du fameux médium Sartoria, dont de grands savants avaient garanti la bonne foi et le surhumain pouvoir. Un homme tout à fait remarquable qui parvint à éclaircir des cas apparemment insolubles, comme le scandale de la maison hantée, l’affaire des démoniques de Lucerne, celle de Myriam la simulatrice et empoisonneuse, etc.…..

Nous avons donc ici affaire à un spécialiste des « affaires surnaturelles » mais qui visiblement ne le restent pas pour longtemps et ce grâce à son sang froid et à sa la logique infaillible. Rozes, par ses méthodes ne peut m’empêcher de penser avec sympathie au « John Silence » de Algernoon Blackwood ou au « Carnacki » de W.H.Hogdson. Toutefois, si tout comme ce dernier, il sera souvent confronté à des affaires qui seront dans la plupart des cas expliquées de façons rationnelles,la différence, et non des moindres, est que le héros de Hogdson devra affronter, au cour de sa longue carrière, le mal à l’état pur. Hogdson était un auteur trop versé dans le fantastique pur et dur pour ne pas laisser son enquêteur aux prises avec le surnaturel .

J’ignore si « La vivante épingle » est le seul roman de J.J.Renaud où il utilisera ce redoutable « chasseur de fantômes » (mais sources semblent me le confirmer pour le moment) mais nous pouvons désormais accorder à Christophe Rozes, une place dans la liste prestigieuse de ces « occasionnels » appartenant au club très fermé des « Détectives de l’occulte »

Un bon roman d’atmosphère, bien que rentant dans le domaine du « Fantastique expliqué », dont l’auteur parvient à entretenir une bonne dose de mystères, en associant de manière fort habile, roman policier à ambiance fantastique sur fond de malédiction égyptienne.

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