« Le Voyageur Immobile » De Ducray & Saint-Ogan:Le Pays Basque, Terre D’asile Des Atlantes?

Posté le 11 décembre 2010

« Le voyageur immobile » de Alain Saint-Ogan et Camille Ducray. Les éditions sociales Françaises. 1945.190 pages. (Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne et de littérature fantastique N° 11, Novembre 1992).

L’histoire va se passer sur une période relativement courte, puisqu’elle débute et se termine sur quatre nuits. Le narrateur y relate les faits racontés par un ivrogne, du romantique nom de Lafleur. Ce dernier, ancien journaliste d’un obscur quotidien, était un peu l’homme à tout faire, le tâcheron sans ambition à qui l’on confiait les tâches les plus ingrates. Pourtant sa « fibre » journalistique n’en était par pour autant évaporée et lorsqu’il prit connaissance d’une affaire insolite survenue dans un petit village du pays Basque, son sang ne fit qu’un tour !

Fortement intrigué et intéressé par d’étranges rumeurs, le journaliste se rend sur les lieux. Sur place il écoute d’une oreille attentive les élucubrations des villageois qui racontent qu’un homme, à l’accoutrement bizarre, s’est matérialisé subitement dans un champ de maïs. Pris aussitôt en charge par le comte Liversac le savant local, ce « Martien » comme l’appellent les gens du coin, ne fera par la suite que de brèves apparitions dans le village. Une aura de mystère flotte autour de ce mystérieux invité du comte. Tout ceci ne fait qu’accroître la curiosité de notre émule de Rouletabille et fort d’une certaine audace, parvient à se faire embaucher au château et obtenir un poste de confiance.Une véritable aubaine grâce à l’intervention providentielle d’un ami avec qui il s’est lié d’amitié,Antoine Saguet, le secrétaire de « Monsieur le comte ».Trop inconscient et loin de se douter à qui il avait à faire, ce dernier remettra dans les mains du reporter un rapport concernant une curieuse machine. Stupéfait, Lafleur découvre alors l’identité de l’homme mystère.

Il s’agit en réalité d’un Atlante, plus précisément d’un Halcarmendien, véritable nom donné à cette légendaire civilisation. Son arrivée dans ce petit village est le produit du plus pur des hasards, alors qu’il était aux commandes d’une machine expérimentale permettant de voyager dans le temps. C’est justement les plans de celle-ci que le Journaliste tenait dans ses mains. L’étrange invité se prénomme Owha et, d’une intelligence peu commune, il est parvenu à maîtriser notre langue avec une rapidité tout a fait surprenante. Il explique ainsi son arrivée dans un si modeste petit village, suite à une erreur purement technique. Dans un chapitre assez conséquent de l’ouvrage, l’auteur va lui permettre de nous brosser un tableau édifiant des merveilles technologiques de sa puissante civilisation (voyage dans les airs, énergie solaire et atomique….)

Le reporter complètement désemparé face à une telle découverte fera preuve d’un manque de prudence et sera finalement démasqué. Le comte n’étant pas un criminel, il ne lui reste plus qu’à passer un accord avec lui et de lui promettre une entière discrétion. Il faut dire que l’événement qui se prépare est de taille puisque aidé par un autre savant, le Pr Descaufli, Liversac va tenter de remettre la machine de l’Atlante en marche. Il est en effet impératif que Owha retourne dans son monde. Un départ qui sera plutôt bien accueilli par Saguet car, une fois n’est pas coutume, notre brave secrétaire est amoureux de la nièce du comte qui elle est amoureuse du bellâtre Halcarmendien.

Seulement la pratique est loin d’être aussi simple que la théorie et l’expérience est vouée à l’échec. Pourquoi ? Laissons plus instruit que nous nous donner une explication :

« Nous nous trouvons dans l’impossibilité philosophique à laquelle je viens seulement de songer….Pour revenir à son époque,Owha devrait franchir l’année qu’il vient de passer avec nous. Or, les choses sont ce qu’elles sont et ne peuvent être autrement. La machine était arrêtée et Owha jouissait pendant ces onze mois de l’illusion du temps qui s’écoule. Il ne put être à la fois sur sa machine et parmi nous, pas plus que celle-ci ne peut dans le même temps fonctionner pour être stoppée. Il eut dû pour retourner en arrière, repartir sans même laisser une fraction de temps s’écouler. Mais alors, revenant au moment même ou il mettait son appareil en route, il serait reparti fatalement vers notre siècle. Ce voyage d’aller et retour se serait poursuivi indéfiniment, prisonnier qu’eut été le voyageur entre ces deux mondes infranchissables »

En fait….une explication très logique où la philosophie parvient à expliquer un formidable paradoxe temporel ! Mais ici ce voyageur du temps est littéralement « immobile » car visiblement il ne voyage que dans le temps et non dans l’espace. Bref face à cette déconvenue, le secrétaire pensant se débarrasser de son rival par machine interposée, poussé par un excès de jalousie, se jette sur son rival. La prétendante voulant les séparer, bascule avec les deux hommes sur l’immobile engin, actionne un levier par mégarde et Pfutt ! Plus rien, le néant, le vide absolu, tous trois projetés vers …l’éternité (la bagatelle de 100.000 années). Ne pouvant retourner en arrière Descoufli, allez savoir pourquoi (une lubie de scientifique) programma la machine vers le futur. En tout cas, ce brave Antoine qui au départ refusait de « partager » son amour improbable, sera donc condamné à une passion à trois dans les méandres du temps : mais qui va tenir la chandelle ?

Ainsi se termine cette étrange histoire, au fait j’allais oublier que Lafleur, trop prés lors du départ de la machine, se retrouva stigmatisé sous la forme d’une brûlure ressemblant a si méprendre à un soleil, symbole de l’Atlantide. Comme frappé d’un terrible malédiction, à l’image de ces créatures de la nuit, il sera condamné à ne plus pouvoir supporter la lumière du jour. Vingt cinq ans après le drame, les deux personnages à qui nous devons ce récit, auront toutes les peines du monde à recoller les morceaux pour comprendre avec exactitude l’importance de cet épisode tragique. D’après leurs renseignements, les personnes rescapées ce jour-là moururent, victimes d’un mal étrange.

De nos jours il ne reste plus que la propriété, sinistre maison laissée à l’abandon car les gens du pays la disent hantée. Souvent la nuit, par temps d’orage on aperçoit de loin derrière les grilles, des ombres et des lueurs qui s’agitent. On raconte que ce sont les anciens propriétaires qui reviennent. Il nous sera impossible de savoir ce que nos « voyageurs immobiles » ont vraiment découverts sur cette terre Basque du futur. Mais peut-être restent-ils à tout jamais condamnés à « flotter » dans le présent, dans un repli de notre réalité qu’il leur est à présent impossible de rejoindre. A notre grand regret, nous ne le saurons jamais.

Un Atlante qui prend tout son temps !

Dans la lignée de la fameuse trilogie de Charles Magué (dont je vous parlerai très prochainement) ayant pour thème l’Atlantide, j’utiliserai en guise d’introduction une célèbre phrase remise au goût du jour : « Si tu ne viens pas à l’Atlantide, l’Atlantide ira à toi ! » et pour cause…

Une fois n’est pas coutume, l’auteur va mélanger de façon habile roman policier et conjecture pour aboutir à un texte où deux thèmes vont également se combiner de manière astucieuse : Le voyage dans le temps, et le mythe de l’Atlantide. Ce « voyage immobile » qui pourrait rappeler le titre d’un certain Maurice Renard, est cependant fort différent car là où « L’aérofixe » effectuait un vol stationnaire dans l’espace, certes il pouvait se « déplacer» géographiquement tout en étant immobile, mais sa machine n’avait aucun des caractéristiques lui permettant de se « déplacer dans le temps ».

Dans la nouvelle de Renard, c’est la terre qui bouge et la machine qui reste stationnaire, dans le roman de Saint- Ogan/Ducray, la machine reste immobile et c’est le « temps » qui se meut. La spécificité de « Le voyageur immobile » c’est qu’il va se servir du prétexte d’une thématique peu rencontrée en conjecture ancienne, à savoir situer le pays Basque comme ancienne terre d’asile de l’Atlantide. Utiliser ainsi une machine à « Voyager dans le temps » afin de valider une telle hypothèse, est assez séduisant et l’on se laisse facilement convaincre. L’auteur apporte ainsi sa pierre à l’édifice de la mystérieuse origine de la langue Basque.

Il faudra toutefois avoir une petite pensée émue pour le pauvre journaliste qui une fois de plus pensait dénicher le scoop de sa vie, lui permettant ainsi de sortir de l’anonymat et de sa vie de misère. A la place il ne gagne qu’une terrible malédiction, qui vient lui marquer le front de sa coupable curiosité, condamné à se terrer telle une larve et de fuir la lumière du jour.

Une œuvre assez originale, entretenue par une hypothèse audacieuse et novatrice. Dommage que les trois explorateurs ne soient jamais revenus, il me plait à imaginer le récit de leurs audacieuse et involontaire aventure, peut-être ont-ils rencontrés les Elois ou les Morlocks de Wells ?

Camille Ducray a déjà collaboré avec Alain Saint-Ogan pour un autre ouvrage intitulé « Le gouffre de la nuit » mais pour ce volume la participation de l’auteur se bornera uniquement aux illustrations (Editions sociales Françaises, 1946). Dans ce passionnant roman, il est question de la découverte d’une race de créatures souterraines, totalement dépourvues du sens de la vue. Cette fabuleuse contrée située entre Solutré et la Suisse se nomme la « Spélaïonie » (pour plus de renseignements sur ce sympathique roman, consulter la « bible » des terres creuses de nos amis Guy Costes et Joseph Altairac)

Dans « Le voyageur immobile » l’auteur s’est inspiré d’une nouvelle de Saint-Ogan parue en 1940 dans « La revue des deux mondes » et intitulée « Le sauvage de l’océan ». Camille Saint-Ogan est surtout connu comme le dessinateur des célèbres « Zig et Puce » dont la création date de 1925. Ils sont en outre les premiers héros d’expression Française à s’exprimer par les fameuses « bulles ». Les deux personnages nous intéressent particulièrement car nombre de leurs aventures relèvent de la conjecture et certains titres sont d’ailleurs très évocateurs :

- « Zig et Puce au 21éme siècle » Paru dans « Dimanche illustré » du 17 Décembre 1933 au 14 Octobre 1934,1935 en volume chez Hachette. Le volume le plus fameux en ce qui nous concerne.

- « Zig et Puce et le Professeur Médor » Paru dans « Cadet revue » à partir du 1er Avril 1939 interrompu par la guerre, en volume chez Hachette en 1941)

- « Zig et Puce et l’homme invisible ». Paru dans « Zorro » de 1947 à 1948, en volume chez Hachette en1949)

- « Zig et Puce et le cirque » Paru dans « Zorro » de 1948 à 1949, en volume chez Hachette en 1951,où l’auteur évoque l’Atlantide.

Il sera également le créateur de « Mitou et Toti » dont certaines aventures « taquinent » également notre domaine :

- « Les nouvelles aventures de Mitou et Toti » feuilleton illustré paru dans « Cadet revue » du N°46, 15 Novembre 1934 au N°59, 1er Juin 1935. Réédité en volume sous le titre « Mitou et Toti à travers les ages » Hachette 1938, collection « Les âges ».

Autres aventures conjecturales :

- « Le rayon mystérieux » bande dessinée dans « Cadet revue » du N°116, 15 Octobre 1937, au N°150, 15 Mars 1939. Réédité dans la revue « Phénix » 9 et 10.

- « Cric et Crac à travers les siècles » série en 13 fascicules Chavane éditions.

 

 

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Un commentaire pour « « Le Voyageur Immobile » De Ducray & Saint-Ogan:Le Pays Basque, Terre D’asile Des Atlantes? »

  1.  
    Pharmd629
    22 février, 2011 | 4:08
     

    Hello! dbcgkdg interesting dbcgkdg site!

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