« Fantax » La réédition Inespérée du Premier super Héros Français!

Posté le 21 décembre 2010

Lors d’un précédent billet consacré aux « Super- héros » de la littérature Française et plus particulièrement de « Fascinax », j’avais évoqué plusieurs grandes figures de la tradition populaire. En citant le mystérieux « Fantax » de Pierre Mouchot, je ne me doutais pas que cette célèbre et rarissime série ferait de nouveau parler d’elle. Nul n’étant prophète en son royaume, c’est en lisant un article sur le passionnant « L’ange du bizarre », le blog de Jean-pierre Dionnet qu’il m’a été possible de renouer le contact avec cet icône du héros justicier des années 40.

Du super héros, Fantax en possède toutes les caractéristiques et si, comme ses homologues Américains il ne fait état d’aucun pouvoir extraordinaire sa fonction de justicier masqué implacable, à l’image du tout aussi célèbre Batman, n’en est pas moins altérée. Costume rouge et noir avec un grand « F » en lettre de feu qui lui ceint la poitrine, longue cape, cagoule d’un noir de jais, véritable fantôme masqué il n’aura d’autre but que de lutter contre le mal sous toutes ses formes.

Comme il se doit à ce genre de personnage, l’homme opère sous une double identité et si lorsque la nuit venue il endosse son habit de vengeur, le jour il revêt l’identité de Lord Horace Neighbour, un respectable attaché d’ambassade. Sa principale caractéristique est d’être doté d’une force physique hors norme et d’un courage à toute épreuve. Fort heureusement du reste car les vils personnages qu’il devra affronter tout au long de ses nombreuses aventures, sont perfides et redoutables. D’ailleurs ce sont justement ses ennemis qui provoqueront la chute de notre héros, non pas dans le contexte de ces nombreuses péripéties mais plutôt dans « notre » réalité.

En effet « Fantax » usera parfois d’une certaine cruauté à l’encontre de ses adversaires, se qui n’était pas semble t-il au goût de la critique et de la censure qui à force de plaintes et de poursuites conduisirent le dessinateur à stopper définitivement la série. Malheureusement une fois de plus notre bonne « veille morale » eut raison d’un personnage fascinant de notre culture populaire. Il faut dire que pour l’époque, l’illustrateur n’y y allait pas de main morte et l’on assiste bien souvent à des scènes assez sanguinolente, un comble pour l’époque ! Pensez un peu ce que les esprits coincés et les instances catholiques devaient penser d’un tel étalage de cruauté et de Barbarie ! Des couvertures où l’on découvre les « méchants » de l’histoire dans des situations ou, sous des écoulements abondants de sang, la destinée du sombre personnage ne fait aucun doute. Malheureusement» la critique de  l’époque ne semblait pas faire la distinction entre le bien et le mal et, faisant preuve d’une totale amnésie après les tragiques événements de la guerre, pensait qu’il était impossible de vaincre l’incarnation du mal sans la souffrance et la violence qu’il lui est associée.

Pierre Mouchot, la souffrance, il en connaît un rayon et à la lecture de la passionnante postface que lui consacre Danièle Mouchot, on se rend compte à quel point il était enfin important et utile de connaître un peu le passé de ce véritable « héros de la guerre » cette figure emblématique de la résistance, qui a toujours ignoré la peur et le danger. En regard de ce passé dans les tourmentes de la guerre, on comprend mieux les raisons qui poussèrent le personnage à créer un justicier implacable et courageux. Pour Pierre Mouchot qui connu la « frustration » de voir ainsi son pays occupé et diriger d’une main de fer une population impuissante, il semble évident que l’incarnation de « Fantax » est un peu le symbole de ce désir de justice, de ce « héros » universel qui serait à lui tout seul l’incarnation du bien, de la droiture, de l’intégrité et de l’équité.

Conscient de toute cette corruption qui avilie les cœur des hommes, le justicier est ainsi le juste poids qui rééquilibre la balance, la personne désignée en quelque sorte à faire le « salle boulot »et que nul ne se risque à assumer. Une telle démarche doit être débarrassée de tout préjugé, de toute pitié et c’est en cela que finalement le « super héros » doit s’acquitter d’une lourde tache, car en luttant contre le mal il sait qu’il devra faire appel à des méthodes peu conventionnelles, en agissant avec la même cruauté que ces ennemis. Le résultat, nous ne le connaissons que trop bien, en s’attirant ainsi les foudres d’une certaine « morale collective » qui préfère juger les actes d’autrui plutôt que de remettre en cause sa propre conscience. Toujours entre la frontière du bien et du mal, sa limite est toujours incertaine et semble souvent vouloir adopter le vieil adage affirmant que « la fin justifie les moyens ».

J’ai déjà lu quelque part l’évocation de « Fantômas », à l’adresse de notre personnage, pourtant la créature de Souvestre et Allain est à mon avis plus individualiste, retord et calculatrice, d’une nature plus malfaisante en agissant de manière quasi systématique pour ces intérêts personnels et par son attachement à faire souffrir ses semblables. Fantax est quand à lui le mythe fondateur du super héros tel que nous le concevons et tel qu’il fut créé outre Atlantique. Il est véritablement le précurseur Français du genre et sa dimension humaine de part l’absence de facultés extraordinaires (voler, envoyer des éclairs par les yeux etc…) lui confère un coté plus accessible, une certaine « banalité » qui finalement peu être l’apanage de monsieur tout le monde. Cette dimension terrestre du héros avec sa force et ses faiblesses, ne peut que le rendre sympathique et à la portée de tous.

Il nous faut donc remercier Tanguy Mouchot, petit fils de Pierre Mouchot, d’avoir ainsi fait ressurgir de notre mémoire une figure aussi exceptionnelle et emblématique que ce personnage de bande dessinée. Cette réédition inespérée va ainsi permettre de faire connaître ce célèbre « Fantax » qui n’était jusqu’à présent qu’un objet mythique de collectionneur et donc un personnage totalement inconnu de toute une génération de jeunes lecteurs.

La sortie de ce magnifique premier tome, couvrant les N° 1 à 8 (1946-1947) sera suivie par d’autres parutions, car l’objectif de Tanguy Mouchot, est de ressortir sur plusieurs volumes l’intégrale des 39 numéros, une bénédiction pour tous les amateurs du genre. A l’image d’autres figures mythiques et emblématiques de la littérature populaire, il était à mon avis grand temps de donner une seconde chance à cette formidable épopée qui nous prouve par la puissance et l’originalité de sa thématique, que la France fut sans nul doute le berceau de tout un potentiel créatif qui hélas ne put bénéficier de tout le soutient et la chance qu’il méritait.Combien d’œuvres originales et inédites dorment ainsi au fond d’étagères, de cartons, de caves et de greniers dans le vain espoir de connaître un jour la possibilité de retourner à la postérité.

Ce premier tome brille par la qualité de sa présentation, de la qualité des reproductions, tout en bénéficiant pour chaque aventure d’une impression en couleur des magnifiques couvertures d’origine, avec le noir, le rouge et le jaune comme couleurs principales et qui ne font que renforcer tout le charme et la beauté de celles-ci. La couverture réalisée par « Reed Man » est tout aussi splendide et la représentation de « Fantax » sur une cheminée, calibre à la main et prêt à bondir sur sa proie est d’autant plus exceptionnelle qu’il tient à la bouche une cigarette dont les volutes de fumée nous rappellent, en ces temps de censure et de restriction, à quel point nous avons à faire à une héros, hors du commun.

Acheter ce volume, c’est faire preuve d’un certain civisme et permettre à notre patrimoine culturel non seulement d’être sauvegardé mais également lui permettre de perdurer au fil des générations tout en lui accordant un statut d’intemporalité et d’accessibilité car après tout ce genre de chef d’œuvre doit absolument sortir du cadre restreint des collectionneurs fortunés.

Mr Tanguy Mouchot, ce sont tous les amateurs de notre passionnante culture populaire dans le sens large du terme qui vous remercient.

 Pour commander ce précieux volume vous trouverez ci-dessous le lien internet du site de Tanguy Mouchot

http://www.editionchott.com/

 

  sanstitre2zg dans les auteurs et leurs oeuvres

2 commentaires pour « « Fantax » La réédition Inespérée du Premier super Héros Français! »

  1.  
    jean-yves
    21 décembre, 2010 | 11:34
     

    hello! bel album difficile a trouver hors internet ( même sur paris ) sympa les familles qui entretiennent la flamme , et vive les reeditions ! Dans le meme ordre  » super héros de papa  » , Fulguros de brantonne ( voir http://www.pressibus.org/bd/polis/indexfr.html ) reedité par francis valery ( dans sa boutique ebay notement )

    Répondre

  2.  
    21 décembre, 2010 | 11:53
     

    Fait exceptionnel, je l’ai trouvé a la Fnac de Toulon, mais il est possible de le commander directement chez l »éditeur.Heureusement que la « fibre » vibre encore chez certains passionnés. En ce qui concerne « Fulguros » du génialissime Brantonne, je viens de le commander à F.Valery, plus quelques petites autres raretés…décidément, les grands esprits se rencontrent!

    Répondre

Laisser un commentaire