« Les Buveurs D’océan » De Yves Dermèze: Un Roman Qui Donne Soif!

Posté le 26 décembre 2010

« Les buveurs d’océan » de Yves Derméze. La nouvelle édition Française. 1943. 127 pages. (Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne et de littérature fantastique N° 22 Février 1999).

Suite au naufrage du « Gypsie » Francis Carbier, mousse de son état, agonise en compagnie de trois autres personnages, à bord d’un canot, au milieu d’une mer déchaînée. Soudain alors que tout espoir semblait s’amenuiser, un immense quadrimoteur s’immobilise au dessus de l’esquif et un éclair fugitif embrase le dessus de la carlingue. La lueur de couleur bleuâtre, fuse de part et d’autre du canot et sous son action, les vagues « s’écartent, se décomposent, s’évaporent : l’eau avait bel et bien disparue ! Le radeau s’enfonce alors au milieu d’une muraille liquide, prête à se refermer sur eux. Fort heureusement, un filet est envoyé de la carlingue et trois des naufragés se trouvent hissés à bord de l’appareil. Francis, le seul resté à bord ne devra son salut qu’à une chance extraordinaire. Un message sera envoyé à la hâte, le naufragé sera récupéré à son tour.

Quelques jours plus tard, il raconte sa formidable aventure à son ami Max. Les deux hommes pêchent tranquillement au bord d’un étang. Brusquement, le même scénario se reproduit, l’appareil surgit de nulle part, projette son rayon bleu, assèche l’étang et tente de capturer les deux hommes. L’appareil s’éloigne aussitôt mais une écharpe tombe de l’engin, celles de Jacques l’un des trois amis disparus en pleine mer, preuve qu’ils sont encore en vie. D’après les calculs de Francis, lors de sa première rencontre, l’avion se dirigeait vers le Groenland. Il va donc affréter un navire le « Faring » et se lancer à la poursuite du ravisseur. Malheureusement, alors qu’il voulait que cette expédition soit tenue secrète, une journaliste Florence J.K, eut vent de l’opération. Il faudra donc compter sur sa présence à bord (les charmes de la gente féminines sont irrésistibles). Une fois arrivés au port de Angmagsssalite c’est en compagnie de deux Canadiens et du nouveau « pot de colle » que l’aventure polaire peut commencer.

Mais avant d’aller plus loin, effectuons un réglage sur notre machine à voyager dans le temps, en effectuant un petit retour en arrière, les choses pourront ainsi devenir plus limpides. Le responsable du mystérieux appareil, se nomme Stéphane d’Anec, professeur génialissime, un être supérieur rejeté par une humanité trop ingrate, blablabla…..en bref le prototype du savant fou qui ne rêve que d’une seule chose : Anéantir la terre !

« Me venger !…pour cela puisque le monde me repousse, je repousserai le monde ! Je l’anéantirai, je le détruirai ! Il ne restera plus sur la terre qu’un seul homme, moi !…je suis le destructeur du monde ! »

Comme le disait le général De Gaulle : Vaste programme !

En fait un bonhomme pas très sympathique qui va mettre son projet en route grâce à un redoutable rayon de son invention, le Rayon « M » dont la propriété est de transformer l’eau en oxygène et en hydrogène. Son objectif sera d’assécher la terre entière, en condamnant l’humanité à une mort horrible : La soif ! Mais sa folie meurtrière ne se s’arrête pas là, car non content d’avoir mis au point cette arme ravageuse, il produit en simultané le Rayon « M bis », qui lui possède la propriété de rendre fou. En résumé un diabolique personnage qui du coté invention ravageuse, en connaît….un rayon ! L’extravagant personnage nourri depuis toujours une haine viscérale à l’encontre de Max (on ne sait pas trop pourquoi dans le livre) et compte bien utiliser « le rayon qui rend fou » sur lui.Mais les plans du gredin vont se jouer à un petit détail prés, un des hommes capturés lors de la première expédition, va réussir à s’échapper d’une manière tout à fait rocambolesque, comme nous le verrons plus tard.

Revenons à présent sur notre petite expédition polaire. Un voyage somme toute bien monotone, mais une gaffe de la journaliste vient pimenter un peu l’ordinaire. Depuis leur départ, elle avait caché sur elle un minuscule appareil émetteur/récepteur, lui permettant ainsi de transmettre au jour le jour à son journal un compte rendu des événements. Bien évidemment, d’Anec intercepte les messages. Non seulement il est au courant de leur position mais également du projet d’attaque de sa base secrète. La chance sera pourtant de leur coté, car c’est au moment au le professeur se dirige avec son avion vers le groupe de Carbier,Lucien arrive à sauter de l’avion et non content d’être sain et sauf, « tombe » tout à fait par hasard sur notre petite expédition punitive. On s’embrasse, on saute de joie, lorsque Lucien sort de sa poche un flacon dérobé au hasard avant de quitter l’appareil. A l’intérieur un précieux liquide dont la vertu est de stopper l’action de terrible rayon « M ». Tous pourront donc boire à satiété lors de l’approche du repère de l’infâme crapule, en effet le rayon évapore tous les liquides…même la salive.

Il dés à présent urgent de préparer l’attaque du bastion du « buveur d’océan », car nos amis reçoivent des nouvelles alarmantes de l’Europe où le niveau des eaux commence à baisser sur certaines cotes Françaises et Anglaises. Pas de quoi prendre peur mais tout de même de façon significative. Le plan est simple, il suffira de faire exploser l’énorme stock d’essence entreposé par les gredins. Hélas, les messages de Francis seront une fois de plus interceptés, l’attaque échoue et toute l’équipe capturée. La sentence est implacable : La mort ! Fort heureusement notre belle Florence va user d’un excellent stratagème. Elle flatte le mythomane et propose de lui organiser un reportage en mettant en avant le génie inégalé du savant :

« Pensez à la répercutions qu’auraient les éditions spéciales indiquant en gros titres : Le maître de l’usine triomphe ! L’humanité est menacée de mort ! Le rayon « M » va s’étendre sur toutes les régions du monde ! Ce serait l’affolement, l’épouvante ! Je vois cela comme le plus fort tirage qu’on ait jamais réussi !…. »

Mais le lecteur avisé comprend entre les lignes le but de cette manœuvre. La journaliste accède pour cette opération à son émetteur portable et entre en contact avec la centrale d’Angmagssalik. Grâce au système du radioguidage, il sera possible d’envoyer de puissants bombardiers qui réduiront ainsi à néant la redoutable usine et ses armes destructrices. Les héros sont sains et saufs mais malheureusement pour le sommeil paisible des citoyens, l’ombre sinistre du savant fou risque de planer une fois de plus sur l’humanité, son corps ne fut jamais retrouvé dans les ruines gelées de son repère.

Pour quelques rayons de plus !

Les habitués de ce blog finissent par être familiarisés avec le thème du savant, sujet récurent et majeur s’il en est. Une fois n’est pas coutume, l’arme suprême utilisée ici est le célèbre et incontournable « rayon » qui à l’instar de la fameuse« pilule nutritive » ou du non moins célèbre « moteur électrique » est la véritable star de la conjecture ancienne. Formidable rayon destructeur, le « rayon de la mort » pour les intimes, sans lequel la vie des maîtres du monde serait bien triste. Mais cette puissante arme, fruit de la recherche de cervelles dérangées est aussi l’apanage de civilisations extra-terrestres très développées et qui l’utiliseront principalement à des fin « militaire » et de domination de la planète terre (« La guerre des mondes » de H.G.Wells ») toutefois cette thématique fut principalement utilisée dans la science-fiction Américaine qui avait un vision plus « agressive » et « radicale » des intentions des êtres venus de l’espace.

Alors nous avons droit dans ce domaine à tout un panel de cette formidable invention, inventée pour notre plus grand malheur ou bonheur suivant les cas de figure : Le porteur d’énergie (« L’étrange aventure de Pierre Fontramie » de J.L Gaston-Pastre), celui qui désintègre, le plus fameux (« Les condamnés à mort » de Claude Farrére, « Elisabeth Faldras » de O. Traynel), activant des explosifs à distance (« Le semeur de feu » de André Falcoz) qui donnent des maladies (« Les rayons ensorcelés » de H.Allorge) sans oublier celui qui rend amoureux ( A.Seuhl « L’amour par T.S.F ou  Le rayon de l’amour ») etc.…. Encore une thématique qu’il serait un jour intéressant de lister dans les pages de ce blog.

En dépit d’une structure des plus anarchique et de situations les plus invraisemblables les unes que les autres (frôlant parfois même l’incompréhension), l’originalité du texte de ce texte reste sans nul doute ce rayon « M bis », le petit nouveau dans la famille, celui qui rend fou et dont les radiations semblent avoir touchées par mégarde la cervelle du pauvre d’Anec. Plus fort que H.J.Magog (ou du moins beaucoup facile et commode) qui voulait dans son roman « Les buveurs d’océan » ( Réédité sous le titre « Le secret du Pacifique » ) assécher le globe par le feu central terrestre, ce rayon à décomposer les liquides et à évaporer la salive reste une idée particulièrement délirante et qu’il serait utile de connaître afin d’abréger la logorrhée de certaines personnes médiatiques qui « envahissent » notre quotidien.

Hélas, cette histoire destinée comme le titre de la collection l’indique « Pour les moins de 18 ans », manque de rythme, personnages trop stéréotypés, avec cet insupportable petit relent de patriotisme de mauvais aloi, qui marqua un trop grand nombre de textes à cette époque. Un « petit Derméze » donc à lire dans le bus ou entre deux clients chez votre coiffeur, tout en lui accordant une fois de plus l’avantage de vous divertir sans jamais véritablement vous ennuyer.

Je ne sais pas vous, mais je commence curieusement à avoir la bouche sèche !

 

Deux titres identiques mais aucun plagiat à déplorer…cependant l’ouvrage de Magog reste dans nos favoris!

  sanstitre1ldm dans archives du bulletin

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