« Les Sentinelles » de Dorison et Breccia: La Science Dans L’horreur Des Tranchées!

Posté le 12 avril 2011

A l’aube du 20éme siècle, une section secrète de l’armée, la « Division sentinelles », teste sa nouvelle arme : un soldat sur lequel ont été greffés des membres métalliques. Insensible aux balles, déchirant les barbelés comme du papier, le soldat d’acier semble indestructible…..Jusqu’à ce que ses batteries s’arrêtent net au beau milieu du combat. Alors, lorsqu’un jeune scientifique, Gabriel Féraud, conçoit la pile au radium, l’armée entrevoit la possibilité de relancer le projet sentinelles et de le tester dans le sang, le feu et la boue des tranchées.

Après les prometteurs volume un et deux respectivement « Juillet-Août 1914, les moissons d’acier » et « Septembre 1914, la Marne » nous attendions avec impatience ce troisième volume de la série « Les sentinelles » intitulé « Avril 1915 Ypres ». L’attente ne fut pas vaine car nous retrouvons avec toujours autant de plaisir nos deux héros, Taillefer et Djibouti dans un volume où les dessins de Breccia sont toujours aussi percutants et le scénario de Dorison, plein d’originalité et d’idées sensationnelles.

La guerre est en train de s’enliser et nos deux combattants vont ainsi voir leurs rangs se gonfler d’une nouvelle recrue : le baron Hubert-Marie de Clermont qui répondra au surnom évocateur de « Pégase ». Ce dernier équipé d’une singulière machine, est quand à lui capable de voler. Un véritable homme volant qui se révélera un atout de poids pour ses futures missions. Mais l’armée Allemande décidée de ne pas en rester là va s’employer à contrecarrer l’apparition de ses « surhommes » en employant tout d’abord de redoutables gaz de combat, pour finalement créer leur propre machine de guerre : Le Ubermensch ! Un super soldat dont la tenue ressemble à si méprendre à un gigantesque scaphandrier terrestre, mais dont la puissance et l’invulnérabilité semble prodigieuse.Ainsi donc par « surhommes » interposés, c’est tout le savoir et la folie scientifique de deux pays qui vont s’affronter, dans un bain de sang épouvantable, comme pour atteindre d’une manière paroxystique les horreurs d’un conflit déjà dramatique.

C’est l’histoire de la guerre de 14/18 qui se trouve ainsi revisitée, dans cette superbe BD en trois volumes. A travers les péripéties de « Taillefer » c’est toute l’horreur des tranchées avec son cortège d’abominations que nous livrent ici Dorisson et Breccia. Un scénario des plus passionnant mis en image de façon magistrale où le froid, la souffrance et la misère du soldat sont réalisés avec une justesse presque palpable. Une réflexion sur les limites de la folie des hommes et des scientifiques qui en sont les instigateurs. Les prémisses de l’homme machine version « belle époque », une histoire magistrale qui mérite toute l’attention des amateurs de vieille anticipation, et des autres, pour l’originalité de son cadre historique et de sa thématique pour ne pas dire problématique.

La série « Les sentinelles » nous propose de ce fait, une réflexion sur les limites de la science et les problèmes d’éthiques qui en découlent. Car finalement ces surhommes sont les victimes de circonstances particulières, d’une guerre abominable et terrible qu’un appétit insatiable, condamne à aller toujours plus loin, aux frontières de la boucherie et de la barbarie. Si la thématique du « surhomme » fut également abordée avec brio dans l’excellente série « La brigade chimérique », force est de reconnaître que « Les sentinelles » innovent quelque peu en créant de toute pièce des héros malgré eux, des soldats aux supers pouvoirs que rien ne préparait à ce triste destin. Les héros de « La brigade chimérique » font appel à toute l’histoire et à notre patrimoine populaire, en faisant revivre des héros de notre littérature. Le résultat n’en n’est pas moins passionnant, la série brille pour l’inventivité de son scénario et le dessin d’un graphisme qui par moment est absolument original pourra par contre dérouter certains lecteurs peu habitués à ce genre d’histoire. Je pense qu’il n’y aura aucun intérêt à préférer une série à une autre, les deux œuvres font état d’une grande originalité et de valeurs intrinsèques qui en font sans contexte de véritables petits bijoux du genre.

Souhaitons qu’il nous faudra attendre moins longtemps pour voir débarquer sur les rayonnages le quatrième volume annoncé sous le titre de « Dardanelles » et que nous retrouverons avec toujours autant de plaisir la plume inspirée du dessinateur qui parvient si bien à nous plonger littéralement et sans retenue dans cette formidable épopée et sous l’imagination toujours aussi débordante d’un scénariste hautement inspiré. Il est d’ailleurs assez amusant que cette thématique sera par la suite reprise entre autre pour le cinéma et l’amateur curieux ne pourra que se ravir à la vision du dernier film de Zack Snyder « Sucker Punch » et dont l’héroïne voulant échapper à ses tortionnaires, s’évade par le rêve à la recherche de plusieurs « clefs » et dont l’une d’elle se trouve dans un monde alternatif plongé dans les horreurs de la première mondiale. Il s’agit en l’occurrence d’un conflit où l’armée Allemande utilise des soldats zombis, un assemblage de rouage et de vapeurs leur conférant une grande invulnérabilité. Les scènes de combats avec ses nuées d’avions, de dirigeables et l’intervention d’un robot « rétro futuriste » en font à mon avis la meilleure séquence du film, justifiant à lui seul sa vision.

« Les sentinelles Avril 1915, Ypres » Chapitre troisième. Scénario de Xavier Dorison, Dessins et couleurs de Enrique Breccia. Editions Delcourt. 64 pages.

« La Brigade Chimérique » de Lehman,Colin,Gess et Bessonneau. Editions de L’atalante, en 6 volumes.A consulter également le très intéressant site de la Brigade:

http://brigadechimerique.com/

 

 Une superbe couverture pour le N°3 et un sympathique supplément dans le N°1
  lessentinelles2 dans les auteurs et leurs oeuvres

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