« The Purple Plague » Une Singulière Fin Du Monde Exhumée Par Régis Messac

Posté le 23 avril 2011

A la dernière lecture de la revue « Quinzinzinzili, l’univers Messacquien », j’ai eu le plaisir de découvrir le résumé d’un texte d’un écrivain Anglais qui je dois l’avouer, me procura un immense plaisir. Plaisir de découvrir un roman que je ne connaissais pas et dont la thématique, très originale, fut relativement peu abordée dans notre domaine. Mais auparavant je voudrais revenir sur cette revue qui à mon sens, est un outil indispensable pour tout amateur d’anticipations anciennes et pour celui qui voudrait mieux comprendre et apprécier le véritable travail de chercheur de Régis Messac, de se rendre compte à quel point ce fut un homme cultivé, d’une grande pertinence dans ces propos et surtout, très ouvert au monde qui l’entourait.

Bien avant tout le monde, il s’intéressa plus particulièrement aux textes « d’imagination scientifique », un domaine qu’il enrichit lui même avec quelques écrits célèbres, mais également contribua à rédiger un indispensable travail critique qui reste encore de nos jours une source incontournable pour celui ou celle voulant approfondir ses connaissances en la matière : « Roman policier », « L’homme singe », «Les premières utopies », «Micromégas », »Terres creuses », « L’homme artificiel », « Voyages modernes au centre de la terre »…autant de sujets passionnants qui furent abordés de manière magistrale par cet infatigable dénicheurs de « chimères ». Il fut enfin, un des pionniers dans le domaine de l’édition à se lancer pour la première fois dans notre pays dans une collection vraiment « spécialisée » et reconnue en tant que telle , et dont le résultat fut la célèbre et très recherchée collection « Les Hypermondes » éditions de la « Fenêtre ouverte ». Hélas cette mythique collection ne connu que trois volumes et l’on se plait à imaginer l’excellence des titres à venir, si le destin en avait décidé autrement.

Au travers de cette revue, c’est un brillant et légitime hommage que lui rendent Olivier Messac et toute son équipe et s’il est une revue qui pour l’heure, il vous est indispensable d’acquérir, c’est sans nul doute ce « Quinzinzinzili ».Un hommage supplémentaire et très respectueux à un de ses plus célèbres romans, tant pour l’originalité de son titre que pour la singularité de sa thématique.

Le résumé que vous allez lire est donc extrait de ces innombrables articles que Régis Messac rédigea pour sa revue indépendante « Les primaires » et dont l’intégralité est reproduite petit à petit dans les pages de « Quinzinzinzili ». Rédacteur en chef de « Les primaires » (revue mensuelle de culture populaire, de littérature et d’art) elle fut éditée au 36 rue Ernest Renan à Issy-les-Moulineaux. Toute la production de l’auteur est ainsi répertoriée depuis le N°1 de ce « Bulletin » nous donnant ainsi un aperçu de la somme importante de documents que nous laissa cet incomparable chercheur Régis Messac :

« The Purple Plague » de Fenner Brockway (Sampson & Low, Londres). Paru dans la revue « les Primaires n° 90, juin 1937, p. 324 à 327, repris dans Quinzinzinzili n° 11, automne 2008, p. 29-30.

Une maladie contagieuse et inconnue s’est abattue sur l’Amérique. La période d’incubation dure dix ans et pendant tout ce temps le malade est contagieux sans le savoir, sans qu’on le sache. Puis des taches violâtres apparaissent sur sa poitrine, sa chair pourrit lentement, et il est sujet à des accès de folies furieuses. C’est le fléau violet.

Un savant, Robert Haden, travaille activement à découvrir un sérum contre la peste violette. Comme il doit se rendre en Europe, il s’est fait aménager un laboratoire dans une cabine pour pouvoir poursuivre ses recherches même pendant la traversée. En effet, le temps est précieux : chaque jour de nouveaux cas se déclarent ; l’existence de la race est menacée. Sur le bateau, malgré ses préoccupations, Haden, qui a volontairement renoncé aux premières classes (les passagers de 1re classe lui paraissent assommants) fait la connaissance de divers personnages : Schwartz,un vieil industriel enrichi,M Macmillan,un jeune professeur,Hilda et Connie deux étudiantes devenues danseuses pour gagner leur vie.

Le troisième jour, coup de tonnerre : Schwartz est atteint de la peste violette. Tous les voyageurs étant supposés contaminés,le gouvernement Anglais refuse de laisser débarquer les passagers. Le gouvernement Américain refuse également de les autoriser à revenir à New York. Tous les autres pays du monde suivent cet exemple. Le bateau maudit est condamné à errer sur les océans, au moins pendant dix ans, jusqu’à ce que tous les cas latents de peste violette se soient déclarés. Le seul espoir est que Robert Haden trouve on sérum et il y travaille avec acharnement tout en soignant Schwartz. Mais, à l’intérieur de cette petite communauté, isolée ainsi de la grande communauté humaine, d’autres problèmes se posent bien vite, qui font presque oublier aux passagers la peste violette. Maintenant qu’ils sont isolés du reste du monde, vont-ils continuer à respecter les valeurs établies par ce monde qui les a rejetés ? Les passagers de troisième classe vont-ils rester docilement parqués pendant dix ans dans leurs cabines minuscules et sordides tandis que les passagers de luxe continueront à jouir de presque tout l’espace disponible ? Et les gens de service ? Et l’équipage ? Le Stewart Wells, intelligent et mécontent, continuera-t-il à servir de bon gré l’insignifiant et borné Lord Oliver ? – Evidemment non.

Profitant de l’incapacité du capitaine, désarmé devant une situation qui le dépasse, le prolétariat du bateau s’organise. I trouve bientôt son leader en la personne de Joe Nathan, un jeune juif, passager de troisième classe. Une véritable révolution se produit, au cours d’une fête organisée par les officiers pour empêcher les passagers de songer à la peste .Le grand salon est envahi, les officiers désarmés, les récalcitrants enfermés. Nathan, et Wells organisent une république égalitaire, régie par un conseil élu. Ils négocient avec le reste du monde, et obtiennent d’être ravitaillés, surtout grâce à la présence à bord de Haden, sur qui l’on compte pour maîtriser la peste violette. Haden est d’ailleurs le seul à qui l’on concède des privilèges et qui soit exempté de travail manuel : tout le monde comprend que son temps est plus précieux que celui des autres. Les femmes on les même droits que les hommes. Et les relations entre les sexes sont naturellement modifiées par la situation nouvelle. Malgré les protestations d’un évêque Anglican qui voyageait en première, la quasi-unanimité des passagers refuse d’accepter le risque de procréer des enfants, qui viendraient sans doute au monde atteints de la peste violette.

Les médecins et les nurses du bord prennent donc toutes les mesures nécessaires pour qu’il n’y ait pas de naissances. Les femmes acquièrent aussitôt une liberté d’allures surprenante. Cependant, Connie Hale, la plus aimable des danseuses, après avoir longtemps hésité entre Joe Nathan et Haden finit par se donner à celui-ci. Mais Haden sera atteint de la peste violette, et aura tout juste le temps d’achever ses recherches avant de mourir. Converti, non sans hésitations, aux idées nouvelles, il laisse en guise de testament un billet à Nathan, lui léguant en quelque sorte Connie :

« Elle vous aidera à expliquer au monde la leçon de notre vaisseau ».

Une utopie ingénieuse, curieuse, originale.

Idée ingénieuse, comme on le voit, et ingénieusement exploitée. On voit aussi que la peste violette n’est qu’un prétexte, et que ce roman est en réalité une utopie. Le bateau est une île flottante, comparable à celle de Morelly, et de tant d’autres. Ses dimensions restreintes ont l’avantage de simplifier les problèmes, de les rendre plus aisément saisissables, et certains aspects de notre société et de notre époque sont présentés ainsi d’une manière frappante.

Mais cela offre aussi des inconvénients. La simplification peut-être poussée trop loin, et l’on est amené à dire quelquefois que Fenner Brockway a négligé bien des facteurs. Ses héros sont trop raisonnables, trop courageux aussi. Même la foule est facilement apaisée. Joe Nathan est presque surhumain, et cela rend les choses trop faciles. S’il se laissait dominer par ses passions ? -Cela arrive.- Ou s’il était atteint à son tour de la peste violette et ne laissait pour le remplacer qu’un successeur intrigant, égoïste et partial, et même sanguinaire et cruel, qui réduirait la révolution au remplacement d’une clique par une autre clique…Enfin – et c’est là un trait bien Anglo-Saxon- bien que le clygermen ne soient pas flattées dans ce récit, les personnages principaux ont tous une bonne dose de mysticisme. IL en résulte entre autres choses des longueurs : le récit des amours de Connie et de Haden est un peu traînant, et les dernières pages du récit sont moins intéressantes que les premières.

Cela dit, il n’en reste pas moins vrai que « Purple Plague » est un livre infiniment curieux et original, très supérieur à la moyenne des romans anglais et américains.

 

Un grand merci à Olivier Messac de m’avoir donné l’autorisation de reproduire dans les pages de ce blog ce précieux article ainsi que la couverture couleur de ce rare roman.

 

« Fin du monde et épidémies » en guise de conclusion

Un texte d’une grande originalité, passionnant pour cette reconstitution d’une véritable microsociété « flottante », une sorte d’île utopique à la dérive, dont l’élément conjectural, à savoir cette épidémie de « peste écarlate » n’est visiblement qu’un prétexte pour l’auteur de poser son regard et son jugement sur les fondements d’une société idéale. Un roman qui mériterait sans nul doute une traduction en Français. Mais dans les pages de ce blog, l’exhumation de ce roman sera le prétexte à faire un petit tour d’horizon sur épidémie et conjecture ancienne. Les deux derniers titres, bien que n’entrant pas vraiment dans la catégorie des « ancêtres » méritent toutefois dans ces pages une petite place privilégiée pour leur originalité et de leur succès auprès du public.

Les auteurs s’évertuèrent à infliger à notre civilisation toutes les fins possibles et inimaginables : Guerres, catastrophes naturelles (météorites, raz de marais, tremblements de terre etc.…), savants fous en quête de vengeance (une thématique assez récurrente dans le genre), péril nucléaire, invasion extra-terrestre, et la fameuse fin par épidémie. Toutefois, alors que l’Europe connu d’innombrables et dévastatrices vagues d’épidémies, et plus particulièrement la peste, cette thématique restera relativement confidentielle. D’une manière globale, en regard des ouvrages consultés, nous pouvons en conclure quelles peuvent être le fait soit des hommes (une création à des fins militaires ou de vengeance personnelle) soit de causes naturelles inconnues (la terre est frappée d’une soudaine maladie comme « La peste écarlate », sans que nous en connaissions les origines), ou tout simplement d’origine »extra- terrestre »

Afin d’élargir un peu plus le contexte de cette liste nous y trouverons également les causes d’origines « volatiles » (Gaz,fumées, etc.…) ainsi que les romans dont la fameuse « épidémie » sera source ou non de l’éradication de l’ensemble de l’humanité.

- « Le dernier homme » de Marie Shelley. Editions du Rocher.1988. Roman publié à l’origine en 1826.

- « La peste rouge » de Jean Bruyére. Paru dans « La science illustrée » du N°530 (22Janvier 1898) au N° 532 (5 Février 1898).

- « Le nuage pourpre » de H.P.Shiel. « Je sais tout » de Septembre 1911 à Janvier 1912 (N° 81 à 84). Illustré par M.Orazi. Réédité en volume chez Pierre Lafitte. Couverture illustré couleur. 1913.

- « Le ciel empoisonné » de Sir Arthur Conan Doyle. Editions Lafitte 1913

- « La force mystérieuse » de J.H.Rosny. Editions Plon.1914

- « Le rire jaune » de Pierre Mac Orlan. Editions Méricant.1914.

- « La conquête de Londres » de François Léonard. Editions Atar, Genéve.1917

- « La guerre microbienne : la fin du monde » par le Professeur X (pseudonyme du Dr Rochard) éditions Tallandier 1923.

- « La peste écarlate » de Jack London. Editons Crés.1924. (Paru semble t-il en 1915).

- « En l’an 2125 » de Raoul Le Jeune. Bibliothèque de « La mode familiale » collection « Fama ».1928. 126 pages.

- « Le bacille » de Arnould Galopin. Editions Albin Michel.1928.

- « La grande panne » de Théo Varlet. Editions des portiques 1930.

- « New Chicago » de Jean jacques Bernard. 1933. Pièce radiophonique, publiée dans le N°139/140 de la revue « Europe ».Juillet/Août 1957.

- « Changement de décor » de James Ray. Editions de la nouvelle revue critique.1934.

- « Quinzinzinzili » de Régis Messac. Editions de La fenêtre ouvert collection « Les Hypermondes ».1935

- « Le monde sans femme » de Martini Virgilio. Probablement paru en 1935, édité en France dans la collection « Présence du futur » éditions Denoël N° 129.

- « Le nuage vert, ou le dernier survivant » de A.S.Neill.1939 pour l’édition originale. Traduit en France en 1974 aux éditions OCDL

- « Le dernier blanc » de Yves Gandon. Editions Robert Laffont 1945.Rééditon

- « Le pont su l’abîme » de George R.Stewart. Editions Hachette.1951.

- « Je suis une légende » de Richard Matheson. Publié en 1954, 1955 pour l’édition Française. Editions Denoël « Présence du futur » N° 10 (Grand format).

- « Le nuage noir » de Fred Hoyle. Editions Dunod.196.

 

 Une couverture sobre mais un roman original et une revue essentielle pour tout amateur qui se respecte
  quinzinzinzili11 dans en feuilletant les revues

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