Les Coups De Coeur Du « Moi »

Posté le 27 avril 2011

Ce mois ci deux ouvrages viennent enrichir ces « coups de cœur » et, une fois n’est pas coutume, une superbe redécouverte et une étude qui je pense ne pourra que charmer les « collecteurs » de choses anciennes que nous sommes.

Si vous êtes comme moi, un amateur de curiosités et de choses rares, alors allez vite faire un tour sur ce lien et vous y découvrirez l’interview d’un personnage vraiment fascinant. En fait vous allez découvrir un petite facette de deux individus incroyables : Claude Seignolle et Eric Poindron. J’ai toujours été émerveillé par les gens de lettres, les vrais, ceux qui ne font pas beaucoup de bruit, qui utilisent les mots avec élégance et facilité. Je suis admiratif du langage et, bien que ne sachant pas l’utiliser avec autant d’aisance et de sobriété, je suis éperdument amoureux de la musique des mots, la couleur des phrases et la texture du vocabulaire. Nous découvrons donc dans ces lignes tout l’amour d’un homme cultivé et passionnant, pour un auteur qui bien que très discret, est pourtant à la tête d’une imposante bibliographie.

J’avais découvert Claude Seignolle il y a de cela plusieurs années et cette soif de mystère et de fantastique ne pouvait que me diriger vers cet auteur mêlant de façon érudite folklore et fiction. Un homme profondément enraciné dans notre terroir et dont le talent fait resurgir de manière saisissante tout se patrimoine culturel de contes et de légendes dont notre pays peut s’enorgueillir. Mais au-delà de l’histoire, il y a les mots et le fait de parcourir cet entretien, m’a redonné l’envie de me replonger dans l’œuvre de Mr Seignolle.

En reprenant la lecture de « La nuit des halles », je me rends compte à quel point j’étais passé à coté d’un ouvrage vraiment extraordinaire et d’une sensibilité extrême. Élégant mais jamais maniéré, sobre tout en étant puissant et poétique à la fois, des textes empreints d’une grande générosité de cœur et de sentiments. L’amour y flotte comme une étrange odeur de parfum douceâtre et entêtant comme la mort. Des personnages s’y meuvent et leurs destins marqués par une rencontre aussi soudaine que durable ne pourront être que source de souffrance et de mélancolie. Douleur de l’âme et de l’esprit, corps graciles et fantomatiques rencontrés au coin d’une rue au hasards d’une errance nocturne, compagnon de route d’un énigmatique et silencieux personnage, vie éternelle dont le destin se trouve enfermé dans la flamme tremblotante d’une bougie, quête improbable à la recherche d’une figure folklorique, la mort dans « La nuit des halles » est d’une présence permanente, réclamant son dû pour chaque histoire, comme pour mieux nous rappeler que nous faisons partie intégrante d’un cycle dont la fin est presque toujours inéluctable.

Claude Seignolle est un magicien des mots, nous ne pouvons que boire ses phrases avec une grande avidité, car elles coulent en nous de façon onctueuse et rafraîchissante et sont la promesse d’agréables moments de lecture, riches et captivants. Un auteur qui nous fait aimer encore plus la littérature et qui, personnellement, illumine mes journées dans la perspective de tenir entre mes mains un de ses ouvrages.

Un grand merci à Eric Poindron de nous donner l’opportunité dans sa prometteuse collection « Curiosa & coetera » de (re)découvrir toute la magie de ce fascinant et talentueux personnage.

« La nuit des halles » de Claude Seignolle.G.P.Maisonneuve et Larose, éditeurs. Mille exemplaires sur Alfa mousse.1965.

- « Invitation au château de l’étrange » de Claude Seignolle. Editions du Castor Astral, collection « Curiosa & coetera ».2011.

Pour la passionnante interview de Eric Poindron, c’est ici:

http://www.heresie.com/eric_poindron.php

 

 

Walter Benjamin disait à propos des collectionneurs que « cette passion confine au chaos des souvenirs ». De ce fait dans cet ouvrage Philipp Blom nous raconte comment au travers de cette curieuse et singulière « manie », ils s’emploient à mettre de l’ordre dans le désordre du monde. L’auteur nous rappelle également que « dans notre société de consommation, nous sommes tous des collectionneurs à notre façon ».

Cette « Histoire intime des collectionneurs » est une étude passionnante des plus grandes figures du genre, une sorte de cartographie des objets insolites et rares accumulés par des personnages hauts en couleurs .Mais, loin de susciter l’ennuie par une liste laborieuse et sans intérêt, l’auteur parvient à attiser notre curiosité par quelques bonnes anecdotes et autres faits historiques toujours placés à point nommé, une étude qui se dévore comme un roman. Blom, en spécialiste du genre, prend ici un malin plaisir à décortiquer les traits de ces grandes figures historiques qui, sans avoir à aucun moment participées à l’édification de l’histoire des hommes, en sont pourtant les témoins et les archéologues attentionnés, au travers de leurs incroyables « collections ».

Lorsque la science n’était pas une science exacte, qu’elle ne possédait pas de véritable « statut » ce sont les collectionneurs qui commencèrent à accumuler et à répertorier, les objets curieux, les créatures bizarres que l’on rapportait de ces nouvelles terres, découvertes au-delà des océans. Mais déjà à cette époque (le XVIéme siècle) on s’interroge sur l’utilité de telles démarches et des personnages célèbres comme Saint Augustin, Saint Thomas D’Aquin opposent une farouche résistance, car ce poser trop de questions sur tout ce qui nous entoure, peut révéler des choses dérangeantes et avoir un effet néfaste sur les croyants, les éloigner de dieu : L’ignorance est le meilleur moyen de lutter contre l’opposition.

Les collectionneurs furent à l’origine des hommes curieux et dont la soif de découverte n’avait aucune limite, entassant au fil des années dans leur extraordinaire « Studioli » une quantité impressionnante d’autant de preuve de la singularité de notre monde. Livres, objets, curiosités parfois proches du macabre, du surnaturel ou de l’improbable, c’est un fascinant voyage au pays du bizarre que nous est ici proposé. Dans un monde de bêtise, d’ignorance et de violence, vous allez ainsi pénétrer dans une autre dimension, où la découverte se fait reine, le savoir un havre de paix, dans la quiétude feutrée originale et sereine de ces quelques cabinets de curiosités dont nous ne voudrions jamais ressortir.

- « Un histoire intime des collectionneurs » de Philipp Blom. Editions Payot.2010

 

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2 commentaires pour « Les Coups De Coeur Du « Moi » »

  1.  
    Ferocias
    28 avril, 2011 | 21:44
     

    As-tu déjà lu Les Collectionneurs de Philippe Jullian (aux éditions Flammarion, 1966)?

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  2.  
    29 avril, 2011 | 8:22
     

    Salut à toi.
    Je dois avouer ne pas avoir consulté l’ouvrage dont tu me parles et le m’active à le rechercher sur le net, mais pour le moment les prix en occasion restent assez haut. Je le rajoute à ma liste (interminable) de recherche et d’ouvrages à lire.Merci pour l’info et à bientôt.

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