« Voyage à La Lune et Au-delà » De Charles De L’Andelyn

Posté le 25 juillet 2011

« Voyage à la lune et au-delà » de Charles L’Andelyn. Éditions « Connaître » à Genéve.1959.131 pages, illustré par Roland Arnold.Tirage imité à 1000 exemplaires

Stéphane Duval, fils d’un clerc de notaire était destiné à un bien triste avenir : devenir le successeur de son père. En revanche, celui-ci lui donna le goût à la lecture et aux voyages… dans sa tête. A la mort de ses parents pourtant il lui était impossible de ne pas reprendre le flambeau paternel, il faut bien vivre. Heureusement un matin le destin frappe à sa porte l’obscur fonctionnaire devient l’unique héritier d’un richissime oncle d’Amérique. Commence alors une vie de voyages et de loisirs. 

Privilège des riches, le monde lui semble étroit, sans surprise Le hasard fait de nouveau bien les choses, nous sommes à l’époque de la conquête spatiale et la lune est une terre de tourisme. Duval achète donc un billet et après 36 heures de « locomotrice», arrive sur notre satellite La première personne rencontrée est un marchand Juif, écoutons le savoureux dialogue :

- « Quoi ! Israël a déjà pris pied sur la Lune

- Il faut bien mon bon monsieur, depuis que l’on nous a chassés de la Terre.

- Comment êtes-vous venu échouer ici ?

- Vous savez que l’Allemagne a promis une subvention de 10 000 marks à chaque Juif qui irait s’établir dans la Lune. – Et l’Allemagne vous a-t-elle payée ?

- Pas encore, elle éprouve des difficultés financiers momentanées ».

Petit détail, l’air est respirable ! Après une nuit passée a «l’Hôtel de la Lune et des Etats-Unis» en compagnie des autres passagers, notre milliardaire trouve la lune triste, aride, déserte… Grâce à la rencontre d’un ingénieur Suédois Olaf Tunga, les horizons s’élargissent. Le savant à mis au point un moteur révolutionnaire permettant de franchir des distances considérables en un rien de temps. Mars en un mois, Jupiter en neuf, Saturne en dix-huit. De retour sur Terre les préparatifs s’organisent.

Le voyage se fera en présence des mêmes personnes présentes lors du raid Terre-Lune : Miss Lovidale et ses deux filles, Eva Gaudente, Ralph Roze le médecin, Tunga, Duval, Fence, deux Canadiens Leroy et Planchette, deux mécaniciens et le pilote. La fusée de 13 étages (avec salle de bain, cuisine, salon, etc…) décolle un beau matin pour un long et pénible voyage : «Les jours et les nuits passèrent, tous les mêmes à travers l’immensité noire». La pression monte, l’humeur devient morose. .

Enfin arrive le 30 octobre, Jupiter est en vue. Après une habile manoeuvre le vaisseau se pose sans encombre dans une région désolée, envahie par les glaces. On teste la température : – 4° et hop ! une petite doudoune, un masque à oxygène (au cas où…) et les voilà dehors. Par bonheur, l’air est respirable, mais pas âmes qui vivent. Nouveau départ un peu plus au Sud et là, c’est le jardin d’Acclimatation de l’espace, le Van Vogt de « La Faune de l’espace » avant l’âge :

- «Tout à coup, sortant de cette forêt, un animal se montra, un quadrupède à la fourrure blanche, à la tête allongée à la manière d’un ours arctique, mais dont il différait par les pattes, de minces pattes hautes de trois mètres».

Va suivre un safari des plus étrange où les trophées n’ont rien à envier aux créatures de Bernie Wrighston. Découverte d’une flore tout aussi exubérante avec ses célèbres champignons géants, plantes aux couleurs multicolores,…. La cerise sur le gâteau sera la découverts de pierres taillées en cubes :

- «Robinson Crusoé n’éprouva pas plus d’étonnement ni plus d’inquiétude dans son île quand il aperçut sur le sable l’empreinte d’un pied humain.»

Par contre «Vendredi» est un peu plus «exotique» «Haut de 3 mètres, peau rouge, deux yeux, deux oreilles, une bouche mais pas de nez». Le premier contact est assez burlesque, l’unique son venant de sa bouche est : «oôa !». Un à un d’autres Joviens arrivent, qui par gestes les invitent à les suivre. Leur destination, une ville souterraine dont l’accès se fait par un immense ascenseur. Inutile de vous préciser que cette fameuse cité, est une merveille de technologie où tout fonctionne à…. l’électricité.Hélas à la suite d’un malentendu, éclate une altercation et seul Duval parviendra à rejoindre son vaisseau. Tout le monde connaît très bien les divergences qui opposent les terriens avec les joviens.

Trois membres du corps d’exploration sont donc prisonniers. Une équipe de secours décide donc de repartir, composée d’Ingrid et des deux mécaniciens. La malchance est de rigueur, Douby disparaît, Lobster se fait ouvrir le crâne et Duval lui, se retrouve paralysé par un des tubes dont chaque homme rouge est équipé. A son réveil, il est enfermé et seul. Un des gardes (l’infirmier?) lui apporte médicaments et nourritures. Grâce à ces visites régulières, Stéphane se lance dans l’apprentissage de la langue «Oua ». Les leçons sont raides :

- «Ma connaissance du Français, de l’Anglais et de l’Espagnol m’aidait peu».

Bref, le Terrien est un bon élément et en quelques jours il maîtrise la langue. Première question de Ouoïh le Jovien :

- « D’où venez-vous ?

- De la Terre.

 - La Terre ? Qu’est-ce cela ?

- Une planète, qui comme Jupiter tourne autour du soleil.

- Je n’en avais jamais entendu parler »

Inutile de vous dire, devant tant de mauvaise foi, que l’on est mal parti. Par la suite, le prisonnier passe devant le conseil des Sages (une habitude dans la production de l’époque) Tout le monde le prend pour un fou :

- «La Terre, mais personne ne peut y vivre !».

La permission lui est alors donnée de revoir ses amis captifs et de se promener librement dans la cité souterraine. Un point intéressant toutefois à signaler : sur Jupiter il n’existe qu’un seul sexe, la reproduction se fait par «bourgeonnement» grâce à une vitamine vendue par l’état, ceci dans le but de maîtriser le taux des natalités. Dans cette société la vie est identique à quelque chose près à celle de la Terre : religion, culture, théâtre, cinéma, prison et usine. Résumons par une phrase de l’auteur :

- « Il serait trop long de décrire ces choses qui, par beaucoup de leur aspect, rappellent les nôtres et qui par d’autres en diffèrent profondément.»

  Belle pirouette non !

Les Joviens ne possèdent pas le sens de l’odorat, parlent mille langues différentes et sont répartis en six ou sept races correspondant aux couleurs de l’arc en ciel. Entre elles existe une haine farouche, la race supérieure est bien sûre celle de leur hôte Euôoh, de couleur rouge, majoritaire sur Jupiter. Après bien des péripéties, le vaisseau sera enfin retrouvé ou plutôt les rescapés du vaisseau car une mutinerie a éclatée à bord et celui-ci sans le commandement de Douby (le traître n’avait pas disparu) est semble-t-il retourné sur Terre. Heureusement c’était une fausse alerte, leur appareil vient d’être signalé au dessus de l’île d’Aou, dans le territoire des Hommes Verts. Nouveau départ, quelques jours d’un pénible voyage, leur vaisseau est finalement repéré.

Leur étonnement face aux Hommes Verts est encore plus grand : même taille, possèdent trois yeux, deux bouches et quatre bras avec un air des plus redoutable. Par l’intermédiaire d’Euôoh, Duval apprend que le restant des occupants de la navette, sont prisonniers dans la capitale. Il n’est pas question de les relâcher. La situation devient grave d’autant plus que le conseil des Rouges refuse toute intervention de leur part :

- «Que nous importe votre sort ! Épouser les intérêts d’inconnus venus d’une planète infime que nous n’apercevons jamais ?»

Il leur faut donc trouver un autre moyen, Euôoh apporte la solution : se faire de nouveaux alliés ! Les Hommes Bleus sont les seuls envisageables. Destination le royaume d’Iria en quête de nouveaux amis. (Comme vous pouvez vous en douter, autre couleur, autre morphologie :

- «Le premier Bleu que j’aperçus me fit l’effet d’une apparition infernale, d’un diable échappé d’un des cercles de Dante Alighieri, ou d’une de ces difformes créations auxquelles se sont plu les mythologies de l’Egypte ou de l’Asie. De loin cet être me parut un Centaure, car il avait quatre jambes et ses jambes s’étendaient sur une longueur double de celle de son buste. Enfin le visage, bleu de cobalt, dépassait le reste en monstruosité avec ses deux bouches, ses deux narines et ses quatre yeux disposés en forme de trapèze; la tête entière, s’allongeait horizontalement comme une courge peinte et percée de trous pour des enfants».

Ce bon vieux centaure ! Il fut aisé de convaincre le chef de ces horribles créatures, guerriers dans l’âme d’aller en découdre avec cette bande de dégénérés à la peau verte. La bataille qui se déroula quelques jours plus tard fut courte et sans gloire. Les Verts, moins armés et surtout moins barbares (les bleus égorgent les rescapés) durent capituler. La ville était à eux :

- «Les Bleus agissent au début par curiosité, puis la soif du pillage et du carnage les poussent, ils seront tout disposés à envahir la ville.»

La libération des prisonniers fut chose facile, mais à quel prix ? Douby le traître sera jugé et condamné à l’exil sur Jupiter. Le retour au vaisseau sera difficile car il existe encore des poches de résistance. Leur participation à la bataille coûtera la vie à Planchette, mort le crâne fracassé, mais la victoire est inéluctable. A présent il faut songer au départ et aller rendre la politesse aux Hommes Rouges. Seulement le dédain qu’ils éprouvent vis à vis des Terriens est proportionnel à leur taille en un mot : Allez au diable ! L’alliance Terre Jupiter n’est donc qu’une chimère… Nous laisserons le mot de la fin à l’auteur avec une de ses phrases dont il a le secret :

- «Heureux qui comme Ulysse à fait un beau voyage»

Mais peut-être n’est-ce pas lui qui en fut l’auteur !

 

La terre est une idée

Comme vous pouvez le constater le roman de l’Andelyn est loin d’être une réussite; les incohérences sont légion, les situations ridicules, l’intrigue plus que mince. La description des paysages fait peine à lire et les habitants de Jupiter me font penser quant à eux aux créatures d’E. R. Burroughs du cycle de la lune (souvenez-vous des Centaures). L’exubérance de la diversité de la faune et de la flore de la planète, peut à la limite sauver quelque peu un certain manque d’inspiration général, même si, à cette, époque d’autres écrivains passèrent ce type d’examen avec beaucoup plus de succès. On se rappellera par exemple les créatures qui peuplent les différentes planètes de la saga de Nizerolles « Les aventuriers du ciel, voyages extraordinaires d’un petit Parisien dans la stratosphère, la lune et les planètes » (Éditions Ferenczi de 1935 à 1937), celle de Jean de le Hire « Les grandes aventures d’un boy-scout » ( Éditions Ferenczi 1926)ou encore « Aventures fantastiques d’un jeune Parisien » par Arnould Galopin (Éditions Paul Duval 1908) en faisant un petit crochet par le monde souterrain de « Un descente au monde souterrain » de Pierre Luguet ( Librairie nationale d’éducation et de récréation )

De plus les allusions sur la discrimination raciale sont de très mauvais goût : le burlesque des juifs exilés dans l’espace, la notion d’une race supérieure (les Rouges), l’extermination d’une race à des fins personnelles. Autant de « tics » qui malgré une certaine fréquence dans les productions de l’époque, finissent par lasser.

L’ensemble du roman n’est qu’une aventure pouvant tout aussi bien se passer sur la Terre, seules les physionomies changent. Ne parlons pas de l’aspect «scientifique» : ce voyage se réalise dans un «obus» digne de Jules Verne, l’air est respirable sur toutes les planètes du système solaire, dans la civilisation Jovienne tout fonctionne à l’électricité, etc.., Le texte date de 1959 ne l’oublions pas.

L’auteur a-t-il écrit un roman pour la jeunesse ? Rien ne le précise. Les personnages et situations rencontrées sont pitoyables de niaiseries, mais il fallait en parler, le but de ce blog n’est-il pas de partager le meilleur comme le pire (à la lecture de cette analyse, la suppression de l’adresse de cette page est interdite !)

Ce texte possède tout de même une grande qualité, l’humour, souvent involontaire. La plaisanterie est-elle de mise dans ce roman ? Tout comme le film de Besson « Le Cinquième Élément », il nous sera impossible de le savoir (mais le ridicule ne tue pas !). Finalement, il n’y a rien d’étonnant au comportement du Conseil des Sages face à cette triste représentation de l’être humain : La lecture de ce roman en est une preuve suffisante. Voila pourquoi la Terre ne peut exister, n’est- elle qu’une idée pour la civilisation Jovienne….

Je n’ai pas encore lu les autres textes de l’auteur (« Les Derniers jours du monde », « La Prodigieuse découverte de Georges Lefranc », « Le Réveil d’Alexis Deschamps ») mais espérons qu’ils soient de meilleure facture. Mais en excellent maniaque que je suis, bon ou pas, ils resteront toujours à encombrer mes étagères.

Bibliographie

- « Les derniers jours du monde » Éditions A.Julien. Genève.1931.

- « La prodigieuse découverte de Georges Lefranc » . Éditions Figuiére .1935.

- « Nara le conquérant »Éditions Victor Attinger.1939.

- « Entre la vie et le rêve » Éditions Perret-Gentil. Genève 1943.

- « Le réveil d’Alexis Deschamps » Éditions de l’Aigle.1948.

- « Voyage dans la lune et au-delà » Éditions Connaître. Genève 1959.

- « Il ne faut pas badiner avec le temps » Éditions Perret-Gentil. Genève 1964.

 

 

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