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Archive pour juillet 2011

Dossier Illustrations: « Scéne De La Guerre Future »

Une tableau « détourné » du célèbre peintre Espagnol Murillo. Image extraite du numéro spécial de « Vu » consacré à la guerre future….rien de bon en prévision !
 

Dossier Illustrations:

 

 



Dossier Illustrations: « La prochaine guerre » dans « Vu »

Avant de nous consacrer au numéro spécial de « Vu » et consacré à la thématique de « La fin d’une civilisation » arrêtons-nous le temps d’une couverture sur ce numéro spécial privilégiant, une fois n’est pas coutume, les horreurs d’une guerre où la technologie serait au service de l’homme. Finalement deux numéros spéciaux qui sont étroitement liés et qui nous montrent à quel point le progrès a toujours été une source d’inquiétude pour l’espèce humaine.

Cet exemplaire comporte une nouvelle conjecturale inédite de Pierre Dominique « La première nuit » agrémentée une fois de plus d’un photomontage assez impressionnant.

« Vu », numéro spécial « La prochaine guerre » N° 152. 11 Février 1931

 

Un couverture qui ne laisse planer aucun doute
Dossier Illustrations:



« La Visite Des Martiens » De Jacques Loria: Nous Venons En Paix!

La visite de martienspar Jacques Loria Éditions Eugène Figuière 1935. Broché in 12° de 284 pages.

Nouvelle sensationnelle pour les habitants de la terre : En effet, le professeur Herbert Murray, directeur de l’observatoire de Greenwich observe des signaux lumineux sur Mars! Grande stupéfaction dans le monde scientifique et principalement à l’observatoire de Paris où son directeur Mr Dubreuil apprend la nouvelle par les journaux. La science française ne voulant pas être en marge, nos plus illustres cervelles observent donc l’astre du dieu de la guerre. Effectivement, deux points lumineux apparaissent puis s’éteignent, puis deux autres apparaissent et s’éteignent également et enfin quatre autres s’illuminent simultanément. Un code ? Cocorico ! Car notre illustre professeur découvre l’énigme : il s’agit d’une leçon d’arithmétique spatiale, 2 + 2 = 4.

Toutefois si le monde scientifique reste muet d’admiration, un irréductible hollandais, le Pr. Muller réfute l’hypothèse de la pluralité des mondes habités. Comme quoi, tout bon raleur n’est pas forcement Français! Chacun restant sur ses positions, il va falloir prouver l’existence d’une intelligence extra-terrestre, mais attention, l’interro va être coton puisqu’il s’agit de l’épineux problème du carré de l’hypoténuse. On trace alors des signes lumineux gigantesques sur le soi. Bien évidemment l’examen sera réussi avec mention et une fois le “puits aux ânes”, franchi il est donc temps de passer aux choses sérieuses. Un rendez-vous est donc fixé par signal lumineux.

Quelques semaines plus tard (viendrons, viendrons pas ?) un astronef de forme bizarre est repéré à différents endroits, dans le ciel Européen. Finalement celui-ci décide de Faire escale à Paris, les raisons ?

“Bon ! s’étaient-ils dans doute dit, arrêtons momentanément ici notre randonnée terrienne.Voici un endroit qui semble fait pour nous retenir. Cette tour, lancée en jet hardi vers le firmament est l’indice d’un esprit supérieur, le symbole d’une civilisation avancée. Arrêtons ici notre vol vagabond.”

Le vaisseau ressemble à un énorme cigare argenté, comportant quelques ouvertures en forme de balcons. L’engin se pose. Après tirage au sort Dubreuil, sera l’émissaire terrien, il pénètre alors dans le mystérieux suppositoire. Une fois à bord, le vaisseau s’élève et vient se fixer au dernier étage de la Tour Eiffel. Il est accueilli par des hommes blonds, hautes statures, pratiquement imberbes et portant combinaisons plastifiées. Ces êtres s’expriment de façon rapides avec des sons très saccadés: Ak ! Ak ! Ak ! (en moins belliqueux). Leurs crânes, intelligence oblige est supérieur au nôtre ce qui va permettre à leur chef d’apprendre en quelques heures notre langage et notre orthographe. Quelques leçons d’anatomie, de philo et de nutrition plus tard, la communication va donc s’établir sur de bonnes bases. Les Martiens, bien qu’humanoïdes, sont bien différents de nous.

Pour commencer l’alimentation. ils se nourrissent de l’azote et des hydrocarbures se trouvant dans leur atmosphère, la vapeur d’eau des mêmes hydrocarbures servent de boisson. Pas de tube digestif (atrophié), pas d’estomac et par suite logique… pas d’excréments ce qui facilite l’hygiène dans l’espace. A la grande stupéfaction de nos visiteurs,les Terriens vont aux latrines:

- Mais alors, vous êtes astreints à des fonctions répugnantes!

– Hélas !

- Quoi! Vos femmes aussi, vos jeunes filles ?

– Hélas! Hélas!

- Quelle horreur ! répéta le Martien avec dégoût.

- A qui le dites-vous.

– C’est la profanation toute beauté, corruption de la chair, dégradation de l ‘esprit

– Vous m ‘en voyez tout confus.

- Jamais nous n’aurions imaginé pareil cloaque !

– Ne nous accablez pas ! il ne va pas de notre faute, nous n ‘avons pas été consultés.

Autre caractéristique, chaque main possède six doigts. A savoir deux pouces par mains formant avec les autres doigts deux pinces distinctes pour saisir les objets. De plus les Martiens sont dotés d’une force surhumaine et leur moyenne d’âge est de 150 ans.Bien sûr, plus de guerre. ni haine ni arme, ni violence ( crédo repris par la suite par un célèbre cambrioleur).

Mais le temps passe en compagnie de nos nouveaux amis,et tout en consultant un album photoholographique. Dubreuil fait un malaise ! Panique chez les Martiens, il commence un début d’asphyxie.L’atmosphère du vaisseau lui est incompatible et on le place vite dans une chambre spéciale pour une réadaptation intensive. Le lendemain à, son réveil, il se sent un autre homme, plus fort, une sensation qu’il n’avait pas éprouvée depuis bien des lustres.

Puis c’est au tour de notre brave savant à s’initier aux mœurs des étrangers. Les découvertes vont grandissantes , premier constat: leurs femmes sont ovipares.

- L ‘œuf pondu, prend le chemin des maternités où il sera examiné, trié puis introduit dans des couveuses perfectionnées. Notre puériculture est très avancée. Des infirmières spécialisées,nurses volontaires, surveilleront l’incubation jusqu’à l’éclosion. L’être qui en sortira sera anonyme.Aucune mère ne pourrait revendiquer, ni même reconnaître le sien. Chez nous la paternité et la maternité sont choses inexistantes. Comme il est inutile de se charger de parasites, la sélection de la race par le triage des naissances, là est la vérité ! Notre devise est : Peu et bien. C’est pourquoi nos œufs sont soumis à un triage rigoureux. Chez nous, c’est une gloire pour la femme que de faire recevoir ses œufs dans nos couveuses. Celles à qui échoient cet honneur, sont l’objet de nos vénérations, de notre amour.

- Mais les autres ? – Elles se font stériliser.

– Ah !

- Vous comprendrez que notre race Martienne, produit d’une stricte sélection, soit forte,belle, grande et parfaite.

Après ces échanges strictement scientifiques, à présent l’heure est au protocole et une délégation envoyée par le président de ta République apporte une invitation pour une cérémonie en grande pompe au palais de l’Élysée. Nos sympathiques Martiens vont donc se rendre en fauteuil volant, s’il vous plait, propulsés par ondes électromagnétiques. Suite aux fastes de la réception, les Martiens délivrent un premier message. Ils seront prêt à faire profiter l’humanité terrienne des bienfaits de la civilisation martienne à la condition que les Terriens, par leur sagesse, leur conduite et leur bonne volonté, méritent les dons dont on était venu les gratifier à titre généreux, par solidarité interplanétaire entre les humanités dispersées à la surface des mondes gravitant autour d’un commun soleil. L’annonce est prodigieuse et nous donne pourtant une impression de déjà-vu.

Les jours s’écoulent, Dubreuil commence à rédiger un rapport face à l’importance de ses découvertes. Un voile se lève enfin : les fameux canaux Martiens sont en réalité remplis d’une solution concentrée de caoutchouc. Le Martien se baigne dans cette substance après avoir purifié son corps à l’eau ordinaire. Le corps donc enveloppé de cette matière, formant ainsi une combinaison-vêtement possédant la propriété d’être vénéneuse aux parasites de l’air, insectes et microbes. De plus elle est ignifugée : très utile pour les grands prix ! Ils ont l’odorat typer développé et une ouïe très sensible, pouvant à volonté obstruer leurs conduits auditifs : très utile pour les belles-mères récalcitrantes. Leur science peut même rectifier certains problèmes liés à la vue.

- Et vos myopes, vos presbytes, vos daltoniens ?

– Nous n’avons rien de cela car en cas de maladie ou d’usure nos injections fluidiques excitent mécaniquement notre rétine et aussitôt la sensation visuelle augmenter.

Dans le même ordre d’idée, ils ont inventés l’œil artificiel, permettant de tout observer à des distances prodigieuses. Un projet de miniaturisation pour l’être vivant est à l’étude. Ils peuvent également à loisir faire la pluie et le beau temps, utilisant comme esclaves et serviteurs une peuplade de singes (Seigneur ! Burroughs avait raison…)

En ce qui concerne la politique et l’administration, force est au respect. La planète est gouvernée par une élite de savants. Pour la police, chacun est un représentant de la justice en puissance. Les fortes têtes sont exilées sur des îles-prisons où ils sont rendus inoffensifs est pratiquant une lésion dans la troisième circonvolution frontale gauche. Un langage unique sur toute la planète où la femme est l’égaie de l’homme. Quant au travail :

- Tous les objets nécessaires à la vie, donc manufacturés, sont fournis par les usines nationales, actionnés par le mouvement perpétuel des machines sous la surveillance de techniciens et de manœuvres spécialisés et volontaires qui se relaient par équipes. Pour le reste de notre humanité, c’est à perpétuité la “dolce farniente”, car ne l’oubliez pas le but de la vie sur Mars, c ‘est la quiétude du bonheur.

La vie est donc un long fleuve tranquille que rien ne semble troubler.

  – Sur Mars reprit le chef, le bonheur de l’homme est parfait, l’existence est une suite de réjouissances, fêtes publiques,représentations en plein air sur l’écran des nuages, films muets et sonores, films des événements Terrestres, Lunaires où Joviens, danse et musique des effluves, concert de la nature. Notre existence s’écoule au sein d’une nature riante, généreuse, indulgente au milieu de nos jardins, de nos parcs et de nos forêts. On n’abat pas d’arbres. La nuit, la nuit est éclairée par les phosphorescences des murs des maisons, dont le crépi est à base de Baryle.

Arrive enfin le jour de la preuve de la toute puissance extra-terrestre. Au pied de la tour Eiffel, est aménagé un bloc opératoire de campagne ou les chirurgiens Martiens vont dans le désordre : rendre la vue à un aveugle, guérir un cardiaque, un tuberculeux, un hydrocéphale, un paralytique, un muet etc… Seules consignes, prendre pendant quelques jours un fluide mystérieux, trois Jours de repos et hop ! au suivant. En somme un peu comme notre bon vieux cachet d’aspirine délivré à l’armée….

Les fluides sont à la base de pratiquement toute la médecine Martienne.

- Tous les sérums existaient chez nous avant la catastrophe. Le fluide est notre guérisseur.Nos malades n ‘ingurgitent plus rien, n ‘ayant plus de tube digestes, en revanche ils sont soumis à des vibrations fluidiques et chaque cas a son Fluide spéciale.

Mais quelle est donc cette mystérieuse catastrophe dont les visiteurs font allusion à chaque fois ? Elle se produisit il y a environ 3500 siècles. Sur Mars, l’humanité était arrivée à la même évolution existant à l’époque de Dubreuil. A cette époque, leurs astronomes découvrirent une planète qu’ils appelèrent « STAR » et celle-ci était habitée par une humanité nombreuse et technologiquement très avancée. Hélas, cette planète rencontra une gigantesque comète qui la pulvérisa littéralement. Un éclat colossal de celle-ci arriva à une vitesse folle sur Mars. Ceux qui ne moururent pas écrasés, succombèrent tous à une suffocation subite, une asphyxie foudroyante.

Ce fut la mort partout. Un mois après la catastrophe.”l’humanité” martienne avait presque entièrement disparue. Il ne resta que quelques milliers de couples, à demi suffoqués, retirés dans des grottes profondes et qui s’étaient graduellement adaptés à cette nouvelle atmosphère (en fait celle de Star). C’est alors que surgit parmi les survivants, l’être prédestiné, le grand chef Vala, qui devait prendre en mains la destinée encore vacillantes d’une population agonisante:

- Le code décrétait la disparition de signes distinctifs entre nations et races, renversait toutes barrières de frontières et de douanes, abolissait radicalement tous emblèmes de disparité entre individus, instituait un peuple unique pour toute la planète, un seul langage, une seule écriture, un seul mode de calcul. Plus de commerce, plus de monnaie, plus de travail obligatoire. L homme délivré de la faim l’était en même temps des horreurs qui en résultaient. Toute animosité entre individus disparaissait avec la disparition des appétits.

Lors de son exposé, le chef martien nous livre de plus une théorie intéressante sur la disparition de l’Atlantide (preuve qu’elle existe) aperçue depuis Mars et se situant dans l’Atlantique ( qu’on se le dise une bonne fois pour toute, alors arrêtez avec vos hypothèses douteuses…) Sans oublier une description des habitants de la face cachée de la Lune, ces fameux Sélénites qui existent bel et bien, vivant dans une atmosphère comparable à la notre. Si la face visible en est dépourvue, c’est qu’il y a longtemps, la terre , cette voleuse l’a tout simplement chapardée pour son usage personnel lors d’une catastrophe planétaire.

Mais revenons à notre délégation, nous voilà arrivé le jour du traité.Le vaisseau descend finalement de son “perchoir”.Ses occupants vont donc soumettre quelques propositions aux diplomates accrédités, propositions qui fixeront les conditions de la coopération éventuelle. Si elles sont validées, une nouvelle ère de concorde et d’entre-aide fraternelle s’ouvrira pour les deux races, susceptible surtout de contribuer au bonheur de la nôtre.

- Nous sommes venus. non pour vous conquérir, ni vous torturer, ainsi que l’a supposé un écrivain populaire, habitant un pays voisin (la mort accidentelle de Wells nous est enfin révélée sous un nouveau jour) mais avec des idées pacifiques et des sentiments fraternels avec la bienveillante compassion d’un frère ainé, accourant au secours de son cadet…

Le discours est simple, nous vous apportons notre aide, mais au nom de la paix galactique: plus de guerres, plus de frontières, une seule nation, un seul langage, tous unis pour le bonheur et la sauvegarde de l’humanité. le projet est accueilli avec joie, les propositions seront donc soumises à tous les gouvernements.

Dans les jours qui suivirent une commission comportant les délégués des plus grandes nations ne purent se mettre d’accord sur la langue unique à adopter, sans parler de tout le reste…. Au même moment une délégation de furies en jupon crurent, sur un malentendu et pour d’obscures raisons que les Martiens avaient acceptés de détruire la planète entière. Le lendemain les journaux publièrent l’incroyable nouvelle:

 » Les Martiens ont arrêté la décision d’exterminer humanité Terrienne ! »

Le jour même une foule immense se rassemble devant l’aéronef, invectivant ses occupants, les traitants de monstres et d’assassins. Le ton monte, des coups de feu éclatent, les Martiens ripostent. un des chirurgiens est mortellement blessé, des gens tombent sous les armes redoutables du vaisseau. Désœuvrés, afin d’éviter un inutile carnage, ils ne leur reste plus qu’a décoller, quitter cette humanité imbécile, sans avenir, trop jeune, trop impulsive. Dubreuil et sa fille, Muller et son fils, restent à bord préférant goûter aux joies de la technologie et de la sagesse martienne plutôt que de rester sur cette Terre vouée au carnage et à la destruction. La nef interstellaire s’éloigne, majestueuse transmettant un dernier message, non pas de rancune mais de profonde déception :

- Non, la terre n’est pas encore prête pour le bonheur paradisiaque. Votre humanité aura malheureusement à traîner son boulet de forçat pendant encore de longs siècles. Le coeur navré, nous vous abandonnons à votre triste sort, nous reviendrons peut-être dans cinq siècles, c’est à lire vers l’an 2433. Espérons que les Martiens qui vous visiteront alors vous trouveront mieux disposés à les accueillir en frères et à vous prêter à l’œuvre de délivrance. Nous pleurons sur votre sort et repartons inconsolables d’avoir échoué dans notre tentative de salut… 

KLAATU – BARADA – NIKTO !

Imaginons un instant le chef s’appelant «Klaatu» et un robot se nommant «Gork» et nous voilà plongé au coeur du film « Le Jour où la Terre s’arrêta » {The Day the Earth Stood Still, 1951, du génial Robert Wise), premier film de S.F. des années 50 vraiment adulte pour son message de paix, et d’une grande intelligence scénaristique (contrairement aux productions de l’époque).

Toutefois, la comparaison avec le roman s’arrêtera sur cette notion de «paix universelle». En effet dans cette « Visite des Martiens » le fond se veut très moraliste, apposant leurs doigts effilés sur l’une des préoccupations majeure de l’être humain censé : «Halte à la barbarie, aux guerres, pas de frontières, vivons en bonne harmonie». L’auteur va donc s’y employer en nous bombardant sur 284 pages d’un texte serré, de concepts très idéalistes, avec ce classique modèle de la société parfaite.

Les bonnes intentions d’une telle démarche , sont toujours louables, mais je pense qu’il faut avant tout s’incliner face à l’imagination et au délire de J. Loria, où chaque point est étudié avec une parfaite minutie. Toutes les pages fourmillent d’inventions farfelues, d’idées géniales sur un rythme qui ne se relâche jamais et vous résumer l’ouvrage est une véritable gageure en regard de ses innombrables innovations. De toute évidence l’hypothèse d’une civilisation Martienne n’est pas nouvelle pour l’époque mais saluons l’artiste pour son ouverture d’esprit quelque peu fantasque. Un exemple parmi tant d’autres où il nous expose sa théorie de la disparition de l’Atlantide, ou de l’apparition de l’atmosphère terrestre au détriment de nos amis Sélénites : Il fallait oser!

Un point noir toutefois sur cette critique dithyrambique, le principe de la race pure. Leur monde en effet se refuse à assumer toutes les tares de l’espèce Martienne. Une fois encore, la solution finale par l’élimination systématique de tout être inférieur pointe encore ici le bout de sa moustache. Même si elle ne s’applique qu’à de grosses infirmités (de toute façon sur Mars il n’existe qu’une race) et ce pour le bien de chacun (prétextant qu’il est difficile pour un «anormal» d’évoluer dans un monde ou tout est parfait) l’idée est bien avancée, même si la forme est moins virulente que celle exprimée dans « La Culture de l’humanité ». Un tic ,une manie que dis-je, habituelle à cette époque, où les auteurs se sentaient presque obligés d’éradiquer les indésirables, au nom du sacro saint « bonheur de l’humanité ».

D’une manière générale, le roman ne se prend pas au sérieux et l’auteur à mon avis a sûrement passé un bon moment à réfléchir à d’aussi extravagantes extrapolations. Nous retiendrons, le moyen de communication avec les Martiens, consistant à écrire en lettres géantes sur le sol. Cette technique fut utilisée de nombreuses fois en conjecture ancienne.En effet à l’époque, à défaut de posséder des moyens de communications pas ondes suffisamment puissantes, certains écrivains utilisèrent le bon vieil alphabet version géante.

En conclusion, l’auteur nous prouve une fois de plus que l’humanité n’est hélas pas encore prête à s’affranchir et il serait temps, une fois pour toute, qu’elle tende une main amicale et mature vers nos amis extra-terrestre, histoire d’en finir avec toutes avec toutes ces maladies qui nous empoisonnent l’existence. Cela ne ferait certainement pas plaisir à Jimmy Guieu mais quelque part cela nous rassurerait. Imaginons comme sur Mars, une vie d’amour, de bonté et de plaisir, sans travail, par contre voila le hic : sans estomac.

Dernière précision en début de volume l’éditeur mentionne deux ouvrages en préparation:

-  » Voyage des Martiens Autour de la Terre »

-  » Les Terriens sur Mars »

La chasse est ouverte !

 



« Sciences et Voyages » Bientôt un Répertoire Complet des Oeuvres Conjecturales Sur L’autre Face Du Monde

( En vrac )

L’ensemble des numéros qui composent cette mythique revue, sont dans la grande majorité encore inédits de nos jours. Sur une quinzaine d’années, elle publia pas moins de 36 romans de longueurs variables, dont certains font figure de classique du genre: José Moselli, Rosny ainé,René Thevenin,A.Valery, Pierre Devaux, J.Petihuguenin,Raoul Bremond, autant d’illustres auteurs qui y publièrent des œuvres aussi emblématiques et mystérieuses que: « La fin d’Illa » et « la Mort de la terre » avec de magnifiques illustrations, « La cité de l’or et de la lèpre », « La science folle », « La guerre des océans », « La planète invisible », « L’ancêtre des hommes »….

Une revue , riche, stupéfiante par la richesse de son contenu et dont les collections complètes , restent encore de nos jours assez exceptionnelles.

Dans quelques temps, « Sur l’autre face du monde » reviendra sur cette publication, en faisant un répertoire complet des textes d’anticipations qu’elle publia.



Dossier Illustrations: « La Maitre Des Vampires » de René Thévenin

Même si le texte ne possède aucune teneur conjecturale, le titre à lui seul et la superbe couverture de Conrad justifient une reproduction sur les pages de ce blog. A noter que le N° 657 du « Journal des voyages » accordera un fois de plus les honneurs d’une superbe couverture du même roman, toujours sous la signature de Conrad.

« Le maître des vampires » Parution dans la revue « Journal des Voyages » du N°649 au N°674 (année 1909 illustré par Conrad) réédition en volume Tallandier, « Grandes aventures et voyages excentriques » N°4,1923, Réédition Tallandier, « Grandes aventures et voyages excentriques » N° 521,1935, Réédition Tallandier, « Le livre d’aventures » N° 22,1953.

 

 

Dossier Illustrations:

 

 



Les Introuvables: « Le Déluge De Feu » De Victor Forbin, Une fin Du Monde Oubliée.

Dans un article précèdent nous avions déjà évoqué cet auteur prolifique dont nous retrouvons le nom plusieurs fois associé au « Journal des voyages ».Il y était question, une fois de plus, d’une catastrophe naturelle venant mettre à mal notre belle capitale et le monde entier. La peur d’un cataclysme pouvant faire disparaître la quasi-totalité de l’humanité, est une des constantes de l’anticipation ancienne et de ce fait, il sera possible au fil des nombreuses revues de cette époque, de rencontrer ruines et désolation après le passage de météorites ou de gigantesques raz de marée.

La submersion des continents étant incontestablement le pire scénario pouvant nous arriver, se rencontre ainsi dans une quantité non négligeable de romans. (« Le déluge futur », « l’homme qui voulu le déluge », « le nouveau déluge »…) Il y a quelques jours, j’avais déjà mis en ligne un autre texte du « Journal des voyages », où il était question ni plus ni moins que de « La fin de l’Europe », conséquente à de terribles tremblements de terre. Eradication pure et simple du vieux continent pour laisser place aux terres jeunes et prospères des Amériques.

Une thématique qui ne manque pas de prétendants, récurrente dans le domaine qui nous concerne et dont il faudra un jour faire un petit recensement. Tache ardue, les ouvrages en question, pourraient remplir une sacrée quantité d’étagères. Explosion, refroidissement, réchauffement, si de telles calamités sont le fait de dame nature, l’évaporation de notre bonne vieille planète sera également la cause de machinations diaboliques de quelques savants fous, de militaires mégalomanes ou de civilisations extra-terrestres nous considérant comme du vulgaire bétail.

Pendant prés d’un siècle de conjectures assassines, elle sera livrée en pâture aux éléments les plus effroyables et les cinglés les plus impitoyables.

Je me rappelle de titres aussi hallucinants que rares « L’explosion du globe » et « L’incendie du pole » de Hector Fleischmann (Albin Michel 1908), « Le déluge futur » de Marcel Roland,(Revue « Le touche à tout » N° 4,5 et 6 du 15 Avril, Mai,Juin 1910, en volume éditions Fayard 1925), « Le nouveau déluge » de Noëlle Roger ( Calman Lévy 1922), « Sur la terre qui change » de Léon Lambry ( Tallandier « Bibliothèque des grande aventures » N° 313, 1930), « La cité rebâtie » de E.Solari ( Librairie Universelle, 1907), « Le nuage pourpre » de M.P.Shiel ( Editions Lafitte, 1913), « L’évanouissement du pôle » de H.Debure ( Editions Tallandier «Bibliothèque des grandes aventures » N°489, 1933)  « L’homme qui vint » de F.L.Rouquette ( Albin Michel, 1921) autant de romans qui résonnent à nos oreilles comme le glas de la fin de notre espèce.

Au début du XX éme siècle, tel un prélude à l’apocalypse, des revues comme « Je sais tout » ne sont pas avares en articles sensationnels et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’y allaient pas de main morte. Ainsi dés son premier numéro Camille Flammarion avec « La fin du monde » (« Je sais tout » de Février 1905.Superbes compositions de l’artiste attitré H.Lanos) nous dresse un tableau des plus sombre : Fin du monde par le feu, par l’eau, par le froid, par un empoisonnement de l’atmosphère, par une absorption de l’oxygène….Tout y passe ou presque. Le talent de Lanos ne fait qu’augmenter l’angoisse de telles catastrophes, mais il vous sera possible d’ici quelques jours de juger par vous-même lorsque l’article sera sur les pages de ce blog.

Toujours dans « Je sais tout », cette fois c’est Max de Nansouty qui si colle, avec « Les grandes blessures de l’univers » (« Je sais tout » de Juin 1906 N° 17, superbes illustrations de Lelong) de nouvelles catastrophes en prévision avec un raz de marée, des éruptions volcaniques, une pluie de météorites…rien ne semble vouloir nous épargner. Les faits sont analysées avec une froideur toute scientifique et les circonstances relatées semblent être d’une irréfutable logique : Tremblez car la fin du monde est proche !

Remarquez que dame nature ne sera pas la seule à être en cause de pareils bouleversements, il y aura aussi les épidémies, les invasion jaunes ou noires, la guerre des mondes, la guerre universelle, j’en passe et des meilleures.

Victor Forbin avec ce nouveau témoignage nous apporte une fois de plus la preuve que tout peut basculer en un instant et qu’une fois de plus, le scientifique lorsque celui-ci est un « gentil », sera un peu le « laissé pour compte » le farfelu que personne ne prend au sérieux et qui assistera impuissant à la fin de notre espèce.

Le réchauffement de notre planète n’est donc pas l’apanage de nos braves écologistes du XXI éme siècle et si à l’époque la couche d’ozone n’était pas directement concernée, les scientifiques pensaient par contre que le soleil pourrait être la cause des maux de l’humanité.Au final qu’il s’agisse de l’eau de la glace ou bien du feu, les auteurs surent faire preuve d’une certaine originalité et inventivité quand au destin funeste et tragique de l’espèce humaine.

Pour terminer,je ne peux que vous conseiller de faire une visite au superbe site de « Gloubik Sciences », pour les amateurs des revues de vulgarisation scientifique d’avant guerre, on y trouve une mine de renseignements, dont une page consacrée à cet auteur qui fut un grand voyageur et qui rédigea une quantité incroyable d’articles pour diverses revues. De cet auteur nous pouvons donc répertorier au moins quatre œuvres appartenant à notre domaine :

- « Le déluge de glace » parution dans le « Journal des voyages » N° 268. Dimanche 19 Janvier 1902. Illustré par Louis Tinayre (Pages 130/131).

- « Le déluge de feu » parution dans le « Journal des voyages » N° 365.Dimanche 19 Janvier 1902. Illustré par Dauverone (Pages 459/460).

- « Les fiancées du soleil » Editions A.Lemerre.1923.

- « Le secret de la vie » Editions Baudiniére.1925.

 

Le Déluge de feu

Une étoile rouge vient d’apparaître dans la direction de la constellation du Dragon.

Pour comprendre l’émotion qui s’empara du monde scientifique, à la réception du télégramme transmis par l’Observatoire international des monts Himalaya, à toutes les sociétés savantes, il faut savoir que les étoiles rouges furent toujours un mystère pour les astronomes, On peut les définir ainsi : des comètes sans éclat et sans chevelure. Relativement obscures, elles diffèrent des comètes proprement dites en ce qu’elles n’appartiennent pas à notre système solaire. D’où elles viennent? Mystère! Où elles vont ? Autre question insoluble. On sait seulement qu’elles sortent du fond de l’espace pour suivre une course capricieuse, qui leur est propre, qui échappe aux lois de la gravitation.

Depuis les temps historiques, on n’avait aperçu que deux ou trois de ces corps mystérieux. Aussi l’apparition de cette nouvelle étoile rouge devait-elle causer une énorme émotion. Dès le lendemain de la réception du télégramme, des milliers de télescopes se braquaient dans la direction indiquée. Malgré la puissance de leurs instruments, les astronomes d’Europe et d’Amérique ne pouvaient obtenir les mêmes résultats que leurs confrères des Himalaya, dont l’observatoire était situé à 7,000 mètres d’altitude, dans un air raréfié.

Enfin, l’Observatoire du Mont-Blanc, supérieurement outillé, put découvrir à son tour l’astre mystérieux, par le moyen de la photographie céleste. Sa position fut nettement déterminée : il se trouvait à mi-distance entre la tête du Dragon et la constellation de la Lyre, et se dirigeait lentement vers le Sud-Est.

Dans tout, l’univers, les astronomes entreprirent de déterminer l’orbite de la nouvelle étoile, œuvre difficile, en raison de sa marche lente à travers les espaces. Ce fut encore l’Observatoire international des monts Himalaya qui tira les savants d’embarras.

« L’Étoile rouge n’a pas d’orbite. Elle se dirige en droite ligne sur le soleil. »

Tel était le libellé du télégramme.

Quelques jours plus tard, une nouvelle dépêche ajoutait :

« L’Etoile rouge se meut à raison de trente kilomètres à l’heure. Sa vitesse s’accroît constamment à mesure que l’astre se rapproche du soleil. »

Personne, dans le monde entier, ne s’émut outre mesure de cette annonce, — personne, sauf le professeur Barret, directeur de l’Ecole de Physique de Sèvres. Cet établissement, devenu rapide- ment fameux dans les deux mondes, était installé d’une façon idéale. Rompant avec une routine archi séculaire, son constructeur avait creusé dans les coteaux de Sèvres une immense salle souterraine et des caves de dimensions et de niveaux différents. C’est là que s’exécutaient les expériences du professeur Barret, dans des conditions d’isolement et d’égalité de température qu’une école « à fleur de terre » n’aurait pas assurées.

Dès qu’il apprit l’apparition d’une Étoile rouge, le professeur s’alarma.

Il rassembla ses collaborateurs, et sous le sceau du secret leur expliqua que, selon lui, la chute de l’Étoile obscure dans le soleil, qui se produirait en décembre ; prochain, serait marquée par une énorme augmentation de la lumière et de la chaleur émises par le soleil. La surface de la terre serait alors soumise, pendant un temps plus ou moins long, à une action comparable à celle d’un verre grossissant qui, par la concentration, en un même point, des rayons solaires, peut brûler le bois et fondre le fer.

« Je souhaite que mes pronostics soient faux, conclut le professeur en s’adressant à ses collaborateurs. Mais tout me porte à croire que le déluge de feu qui nous menace détruira, sur la surface de la terre, la vie organisée et l’oeuvre des hommes. Les régions polaires ne seront pas exposées au déluge, car le soleil ne les éclairera pas au moment de la collision ; i mais il est à craindre qu’elles ne subis isent certains effets rétroactifs, tout aussi meurtriers. »

Il fut convenu que, plusieurs jours avant la catastrophe, les collaborateurs et les amis du professeur, avec leurs familles, se réfugieraient dans les caves et souterrains de l’École de physique. Et une terrible anxiété s’empara du savant : mettrait-il l’humanité sur ses gardes en rendant publiques ses conjectures ? Où, puisqu’il était impossible de sauver tous les humains, ne valait-il pas mieux les laisser dans l’ignorance?

Il se décida à parler : d’après les lois de l’astrophysique, la chute de l’Etoile, rouge dans Je soleil devait causer une augmentation de la radiation, qui atteindrait son maximum le troisième jour suivant ; la chaleur serait ensuite anormale pendant plusieurs semaines.

En conséquence, il conseillait d’organiser dès à présent la défense, de couvrir de matières incombustibles les parties des maisons susceptibles de prendre feu,et d’enfermer dans les caves la nourriture et les vêtements. La prédiction fut accueillie avec scepticisme et des savants condamnèrent les théories du professeur Barret. Le soleil, qui existait depuis des millions d’années, était immuable!

Cependant, l’Étoile rouge commençait à être visible à l’œil nu. Deux mois avant la catastrophe, les astronomes de l’Himalaya en fixèrent la date d’une façon précise : elle se produirait le 12 décembre, après que le soleil se serait couché en Europe, et pendant qu’il brillerait au-dessus du continent américain…

Et la vague anxiété qui s’était manifestée dès longtemps dans l’univers dégénéra bientôt eu panique : enfin, l’aurore du 12 décembre se leva. Les plus courageux se réunissaient par groupes sur les places publiques, et, avec des verres fumés, suivaient la marche fatale de l’Étoile rouge, qui s’approchait rapidement du soleil. Mais le jour tomba sans qu’aucun phénomène se fût produit dans le ciel. Et l’Europe respira : les astronomes s’étaient peut-être trompés ! L’astre fatal était peut-être passé au centre de notre système, sans y tomber !…

La télégraphie sans fil dissipa cette espérance. Les Américains mandaient les nouvelles au fur et à mesure. — On avait vu l’astre mystérieux tomber sur le soleil, s’y enfouir. — Le soleil s’était obscurci en partie, et, un moment plus tard, sa surface avait bouillonné. — La chaleur avait augmenté brusquement, et nombre de maisons s’étaient enflammées.

— New York, Chicago, toutes les villes, grandes ou petites, étaient en feu…

Un peu plus tard, autres nouvelles : une tempête d’une violence inouïe s’était abattue sur l’Amérique, et des torrents de pluie avaient éteint l’incendie des villes. — Le vent avait bientôt acquis une telle force que les toits étaient emportés; les maisons s’écroulaient… »

L’Europe comprit enfin le danger ! Demain, elle éprouverait les mêmes cataclysmes ! Et toutes les personnes valides, dirigées par des citoyens énergiques, entreprirent de se défendre contre le fléau. La nuit s’écoula au milieu de préparatifs fébriles. Les toits et les murs des maisons combustibles furent couverts de laine mouillée, et toutes les pompes disponibles furent mises en batterie.

Dès que le soleil eût surgi de l’horizon, le thermomètre monta d’une façon épouvantable : la nuit — une nuit de décembre — avait été glaciale, et, dès huit heures du matin, on enregistrait 40 degrés ! A dix heures, les thermomètres placés à l’extérieur des maisons marquaient 70 degrés, et des milliers de gens tombaient dans les rues, frappés d’insolation. Vers une heure de l’après- midi, ce fut la température de l’eau bouillante, et, dans les faubourgs de Paris, de nombreuses maisons prirent feu.

Mais, de même qu’en Amérique, une tempête vint déverser des torrents d’eau sur les villes incendiées. Des nuages épais, Fermés par les amas de vapeur brusquement produite, s’interposèrent entre la terre et le soleil, et l’humanité respira.

Si le soir procura un soulagement physique, les tortures morales augmentèrent à mesure que la nuit s’avançait. Tout d’abord, le spectacle du coucher avait rempli tous les cœurs de désespoir : quand il commença à toucher l’horizon, le soleil sembla grossi huit ou dix fois, et il mit une heure à disparaître. Le spectacle devint terrifique. Du côté du l’Ouest, le ciel s’empourpra et la nuit se fit plus claire qu’un jour ordinaire. Des flammes, longues de milliers de lieues, jaillirent à l’horizon et atteignirent le zénith.

C’était une fantastique aurore boréal. Barret, en observation à la porte de fer de l’école souterraine, expliqua ce qui se passait à ses collaborateurs et élèves, réunis auprès de lui. L’Étoile rouge, tombée au centre du soleil, se dissolvait, comme un corps métallique dans un creuset chauffé à blanc. Il devait se produire une énorme expansion de gaz qui provoquait une explosion colossale et projetait des jets de flammes, si démesurément longs qu’ils rayonnaient avec une vélocité prodigieuse dans toute l’étendue du système solaire.

Bien avant minuit, les communications avec l’Amérique avaient cessé; les derniers mots transmis par le courageux opérateur de New York exprimaient un profond désespoir, et l’on comprit bientôt que la mort avait interrompu la communication!

On le comprit clairement aux nouvelles transmises du Japon, de Chine, d’Australie, des Indes. A mesure que le soleil passait sur ces régions, elles se transformaient en plaines de feu, en champs de dévastation. Et l’Europe sentit que, cette fois, la lutte serait vaine : c’était la fin du monde, tant de fois prédite, mais qui serait demain une épouvantable réalité!

Il était trois heures du matin lorsqu’on vit surgir à l’horizon» vers l’Est, des jets de flammes, d’une teinte sinistre qui grandirent rapidement, et s’épaissirent, annonçant la venue de l’ancien bienfaiteur, devenu le destructeur. Vers sept heures, il apparut si gigantesque que son lever dura une heure. Mais, dès le premier rayon, la mort avait déjà déployé ses ailes sur le vieux monde. Du judas de leur porte de fer, à mi-pente des coteaux de Sèvres, le professeur Barret suivait la marche du fléau.

Dès huit heures, des colonnes de fumée noire s’élevaient de tous les quartiers de Paris ; sous la pluie de feu que le soleil déversait, les maisons prenaient feu instantanément.

A onze heures, Paris n’était plus qu’un lac de feu, au-dessus duquel, semblables à de gigantesques torches, flambaient les charpentes des églises et des clochers. Seule, devant cette épouvantable catastrophe, l’Arc de triomphe et la Tour Eiffel demeuraient encore debout.

Du milliard d’êtres humains qui peuplaient la veille la surface de la terre, il ne restait plus que quelques familles, enfouies dans un souterrain de Sèvres, et qui repeupleraient la terre après ce déluge de feu, comme la famille de Noé selon le récit biblique, l’avait fait jadis, après le déluge d’eau.

 

C’est un savant astronome américain, M.Simon Newcomb, qui, en un récit palpitant, que je me suis borné à traduire en le résumant, nous fait cette désagréable prophétie. Souhaitons qu’elle ne cause d’insomnie à aucun des nombreux lecteurs du Journal des Voyages, à ceux-là surtout qui auront gardé souvenir d’un article paru l’an dernier en ces mêmes colonnes sur le Déluge de Glace. Notre but n’est pas d’épouvanter. En passant en revue, successivement ces grandes hypothèses scientifiques que d’aucuns considèrent comme des possibilités, nous entendons diriger l’attention des lecteurs vers des sujets d’étude qui, certainement, les passionneront.

Victor Forbin

 

 

Les Introuvables:



« Panurge Au Pays Des Machines » De Ixigrec. Des Machines Encore Et Toujours

( Non classé )

« Panurge au pays de machines » de Ixigrec. Pas de mention d’éditeur, probablement tiré à compte d’auteur.1940 .Illustrations intérieures de l’auteur ( Bulletin des amateurs des amateurs d’anticipation ancienne et de littérature fantastique N° 17, Avril 1997. Article considérablement augmenté)

Il fait vraiment bon vivre en Thélémie. Une petite communauté y coule des jours paisibles dans le plaisir et la bonté. Toutefois, à l’abbaye de la ville, Panurge s’ennuie, il trouve sa vie un peu trop trop plaisante et monotone. Son esprit sans cesse en vagabondage est hanté par la vision de citées gigantesques, faites d’acier et de verre. Sa condition actuelle l’étouffe : il aimerait changer d’air ! Mais le destin, dans sa toute clémence, viendra un jour frapper à sa porte.

En effet, un voyageur maître de la cité de « Machinopolis », lui propose de découvrir la « véritable civilisation ». Organisius, car tel est le nom de ce personnage providentiel, va ainsi le conduire jusqu’à sa fabuleuse cité aux toits de métal, aux dômes étincelants où les flèches des immeubles pointent leurs pics orgueilleux à des hauteurs vertigineuses.

La visite guidée commence de ce fait, dans une ruche immense où s’affaire cinq milliards d’individus. Le responsable des lieux veut en faire le centre du monde, une mégapole selon ses dires, bien supérieure aux villes avoisinantes de « Buropolis » et de « Mégalopolis ». Ici, tout est surveillé, contrôlé, réglementé, de la naissance à la mort. Tout son fonctionnement est une machine bien huilée qui ne supporte pas le moindre petit grain de sable.

Pour exemple, ces fécondeuses, ensemencées artificiellement dans le « Lapinorium » (semence venant de l’élite du « Testiculus ») et dont les enfants arriveront à terme en sept mois seulement. Les enfants, placés dans les « Gavorus », seront répartis en fonction de leurs premiers mots, dans une des vingt cinq fonctions indispensables à la société : s’ils crient tue ! Tue ! Tue !…au bloc de l’armée ! Mais toute exception confirmant la règle, Organisius va cependant reconnaître une faille dans le système. Un garçon pourtant bien constitué et d’apparence « normale » cria à sa naissance : Merde ! Merde ! Merde ! et une fille : Zut !Zut !Zut ! Ils furent alors placés dans un environnement particulier…au fin fond d’un zoo. Rare événement qui exigea beaucoup de clémence car, tous les indispensables, les tarés et les fainéants sont jetés dans le « Moulinor ». Cette machine dont on devine la fonction, est une des plus belles inventions du maître. Il s’agit d’un immense entonnoir où sont jetées les victimes sous les hurlements…de joie des spectateurs. Immense broyeur produisant une « bouillie humaine », qui sera récupérée et transformée en acide, corps gras et autres engrais azoté. Un « Mix » entre « Soleil vert » et « L’age de cristal ».

Panurge, époustouflé, consterné, puis horrifié, assiste muet à ce monstrueux carnage. Mais le délire se poursuit et il apprend que les citoyens, en fonction de leurs spécialités, sont habillés d’une couleur bien spécifique afin de mieux repérer les intrus et les indésirables. Qui plus est, au sol, le parcours est fléché d’une couleur correspondante aux métiers de chacun. Nul ne doit en suivre un autre, nul de doit déroger à la règle, seuls les maîtres ont droit à l’itinéraire universel, qui sera blanc comme il se doit.

La visite se poursuit, et cette fois petit détour vers la « Conserve » de citoyen, endroit où sont placés les différents corps dans un état d’hibernation. Une sorte de réserve utilisée en cas de besoin, c’est-à-dire principalement à des fins militaires. Le terme « chair à canon » n’a jamais autant mérité dans les cas présent, un tel qualificatif. Brusquement, alors que Panurge était dans un état proche de l’hébétude, une lueur passe devant son regard et s’écrie brusquement : et la science alors ? Son hôte le regarde d’un œil courroucé comme tout ce qu’il avait admiré jusqu’à présent ne faisait que figure « d’amuse-gueules ». Voulant définitivement lui clouer le bec il lui répond du tac au tac :

- « Elle ne sert qu’a une seule choses, et c’est la guerre ! ».

Organisius lui montre alors une pièce faite de manettes et de cadrans, d’où il lui est possible de commander tout un armement ultra moderne. L’ensemble des ces armes est dirigé vers les villes ennemies, la destruction peut être immédiate et définitive. Tant de haine et de violence concentrée en un seul homme !

La tete douloureuse, le Thélémite de mande, histoire de faire une petite transition, l’autorisation de rencontrer les deux « rebuts » de la société, exposés au zoo. En chemin il fera connaissance avec « Bourocranus »et «Tesstus », un centre d’instruction et de conditionnement pour les jeunes adultes. Mais Panurge, comme nous nous en doutions, a une idée derrière la tête. Depuis le début du récit il a l’intention de délivrer « Nagor » et « Heina » nos deux infortunés prisonniers. Loin de s’arrêter en si bon chemin, il aussi l’intention de balancer oraganisius dans le « Moulinor ». Notre héros, envahi par une véritable frénésie meurtrière,voit encore beaucoup plus grand, « Machinopolis » représente une menace pour le monde libre et décide d’agir.

Les trois renégats se rendent immédiatement à la salle de commande, pressent quelques boutons, actionnent diverses manettes et en un rien de temps, c’est la guerre totale avec les pays voisins. Tout y passe : ondes détruisant les cellules humaines,nuages gigantesques déversant une pluie de lave et d’acide, rayons désintégrant, vaporisant tout sur leur passage….La panoplie est impressionnante et les victimes se comptent par million, par milliards. La destruction finale arrive par l’explosion des villes projetées à des centaines de mètres d’altitude, sous les yeux effarés des rescapés.

De retour à l’abbaye de Théléne, Panurge retrouve la douce Sisgine, présente les nouveaux venus et raconte leurs aventures devant toute une assemblée stupéfaite : l’humanité venait de réchapper à la destruction totale.

Le héros se dirige alors vers le fronton de l’antique édifice où fut écrit le fameux « Fay ce que vouldras », phrase clef de la culture Thélémite, pour y rajouter « Selon ton coeur et selon ta raison »

 

Un anarchiste au service de L’anticipation ancienne

Voici les quelques informations glanées sur la toile au sujet de ce mystérieux auteur dont, je ne connaissais pratiquement rien lors de la découverte de son ouvrage il y a plusieurs années. Les renseignements qui suivent proviennent du « Dictionnaire international des militants anarchistes »

Robert Collino est né à Marseille le 3 mai 1886 .C’est après avoir assisté au début du XX ème siècle aux conférences à Marseille de l’individualiste Jean Marestan que ce fils d’un pharmacien, était devenu anarchiste et lecteur du journal L’Anarchie de Libertad.

Au début des années 1910 il aurait tenté un retour à la terre qui se serait soldé par un échec –il s’agit peut être d’une participation à la colonie libertaire de G. Butaud à Bascon (Aisne), Collino collaborant à l’époque sous le pseudonyme de Ixigrec au mensuel La Vie anarchiste (Reims, puis Château-Thierry et Saint Maur des Fossés, 27 numéros de juin 1911 à août 1914) publié par H. Richard et G. Butaud.

Monté à Paris après la première guerre mondiale, il allait exercer le métier de décorateur et collaborer à de nombreux titres de la presse libertaire dont : « L’Anarchie » (Paris, 52 numéros du 21 avril 1926 à avril 1929) publié par Simone Larcher et Louis Louvet, « L’En-dehors » (Orléans, 335 numéros de mai 1922 à octobre 1939) publié par E. Armand, « La Revue anarchiste » (Paris, décembre 1929 à août 1936) publiée par F. Fortin et « Le Libertaire », organe de l’Union anarchiste. Il rédigeait pour l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure les articles consacrés à la mort et à la raison qu’il publiera ultérieurement sous forme de brochures (Qu’est-ce que la mort ? et Qu’est-ce que la raison ?).

Pendant la guerre il était dans le Var où « selon son frère qui habitait avec lui…il aurait eu beaucoup de veine de s’en tirer…et aurait pris de grands risques pour des inconnus qu’il ne connaissait que depuis 24 heures » (Témoignage de Paul Jamot, décembre 1984).

Une fois la guerre terminée il reprenait sa collaboration à divers titres de la presse libertaire dont la nouvelle série de  » L’Unique «  (Orléans, 110 numéros de juin 1945 à juillet 1956),  » L’homme et la vie  » (Paris, 4 numéros de février à mai 1946) dont les responsables étaient Manuel Delvadés et Georges Girardin, » Défense de l’Homme » (Paris puis Golfe Juan, 314 numéros de septembre 1949 à juin 1976) de Louis Lecoin et Louis Dorlet,  » Contre Courant  » (Paris, 155 numéros de février 1951 à 1968) publié par Louis Louvet, Ego (Marseille, 12 numéros de juin 1968 à 1971) revue d’expression individualiste publiée par Pierre Jouventin, et «  Le Monde Libertaire «  organe de la Fédération anarchiste.

Robert Collino est décédé dans le Var en octobre 1975. Peintre amateur il était l’auteur de nombreuses natures mortes.

 

Publié en 1940 le livre « Panurge au pays des machines » est une satire du totalitarisme. On y trouve sous le ton de la plaisanterie, une attaque virulente contre la marche effrénée du modernisme, de l’automatisation et de l’utilisation à outrance de la machine. L’homme n’est plus qu’une marionnette, un produit de consommation à « usage unique » utilisé selon le bon vouloir d’une classe dominante et totalitaire qui n’a que faire de l’individu, du respect de sa condition, de son intégrité morale et physique.

On sent le peu de confiance que l’auteur accorde à la science, produit de notre ambition et de notre mégalomanie qui loin de servir et changer la condition de l’homme, n’est là que pour le rendre encore plus esclave. La guerre ! Voilà la seule chose qui lui importe. Assoiffé par de mesquins désirs, celui de la propriété, de la cupidité, de la jalousie et du pouvoir il n’aura de cesse qu’à trouver de nouvelles techniques afin de détruire son prochain encore plus vite, encore plus fort !

Ce genre de constat est assez fréquent dans ce type de littérature et les œuvres de ses prédécesseurs exhaleront également une forte odeur de pessimisme dans toute une série de contre utopie aux consonances révolutionnaires. Le progrès n’est ici que pour le malheur des hommes, les hommes qui ont le pouvoir nous mentent et nous trompent, ils abusent de notre confiance et il ne sera pas étonnant de constater que ce roman publié pendant la seconde guerre mondiale, ait de tels relents de désolations. Une noirceur à peine maquillée sous un style léger, mais d’une extrême violence lors de la description de « Machinopolis » et de ses laboratoires impies, où se déroulent d’horribles expériences.L’individu n’est qu’une portion de chair insignifiante,alimentant les phantasmes de la soi disant « élite dirigeante ».

Un pure « fantaisie anarchiste »

J’avais déjà rédigé un article sur la représentation de  » la ville «  dans les utopies et les contre utopies, des textes de conjecture ancienne et je ne peux que vous convier à y jeter un coup d’œil, ne serait-ce que pour son outil bibliographique, qui je l’espère vous donnera quelques bon repères pour de futures découvertes .

« Panurge au pays des machines ».1940

- « L’Avenir est-il prévisible ». 1949

« Les essais fantastiques du docteur Rob » Éditions de « La Ruche ouvrière » 1966 (Probablement à compte d’auteur)

- « Absolu et compromis ».Supplément n°1 de « L’Unique »1956.

« Le vrai Sade ».Supplément n°7 de « L’Unique »

 

  aupaysdesmachines



« Le Miroir Noir Et Autres Curiosités » De Francis Thievicz

Petit format, pas très épais (111 pages) j’ai bien failli oublier ce « Miroir noir et autres curiosités » qui pourtant ne manque pas de charme et d’intérêt.

Si vous aimez les bizarreries de la nature, les comportements déviants et les aberrations morphologiques, poussez donc voir la porte de ce club qui siége tous les Jeudi soir dans un troquet dont je vais taire le nom par souci de discrétion. A une époque où la voiture hippomobile était encore une signe extérieur de richesse, il est des plus agréable de constater l’existence d’un monde étrange où dans une parfaite décontraction, des hommes et des femmes poussent leurs accointances pour les curiosités jusqu’à l’extrême et n’hésitent pas à braver les périls les plus redoutables. Intégrer ce club très fermé, c’est faire preuve d’une bonne part de courage mais surtout d’une attirance pour les objets les plus insolites, les personnages les plus déviants : Gens de bonne morale s’abstenir !

Ainsi, au détour d’un cocktail des plus explosif, dont le « crapaud Roumain » n’est qu’un petit exemple( un mélange à base d’absinthe et d’ail dilué dans du Kwas) il vous sera possible de vivre des expériences uniques où notre « club des curiosités » traque la chimère, le criminel, l’esprit retord, le malformé, ….Du cynisme de la nouvelle « Fishman » « Le suicidaire » et de sa monstrueuse créature (mais qui est le monstre) en passant par les effroyables « Deux négres », « Le miroir noir » et son reflet diabolique, où l’humour noir sera de mise, « Les angles universels » et sa touche Lovecraftienne, « Ralentissement » avec son l’homme qui se prenait pour un escargot (c’est une image…), l’horreur filandreuse qui se terre dans « Le grenier » et la surprenante « L’oxygène ce poison », une singulière histoire de scaphandrier qui se prenait pour un surhomme, quoi que…, c’est la visite surprenante et jubilatoire d’un cirque des épouvantes que vous allez effectuer.

Les nouvelles sont relativement courtes, mais tranchantes comme un couteau mal aiguisé (inutile de vous dire que cela fait très mal) avec un ton presque toujours badin et dérisoire qui nous rappelle combien la vie et toute sa cohorte d’événements bizarres, doit être appréhendée avec une certaine légèreté. Les membres de ce club sont carrément fous et l’arrogance avec laquelle ils affrontent toutes ces curiosités, l’inventivité et le coté parfois sordide des situations où ils se plongent non sans une certaine délectation, nous font regretter la brièveté de ce petit recueil qui, je l’espère ne sera que les prémices d’autres aventures toutes aussi savoureuses.

Un monde parfaitement décalé et irrévérencieux à souhait. En résumé, un volume qui fleure bon le savant fou, tel que nous nous complaisons à vénérer dans nos antiques fascicules, l’excentricité et la décadence. Un club qui n’hésite pas à braver les interdits et parfois même à pousser une certaine audace à affronter quelques redoutables dangers. Plus qu’un club de « détectives de l’occulte »(le concept y est presque institué avec parfois des victimes venant signaler des phénomènes étranges), partageant un goût immodéré pour le sordide, l’inhabituel et le sensationnel, voilà une bande de joyeux drilles qui ne dénoterait pas aux cotés du « club Diogène », dont nous avons déjà conté les exploits sensationnels sur les pages de ce blog.

Présentation de l’ouvrage par l’auteur :

« Le club de curiosités est une fiction littéraire uchronique qui n’est pas sans rappeler la belle époque. Au sein de ses expositions universelles, son explosion scientifique, son architecture si caractéristique et sa mode raffinée, naquit un club de gentlemen (et une lady!) qui se réunit tous les Jeudi afin de célébrer les sursauts bizarres de la nature. Dans une ambiance mêlant les vapeurs d’absinthe et d’opium à une humeur cynique, le club se veut investigateur du curieux, association d’amateurs éclairés dans le domaine du plus improbable. L’un d’entre eux, un certain Henry, compulsa ses notes rédigées telles les mémoires du club. C’est grâce à lui que désormais nous pouvons nous plonger dans cet océan d’humour noir et de fascination décalée où voguent quelques spécimens bien surprenants de bicéphales, automates sanglants, hommes gluants, mais aussi quelques inventions étonnantes aux prémices de l’électricité, des drogues insolites, sans oublier quelques belles découvertes macabres. »

« Le miroir noir » et autres curiosités » de Francis Thievicz. Les éditions de l’Antre (Nice).2010.

Sympathique petit éditeur qui réédita entre autre du Claude Seignolle et du Gustave Le Rouge ( dans son recueil « Le bureau des rêves » ) et un ouvrage de Arnould Galopin inconnu et assez délirant datant de 1931 « L’homme au complet gris », ou Dickson affronte Herlokolmes . Les couvertures de ces précieux petits volumes sont toujours délirantes. Un éditeur à suive donc.

 Les Editions De l’Antre

 



Les Introuvables: « La Révolte Des Machines » de G.De Pawlowski

Le texte que vous allez découvrir aujourd’hui fut édité dans la revue « Gazette Dunlop » du mois d’Août 1936, N°192, dans un numéro spécial intitulé « Anticipations sur l’an 2000 ». On y trouvera quelques études sur la télévision, le cinéma, les différentes sources d’énergies de l’an 2000…et la nouvelle de G.de Pawlowski.

En fait il ne s’agit pas d’un inédit car les connaisseurs savent que « La révolte des machines » constitue un des chapitres du célèbre ouvrage de l’auteur « Voyages au pays de la quatrième dimension ». Texte dont la première édition date de 1912, publié par les éditions Fasquelle. Ce même volume sera repris en 1923, toujours chez Fasquelle mais en grand format avec de magnifiques compositions de L.Sarluis.

Ce court texte est intéressant non seulement pour la magnifique composition de Delarue-Nouvelliére, tout à fait délirante et humoristique, mais également pour sa thématique assez rare dans notre domaine puisqu’il s’agit de celle du « métal vivant ». René Thévenin par la suite dans son « Collier de l’idole de fer » (Tallandier « Bibliothèque des grandes aventures » N°22, 1924) utilisera cette singulière hypothèse. Abraham Merritt dans « Le monstre de métal » (1920 pour l’édition originale, édition Hachette Gallimard collection « Le rayon fantastique » N° 50, 1957) en fera également usage, bien que dans le cas présent, il s’agisse plus « d’êtres » métalliques, constitués d’un assemblage de formes géométriques.

Ceci va me permettre une petite digression concernant le métal, élément qui dans l’anticipation ancienne, ne sera pas souvent doté d’une vie propre mais soumis à l’esprit retors de quelques savants fous ou autres…. En effet bon nombre s’efforcerons de la détruire tout bonnement et simplement soit par un procédé qui va le désagréger (« Le fer qui meurt » de Raoul Bigot « Lecture pour tous » Décembre 1918), soit par les effets néfastes de quelques particules extra-terrestre (« Le fer qui meurt » de S.S.Held, éditions Fayard 1931) où la sidérite va littéralement ronger le fer.

Mais pour en revenir à la présente nouvelle et à G.de Pawlowski, son autre particularité est d’avoir décrit une véritable « révolte » de robots qui, si elle est la résultante de conditions bien particulières, n’en reste pas moins désastreuse ou presque quand à ses conséquences. En tout état de cause, elle fera figure de précurseur dans le domaine. Pour rencontrer la toute première véritable révolte « d’êtres mécaniques », il faudra remonter jusqu’au roman de Didier de Chousy et son prodigieux « Ignis » ( Éditions Berber- Levrault 1883, réédité aux éditions « Terre de brume« ) en où l’on assiste à la révolte des « Atmophites », véritables machines à vapeur, qui un jour voudront mettre à mal la suprématie des hommes.Un roman inventif et délirant dont je vous recommande chaudement la lecture, il n’a pas pris une ride.

Karel Capek dans son roman « R.U.R » ( Rossums Universal Robots) paru en 1920, nous décrit également une révolte de « robots » voulant éradiquer l’espèce humaine. Ici le terme se retrouve bien à propos puisque c’est dans cette pièce de théâtre que le célèbre qualificatif sera employé et « inventé » non pas par l’auteur mais par son frère Joseph Capek. « Robot » vient du Tchèque « Robota » signifiant : La corvée !

Vous trouverez en fin d’article comment fut introduit le terme dans « R.U.R » (Première parution Éditions Jacques Hébertot, Cahiers dramatiques N° 21, 1924, réédition « Quatre pas dans l’étrange », Librairie Hachette, Coll. Le Rayon fantastique, N° 79, 1961.

Par la suite cette thématique se rencontrera dans des œuvres de valeurs inégales que ce soit avec « La guerre des machines » de Antonin Seuhl (Éditions Baudiniére 1924, réédité sous le titre « Le rayon de l’amour » ( Baudiniére ,1924), « La fin des robots » de Jean Painlevé ( Paru dans le magazine « Vu » de Pars 1933 spécial « Fin de civilisation ) qui sera bientôt disponible en ligne sue le blog, « La guerre des robots » de Léopold Frachet (Éditions Ferenczi « Voyages et aventures N° 316, 1939), « La révolte des machines ou la pensée déchaînée » de Romain Rolland (Éditions P.de Wormes, 1947).

Il sera parfois difficile en conjecture ancienne de bien délimiter la frontière entre un « Robot » et un « Automate », c’est ainsi qu’il nous sera possible d’y rajouter le roman de Cami « Les mystères de la foret noire » (J.J.Pauvert 1987), « L’le aux merveilles » de Serge ( Librairie des Champs-Élysée, 1935) « La révolte des automates » de R.M.Nizerolles fascicule N° 10 de la série « Les aventuriers du ciel » (Éditions Ferenczi, 1935) réédité dans une version abrégée dans une autre série portant le même nom mais cette fois en 1950 sous le numéro 5, toujours chez Ferenczi.

Quoiqu’il en soit un domaine une fois de plus passionnant et je ne peux que vous reporter, du moins en ce qui concerne la thématique de l’automate, au billet que je lui avais consacré sur les pages de « L’autre face du monde ».

 Origine du terme Robot:

 

« La mention du M.Chudoba comment le mot robot et ses dérivations ont fait fortune dans la langue anglaise d’après le témoignage du dictionnaire d’Oxford me rappelle d’une dette ancienne. Ce mot n’a pas été créé par l’auteur de la pièce R.U.R. Néanmoins c’est lui qui l’a introduit dans la vie. C’était comme ça : dans un moment d’inattention l’auteur ci-dessus mentionné a eu l’idée d’une pièce. Et il a tout de suite couru auprès son frère Josef, un peintre, qui était en train de peindre sur la toile. « Tiens, Josef, » a commencé l’auteur, « j’aurais une idée d’une pièce. « Quelle idée, » marmottait le peintre (et il marmottait vraiment parce qu’il tenait un pinceau dans sa bouche). L’auteur lui a dit le plus brièvement possible. « Alors écris-le, » a dit le peintre sans sortir le pinceau de la bouche et arrêter de peindre la toile. C’était presque injurieux comment il était indifférent. « Mais je ne sais pas », a dit l’auteur, « comment appeler les ouvriers ingénieux. Je les appellerais « les labors » mais ça me paraît un peu artificiel. » « Alors appelle-les les robots, » marmottait le peintre avec le pinceau dans la bouche et il continuait a peindre. Et ça y était. C’est de cette façon que le mot robot est né; alors soit adjugé à son inventeur réel. »

Karel Capek, Lidove noviny (Le journal populaire), le 24 décembre 1933

 

 

La Révolte Des Machines de G.Pawlowski

 

Nous avons demandé à notre collaborateur Delarue-Nouvelliére : « Que sera, selon vous, l’an 2000 ? ». Il nous a répondu : « L’an 2000 ? Mais c’est tout proche. Cherchons plus loin, ou plutôt ne cherchons pas. Voici, dans notre bibliothèque, l’admirable « Voyage au Pays de la Quatrième Dimension » du tant regretté fondateur de la «Gazette Dunlop », Gaston de Pawlowski. « Imaginons-nous que nous sommes reporter, envoyé spécialement par la « Gazette » dans l’espace et dans le temps, prenons force croquis sur notre carnet à quatre dimensions, et voici, mis au net dès le retour, un très sincère et très exact souvenir de voyage


Les 3 intercalaire de la première période scientifique, le contremaître H.G.28  pénétra en coup de vent dans le bureau de son chef d’usine en criant ;

-  Ouvrier I Ouvrier! Venez vite, l’électricité tourne en eau de boudin !

Etant données les mœurs du temps, cette façon obséquieuse de s’adresser au patron de l’usine montrait suffisamment quel était l’état d’agitation d’H.G.28.

Le chef d’usine le suivit immédiatement dans les ateliers et là, dans la section des tours automatiques, il constata que d’étranges désordres se produisaient en effet.

Sans doute rien, dans la réalité, ne concordait avec les affirmations d’H,G.28, et l’électricité ne « tournait pas en eau de boudin ». Il y avait cependant d’inexplicables déperditions dans les transmissions de force et, des dynamos arrêtées, s’échappait comme une sorte de sueur huileuse qui coulait à torrent sans qu’il fût possible d’en démêler exactement l’origine.

Des sels, grimpant aux parois de leurs cuves, s’étaient évadés et restaient accumulés contre la grande porte de l’usine.

Certains tours automatiques s’étaient arrêtés brusquement en plein travail, brisant leurs organes principaux, tordant leurs commandes en tous sens, sans que’ l’intervention d’aucune force extérieure ait pu justifier de pareilles déformations du métal.

Les ingénieurs, en silence, contemplaient ces étranges phénomènes. Ils savaient, en effet, depuis de longues années déjà, de quelle vie étrange et inconnue était animé le métal ; comment on pouvait l’empoisonner, le fatiguer outre mesure, le stimuler, comme l’étain ou le platine, par exemple, avec du carbonate de soude, ou le calmer avec du bromure et du chloroforme.

On n’ignorait point non plus comment une barre de fer, après avoir reçu un choc ou subi une brusque dilatation en une place quelconque, réparait sa substance et devenait à cet endroit précis beaucoup plus forte, de même qu’un os cassé dans le corps humain devient plus résistant là où il se ressoude.

Cependant, on n’avait jamais été jusqu’à attribuer à la matière une vie véritable analogue à la vie des plantes et des animaux, et l’on se demandait avec angoisse si de nouvelles et inquiétantes découvertes n’allaient pas être faites à ce sujet.

Il fallait bien reconnaître, en effet, que depuis la formation du globe, rien de ce qui constituait la vie ne pouvait nous venir du ciel. Au début, la terre n’était qu’une masse gazeuse, puis de la matière en fusion ; c’est de cette matière primitive que sont sortis plus tard, par refroidissement, les plantes et les animaux, et cela donne à penser suffisamment que la vie telle que nous la connaissons préexistait dans les minéraux.

La cellule la plus primitive est déjà un édifice fort complexe. Au-dessous d’elle on a cru voir dans le bactériophage, véritable parasite du microbe, un être plus primitif encore mais vivant, puisque son influence suffit à modifier ies caractères héréditaires des microbes. Mais si l’on considère la vie comme émanant uniquement des propriétés physico-chimiques de certains corps : carbone, oxygène, hydrogène, soufre, phosphore et métaux catalyseurs, ne doit-on pas en rechercher les origines toujours plus loin, jusque dans la constitution même de l’atome élémentaire, ce véritable univers infiniment petit, dont les modifications de mouvements planétaires suffisent à créer ou absorber de l’énergie, et qui, merveilleux alchimiste, ne connaît d’autres différences entre ies corps que celle du nombre de ses électrons gravitant autour d’un noyau central.

La vie, mais n’est-elle pas déjà en puissance dans les mouvements, dans les gestes, pourrait-on dire, de la matière inerte entraînée par les remous de l’eau ou du vent ? Et si l’on peut penser que tout le système solaire n’est qu’une imitation grandiose du monde atomique, n’est-il pas évident que ce qui fait, pour notre esprit, le charme pénétrant des descriptions que les poètes nous donnent de la nature, c’est l’obscure parenté qui unit, au travers des siècles, les mouvements des nuages, des mers ou des forêts et ceux de notre pensée ondoyante et diverse.

Ces constatations faciles avaient été renforcées, dans les derniers temps, par de curieuses observations faites sur les machines perfectionnées. Les métaux particulièrement travaillés, que l’on employait pour leur construction, renforcés, doublés de nombreuses matières chimiques, étaient devenus des sortes d’organismes véritablement nouveaux, capables d’engendrer des phénomènes jusque-là imprévus. La perpétuelle transmission de courants électriques et le choc d’ondes hertziennes avaient pourvu ces métaux ultra-modernes de qualités plus curieuses encore. On avait même observé, dans certains cas, de véritables maladies volontaires se produisant dans les machines, quelque chosé comme des vices, identiques à ceux qui décimaient jadis la classe ouvrière. Sans doute, ne s’agissait-il pas, à proprement parler, d’alcoolisme ou de tuberculose, mais bien de tares analogues.

Il y eut enfin, comme dans les cas de cancer ou de fibrome, des transformations moléculaires de la matière, des transmutations de métaux qui eussent enchanté les alchimistes d’autrefois,

Certaines parties d’acier se transformaient petit à petit en bronze, des morceaux d’étain germaient dans du fer et des parcelles d’or furent observées dans des couvercles de boîtes à sardines,

Ce fut bientôt, dans l’usine, un véritable affolement, précurseur de la révolte définitive. Certaines machines devinrent comme ataxiques, d’autres furent affligées du mal de Pott. On dût, pendant de longues semaines, noyer l’usine dans des vapeurs d’iodoforme et l’on entoura les pièces principales des tours automatiques de tampons imbibés de chloroforme.

On sentait cependant qu’un travail sourd et angoissant se préparait dans toute l’usine, comme une grève générale, comme une révolte de la matière enfin libérée.

Le 4 intercalaire, la tension du courant ayant été par mégarde augmentée, brusquement toutes les machines volèrent en éclats comme du verre, tordirent leurs bras, s’effondrèrent et, durant toute la journée, on assista de nouveau avec terreur à de dangereux déplacements de la matière qui, par boules, roulait lentement mais avec souplesse, du côté des portes.

Un moment, on crut que le dépôt des membres humains, voisin de l’usine, allait être détruit par les blocs de matière en mouvement. Ce dépôt contenait d’incalculables richesses : des têtes, des bras, des intestins, des cœurs humains, tenus en réserve à la suite d’opérations et que l’on utilisait journellement pour des greffes animales en cas de remplacement d’un organe malade.

En pénétrant dans les salles de garde, les blocs de matière, chargés d’électricité, galvanisèrent en effet tous ces membres en réserve, qui se mirent à parler, à marcher et à s’échapper dans toutes les directions, Il fallut deux ou trois jours pour s’en rendre maître et pour ramener au dépôt tous ces organes épars dont les promenades folles et fantaisistes semèrent la terreur dans toute la ville, particulièrement auprès des femmes.

Quant à la matière, il fallut la dompter au moyen de gel artificiel et l’expédier ensuite, avec d’infinies précautions, par chalands, vers l’Océan glacial.

Ce fut là une des plus grosses inquiétudes de cette époque agitée…

G. de PAWLOWSKI.

 

Les Introuvables:



Les Introuvables : « La Plante Qui Hurle » de Hal Pink

Ce texte totalement inédit ou presque (il fut réédité il y a quelques années par la revue « Le visage vert » ) nous fait prendre conscience à quel point les plantes peuvent être dangereuse. J’avais déjà consacré un billet sur le pouvoir maléfique des plantes et du danger que pouvait occasionner certaines manipulations un peu trop intempestives.

http://merveilleuxscientifiqueunblogfr.unblog.fr/2010/03/24/les-plantes-ne-nous-aiment-pas-petit-rappel-dhorticulture-conjecturale/

Pour l’heure prenait bien garde aux plants de Mandragore, car il peuvent vous réserver bien des surprises.

Nouvelle publiée dans la revue « Dimanche illustré » le 26 Avril 1935, dans la rubrique « Nos contes d’action…. »

 

La Plante Qui Hurle de Hal Pink

 

Dés que Barker lui eut ouvert la porte, il entra majestueusement en ronronnant de joie

– Il vient encore d’aller faire la chasse aux rats dans la cave, comme d’habitude, dit Barker en se baissant pour le caresser, et, à présent, il voudrait son lait.

Un mois passa et, retenu par de multiples occupations, je n’avais pas revu Baker depuis le soir où nous avions célébré son retour.

Un jour, il me téléphona.

- Peux-tu passer chez moi ce soir ? Me demanda-t-il ; et je remarquai que sa voix, !Habituellement si calme, était toute frémissante d’émotion. J’ai quelque chose de surprenant à te faire voir. Tu sais, cette graine de mandragore…

Hein? Est-ce que par hasard elle aurait germé ? Répondis-je, suffoqué.

- Oui… grâce à la température tropicale à laquelle je l’ai soumise… Elle est installée, dans ma cave, et elle germe… Viens voir ; cela, c’est curieux…

Je raccrochai brusquement et bondis sur mon chapeau.

Je trouvai Barker radieux comme un écolier en vacances.

- Mon vieux, jamais tu n’imaginerais cela ! Elle est longue comme mon bras, avec des pousses, des tentacules, des suçoirs, et tout ! Te rends-tu compte de ce que cela représente ? Ce sera la plus grande découverte que l’on ait encore faite jusqu’à ce jour dans le domaine botanique ! Me voici en possession d’une plante que l’on avait toujours considérée comme fabuleuse, et qui, dans tout les cas, avait totalement disparu avant l’arrivée sur terre de nos ancêtres de la préhistoire… Et cette plante est vivante… elle pousse là, sous mes yeux !…

Gagné par son émotion et aussi pressé de voir ce phénomène que lui l’était de me le montrer, je le suivis aussitôt dans sa cave où il m’entraînait. Il me conduisit à la plus basse des trois, celle qui était à la plus grande profondeur au-dessous du niveau du sol, et, au fur et à mesure que nous descendions, un nuage de vapeur chaude montait vers nous.

- J’ai fait transporter ici une chaudière en cuivre qui se trouvait dans la buanderie, et depuis trois semaines on y maintient l’eau en ébullition jour et nuit. La chaudière est alimentée en eau au moyen d’un tuyau d’arrosage et je recharge le feu toutes les quatre heures. La vapeur qui se dégage de la chaudière produit l’ambiance voulue : c’est-à-dire la température torride et humide des marécages dans lesquels les plantes en question croissaient. Pour plus de commodité, et afin d’élever encore davantage la température, j’ai fait installer des lampes à arc.

Nous pénétrâmes dons la troisième cave. L’atmosphère y était tellement surchauffée qu’elle en était presque irrespirable, mais j’ avançai quand même et, en écarquillant les yeux pour chercher à voir à travers les nappes de vapeur qui nous enveloppaient, je finis par apercevoir, se balançant au milieu d’une vase presque liquide, la plus singulière plante qu’il m’eût jamais été donné de voir de ma vie. C’est intentionnellement que j’ai dit qu’elle se balançait, car, bien qu’il n’y eût aucun courant d’air dans la cave, cette plante oscillait effectivement tantôt à droite, tantôt à gauche ! Barker avait dit vrai, elle atteignait à peu près la longueur du bras. La tige en était assez grosse et se ramifiait, au niveau du feuillage qui la surmontait, en deux branches terminées chacune par un réseau de minces racines. L’ensemble de la plante était blanc; mais la tige était mouchetée de taches grises en forme de champignons.

– Tu vois ? s’exclama Barker. Evidemment, elle n’a pas de jambes comme sur la gravure, mais les bras y sont, et les tentacules aussi. Regarde-la de plus près: tu verras les suçoirs au bout des tentacules.

Je me penchai pour mieux l’examiner. Il y avait en effet, des suçoirs en forme de fleurs qui s’ouvraient et se fermaient sans cesse comme des bouches en quête de pâture. Tout cela avait quelque chose de tellement contre nature et de tellement repoussant que je ne pus retenir un frisson.

- Regarde ! Me dit Barker en me saisissant le bras. Ne croirait-on pas qu’on la voie pousser de minute en minute ?

De fait, la plante extraordinaire semblait se gonfler et se dégonfler tour à tour, et chaque fois qu’elle se gonflait à nouveau, on avait l’impression qu’elle grandissait. Elle me répugnait tellement que je ne pus supporter de la voir plus longtemps.

- Viens, sortons d’ici, dis-je écœuré ; il fait une chaleur à ne pas tenir.

Il avait tant de mal à se décider à partir que je dus le prendre par le bras et l’emmener de force.

Quel soulagement, une fois en haut, de se retrouver enfin à l’air libre !

- N’est-ce pas qu’elle est belle ? s’écria Barker avec enthousiasme. Il n’y a sûrement rien au monde de comparable…

– Oui, oui, mon vieux… magnifique, m’empressai-je d’acquiescer pour lui faire plaisir.

Mais j’eus beau essayer de détourner la question, il me fut impossible de l’amener à parler d’autre chose ce soir-là.

Le lendemain et le surlendemain, j’essayai par tous les moyens d’oublier la cave de Barker et l’affreuse plante que j’y avais vue, mais j’avais beau faire, ma pensée y revenait sans cesse. Le troisième jour, cela devint littéralement intenable. J’étais incapable de poursuivre mon travail. Je revoyais constamment cette plante se balancer au milieu de son marécage artificiel, et Barker la couvant jalousement des yeux… Barker rechargeant le feu… Barker, vérifiant le fonctionnement des lampes comme un acolyte devant l’autel d’un mauvais dieu… Barker allongeant la main pour toucher les tentacules…

J’allai chez lui. Il le fallait. Une impulsion irrésistible, plus forte que ma raison, plus forte que ma volonté m’y poussait.

Personne ne me répondit quand je frappai. Etait-il sorti ? Je frappai à nouveau à coups redoublés. Je franchis la barrière du jardin et fis le tour de la maison en appelant Barker à pleine voix. Finalement, je défonçai une fenêtre. Jamais, dans mon état normal, je n’aurais fait Cela, mais l’absence imprévue de mon ami avait encore accru mes appréhensions, et les plus folles inquiétudes m’a saillaient.

J’entrai par la fenêtre en continuant à l’appeler.

- Barker, où es-tu ? criai-je de toutes mes force. Mais, seul, l’écho moqueur de na propre voix me répondit.

La porte qui conduisait aux caves était grande ouverte. Je dégringolai l’escalier en quelques bonds. Et alors..

- Au secours ! appela une voix. C’était celle de Barker.

Haletant d’émotion, je descendis quatre à quatre le dernier escalier et plongeai dans la buée brûlante de la cave.

Barker était là, aplati contre la muraille du fond, et, menaçante, la plante inconcevable, qui avait maintenant atteint les proportions d’un homme, s’inclinait Vers lui.

Une sorte de bourdonnement assourdi emplissait l’air. La plante oscillait, les tentacules de ses bras tendus vers mon malheureux ami atterré. Parmi la vase gluante où plongeaient ses racines, gisait un petit paquet de fourrure informe : Tom, le chat persan, écrasé et sans vie.

- Pour l’amour du ciel, cours chercher une hache! me cria Barker dès qu’il me vit.

Je fis demi-tour et remontai aussi précipitamment que j’étais descendu. Dans l’une des caves supérieures, je trouvai un couperet et une bêche. je m’en saisis et repartis en bas courant, il n’était que temps. Les tentacules se rapprochaient de plus en plus de Barker qui s’était remis à m’appeler désespérément.

Je me précipitai vers lui et assénai un formidable coup de bêche sur la tige de la plante.

Le mandragore hurla.

Oui, je dis bien : elle hurla, et son cri d’agonie ressemblait à l’appel déchirant d’une sirène.

Déjà, toute une rangée de suçoirs s’étaient collés à l’épaule de mon ami, mais à ce moment ils se détachèrent brusquement, entraînés par la plante qui, dans sa chute, s’abattait vers moi.

Une fois, deux fois, trois fois, je encore, et chaque fois les cris aigus de a monstrueuse chose déchiraient à nouveau le silence. Puis, je lançai le couperet dans la direction de Barker, et, s’en étant emparé, il trancha à son tour les tentacules qui adhéraient encore à son épaule.

Il nous fallut en tout cinq bonnes minutes pour mettre la maudite plante en pièce;. Quand il put enfin se dégager, Barker me rejoignit en épongeant son front baigné de sueur. Il était encore tout tremblant.

- Eh bien ! mon vieux, on peut dire qu’il était moins une ! murmura-t-il en cherchant à reprendre haleine. Il y a quatre heures que j’étais ici en bas. J’étais descendu de bon matin pour recharger le feu. Et j’ai été stupéfait de voir dans quelles proportions la mandragore avait poussé cette nuit. Alors, tandis que j’étais là dans ce coin, en train de vérifier une des lampes, le pauvre Tom est descendu. Je lui avait toujours interdit l’entrée des caves depuis que j’avais commencé cette expérience. Il s’est immobilisé,. et l’on aurait dit que la plante l’hypnotisait, car il n’a même pas essayé de fuir quand les tentacules se sont lentement abaissées vers lui. Après… ç’a été l’affaire de quelques Instants.

L’évocation de ce souvenir le fit frissonner.

- Avant que j’aie pu le rejeter en arrière il était déjà écrasé entre les racines qui s’étaient refermées sur lui comme des doigts et les suçoirs avaient pompé tout son sang. C’était cela qu’elle voulait, cette plante infernale… du sang, du sang pour développer sa force. Et tandis que j assistais, tout hébété, à cette scène stupéfiante, je la vis grandir, grandir de plus en plus et allonger ses tentacules vers moi. Hélas, lorsque je m’en aperçus, il était déjà trop tard. La retraite m’était coupée. Le sang qu’elle venait d’absorber lui avait donné une puissance dangereuse, et c’est uniquement à ton intervention opportune que je dois d’avoir la vie sauve…

- Ne parlons plus de cela, murmurai-je en le pressant de monter pour lui faire prendre un verre de whisky.

Plus tard, nous revînmes achever la destruction de la mandragore en versant de l’acide sur ses débris déchiquetés et pour être bien sûrs qu’il n’en subsisterait rien, nous les jetâmes ensuite dans le feu. Barker voulut encore, par surcroît, condamner définitivement la porte de là cave après en avoir retiré ses appareils. La mort de son chat favori l’avait beaucoup affecté, et lorsque je lui rendis visite quelque temps après, je constatai que le vénérable tome, dans lequel il avait lu la légende de la mandragore, avait disparu de sa bibliothèque.

Hal Pink ( Traduction de l’Anglais par René Lécuyer)

 

 Des tentacules, toujours des tentacules!

Les Introuvables :



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