Les Coups De Coeur Du « Moi » : « Au Large Des Vivants » de Brice Tarvel

Posté le 26 septembre 2011

« Comme je ne lis pas que des choses anciennes et surannées et que de temps en temps j’ouvre un livre dont la date n’affiche pas toujours le centenaire sur la page de garde, je me suis dit qu’il serait également sympathique de vous faire part de mes coups de cœur, ou de vous parler d’un ouvrage qui mérite toute notre attention.»

Les Coups De Coeur Du  

Comment vous parler d’un livre dont vous avez lu avec un grand plaisir la première partie, avec la crainte de se répéter et de reformuler les mêmes appréciations ? Il serait alors possible de m’arrêter ici en vous invitant à vous rendre sur la page de mon blog et de lire la critique réalisée pour « Ceux des eaux mortes ».

Du reste voilà une solution de facilité qui n’est pas de mon habitude et en grand bavard que je suis, une méthode qui ne pourrait que générer une forme de dépression. Ne serait-ce que par respect pour l’auteur qui à sué sang et eau, et jamais telle métaphore n’a revêtu une telle puissance pour une saga se déroulant dans les marécages et au pays des vampires, et surtout parce que si le style reste identique, vif et rythmé avec des situations toujours aussi délirantes, il semblerait que l’ensemble du second volume possède une identité propre. Je ne parle pas de l’histoire qui utilise avec brio la thématique du vampire, mais de l’ensemble qui, pour une raison difficile à exprimer, possède un « je ne sais quoi » de supplémentaire qui évite au roman de plonger dans une certaine routine, piége récurant dans lequel certains auteurs sombrent parfois.

Comme je le signalais dans un précédent court article, les histoires de vampires il en existe des tonnes et j’éprouve une certaine lassitude à lire les méfaits de ces redoutables prédateurs de la nuit. Il y a des exceptions qui confirment la règle et avec les suceurs de sang du père Brice, là les amis c’est du grand respect et le mot est faible. Fort d’une imagination et d’un style original que nous lui connaissons, il est arrivé à redynamiser un mythe vieux comme le monde et qui fut utilisé avec diverses fortunes.

Entrer dans le roman de Brice Tarvel, c’est un peu comme pénétrer dans une maison hantée : On est septique, on a la frousse, mais la soif de l’aventure et de ressentir cet infime petit picotement le long de la colonne vertébrale, nous poussent à ouvrir la porte. Mais prenez garde, une fois à l’intérieur, et après avoir fait quelques pas, la sortie se referme et il ne vous reste qu’une solution, c’est aller de l’avant. Il faudra donc au « voyageur imprudent », avoir déjà tenté l’expérience avec le premier volume et si votre hardiesse vous a permis de violer les frontières de la Fagne, alors n’hésitez pas à vous enfoncer en pays d’obscurie : Autre temps, autre lieue….

Nos amis « traine-vase », se rendent dans cet étrange royaume dont on colporte moult légendes, souvent peu ragoûtantes d’ailleurs, afin de retrouver le mage Vorpil, le seul en mesure de faire passer de l’état liquide à l’état solide, la belle Candorine dont les restes ballottent dans une outre que son bien aimé Jodok transporte avec lui. Mais chacun possède une vison bien spécifique du mot « trésor ». Clincorgne, plus matérialiste, ne rêve que de se remplir les poches avec la dépouille de Renelle, transformé en maison « Cartier » qui pour l’occasion brille de mille feux. Transformée en imposant magot lors du premier tome, le deuxième sbire entend bien profiter des largesses de la magicienne et trouver un moyen de la « débiter » à sa convenance. Le périple prend une tout autre tournure et contraints de se délester provisoirement de leur pesant butin au fond de l’étang marquant la frontière de la Fagne, ils vont devoir affronter les pires cauchemars du pays d’obscurie. Mais l’espiègle Renelle n’entend pas en rester là et après avoir récupéré sa forme humaine va parcourir cette contrée à la recherche d’une nouvelle vie. Hélas la nature reprend toujours ses droits.

Sur le papier, tout cela semble relativement facile et pourrait même sombrer dans un classique roman de fantasy s’il n’y avait les fameux « vampires » aussi affamés que calculateurs et les passages régulièrement destructeur de la mâchoire, cette immense tempête capable d’avaler hommes, bêtes, maisons, montagnes et forêts. Ajoutez à cela le don particulier que possède Brice pour Raconter les histoires à « sa » manière et vous obtiendrez un cocktail une fois de plus jouissif et particulièrement plaisant à lire.

Pour l’occasion, le roman va s’enrichir de l’apparition de nouveaux personnages comme la malicieuse Quiquine, Elvége de Saint Vermont au caractère bien trempé, les bonnes sœurs de la communauté des trois chênes qui vénèrent une bien étrange divinité « Vuvix » au terrible destin ( pas de bras ni de jambes, qui fut démembré par quatre aigles pour racheter les fautes d’obscurie….), une bande de pillards sans foi ni loi et qui ne cesse de traquer le vampire, les fameux « sans-yeux » dont la privation de ce précieux sens à développé une ouïe particulièrement délicate et qui se nourrissent de délectables notes de musique, une âne qui parle et franchement insupportable ( lisez le livre vous comprendrez pourquoi), et puis il y a enfin la découverte de Vorpil et son château gardé par un bossu où le lecteur apprendra bien des choses sur l’obscurie et ses redoutables créatures….et bien d’autres monstruosités encore. Que de références les amis !

Il m’est si difficile de vous parler de tous ces personnages sans éprouver le plaisir coupable de vouloir vous en révéler les mystérieux secrets. Car toute la « magie » et la force de Brice Tarvel est de vous prendre par la main au début de chaque chapitre et de vous laisser en sueur ou exsangue en fonction des créatures rencontrées, et de ne jamais vous laisser le temps de respirer, car le chapitre suivant repart et de plus belle. Une délicate alchimie qui fonctionne à merveille sans qu’aucune lassitude ne s’installe pages après pages Le langage inventé de toute pièce dans cette extraordinaire saga est une fois de plus à l’honneur et je dois avouer prendre un certain plaisir à découvrir au fil des situations plus extravagantes les unes que les autres, une nouvelle expression, une nouvelle injure.

Toute la force de son style est de rester en permanence d’une agréable tenue et loin de s’essouffler et de perdre de son intensité, décolle de plus belle à chaque étape du roman. On ne peut que s’interroger face à une telle verve imaginative, et se demander si l’auteur, par une curieuse découverte dans quelques grimoires maudits, ne s’est pas concocté une substance lui permettant le rare privilège de voyager dans un des ces univers parallèles dont très peu d’élus peuvent se vanter d’en être revenus afin de nous en conter leurs extraordinaires découvertes.

L’auteur possède un sens du rythme particulièrement affûté, un souci du détail qui confère à la maniaquerie et chaque passage nous décrivant une mémorable baston est à ce point vivant que l’on a vraiment l’impression de voir le film devant nos yeux. C’est tellement « vivant » que l’on peut sentir la moiteur de l’air ambiant, le souffle brûlant de la mâchoire, sentir l’haleine fétide des sans yeux et entendre le claquement des dentiers métalliques de ces redoutables vampires.

Tout comme les grands romans qui explorent les territoires de l’imaginaire et dont je me suis sustenté jusqu’à la trogne, telles les canines inoxydables de nos redoutables morts-vivants d’obscurie, j’ai toujours un sentiment de compassion pour les malheureux lecteurs qui n’ont pas encore eu le bon goût de s’arrêter sur les ouvrages de ce merveilleux auteur. Faut-il qu’ils soient eux-mêmes atteint de quelque infirmité qui frappent les habitants d’obscurie pour ne pas céder aux magnifiques couvertures de Johann Bodin et faut-il qu’ils soient également frappés de ramollissement cérébral causé par une des fameuses décoctions de la perfide Renelle (car la bougresse elle va nous étonner jusqu’a la dernière ligne) pour rester indifférent à une tel plaisir de lecture.

Comme vous pouvez vous en douter j’ai éprouvé une joie immense à la lecture de ces deux ouvrages et voilà assurément deux beaux volumes que je n’hésite pas offrir lorsque je veux faire un cadeau original et prouver, si besoin en est, que l’imaginaire Français se porte d’une excellente manière et qu’il vient de trouver par la publication de ses deux volumes, un représentant au plus haut de sa forme et de son talent.

Nous avons une dette envers des écrivains de la trempe de Brice Tarvel, celle de nous faire passer de jubilatoires heures de lecture et pour un lecteur assidus, il n’y a à rien de plus précieux.

Jodok, Clincorgne et Renelle vous nous manquez déjà !

 « Au large des vivants, ceux des eaux mortes Tome 2 » de Brice Tarvel. Éditons Mnémos collection « Dédales ». Mai 2011. Couverture de Johann Bodin

 

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