« L’archipel Des Demi-Dieux » de Charles Mague : Suite et Fin de la Célébre Trilogie !

Posté le 15 octobre 2011

« L’Archipel des demi-dieux » de Charles Magué. Tallandier, «le Livre National», «Bibliothèque des grandes aventures» (1° série) N° 379. 1931. Broché in-12 de 222 pages. Couverture illustrée en couleur de Maurice Toussaint.

Après une période idyllique passée chez les « Micropolites », le temps recommence à être bien long. Un peu en mal d’aventures, nos héros commencent à s’ennuyer. De plus, le réservoir de l’avion montre de sérieux signes de sécheresse et il serait bon de retourner sur Puerto Rico afin de faire le plein de carburant. Frétillon, Pastèque et Arramburu s’embarquent donc pour un vol de ravitaillement.

Ils voulaient de l’action, ils vont en avoir et l’appareil une fois en plein ciel, sera mystérieusement attiré par une force colossale qui l’obligera à se poser sur une immense plate-forme métallique faisant office d’île flottante. Après un atterrissage des plus délicat, l’équipage constate qu’il se trouve sur un gigantesque ascenseur dont la plateforme semble vouloir les descendre inexorablement vers se qui sera sans doute la plus formidable de leurs aventures.

Arrivés à destination, un homme se présente à eux : Myrtha, personnage étrange au corps frêle et au crâne volumineux. Ils seront alors conduits séance tenante devant le maître des lieux. Celui-ci, sympathise avec notre petit groupe et après les formalités d’usage, se lance dans un incroyable récit. Il leur explique qu’ils sont également des descendants des Atlantes et lorsque leur cité fut détruite deux communautés furent préservées : les « Micropolites » que nos amis connaissent déjà, et la leur, composée en grande partie de savants qui préservèrent toute la science Atlante.

Commence alors pour les trois aventuriers une fabuleuse visite de cet empire « caché ». Le territoire est divisé en six îles (naturelles et artificielles). Celles-ci portent un nom et une caractéristique spécifique: l’île principale s’appelle Eugée servant de refuge à la population. Vient ensuite Iconogène et ses laboratoires spécialisés dans l’optique, Phonimone où la technologie permet de capter le moindre son de la planète, Philergine et Philoxénie où sont effectuées toutes les tâches manuelles et enfin Déterobie, l’île de la résurrection que nous retrouverons plus tard.

Le capitaine, ne comprenant toujours pas la raison de sa présence sur l’île, se trouve complètement stupéfait lorsque le « maître » va lui révéler qu’il a été choisi pour être le messager, le dépositaire et l’héritier de cette science millénaire. En effet toutes ces îles sont construites sur une zone très dangereuse et menacent de disparaître au fond de l’océan. Les Atlantes acceptent le sacrifice mais expriment le désir avant de mourir, de faire partager leur savoir.

Ainsi, petit à petit, Arramburu va être l’objet de révélations fantastiques: l’Océanium et sa fameuse mousse, métal aux propriétés incroyables, Pistolets électriques à balles réfrigérantes, l’Endropyromètre détectant à l’avance séisme et raz de marée (dont l’engloutissement du Japon)….. Inutile de citer toutes les inventions, elles sont trop nombreuses, pour insister sur une dernière du nom d’Ouranoscope, immense télescope enfoui dans les entrailles de Philoxenie.Cette invention nous apportera en effet l’un des chapitres les plus émouvants de l’ouvrage.

Cet appareil va permettre au lecteur un incroyable voyage dans l’espace avec la découverte de la Lune habitée par des vers géants, l’exploration des canaux de Mars construits de main « d’homme » et de toute une série de planètes de notre système solaire. Ce périple va se poursuivre au delà des limites de notre galaxie, où le froid des espaces intersidéraux va être synonyme de désolation et de mort . C’est une plongée vertigineuse dans l’espace à la découverte de Sirius, de Bételgeuse et d’une petite planète dans le système du « clocher», peuplée de créatures improbables. Ce monde recouvert de glace est en fait une planète à l’agonie suite à son brusque et tragique refroidissement. Sur celle-ci, nos « voyageurs immobiles » découvrent d’immenses sphères miniatures, mondes en réduction, dans lesquels s’engouffrent des êtres humanoïdes de sept mètres de haut et protégés du froid par des combinaisons en fourrure. Ils assistent au départ d’une des dernières capsules, apercevant au travers d’immenses hublots les visages désespérés de ce peuple contemplant pour la dernière fois leur planète mère. Face au destin tragique des cette civilisation, mis en parallèle avec celui des infortunés des Atlantes, cette vision revêt une dimension encore plus dramatique.

L’esprit encore submergé par tant de visons tant fantastiques que déprimantes, la visite se termine par l’île de Détérobie où les hommes sont régénérés par le changement systématique de tous les organes usés avec du matériel naturel ou artificiel, ceci après une exposition à des fluides spéciaux… Mais le temps presse et l’heure arrive pour nos héros de quitter tant de merveilles. Les Atlantes, fatigués de cette longue existence, préfèrent partir avec les derniers vestiges de leur civilisation au faîte de leur gloire et de leur puissance Arramburu et ses compagnons sont reconduit à leur appareil avec à bord une quantité incroyable d’appareils, de documents et d’échantillons, symboles d’une puissante civilisation ainsi qu’un important chargement de perles et de pierres précieuses.

De retour à Puerto Rico, l’argent sera placé en lieu sûr afin de pouvoir en user à des fins mystérieuses. La première des dépenses se fera par l’acquisition, d’une magnifique propriété avec l’intention d’y poursuivre quelques recherches prodigieuses. C’est bien plus tard, alors qu’ils voulaient repartir chercher leurs amis, restés sur l’île des « Micropolites » qu’ils vont découvrir l’incroyable vérité : tout comme Eugée, l’île est effacée de la surface de l’océan. Ne subsiste plus qu’un îlot minuscule où se sont réfugiés Banane, Mic et deux survivants de cette minuscule société, derniers témoins d’un monde défunt.

Le mystère va demeurer jusqu’au bout et le roman de se conclure sur un final énigmatique où une foule de questions resterons sans réponse. Concluons une fois de plus avec une phrase du narrateur de cette incroyable et célèbre aventure:

« Peu de temps après cette journée mouvementée, nous nous installions dans notre propriété à Miramar. Ce qu’y fut dès lors notre vie, les événements qui l’on illustrée ensuite, tout cela est assez intéressant pour que j’ai cru devoir le consigner dans un nouveau cahier; c’est à lui que je renvoie ceux de mes lecteurs qui voudraient connaître la suite de ces véridiques et singulières aventures ».

 

Une trilogie rare et originale

 

Voici donc résumée cette célèbre trilogie qui pourra selon l’humeur enthousiasmer ou décevoir. Il est clair que ce qui prime dans l’ensemble, c’est avant tout un goût prononcé pour l’aventure que l’auteur a voulu nous faire partager. Mariant subtilement exotisme, continent disparu et civilisations fabuleuses pour succomber une fois n’est pas coutume aux charmes mystérieux de la civilisation Atlante. L’idée de ce monde miniature vivant dans les traditions anciennes (la technologie n’existe pas chez les Micropolites) est assez plaisante, et ce moyen de pallier à un manque de place par une réduction de taille de toute la population particulièrement originale. Tout le roman se concentre d’ailleurs sur les vestiges d’une civilisation arrivée au sommet de sa puissance, ayant évoluée d’une manière adaptée à sa nouvelle proportion.

Ainsi, l’auteur fait preuve d’un sens assez développé du roman d’exploration, qui fut une constante à cette époque et qui plus est dans la fameuse « Bibliothèque des grandes aventures », en y introduisant tous les ingrédients nécessaires au dépaysement et transportant par la même toute une génération de lecteurs avides de sensations et de textes fantastiques. Il fut un temps où la lecture était le seul moyen de se laisser aller à des hypothèses les plus délirantes et les écrivains à cette époque, faisaient preuve d’une imagination débordante afin de repousser les limites de l’imaginaire.

Dans ces trois volumes, il y a comme une montée en puissance, un peu comme si Charles Magué voulait prendre le lecteur par la main et le conduire par paliers successifs à des révélations de plus en plus extraordinaires et extravagantes. Il suffit de découvrir au fur et à mesure cette « poussée imaginative » qui de la découverte d’une île mystérieuse, en passant par un étrange royaume souterrain peuplé de créatures troglodytes, va se conclure par cette civilisation Atlante dont le savoir et la technologie, vont conduire nos intrépides explorateurs par de là notre univers, et se plonger dans les gouffres abyssaux à la découverte de nouvelles planètes.C’est en cela que l’auteur fait preuve pour l’époque d’un incroyable tour de force car, des royaumes sous marins à l’agonie, il va nous faire passer aux civilisations éteintes, ou en voie de l’être, appartenant à d’autres galaxies.

Tout un constat finalement qui marque le tournant d’une époque avec ce déclin de grandes civilisations qui symbolise la fin d’une certaine forme de rêve, où le lecteur se complaisait à s’abandonner. Il fut rapidement ramené à la réalité de la science qui ne pouvait tolérer de telles visions fantasmées. Depuis trop longtemps l’homme s’est abondamment abreuvé aux fontaines de l’imaginaire, il est à présent grand temps de le ramener à la réalité. Ainsi, de nombreuses collections vont disparaître, l’imaginaire va être de plus en plus timide et l’on retrouvera de moins en moins ce souffle inspiré et très délirant qui firent le succès de ces éditeurs mythiques.

Bien sur, il y a les petites « ficelles » de l’époque tel cet « océanium » métal à tout faire selon la concentration, la pilule nutritive et autres armes sophistiquées…. Les personnages de cette trilogie, très stéréotypés pourront également prêter à sourire, avec leurs noms et surnoms caricaturaux, mais je crois que l’intention de l’auteur était avant tout le divertissement et il ne voulait pas de ce fait dérouter le lecteur, le noyer littéralement dans un univers totalement étranger en lui laissant une prise concrète avec une certaine forme de réalité. En somme des personnages bien de chez nous, drôles, cocasses, pouvant trembler face à tant de mystère, biens réels et donc parfaitement identifiables.

Une mention spéciale doit être attribuée à l’auteur pour le dernier volume, qui se détache nettement des deux autres. Comment oublier ces deux chapitres où nos héros assistent à la découverte puis à la mort de ce monde peuplé de géants. Il se dégage de ces lignes une force et un désespoir tout à fait pathétique.

Au final donc, nous retrouvons dans les ouvrages de Magué tous les éléments nécessaires à une bonne série d’aventure, et ces ouvrages restent parmi mes préférés parus dans les « Tallandier bleus ». Regrettons toutefois les quelques points obscurs que l’auteur négligera et le manque d’explications de certaines idées. Il faut croire que c’était là le défaut majeur de nombreux auteurs de l’époque. Que vont faire les personnages dans cette villa, à quoi vont leur servir les appareils et les documents des Atlantes? Une fin intentionnelle histoire de laisser le lecteur dans cette agréable ambiance de mystère ?

Beaucoup de rebondissements, quelques longueurs mais jamais de lassitudes. Une vision totalement différente de l’Atlantide que les écrivains s’obstinent à faire disparaître systématiquement dans leurs aventures après une découverte fortuite de leurs héros.

 

Trilogie des « Survivants de l’Atlantide » de Charles Magué :

Pour le lien cliquer sur le titre correspondant

– « Les survivants de l’Atlantide » Éditions Tallandier, « le Livre National», «Bibliothèque des grandes aventures» (1er série) N° 252. 1929.

- « La Cuve aux Monstres » Éditons Tallandier « Grandes aventures, Voyages excentriques » (1re série) N°332. 1930.

- « L’Archipel des demi-dieux » Éditions Tallandier « Grandes aventures, Voyages excentriques » (1er série) N° 379. 1931.

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