Les Introuvables: « L’immortel » de Régis Vombal. 1ere Partie

Posté le 17 octobre 2011

         Les Introuvables:

 

« L’immortel » Roman fantastique de Régis Vombal. Première parution dans la revue « Nos loisirs ». Du N°48 (13éme année) le 29 Novembre 1908 au N° 49 le 6 Décembre 1908.En outre cette longue nouvelle fut rééditée dans le N° 6 du « Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne et de littérature fantastique » Mars /Avril 1991.

Dans cette plaisante nouvelle de Régis Vombal, plusieurs thématiques seront à l’honneur : Immortalité, voyage dans le temps, invasion jaune, guerre futures…..En faisant preuve d’une certaine dose d’humour noir, nous assistons au périple d’un immortel d’un genre bien particulier qui finira son existence d’une bien étrange façon : un pur régal !

Cette longue nouvelle sera reproduite en deux parties.

 

immortel1 dans les Introuvables 

A l’époque où il était encore « entier »

 

CHAPITRE 1

Dans lequel il est question d’une étonnante découverte et de quelques amputations sensationnelles.

Minuit sonnait à Saint-Jacques-du-Haut-Pas lorsque le docteur Jacobus van Brucktel éleva vers sa lampe l’éprouvette pleine jusqu’au bord d’un liquide qu’il surveillait depuis une heure.

Le vieux savant venait de découvrir tout simplement L’élixir de vie, la divine liqueur qui assurerait à celui qui en prendrait quelques gouttes, l’immortalité.

Il demeura un moment pensif.

Cette fiole d’eau violette bouleversait le monde, qui ne se doutait de rien.

La mort était désormais un mot vide de sens, l’ordre était détruit, et pourtant à cette heure les sonnettes des médecins retentissaient ; des fils, au bord d’un lit, recevaient le dernier souffle de leur mère ; on souffrait, on pleurait, on mourait partout.

Tout était changé cependant, les hommes n’étaient plus des hommes. Et lui, Jacobus van Brucktel, venait de faire à Dieu un vol semblable à celui pour lequel le Titan Prométhée avait, il y a des millénaires, subi l’outrage lancinant du vautour qui lui dévorait le foie.

Oui, comme lui, mais moins heureux, Prométhée avait jadis volé le feu sacré au Maître des dieux et des hommes, au redoutable Zeus tonnant qui, l’ayant fait enchaîner sur un rocher, envoyait un oiseau de proie qui fouillait tout le jour ses entrailles renaissantes d’un bec de corne crochu et rouge…

Dans la rue, depuis longtemps silencieuse, des étudiants qui regagnaient leur hôtel et qui sortaient de la brasserie passèrent en riant ; une jeune femme chanta, et le couplet léger monta vers la fenêtre du savant, célébrant dans la paix de la nuit printanière les parties carrées à Robinson, les escarpolettes dans les jardins, les soupers à deux, sous les tonnelles enguirlandées de liserons, et la mélancolie de toutes les choses humaines dont on se lasse et qui finissent après quelques saisons.

Le vieillard eut un étrange sourire et regarda ardemment la fiole de cristal où brillait le clair liquide violet.

Il ne pensa qu’à lui-même, Puisqu’il avait découvert le remède à la mort, il allait d’abord l’essayer. Il était vieux, certes, mais robuste et sans aucune des infirmités qui font de la vieillesse une interminable agonie ; il allait boire, devenir immortel.

Il s’en fut chercher un petit verre tans sa cuisine, y versa le contenu de l’éprouvette et leva le verre vers sa lampe.

C’est à Prométhée qu’il pensait toujours, et c’est lui qu’il salua avec une emphase un peu puérile, portant à ce supplicié des légendes mythologiques un toast radieux avec la plus précieuse des liqueurs.

« Salut, dit-il, ô Prométhée, ancêtre lointain, précurseur, père de tout ceux qui ont voulu ravir le feu et dévoiler les grands secrets! Salut, voluer admirable, car c’est en l’honneur de ta mémoire que je vais boire cet élixir que tu avais pressenti à l’aube des siècles, ô foudroyé!…»

Et, d’un trait, il avala la liqueur encore tiède, puis il demeura seul dans le silence de la nuit, à écouter décroître, au fond de la rue Gay-Lussac, un roulement de voitures, et la chanson de la jeune femme et les rires des étudiants…

                                                                                        *

Lorsqu’il s’éveilla le lendemain, le soleil de mai entrait dans sa chambre dont il avait oublié de fermer les volets, et se rappelant dans un éclair sa découverte de la veille, il se leva avec allégresse. Dès qu’il fut habillé et que sa gouvernante lui eut servi son chocolat, il sortit, ayant à prendre chez un pharmacien quelques drogues dont il avait besoin pour ses expériences.

Il est inutile d’expliquer ce qui lui arriva en sortant de la boutique, ces choses-là ne s’expliquent pas. Distrait sans doute, il ne put se garer à temps et un énorme autobus chargé de voyageurs lui passa dessus ; on le transporta chez lui, et un de ses amis lui coupa les deux jambes.

Il faut avouer que l’élixir qu’il avait découvert ne rendait le corps ni plus jeune ni invulnérable, mais faisait que l’âme, principe de la vie, se retirant des parties mutilées, pouvait animer la plus petite parcelle, le plus humble organisme demeurés intacts.

De plus, la liqueur embaumait en quelque sorte tout l’être, et il n’était plus besoin de se nourrir après l’avoir absorbée.

Mais le choc et l’amputation avaient eu sur la mémoire du savant un effet que l’on a souvent remarqué. Une amnésie curieuse suivit l’opération, et jacobus van Brucktel ne se souvint plus de la formule miraculeuse.

Les cas d’amnésie sont plus fréquents qu’on ne le croît et souvent assez bizarres. On connaît l’histoire de ce banquier qui portait dans une valise un demi- million et qui fut la victime d’un déraillement en chemin de fer.

Aucun papier dans son sac, aucune carte dans son portefeuille.

Il fut soigné dans une petite station du Midi où il se fixa et où il vécut pendant cinq ans. Il avait oublié son nom, sa femme, ses enfants, et allait se marier, lorsqu’un jour il lut sur une affiche de café-concert :  » Débuts de Mme Georgette Stella. « 

Il fut pareil à un homme qui marche sous une épaisse nuit d’orage et qui voit dans un éclair flamboyer tout un livide horizon rougeâtre, crayeux, et pourtant très net, avec les créneaux des roches sur la montagne, et les arbres exactement découpés dans la brusque lumière

Du plus profond de sa mémoire engourdie, un nom, son nom oublié montait lent, hésitant ; il le sentait comme une petite bulle claire qui n’attend que l’air vif pour éclater Egaré, il suivait confusément l’ascension douloureuse, plein d’espoir, épouvanté de nuit, dans l’espace d’un quart de seconde, et soudain le mot qu’il cherchait chanta dans son cerveau comme un son de cloche, bourdonna dans son cœur joyeux, lui emplit la bouche :  » Georges Estel !  » il s’appelait Georges Estel !…

Le docteur Jacobus, lui, n’avait oublié que la formule.

Le médecin qui n’espérait pas le tirer de là, à cause de son grand âge, fut tout étonné de le voir au bout d’une semaine, non pas sur pieds, puisqu’il n’en avait plus, mais aussi gaillard qu’au temps où, chaussé de fortes bottines américaines, il faisait après déjeuner, sa promenade régulière au Luxembourg. Jacobus van Brucktel était riche. Il prit un valet de chambre, acheta la plus perfectionnée des voitures et ne sacrifia aucune de ses habitudes.

Il n’abandonna pas non plus ses travaux ni ses recherches scientifiques, et il était en train d’inventer une poudre nouvelle lorsque sa cornue éclata, lui déchiquetant cette fois les bras, de telle façon qu’il fallut les amputer près de l’épaule.

Il guérit.

Son valet de chambre le prenait comme un paquet, le mettait sur les coussins de l’automobile et le promenait au Bois, chaque après-midi.

Les manches de son veston dissimulaient assez bien les membres absents et parmi les promeneurs et les maîtres des équipages élégants que croisait la machine du docteur, personne n’aurait pu penser que ce tronc humain avait su les secrets de la vie.

Il était d’une humeur égale, l’expérience l’amusait prodigieusement, et quel est l’infirme qui, avec le temps, ne s’habitue à son état ?

Les jours passaient et les années.

De partout, les savants venaient voir ce qui restait du docteur Jacobus van Brucktel.

Il avait suivi dans sa voiture les convois funèbres de tous ses amis, des fils, des filles et des petits-fils de ses amis, et il demeurait seul d’une époque dont on commençait déjà à démolir les maisons.

On venait le consulter à propos de tout ; les historiens assiégeaient sa porte, car son journal, écrit au jour le jour par ses secrétaires, était le plus complet des livres d’histoire.

Il était pour les générations de l’an 2300 ce que serait de notre temps un vieillard qui aurait connu Louis XI et qui dirait :  » je vis le roi le soir même de la mort de Charles le Téméraire, il avait mal aux dents, mais il riait. Sa joue était enflée…  » Un jour, il confessa à un journaliste qu’il se repentait d’avoir porté un toast à Prométhée, lorsqu’il avait bu l’élixir encore tiède qu’il venait de découvrir. Il croyait que Dieu l’avait frappé comme Jupiter avait frappé le Titan,

Il durait, il durait toujours, et cela lui paraissait d’une suprême ironie ; il assistait, lui dont il ne restait presque plus rien, à la mort de tous ces êtres robustes ; il voyait partir les jeunes femmes qui passaient, ivres de jeunesse et de printemps, sous ses fenêtres, les générations s’éteindre, les gouvernements se succéder, et les siècles défiler devant lui, borne humaine mais impérissable, pareil à ces Dieux- Termes qui ont assisté dans leur gaine de pierre aux fêtes de la Rome antique, à l’envahissement des Barbares, à la dévastation de quelques milliers d’années, et qui sont demeurés malgré tout, malgré les jours et les temps meurtriers.

Il avait loué une campagne dans un frais paysage des bords de la Marne et donna des ordres, un soir de juillet, pour le départ. Le lendemain matin, l’automobile vrombissait devant sa porte comme un gros insecte de tôle vermillonnée, et son valet de chambre le descendit jusqu’à la voiture.

La légère machine l’emporta vers ce qui est de nos jours la gare de l’Est, à travers des avenues larges de deux cents mètres et bordées de maisons de cinquante étages.

Aucun des lourds véhicules que nous connaissons n’encombraient les rues de leur lenteur et de leur fracas ; seules, quelques automobiles rapides, silencieuses et infiniment perfectionnées, sillonnaient les boulevards gigantesques ; mais dans les airs le spectacle était prodigieux !

Trains aériens, de vastes aéroplanes emportaient à mille pieds dans l’azur des foules de voyageurs. L’aérostation n’avait plus de secrets pour cette époque, et des escadres de ballons évoluaient en plein ciel.

Il y en avait de toutes les dimensions et de toutes les formes. Les plus gros étaient allongés comme des navires, d’autres étaient pareils à des poissons, à des corbeilles, à des oiseaux, et tous s’entrecroisaient, filaient, volaient dans l’air bleu avec leurs drapeaux ; les étoffes qui paraient leurs nacelles et les voiles des femmes flottant au vent.

L’automobile du docteur Jacobus van Brucktel roulait sur l’immense avenue, au-dessous des aéronefs splendides, lorsqu’un chien que le mécanicien n’aperçut pas fut écrasé et fit faire à la machine une embardée fatale. L’homme lâcha le volant et la voiture alla s’écraser contre un mur…

CHAPITRE II

Où l’on ne voit plus qu’une tête, mais où on lit, un numéro du « petit parisien » 405 ans a l’avance.

Lorsqu’on releva le docteur Jacobus van Brucktel, on demeura épouvanté ; sur le tronc écrasé, la tête seule vivait !

A l’hôpital où on le transporta tout de suite, il fit demander le chirurgien. Il lui expliqua que tant qu’il resterait de lui un morceau intact, il ne périrait pas ; on pouvait couper, enlever tout ce que l’on voudrait.

On le débarrassa de son tronc en bouillie : il fut réduit à sa plus simple expression, et ne conserva que sa tête. Le soir de l’accident tous les journaux portaient de grosses manchettes où l’on pouvait lire :

LE DOCTEUR JACOBUS, L’IMMORTEL. VICTIME D’UN ACCIDENT

Sa tête seule est épargnée. – Il vit toujours.

Et de grands transparents lumineux montrèrent en plein ciel, toute la nuit, dans toutes les villes, la tête illustre sur la couchette de l’hôpital, la tête sereine et douce aux souriantes lèvres rasées !

Lorsque la section sanglante fut cicatrisée, le docteur qui avait fait l’opération prit la tête et l’emporta. De sa même voix, Jacobus van Brucktel salua ses domestiques, plaisanta sur son entrée, et ne voulant pas demeurer sur la table où on l’avait posé, comme un melon, il fit exécuter par un ouvrier une sorte de socle, à hauteur d’homme, une stèle rembourrée où il habiterait désormais.

Il semblait ainsi dans la salle, à côté de la bibliothèque, un vivant morceau de sculpture. Il y demeurait jusqu’au soir. Il lisait ; sa bonne tournait les pages du livre qu’elle tenait devant lui ; parfois on traînait le socle jusqu’à la fenêtre et la tête du docteur regardait le mouvement de la rue, reconnaissait des passants, s’intéressait toujours à la vie.

Le Temps passait, mais sa faux symbolique se serait ébréchée en vain au seuil du docteur Jacobus van Brucktel.

Comme les Dieux-Termes de l’ancienne Rome auxquels nous l’avons déjà comparé, il assistait impassible à toutes les révolutions.

D’ailleurs, rien de bien sensationnel ne s’était produit, après l’année 1989. Lorsque nous disons  » Rien de bien sensationnel ce n’est point évidemment ce que nous devrions dire, mais rien de brusque n’avait bouleversé le monde. Les sûres conquêtes scientifiques, liées les unes aux autres, les progrès que nous ne pouvons même pas soupçonner, paraissaient des choses naturelles et inévitables, venant à leur temps avec une précision mathématique. Du grand choc de 1989 on se souvenait à peine.

Après des agitations sourdes, des mécontentements, une guerre abominable qui avait fauché plusieurs générations, l’antique charpente sociale avait craqué simplement ainsi qu’une chose trop vieille, trop usée, et un ordre nouveau avait triomphé. La vie était élargie, de puissantes machines réduisaient à rien la part de travail et de peine ; l’humanité enfin paisible se reposait.

Avec l’argent d’un déjeuner aux restaurants des aéronefs, on allait à Venise ou à Moscou.

La distance n’existait plus.

Les gens les plus sédentaires, les plus casaniers, avaient vu fuir sous leurs pieds, dans les nacelles oriflammées, les solitudes marines des océans, les déserts et les hauts plateaux africains, les pitons glacés des Cordillères, les îles mystérieuses et les pays inexplorés.

Les nouveaux mariés allaient faire leur voyage de noces à Tahiti ou Ispahan parmi les champs de roses et les jardins de jasmins. Toutes les maladies qui nous déciment existaient à peine. Des sérums puissants en préservaient ; il semblait d’ailleurs que les vieux vins eussent perdu toute leur force, et que le Mal, fatigué d’être le Mal, fût vaincu.

Seule, la Mort n’avait pas désarmé. Elle était comme aujourd’hui h l’horizon de tous les espoirs, de toutes les joies et de toutes les vies, ainsi qu’un grand trou mystérieux et noir, et l’esprit humain n’avait conquis que la terre, mais celle-là il l’avait bien conquise, elle n’était plus la vallée de larmes, la halte douloureuse, la mauvaise auberge pleine de cris et de révolte, l’homme en avait disposé à sa fantaisie pour y attendre dans la paix…

UN NUMÉRO DU « PETIT PARISIEN » EN 2313

La tête du docteur Jacob van Brucktel, posée sur sa stèle, au loin de la fenêtre, regardait ce matin de mai 2313, le ciel léger où flottaient des aéronefs innombrables, lorsque Clarisse, sa bonne, frappa à la porte et entra.

Elle tenait à la main un journal ; c’était le Petit Parisien, le seul dont le titre eût duré jusque-là !

Clarisse était vêtue non point comme les femmes d’aujourd’hui, mais d’une sorte de tunique rose, de voiles drapés selon la mode grecque ; car, à cette époque, des vêtements larges, commodes et de couleurs gaies avaient remplacé les gaines où nos corps pont à l’étroit.

Les sports que l’on était presque tenu de pratiquer faisaient les membres plus robustes et plus souples, et Clarisse montrait deux bras nus, ronds, mais mus- clés, des bras adorables de jeune fille et de lutteuse. Ses pieds étaient nus aussi dans des sandales attachées à. sa cheville par un ruban vert pomme.

Une bandelette bleue serrait ses beaux cheveux blonds. Elle se mit à côté de la tête du docteur, dans le cadre de la croisée, et le soleil léger du printemps naissant se joua dans ses frisons dorés, immatériels comme une fumée.

Bien qu’il fût interdit aux ballons de passer entre les maisons, le fiancé de Clarisse, un mécanicien aux courtes moustaches brunes, faisant exécuter au dirigeable à deux places qu’il pilotait une savante courbe, s’arrêta une seconde près de sa fenêtre et envoya de la main un baiser à la jeune fille rougissante.

- L’amour est toujours imprudent ! Murmura le docteur Jacobus de ses lèvres séculaires, toujours imprudent et toujours heureux…

Le visage de Clarisse était encore fouetté de rose lorsqu’elle vint s’asseoir sur un divan recouvert d’étoffes dont la couleur nous étonnerait beaucoup, et elle déplia le journal qu’elle était chargée de lire à son maître.

Elle avait la diction soignée d’une sociétaire de la Comédie-Française, et l’instruction d’un professeur de Faculté, comme toutes les jeunes filles de ces temps. Elle commença :

« LE PERIL JAUNE »

« Enfin, l’inquiétude dans laquelle nous virions s’est dissipée. La flotte asiatique a été anéantie ait large de l’océan Pacifique!

Certes, jamais les Jaunes coalisés n’auraient pu débarquer dans les ports européens, mais on n’espérait pas un anéantissement aussi prompt.

« Quelques cuirassés japonais ont pu échapper au désastre, mais les lourds transports chinois ont tous sombré.

L’escadre internationale des aéronefs de guerre est arrivée au petit jour, tous ses fanions éteints, sur l’immense flotte asiatique, comme un vol soudain de formidables oiseaux de proie.

Le spectacle était prodigieux. 

Une querelle séculaire allait être idée. 

L’Europe, la vieille Europe redoutable, savante, ayant tout conquis, planait au-dessus de toutes les forces menaçantes de l’Asie !

A l’infini, au-dessous des nacelles blindées, les solitudes du Pacifique s’étendaient ainsi que des plaines houleuses. Des milliers de navires formaient dans ce désert marin comme une ville mouvante.

Il était quatre heures du matin, lorsque l’ingénieur en chef, le Français Jacques Desaix, donna le signal de l’attaque. 

Les soupapes s’ouvrirent, la pluie terrible, la pluie de fer et de feu des immenses bombes tomba, tandis que les aéroplanes remontaient hors de l’atteinte des canons de la flotte qui répondirent à peine. 

Sous les torpilles et les explosifs, sous les grands tubes chargés de notre effroyable poudre bleue, là mer eut l’air de se cabrer vers nous, puis des gouffres s’ouvrirent, engloutissant les navires démontés, enflammés, hachés.

Les canons énormes des vaisseaux toussaient lugubrement et s’abîmaient dans la mer. Le désastre est complet et nous voilà tranquilles pour un siècle…’ »

La tête immortelle du docteur Jacobus souriait.

Il se souvenait de l’année 1905, des cuirassés européens sautant dans les baies japonaises, des armées russes vaincues dans les plaines pelées et torrides de la Mandchourie !

- Continuez, je vous prie Clarisse, demanda-t-il, Et la jeune servante acheva le sensationnel article.

« Les dirigeables étaient de retour le soir même, et au cours des fêtes que l’Europe entière va donner ces formidables oiseaux de fer, sortis de leurs hangars, évolueront dans l’azur ensoleillé !… »

Dernières nouvelles

« Le Conseil des Justes a décrété ce matin que des pièces d’or et d’argent retirées de la circulation on fabriquerait des couronnes pour les jeunes femmes ayant déjà deux enfants.

– On annonce, de Saint-Pétersbourg, la mort du Président de la République russe, le docteur Yvan Sianeski, le petit-fils du savant qui découvrit le microbe du cancer et trouva le sérum contre le terrible mal qui ravagea le XXéme siècle.

– On annonce également la mort de la célèbre cantatrice Bianca Dantellina. Elle était âgée de dix-huit ans. On lui fera à Rome des funérailles nationales.

– Les Anciens ont réglé l’ordonnance des fêtes du Printemps. Des ballons lanceront, toute la nuit et tout le jour, des pétales de fleurs sur les Villes. »

A suivre……

 

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2 commentaires pour « Les Introuvables: « L’immortel » de Régis Vombal. 1ere Partie »

  1.  
    Robert Darvel
    20 octobre, 2011 | 14:43
     

    Merci pour le texte !
    (Mais il semble y avoir répétition d’un paragraphe – que je te laisse trouver)…
    rD

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  2.  
    20 octobre, 2011 | 15:29
     

    Ouf! J’ai enfin trouvé, merci de me l’avoir signalé, à force de relire on ne voit plus rien….tout un métier!Je ne sais pas comment j’ai effectué cette répétition.

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