« L’astre Rouge » de Roger Trubert

Posté le 3 novembre 2011

« L ‘astre rouge » de Roger Trubert Éditions de Montsouris, Collection « Pierrot » n° 25. Couverture illustrée et illustrations intérieures par Jacques Souriau

Jean Sartène, jeune et brillant reporter arrive en trombe à l’observatoire de Paris afin de rencontrer son Maître et mentor François Langevin, célèbre astronome et gloire nationale. Le but de sa visite, une interview afin d’obtenir des informations sur l’événement le plus sensationnel du moment; la découverte par le professeur d’un astre dont la trajectoire improbable semble le diriger tout droit vers notre planète. Les révélations se font avec parcimonie, il serait inutile dans l’immédiat de créer un mouvement de panique dans la population. Une chose semble en tout cas inéluctable, d’après Langevin, le bolide fait le cinquième de la terre et frôlera celle-ci très précisément le 24 mai à 12h 45. Le journaliste promet de garder le silence sur toute l’affaire à condition d’organiser une expédition permettant une observation située la plus près possible du contact: mourir pour mourir, autant conclure par le film le plus sensationnel de sa vie.

La localisation est établie, dans le Pacifique et non loin de Tahiti. Sartène, jamais en manque de solutions contacte son meilleur ami, Louis Perceval, un océanographe inventeur d’un sous-marin de poche révolutionnaire « la Puce de l’Océan ». Une fois l’équipage rassemblé. Débute alors l’expédition la plus suicidaire jamais réalisée.

En mer, les jours passent, monotones avec une température extérieure qui ne cesse de croître. Dans le ciel l’astre devient de plus en plus distinct et l’astronome peut ainsi y observer des montagnes, des mers et des continents. La chaleur se fait vite insupportable, la mer devient d’heure en heure plus mauvaise et sournoise. Au grand désespoir du journaliste, la « puce » est contrainte de rester dans des périodes d’immersion plus fréquente, au risque sinon d’endommager sa structure. Le 24, à trois heures du matin le submersible tente de faire surface mais à l’extérieur sur fond orange d’un ciel apocalyptique débute une valse infernale, en équilibre sur un océan en fureur. La question se pose alors: rester en plongée ou en surface? Filmer le choc et périr à coup sûr ou se « garer » afin de pouvoir filmer le départ de l’astre?

Face à la fureur des éléments la réponse est rapide. Hélas même le fond de l’océan demeure un piètre refuge, l’engin tourne comme une toupie, le choc est incroyable, l’équipage perd connaissance. A leurs réveils, ils éprouvent une sensation étrange: l’avant pointe vers le haut, le sous-marin est planté dans un banc de sable comme un vulgaire piquet. Par les hublots, stupéfaction. la mer est orange. Perceval tente une sortie en scaphandre, le bilan est rassurant, ils se sont échoués près d’une île, à seulement quelques mètres de fond.

L’homme débarque et tente le tout pour le tout, l’air y est respirable et la surface est recouverte d’une étrange flore faite de champignons et de fougères géantes où le rouge le rose et l’orange prédominent : seraient-ils par quelques curieux phénomènes sur l’astre ? L’équipage débarque à son tour, dans le but d’organiser une exploration bien en règle.

Le spectacle y est impressionnant avec cette débauche de fleurs inconnues et d’une faune tout aussi extraordinaire : limaces géantes avec piquants de hérissons et bouches garnies de dents, une autre ayant la forme d’une grenouille et d’un kangourou, recouvert d’une carapace translucide, celui-ci encore avec sa tête au milieu du ventre… Pour conclure, cerise sur le gâteau, les naufragés découvrent un gigantesque escalier « fabriqué » par une forme de vie intelligente, fait entièrement d’or pur. A son extrémité, une esplanade composée d’un étrange métal inaltérable et sonore avec au centre une sorte de « dôme champignon » entièrement recouvert de signes hiéroglyphiques. Le bolide vagabond abriterait-il une civilisation?

Les conjectures vont bon train, l’astronome impose heureusement son autorité scientifique. La chose dont il est certain, est que l’équipage se trouve toujours sur terre, échoué sur un fragment de l’astre qui est venu lors de son approche terrestre « se planter » au milieu de l’océan Pacifique. L’île a effectuée sont déplacement avec une portion de sa mer d’origine. Malheureusement en raison d’un phénomène chimique inconnu provenant de la salinité de l’eau, l’océan est en train « d’absorber » la portion de mer orange. Cette réaction s’applique également à la roche constituant l’île. Il faut donc faire vite, prendre un maximum d’échantillons, filmer le plus possible avant la disparition complète de leur refuge. Le sous-marin est remis à flot, chacun s’active à ses fonctions sauf un, victime de l’agression d’un mystérieux inconnu.

Celui-ci dérobe un fusil, arrache le drapeau fièrement planté sur cette « terra incognita ». S’agit-il d’un visiteur venu du ciel détestant nos intrépides explorateurs ? Un dédoublement de personnalité ou pire encore un espion monté à bord et à la solde du Kaiser ?

Rien de tout cela, simplement un autre naufragé, échoué également par miracle après la destruction de son bateau. Voyant avec avidité le profit qu’il pourrait tirer de tout cet or, son esprit a peu à peu sombré dans la folie des grandeurs. L’histoire va t-elle se terminer comme dans Duel dans le Pacifique ? L’auteur est amateur de morale et de justice, l’île amorce sa phase finale d’autodestruction, arrêtant net les fourbes projets de l’ignoble scélérats. Les « gentils » embarquent en catastrophe sur la « Puce de l’Océan », le fou préférant sombrer en compagnie de son gigantesque lingot.

Le retour vers l’Europe est très éprouvant, le pays n’a pas été détruit mais sérieusement ébranlé par le cataclysme, pas un seul bâtiment n’a été épargné, les victimes se comptent par millions. Avec les fragments d’or ramenés, Langevin reconstruit l’observatoire de Paris, Sartène devient célèbre grâce à ses kilomètres de pellicules, Perceval, lui, construit un gigantesque appareil capable d’explorer les fonds marins.

Peut-être arrivera-t-il un jour à percer les mystères de l’escalier d’or et de sa monumentale esplanade ?

Après le choc des mondes

Il existe en littérature de S. F. de nombreuses catastrophes naturelles ou non. Celle qui nous intéresse en regard du texte résumé ci-dessus concerne l’approche d’un bolide, dont la rencontre risque de provoquer la fin du monde. Cependant, dans cette même catégorie nous distinguons également deux autres sous-genres.

Le premier concerne les textes dans lesquels notre bonne vieille Terre est percutée de plein fouet, ou sera victime d’un passage très rapproché du bolide, sans parler des pluies de météorites et des énormes fragments détruisant des continents entiers. Les textes sont légions, inutile de s’y attarder, la liste serait trop longue.

La deuxième catégorie par contre est plus rare. Elle concerne également le passage d’une planète près de la Terre avec sa cohorte de cataclysmes mais perd en contrepartie un morceau de sa précieuse substance et cette fois, il ne s’agira pas d’un fragment de masse inerte, une roche stérile, mais un monde incroyable, fantastique, source de révélations inestimables pour un groupe de chercheurs avides d’aventures. Cette seconde catégorie demeure plus avare en œuvres majeures et peu d’exemples significatifs nous viennent immédiatement à l’esprit: « Un Mois sous les Mers » de Tancrède Vallery (Editions Nathan collection « Voyages et aventures, 1937), et le tout aussi passionnant « L’Ile Tombée du Ciel » de H. J. Magog (Ollendorff « Le roman d’aventure » N°2, 1923). Francis Carsac dans son passionnant roman « Les Robinsons du cosmos » (Hachette Gallimard « Le rayon fantastique N° 34) a quand à lui choisi de partir sur un postulat inverse puisque a la suite d’une collision interplanétaire, un petit morceau de la Terre (exactement un petit morceau de la France) se détache de notre globe et se colle sur une planète inconnue avec ses habitants, ses animaux, ses maisons, ses champs, ses arbres…

Le texte que nous livre Roger Trubert, même si l’écriture nous est agréable, n’apporte pas grand chose à notre domaine et ce ne sont pas les mystérieux hiéroglyphes découverts sur le dôme métallique qui vont faire vibrer notre fibre de passionnés. Il ne fallait attende guère plus d’un texte venant de la collection « Pierrot », destinée essentiellement à un jeune public. Dommage, l’auteur tenait un sujet vraiment intéressant et malgré une lente progression vers le mystère, il n’a pas joué le jeu à fond, en laissant malheureusement le lecteur sur sa fringale de découverte d’une civilisation extra-terrestre.

Pour l’heure, la « chasse » est ouverte, car même après avoir épluché les ouvrages de ma bibliothèque, impossible de répertorier pour l’instant, d’autres livres traitant du sujet.

Qu’on se le dise !

  astrerouge2 dans les auteurs et leurs oeuvres

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