« La Vengeance de L’abîme » de Paul Ronceray

Posté le 19 novembre 2011

« La vengeance de l’abîme » de Paul Ronceray Éditions Eugène Figuiére, 1932. Couverture illustrée. 

L’Abbé Garnier, dynamique spéléologue en soutane, fera une singulière découverte dans le «Trou d’enfer» près de Crosne. En effet, il exhumera trois squelettes provenant de l’ère Tertiaire, ébranlant ainsi le fragile édifice des théories sur l’évolution, puisque l’existence de l’homme au-delà du Quaternaire n’avait pas encore été prouvée. Avec l’aide de deux amis, le Paléontologue Bèque et son assistant Dubo, ils organisent alors la descente dans le gouffre «la Visille», rivière locale se jetant dans celui-ci. Bèque, personnage haut en couleur et fervent défenseur de la théorie d’une lente évolution du singe vers l’homme, trouvera donc prétexte par cette fabuleuse découverte à démolir la thèse de son ancien professeur, le Dr Bardin, avançant quant à lui une autre hypothèse des plus insolites.

En raison des moyens techniques très précaires de l’époque, nos trois aventuriers se trouveront souvent dans des situations bien difficiles, échappant de justesse à la mort pour finir, après une véritable descente aux enfers d’une vingtaine de kilomètres dans une immense mer souterraine, avec au loin, perdue dans une brume verdâtre, une côte aux falaises sombres et menaçantes. Leur surprise ne fera qu’augmenter lorsque sous leurs yeux agrandis par l’effroi, ils contempleront un véritable ciel étoilé, traversé par un astre dégageant une clarté incandescente.

Après avoir abordé une plage relativement accessible, ces nouveaux robinsons vivront une formidable aventure dans ce monde saturé en oxygène : orage intra-terrestre avec explosion d’un météorite, découverte d’une flore extraordinaire, monstre antédiluvien, l’un d’eux échappant de justesse aux griffes d’un redoutable Ptérodactyle. L’apothéose sera la confrontation de nos héros avec des créatures humanoïdes qu’ils qualifieront d’«Embryonanthropes». Aucun doute, ils se trouvent devant la forme primaire de l’humanité naissante.

Bèque, effondré par toute une vie d’hypothèses réduite à néant, face à ces pseudo hommes dépourvus d’ossature, nous régalera d’un exposé hallucinant :

«Mes yeux s’ouvrent ! Je vois le plasma originel plastique et nu, compliquer sa molécule au cours des temps et donner une lignée d’êtres amorphes. De ce tronc généalogique et sur toute sa longueur, je vois des individus aberrants se détacher, secréter une membrane, stabiliser leur protoplasme en devenant chacun l’origine d’une espèce évolutive quant à la forme, mais fixée chimiquement.»

Plus proches du mollusque que du vertébré, ces « Embryonanthropes » n’en sont pas moins intelligents et, voyant en nos trois robinsons de dangereux animaux, parviendront à force de ruse à les anesthésier par de minuscules dards empoisonnés et, pour finir, les accrocher, bras écartés tels des nouveaux martyrs et les saigner à blanc afin de boire le précieux liquide symbole de vie. Tragique fin pour nos explorateurs, victime à leur tour du «trou d’enfer» : l’abîme se venge toujours !

Une descente aux enfers!

 

Voilà un roman que j’avais découvert il y a plusieurs années par le plus pur des hasards, à une époque où les terres creuses étaient certes dans l’esprit de quelques cervelles enfiévrées, mais qui n’avaient pas encore fait l’objet d’une étude sérieuse et poussée et je dois avouer avoir hésité avant de remettre ce roman au goût du jour après la formidable étude de Guy Costes et Joseph Altairac. J’avais à l’époque du « Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne et de littérature fantastique » N° 8 bis (Octobre, Novembre 1991) fait un petit résume de cet incroyable roman que je viens de reproduire dans les pages de ce blog.

Pour une investigation plus poussée et plus scientifique je ne peux que vous recommander de vous reporter à l’ouvrage monumental « Les terres creuses, bibliographie commentée des mondes souterrains imaginaires » Éditions encrage 2006, collection « Interface N° 4) de nos deux éminents spécialistes cités plus haut et qu’un jour peut-être j’arriverai à convaincre de rejoindre notre groupe de « Savanturiers ». Ouvrage d’autant plus hautement recommandable que la fin de cette passionnante bibliographie est consacrée à une érudite analyse du roman de Ronceray sous le titre de « Paul Ronceray et l’homoncule primordial, entre science et littérature » et réalisé par Fabrice Tortey: une plaisir!

Une raison supplémentaire afin de vous plonger sans retenue dans cette incontournable étude, preuve s’il en est, que le genre est encore plus que jamais vigoureux de nos jours et que des irréductibles leur accorde toute la place qu’il mérite et qui sait je l’espère susciter la curiosité d’un tout jeune public et les inciter à explorer plus avant tout une partie ignorée de notre patrimoine culturel.

Pour conclure, dans ce curieux roman, Paul Ronceray avance une théorie sur l’évolution en parallèle de notre monde assez singulière. Une pierre supplémentaire à cimenter sur l’immense monument des «Voyages au centre de la Terre». Cependant, mon devoir de lecteur me pousse à constater que l’auteur nous donne une description de ce monde intra-terrestre assez époustouflante, où l’on sent la petitesse de l’homme face à un univers étrange et hostile (histoire de varier la sempiternelle solitude de l’être humain dans les espaces intersidéraux). Entre Robinson Crusoé et Le Monde Perdu (la scène du Ptérodactyle ranimera certes des souvenirs dans vos vifs esprits), La Vengeance de l’abîme est d’une lecture agréable,original et faisant preuve d’une certaine audace, bien au dessus de l’interminable « La Plutonie » d’Obroutchev, ouvrage paraît-il de référence et que j’ai personnellement trouvé assez laborieux lorsque je l’avais lu il y a quelques années.

 

  lesterrescreuses dans les auteurs et leurs oeuvres

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