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Archive pour novembre 2011

Les Coups De Coeur Du Moi: »Mascarades » de Philippe Ward

Voilà un roman que j’avais mis de coté depuis pas mal de temps. Lors du Festival Zone Franche 2011, j’ai eu l’occasion et la chance de rencontrer Philippe Ward, qui m’a gentiment offert et dédicacé ce petit volume noir comme la plus profonde des nuits et sur lequel se dessine l’ombre inquiétante d’une sorte de créature faite de paille et dont la fantastique silhouette ne semble qu’attendre un mystérieux signal pour vous sauter à la figure, sortant ainsi de son immobilité photographique. Après lecture du roman, une chose est certaine, toutes les choses que vous pensiez immuables vont soudainement se transformer et croyez moi, vous ne regarderez pas, si je puis me permettre une aussi vile comparaison, les épouvantails d’un même œil serin.

Dans ce roman fantastique fort original, l’auteur nous plonge dans les méandres et la complexité du milieu séparatiste Basque qui trouve, au fil d’une écriture simple et fort bien documentée, toute son authenticité et en quelque sorte, sa raison d’être. Pour faire court, les indépendantistes sont divisées en deux factions, celle qui prône la non violence, lassée par de nombreuses années de tueries et de luttes intestines et qui voudrait arriver à un accord pacifiste avec les gouvernements Français et Espagnol. De l’autre coté, il y a la branche armée qui elle par contre n’entend pas déposer les armes et compte bien imposer ses revendications par la force et la voie du terrorisme. On assiste alors à l’évolution du principal personnage, Mikel, libraire Bayonnais, dans les différentes ramifications d’un réseau beaucoup plus complexe qu’il n’y parait.

Mais visiblement, la parole des armes ne sera pas la seule forme d’autorité qu’il aura à affronter, car tapies dans l’ombre, de redoutables créatures du folklore Basque vont faire irruption dans cette guerre sans merci et il faudra tout le courage et la ténacité de notre amoureux des livres, afin de venir à bout du redoutable chasseur noir, invocateur des terribles « Ehiztarbeltz », monstres de chiffons et de papier, dont l’invulnérabilité et la sauvagerie n’ont d’égales que la détermination qui les anime. Il existe pourtant un faille à leur pouvoir et le libraire, aidé en cela par une mystérieuse société occulte « Eguzkiberri » qu’il va intégrer en cour de roman, sera peut-être la solution pour éradiquer cette terrible menace.

Lorsque j’ai ouvert le roman et parcouru le premier chapitre, il y avait dans le style et l’imagination de l’auteur des éléments essentiels qui en font un excellent roman fantastique. Philippe Ward nous campe dans la banalité d’une situation quotidienne et brusquement, l’horreur vous éclate à la figure aussi violemment que la mort du premier personnage dans le tout premier chapitre. Débuter ainsi le roman avec un rythme aussi soutenu n’est pas une mince affaire, car habituellement au fil des chapitres, on se lasse un peu car la cadence a la fâcheuse tendance à s’amenuiser progressivement.

Premier point positif, dans le cas de « Mascarades », après 300 pages, la pression est toujours aussi permanente voire même on assiste à une montée en puissance jusqu’à la catharsis finale qui restera dans les annales du roman fantastique. Ici l’ennuie n’est pas de rigueur et comme pour vouloir nous impliquer un peu plus dans la trame, l’auteur parvient d’entrée de jeu à nous faire « choisir » notre camps et toute l’empathie que l’on peut éprouver vis-à-vis du héros est justifiée par la noblesse de ses convictions qui, si elles sont résolument nationalistes, n’en empêche pas moins des idées plus tempérées, tournées vers le dialogue et les compromis. Il n’y a pas à proprement parler des « bons » et « méchants » dans ce roman, l’écrivain ne critique ni ne condamne, il nous décrit simplement des personnages ballottés dans le flux de l’histoire qui veulent à tout prix défendre leurs convictions et leurs idées.

Pour un peu sortir du contexte « politique » du roman, et je trouve qu’il effectue là un véritable tour de force, c’est d’avoir utilisé la « mythologie » Basque en utilisant ses légendes peuplées de redoutables créatures, et de les avoir incluses dans une trame qui bascule dés lors dans le fantastique le plus pur. Je dois avouer avoir une grande admiration pour l’écrivain Américain Graham Masterton pour l’originalité de ses romans, il n’hésite pas à faire appel au Folklore de certaines régions Américaines ou de certains pays, afin de donner plus de force et d’authenticité à ses histoires. Cela demande une bonne connaissance des mythes et légendes qui s’y rattachent et Philippe Ward nous fait découvrir une facette du pays Basque qui ne peut qu’attiser notre curiosité.

J’avais eu l’occasion de voir une émission sur ces effrayantes créatures lors d’une fête Basque et j’imagine sans peine toute l’horreur et l’effroi qu’elles ont pu susciter de la part des malheureuses victimes : le « Zako » fait de toile de Jute,le « Momotxorro » homme primitif sauvage et sanguinaire, le « Miel Otxin » qui représente les mauvais esprit, le « Ziripot » habillé de sac rempli d’herbes, le « Yoaldum » au visage grimaçant, le « Tintuntturo », le « Tenicero »…..tout un monde « poupées » cauchemardesques que rien ne semble vouloir arrêter !

Une autre grande force également de « Mascarades » est l’utilisation de faits historiques pour apporter un certain équilibre à la logique du récit. Ainsi le fameux « chasseur noir » est un prêtre érudit qui se passionne depuis des années à l’histoire Basque et à la bataille de Roncevaux, bataille comme nous le savons à présent où ne furent pas impliqués les Sarrasins mais les Vascons, ancêtres du peuple Basque. Utilisant donc ce support réaliste, Philippe Ward agrémente l’histoire de sa propre théorie sur les faits qui se sont déroulés lors de ce célèbre épisode et profite ainsi des zones d’ombres qui entourent ces événements pour étayer une audacieuse hypothèse sur l’origine de cette mystérieuse confrérie « Eguzkiberri »

Enfin, un des derniers atouts de ce roman, est le dosage parfaitement équilibré entre les scènes d’investigations du personnage principal, les indices qu’il va mettre à jour, la rencontre des différents protagoniste de cette fantastique aventure et des scènes où vont se déchaîner les forces du mal qui, telles des tueurs impitoyables, ne trouveront le repos que dans l’exécution de leurs affreuses besognes. Pas de ressentiment, pas de pitié ni de remords, une fois que cet ordre aussi bref que terrible : tue ! leur a été donné, c’est une véritable déchaînement de violence et de souffrance qui se met en branle. Il faudra alors plus que ce cri sans age, puissant et presque animal, « L’Irrintzina », véritable souffle surhumain de l’âme Basque, pour venir à bout de des créatures sans age, et Mikel en fera la douloureuse expérience.

Véritable roman d’épouvante parfaitement maîtrisé et original, il est à classer sans contexte parmi les grandes réussites de l’horreur à la Française, nationalité que j’utiliserai ici bien sûr, sans vouloir offenser l’identité Basque. Je ne peux que clamer ici toute mon admiration pour ce « Mascarades » que j’ai quasiment dévoré d’une traite, tellement l’intrigue est passionnante et le sujet sincèrement original.Il est rare, mis a part le merveilleux Claude Seignolle, de voir ainsi un auteur dont le roman est à ce point ancré à une région et à ses traditions.

Le genre de roman que nous aimerions lire plus souvent, qui nous plonge au cœur d’une mythologie que nous n’avions pas l’habitude de rencontrer et qui plus est, nous retrace l’histoire d’un pays et d’une culture, nous donnant envie d’en savoir un petit peu plus. D’avoir ainsi aiguisé le curiosité du lecteur moyen que je suis, est déjà une chose en soi suffisamment convaincante pour vous plonger sans retenue dans se roman unique en son genre et qui ne manque pas de souligner à quel point notre pays est également riche en folklore et légendes terrifiantes.

 

- « Irrintzina » de Philippe Ward.éditions Naturellement.1999.Ce texte remanié est paru sous le titre de:

- « Mascarades » de Philippe Ward.Aïtamatxi.2009

Les Coups De Coeur Du Moi:



« Le Dernier Métro N’arrivera Jamais » de Harold Rein

« A la tête du petit groupe qui progressait en trébuchant vers Downtown, entre les rails du métro silencieux, le jeune Arthur Temmer trouvait le temps de se demander ce qui avait pu démolir New York. Il y avait eu une succession d’explosions assourdissantes suivies du fracas de l’acier et de la pierre s’effondrant, puis le déferlement des gravas venant boucher les sorties de la station de la 27e rue. Alors la poussière avait tout envahi, laissant quatre survivants abasourdis, une jeune fille, un gros homme, un G.I. et Arthur. Rencontreraient-ils d’autres survivants? Ou bien le tunnel n’était-il qu’une longue et sinueuse tombe? Au delà de ces interrogations une autre se posait terrifiante et tenace. Que resterait-il de la ville au-dessus d’eux après qu’elle eût reçu ce terrible coup?

Dans ce premier roman, l’auteur suit le destin des survivants jusqu’à la station de la 59e rue. Là se résolvent d’étrange façon la plupart des problèmes qui se posaient à Arthur. Sur un ton d’une implacable précision, Harold Rein développe son thème jusqu’à la limite de l’horreur. Voilà le premier livre d’un écrivain dont l’imagination et le talent sont tels qu’il restera sans doute longtemps en selle.»

« Le dernier métro n’arrivera jamais » de Harold Rein. Editions Fasquelle.1957. Couverture Jaquette.

 



Jean Richepin……Vous Avez Dit Bizarre?

« Jean Richepin (1849-1926), poète bien connu de la Chanson des Gueux, de Caresses et des Blasphèmes, publia également plusieurs recueils de contes rouges comme le sang qui gicle sur la guillotine et noirs comme la mort qui s’ensuit… Dans le premier de ces livres, si justement intitulé Les morts bizarres, il noue et dénoue devant notre stupéfaction et notre horreur confondues, et dans un style d’une insolence absolue, les destins d’êtres tantôt victimes, tantôt crapuleux, mais toujours soumis à la fatalité la plus sordide. Ces mannequins d’un Grand Guignol qui nous émeut autant qu’il nous fait applaudir devant tant d’habilité à créer un suspense quasiment hitchcockien, s’agitent sous nos yeux au comble de la misère humaine, anticipant avec infiniment plus de malice et de persuasion sur ceux de l’existentialisme… Ce diable de Richepin, loin des couplets surannés qu’on connaît, se révèle un maître grandiose de l’Épouvante.

Découvrez-le! »

Cette préface de François Rivière, grand spécialiste de la littérature fantastique, se passe de commentaires car elle nous en dit long sur le contenu de ce volume au titre évocateur. Un recueil de nouvelles savoureuses et noires à souhait qui fut pendant longtemps introuvable, bien que réédité dans la collection Néo dans son atypique collection « Les oiseaux de nuit » qui publia entre autre « La papesse Jeanne » de Alfred Jarry, « Le legs de Caïn » de Léopold Von Sacher-Masoch, « Un jour ouvrable » de Jacques Sternberg…avec des couvertures toutes aussi « bizarres » les unes que les autres et réalisées par Didier Eberoni.

Pour en revenir à Jean Richepin et à ses « Mort bizarres » (éditions Maurice Dreyfous.1876) il est à noter que le volume contient en outre une nouvelle de science fiction où il sera question d’une curieuse machine : « La machine à métaphysique » il fut également coupable d’une autre recueil de nouvelles, « Théâtre chimérique » contenant une autre nouvelle tout aussi surprenante «Le monstre, séance académique pour le siècle trente et quelqiéme », nous décrivant un futur bien étrange… Vient ensuite « Le coin des fous » (Éditions Flammarion 1921) dont le sous-titre « Histoires horribles » ne laisse planer aucun doute quand à son contenu. Mais l’auteur nous y réserve bien des surprises avec quelques histoires relevant également de la conjecture (« L’autre sens», « Le dernier explosif »…)

Comme pour vouloir clore une carrière bien remplie dans le domaine de l’imaginaire, Jean Richepin va publier en 1911 un roman à la thématique assez intéressante « L’aile, roman des temps nouveaux » où il sera question d’avions à propulsion radioactive qui vont sillonner les airs en utilisant les courants telluriques dont notre globe est recouvert.

Une œuvre particulièrement riche en ce qui concerne notre domaine, un auteur qui mérite toute notre attention et l’on ne peut que saluer les éditions de « L’arbre vengeur » et du « Chat rouge » d’avoir eu le bon goût de rééditer « Les morts bizarres » et « Le coin des fous » deux recueil de nouvelles indispensables à toute bonne bibliothèque de l’étrange qui se respecte.

Bibliographie sélective

- « Les morts bizarres » éditions Maurice Dreyfous.1876.

- « Les morts bizarres » Nouvelles éditions Oswald « Les oiseaux de nuit » N° 3.1981.

- « Les morts bizarres » éditions de l’arbre vengeur.209. Recueils contenant les nouvelles :

« Constant Guignard, « La Uhlane, »Juin, Juillet, Août », » L’assassin nu », « Un empereur », « Une histoire de l’autre monde » « La paille humide des cachots », « Un lâche », « Le disséqué », « Le chef d’œuvre du crime », « Le chassepot du petit jésus », « Bonjour, Monsieur », « La machine à métaphysique », « Deshouliéres ».

- « Théâtre chimérique » Paris Bibliothèque Charpentier.1986 contient :

« L’arbre de noël », « Le bousier », « L’honnéte gendarme », « Faire sans dire », « Le scret de polichinelle », « Propriété littéraire », « Les portraits », « Les dieux chats » ,« Callipédie » ,« Le monstre » ,« le jour des morts », « Le bon fou », « Interview », « l’horreur du banal » « Chiennerie » ,« Liberté Libertas » ,« Le fainéant », « Les noces de Pierrot » ,« L’inutile » « Mille et quatre », « L’inconnue », « Fibo » ,« Le secret de la vie », « Les cartes » « Les mystères d’Isis » ,« La gloire du geste ».

- « Le coin des fous, histoires horribles » éditions Flammarion.1921 contient :

« Lilith » ,« Un legs », « L’horloge », « Le perroquet » ,« Le portrait », « L’ennemi » « Duel d’âme », « Le peintre d’yeux », « Le miroir », « Fezzan », « Les autres yeux », « Le regard », « Le coffre rouge », « En robe blanche », « Le cabri », « Booglotisme » ,« Le masque », « Les soeurs moche », « L’âme double », « L’autre sens », « La cité des gemmes », « L’homme peste », « Le nouvel explosif ».

- « Le coin des fous » Éditions le chat rouge, collection « Pourpre et or ».2011

- « L’aile, roman des temps nouveaux » Éditions Pierre Lafitte.1911

 

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« Les Aventures Du Nyctalope » De Jean de La Hire: Illustration N° 7

Deux organisations s’affrontent de par le monde, une œuvrant pour le bien et dirigée par Mathias Lumen et l’autre par opposition voulant semer le chaos afin de prendre le contrôle de l’humanité et dirigée par le sinistre Léonid Zattan, au nom prédestiné et chef suprême d’une ville secrète située en Asie. C’est une prédiction de Nostradamus, inventée de toute pièce pour l’occasion, qui révèle l’arrivée prochaine de l’antéchrist. Le fruit du mariage entre une « Vierge dorée » et le nouvel élu pourra seul contrecarrer le funeste événement. Une lutte sans merci va donc opposer Zattan au Nyctalope dans une aventure riche en rebondissements.

Dans cette aventure Léo Sinclair va faire la connaissance du Japonais Gnô Mitang dont le futur fils deviendra le chef d’une organisation chargée de la sécurité du monde.

- « L’antéchrist » par Jean de la Hire publié dans la revue « Le matin » en 1927 réédité en deux volumes sous les titres suivants :

- « La captive du démon » Tome 1 par Jean de la Hire éditions Fayard « Le livre populaire » N° 273.1931. Couverture illustrée couleur de Gino Starace.

- « La princesse rouge» Tome 2 par Jean de la Hire éditions Fayard « Le livre populaire » N° 274.1931. Couverture illustrée couleur de Gino Starace.

 

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« L’astre Rouge » de Roger Trubert

« L ‘astre rouge » de Roger Trubert Éditions de Montsouris, Collection « Pierrot » n° 25. Couverture illustrée et illustrations intérieures par Jacques Souriau

Jean Sartène, jeune et brillant reporter arrive en trombe à l’observatoire de Paris afin de rencontrer son Maître et mentor François Langevin, célèbre astronome et gloire nationale. Le but de sa visite, une interview afin d’obtenir des informations sur l’événement le plus sensationnel du moment; la découverte par le professeur d’un astre dont la trajectoire improbable semble le diriger tout droit vers notre planète. Les révélations se font avec parcimonie, il serait inutile dans l’immédiat de créer un mouvement de panique dans la population. Une chose semble en tout cas inéluctable, d’après Langevin, le bolide fait le cinquième de la terre et frôlera celle-ci très précisément le 24 mai à 12h 45. Le journaliste promet de garder le silence sur toute l’affaire à condition d’organiser une expédition permettant une observation située la plus près possible du contact: mourir pour mourir, autant conclure par le film le plus sensationnel de sa vie.

La localisation est établie, dans le Pacifique et non loin de Tahiti. Sartène, jamais en manque de solutions contacte son meilleur ami, Louis Perceval, un océanographe inventeur d’un sous-marin de poche révolutionnaire « la Puce de l’Océan ». Une fois l’équipage rassemblé. Débute alors l’expédition la plus suicidaire jamais réalisée.

En mer, les jours passent, monotones avec une température extérieure qui ne cesse de croître. Dans le ciel l’astre devient de plus en plus distinct et l’astronome peut ainsi y observer des montagnes, des mers et des continents. La chaleur se fait vite insupportable, la mer devient d’heure en heure plus mauvaise et sournoise. Au grand désespoir du journaliste, la « puce » est contrainte de rester dans des périodes d’immersion plus fréquente, au risque sinon d’endommager sa structure. Le 24, à trois heures du matin le submersible tente de faire surface mais à l’extérieur sur fond orange d’un ciel apocalyptique débute une valse infernale, en équilibre sur un océan en fureur. La question se pose alors: rester en plongée ou en surface? Filmer le choc et périr à coup sûr ou se « garer » afin de pouvoir filmer le départ de l’astre?

Face à la fureur des éléments la réponse est rapide. Hélas même le fond de l’océan demeure un piètre refuge, l’engin tourne comme une toupie, le choc est incroyable, l’équipage perd connaissance. A leurs réveils, ils éprouvent une sensation étrange: l’avant pointe vers le haut, le sous-marin est planté dans un banc de sable comme un vulgaire piquet. Par les hublots, stupéfaction. la mer est orange. Perceval tente une sortie en scaphandre, le bilan est rassurant, ils se sont échoués près d’une île, à seulement quelques mètres de fond.

L’homme débarque et tente le tout pour le tout, l’air y est respirable et la surface est recouverte d’une étrange flore faite de champignons et de fougères géantes où le rouge le rose et l’orange prédominent : seraient-ils par quelques curieux phénomènes sur l’astre ? L’équipage débarque à son tour, dans le but d’organiser une exploration bien en règle.

Le spectacle y est impressionnant avec cette débauche de fleurs inconnues et d’une faune tout aussi extraordinaire : limaces géantes avec piquants de hérissons et bouches garnies de dents, une autre ayant la forme d’une grenouille et d’un kangourou, recouvert d’une carapace translucide, celui-ci encore avec sa tête au milieu du ventre… Pour conclure, cerise sur le gâteau, les naufragés découvrent un gigantesque escalier « fabriqué » par une forme de vie intelligente, fait entièrement d’or pur. A son extrémité, une esplanade composée d’un étrange métal inaltérable et sonore avec au centre une sorte de « dôme champignon » entièrement recouvert de signes hiéroglyphiques. Le bolide vagabond abriterait-il une civilisation?

Les conjectures vont bon train, l’astronome impose heureusement son autorité scientifique. La chose dont il est certain, est que l’équipage se trouve toujours sur terre, échoué sur un fragment de l’astre qui est venu lors de son approche terrestre « se planter » au milieu de l’océan Pacifique. L’île a effectuée sont déplacement avec une portion de sa mer d’origine. Malheureusement en raison d’un phénomène chimique inconnu provenant de la salinité de l’eau, l’océan est en train « d’absorber » la portion de mer orange. Cette réaction s’applique également à la roche constituant l’île. Il faut donc faire vite, prendre un maximum d’échantillons, filmer le plus possible avant la disparition complète de leur refuge. Le sous-marin est remis à flot, chacun s’active à ses fonctions sauf un, victime de l’agression d’un mystérieux inconnu.

Celui-ci dérobe un fusil, arrache le drapeau fièrement planté sur cette « terra incognita ». S’agit-il d’un visiteur venu du ciel détestant nos intrépides explorateurs ? Un dédoublement de personnalité ou pire encore un espion monté à bord et à la solde du Kaiser ?

Rien de tout cela, simplement un autre naufragé, échoué également par miracle après la destruction de son bateau. Voyant avec avidité le profit qu’il pourrait tirer de tout cet or, son esprit a peu à peu sombré dans la folie des grandeurs. L’histoire va t-elle se terminer comme dans Duel dans le Pacifique ? L’auteur est amateur de morale et de justice, l’île amorce sa phase finale d’autodestruction, arrêtant net les fourbes projets de l’ignoble scélérats. Les « gentils » embarquent en catastrophe sur la « Puce de l’Océan », le fou préférant sombrer en compagnie de son gigantesque lingot.

Le retour vers l’Europe est très éprouvant, le pays n’a pas été détruit mais sérieusement ébranlé par le cataclysme, pas un seul bâtiment n’a été épargné, les victimes se comptent par millions. Avec les fragments d’or ramenés, Langevin reconstruit l’observatoire de Paris, Sartène devient célèbre grâce à ses kilomètres de pellicules, Perceval, lui, construit un gigantesque appareil capable d’explorer les fonds marins.

Peut-être arrivera-t-il un jour à percer les mystères de l’escalier d’or et de sa monumentale esplanade ?

Après le choc des mondes

Il existe en littérature de S. F. de nombreuses catastrophes naturelles ou non. Celle qui nous intéresse en regard du texte résumé ci-dessus concerne l’approche d’un bolide, dont la rencontre risque de provoquer la fin du monde. Cependant, dans cette même catégorie nous distinguons également deux autres sous-genres.

Le premier concerne les textes dans lesquels notre bonne vieille Terre est percutée de plein fouet, ou sera victime d’un passage très rapproché du bolide, sans parler des pluies de météorites et des énormes fragments détruisant des continents entiers. Les textes sont légions, inutile de s’y attarder, la liste serait trop longue.

La deuxième catégorie par contre est plus rare. Elle concerne également le passage d’une planète près de la Terre avec sa cohorte de cataclysmes mais perd en contrepartie un morceau de sa précieuse substance et cette fois, il ne s’agira pas d’un fragment de masse inerte, une roche stérile, mais un monde incroyable, fantastique, source de révélations inestimables pour un groupe de chercheurs avides d’aventures. Cette seconde catégorie demeure plus avare en œuvres majeures et peu d’exemples significatifs nous viennent immédiatement à l’esprit: « Un Mois sous les Mers » de Tancrède Vallery (Editions Nathan collection « Voyages et aventures, 1937), et le tout aussi passionnant « L’Ile Tombée du Ciel » de H. J. Magog (Ollendorff « Le roman d’aventure » N°2, 1923). Francis Carsac dans son passionnant roman « Les Robinsons du cosmos » (Hachette Gallimard « Le rayon fantastique N° 34) a quand à lui choisi de partir sur un postulat inverse puisque a la suite d’une collision interplanétaire, un petit morceau de la Terre (exactement un petit morceau de la France) se détache de notre globe et se colle sur une planète inconnue avec ses habitants, ses animaux, ses maisons, ses champs, ses arbres…

Le texte que nous livre Roger Trubert, même si l’écriture nous est agréable, n’apporte pas grand chose à notre domaine et ce ne sont pas les mystérieux hiéroglyphes découverts sur le dôme métallique qui vont faire vibrer notre fibre de passionnés. Il ne fallait attende guère plus d’un texte venant de la collection « Pierrot », destinée essentiellement à un jeune public. Dommage, l’auteur tenait un sujet vraiment intéressant et malgré une lente progression vers le mystère, il n’a pas joué le jeu à fond, en laissant malheureusement le lecteur sur sa fringale de découverte d’une civilisation extra-terrestre.

Pour l’heure, la « chasse » est ouverte, car même après avoir épluché les ouvrages de ma bibliothèque, impossible de répertorier pour l’instant, d’autres livres traitant du sujet.

Qu’on se le dise !

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