Un Brillant Hommage à Henri Jacques Proumen

Posté le 19 décembre 2011

 

Ce court texte fut publié par Maurice Renard en témoignage de toute l’affection et l’attachement que le père du « Merveilleux Scientifique » avait à l’égard de ce génial écrivain qui en l’espace de six ouvrages conjecturaux est parvenu à atteindre un statut d’écrivain très respecté. En citant principalement deux de ses œuvres, et non des moindres, Maurice Renard nous décrit un homme profondément attaché  aux valeurs humaines où ses « romans d’hypothèses » ne sont que les vecteurs d’une ardente approche philosophique de l’évolution de l’homme. Un auteur sans nul doute à (re)découvrir pour la force et l’originalité de son œuvre et dont il nous faut classer les volumes au coté d’un Rosny Ainé, d’un Maurice Renard, d’un Ernest  Perochon ou d’un Jacques Spitz.

Mais un autre de ses contemporains que je viens de citer, le génial Rosny Ainé ne disait-il pas lui aussi à son égard :

« La nature s’est montrée prodigue envers Henri Jacques Proumen. Elle lui a accordé l’intelligence du savant, la finesse du critique, l’art de l’enseignement, le talent littéraire et jusqu’à la beauté visible. C’est beaucoup pour un seul homme. Avant tout, il est romancier, romancier brillant et de grande envergure… »

 

Henri Jacques Proumen et le roman d’hypothèse.

A l’exemple de J.H. Rosny, à qui une certaine filiation l’apparente en la matière, Henri- Jacques Proumen écrit, de loin en loin, des récits basés sur l’hypothèse d’une nouveauté insolite dans l’ordre naturel ou scientifique. J’avoue que c’est en cela qu’il m’intéresse surtout.

Non pas que je l’estime moins apte à composer des romans comme « La Suprême flambée » et « L’homme neuf que des roman »s comme « Sur le chemin des dieux » et « Le Sceptre volé aux hommes », mais les ouvrages de cette dernière sorte ont pour moi un attrait qui manque aux autres, quels qu’en soient les auteurs, et j’en comprends mieux la raison d’être et les qualités. Ma préférence serait donc d’essence toute subjective, si je ne croyais, au surplus, qu’il suffit de savoir écrire pour donner le jour à un roman psychologique. Alors qu’il n’est pas à la portée de tout le monde de créer, dans le domaine de la fantaisie philosophique, une histoire qui se tienne. C’est là que se réfugieront l’invention et la composition, si elles finissaient par disparaître complètement du roman vulgaire, que leur absence est en train de tuer fort paisiblement sans qu’aucun éditeur ait eu besoin de lui tordre son cou faible et livide. Ceci dit, bien entendu, exceptées les exceptions.

Henri Jacques Proumen est un scientifique quant à la formation, c’est ici une garantie. Mais comprenez-moi bien, je ne veux pas dire seulement que son savoir donne au lecteur l’assurance d’être préservé contre toute élucubration incohérente. Je veux dire, en premier, que tout savant professe pour la science un tel respect, qu’il répugne à se jouer d’elle et que loin d’en introduire à l’excès dans une œuvre d’imagination, comme on serait en droit de le redouter, il use toujours, à cet endroit, d’une admirable retenue, et que c’est là un grand mérite, auquel les romanciers profanes n’atteignent pas toujours en ces productions qui doivent rester des romans, c’est-à-dire des œuvres de plaisance.

Physicien, mathématicien, Henri Jacques Proumen ne se pardonnerait ni de prendre trop de liberté avec la science, ni d’en doser trop abondamment son ouvrage. Il semble même que la science ne soit pas le point de départ de ses créations, la substance d’où il tire ses sujets, avec la joie technique de supposer caduque ou modifiée telle ou telle loi physique ou chimique, pour voir un peu «ce qui se passerait si…»

Non. Ce qui l’occupe d’une façon dominante, lorsqu’il construit ses romans d’hypothèse, ce n’est pas le jeu même de l’hypothèse; c’est l’étude de l’humanité. Il est, il demeure, presque exclusivement, un moraliste. Les postulats qu’il nous demande d’admettre dans « Le Sceptre volé aux hommes » et « Sur le chemin des Dieux » sont beaucoup moins des conjectures curieuses ( l’une en fonction de la biologie, l’autre relativement au psychisme ) que des suppositions intéressant l’état d’homme, la destinée de l’humanité, l’être humain social et sentimental. Ces deux romans ont été conçus dans un esprit purement philosophique, leur genèse est indépendante de toute étrangeté scientifique, la science n’est intervenue qu’après coup, pour conditionner l’affabulation, prêter aux idées une forme non seulement sensible mais frappante, donner à l’ensemble le mirifique aspect de possibilité, si troublant, qui n’est d’ailleurs le moindre charme du genre. Henri Jacques Proumen, moraliste décidé, n’utilise la science qu’à cet usage. Il en fait, sur le plan littéraire, la servante sublime de la philosophie. Il veut, plus que tout autre, façonner ses romans d’hypothèse en manière d’apologues, et cela pour situer l’âme humaine dans l’univers des âmes, ce qui ne va point sans agiter de grands problèmes sociaux.

Signe distinctif: aucune tendance à la raillerie. Pas l’ombre d’un sarcasme. Sincérité et simplicité, sans fard. Henri Jacques Proumen est un convaincu. Il possède la foi de sa pensée, avec une immense pitié, une immense tendresse pour ses semblables, et son œuvre est comme son visage: sérieuse et douce, franche et rêveuse, et qui ne sourit pas, sinon par urbanité et fugitivement, mais qu’une lumière perpétuelle éclaire mieux qu’un sourire.

Cette lumière pensive, répandue d’un bout à l’autre des deux épopées dont je parle ici, ne les empêche pas d’être soulevées au souffle d’un lyrisme ardent. Poète, en effet, Henri Jacques Proumen l’est dans toute la force du terme. Il l’est par le coeur et l’esprit, par le don de représenter avec force les scènes fabuleuses de son imagination rationnelle. Ainsi excelle-t-il avec un rare bonheur dans la peinture des foules. On ne peut, mieux qu’il n’y réussit, brasser les multitudes, en mouvoir les remous et les tourbillons, saisir les courants psychologiques qui en provoquent les poussées et les fluctuations. Sur ce point Henri Jacques Proumen n’a rien à envier à J.H. Rosny, pas plus qu’à Wells, auquel il ne ressemble guère, d’autre part, étant un Latin qui ne pratique pas l’humour.

Ces quelques notes sont hâtives. Je m’en excuse et je le déplore. Car j’ai pour Henri Jacques Proumen, pour son caractère et son oeuvre, une admiration qui m’est précieuse à moi-même, en tant que sentiment exceptionnel. Une appréciation aussi rapide, en ce qui le concerne, a quelque chose d’inconvenant; il mérité beaucoup mieux et bien davantage. Mais comment aurais-je laissé passer l’occasion de louer – si imparfaitement que ce fût – ce beau faiseur de mythes, le créateur des «Hyperanthropes» et l’inventeur de «l’Ondogène», le probe écrivain puissamment armé pour répandre dans les esprits le goût des explorations intellectuelles aux contrées limitrophes de la réalité?

 

 

Henri Jacques Proumen (1879 – 1962)

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Originaire de Dison Henri Jacques Proumen était écrivain doublé d’un scientifique. Son œuvre prolifique a couvert la plupart des aspects et des formes littéraires. Personnage fascinant, il a publié plus de quarante ouvrages et plus de six cent contes.

On retiendra surtout ses récits de science-fiction et de fantastique dans lesquels il s’est illustré dès 1925. Et on peut dire qu’il a été un des précurseurs du roman d’anticipation et, comme Rosny, de la préhistoire romancée.

 

Bibliographie sélective

- « Sur le chemin des dieux » La renaissance du livre.1928.(Thématique du savant fou ayant développé un moyen scientifique de suggestionner et dominer les hommes)

- « Le sceptre volé aux hommes » La renaissance du livre .1930. (Thématique du « Surhomme » les « Hyperanthropes » qui considèrent l’espèce humaine comme du vulgaire bétail juste bon pour les plus basses besognes, c’est l’histoire de leur ascension et de leur chute.

- « Ève proie des hommes ». Amitiés littéraires .1934.

- « Aubes cruelles, romans sur les temps préhistoriques ». Éditions Albert.1942

- « La brèche d’enfer » Éditions Dupuis.1946. (Thématique sur les dangers de l’arme suprême)

- « L’homme qui a été mangé et autres récits d’anticipations ». Office de publicité.1950. Contient :

L’homme qui a été mangé, L’homme qui cherchait un cerveau, Frédégonde aux bras d’acier,Le rajeunissement de Lord Brownfield,  Déshydratation, L’homme qui lisait dans les cœurs, La lumière reconquise, Les yeux de lynx, Frottement, quelle guigne !

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