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Les Introuvables : « En 1997 A L’hélicodrome De St Jacques »

Posté le 26 décembre 2011

 

Cette courte nouvelle « Aérienne » fut publiée dans l’almanach 1937 de « L’ouest éclair »  et fut rééditée dans le « Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne et de fantastique » N° 15 (Septembre/décembre 1995).

 

« En 1997, a l’hélicodrome de St Jacques »

 

- Quel jour sommes-nous, au juste, Mademoiselle.

- Vendredi 30 juin 1997, Monsieur, très exactement.

- Merci! On ne signalait aucun cyclone difficile à maîtriser, dans la région?

- Je ne pense pas, Monsieur.

- C’est inconcevable! je viens de faire repérer l’hélicobus de 15 h. 32; il avait encore un retard de deux dixièmes de seconde. Les services de rectification des dépressions atmosphériques font leurs compensations par-dessous la béquille, et par-dessous la jambe, comme on disait autrefois. Et si la Direction générale en était informée!… Mais quel est votre rôle, au fait, à la météo?

 - Je suis la nouvelle sténophoniste. Suzanne Mousse, pour vous servir.

- Suzanne? Tiens! C’est un drôle de nom! Ça vous a un petit charme désuet très «début de siècle»…

- «Moi je suis Jo Pomme, sous-chef au service visiométrique de navigation. Il me semblait aussi ne pas vous avoir encore vue à l’hélicodrome. Le travail y est agréable vous savez.

- Évidemment la navigation aérienne a fait d’étonnants progrès, surtout depuis cinquante ans. Quand j’étais petit, je me souviens que mon arrière grand-père me parlait de ce qu’ils appelaient encore les «aéroplanes», vers 1940, qui, avec leur hélice unique, à l’avant, devaient rouler pour décoller. Pourquoi riez-vous?

- Parce que vous me faites penser à un vieux journal que j’ai retrouvé chez moi, dans un placard…

- Un journal? Vous avez encore un spécimen de journal? Dire que nos grands-parents ont connu ce moyen archaïque pour être informés des nouvelles. II fallait s’astreindre à la lecture. -  – Vous me le montrerez, dites?

- Très volontiers. Vous y verrez, si vous avez la patience de lire les soucis des gens de cette époque, qui voulaient à tout prix grandir la piste d’envol…

- Et quelques armées plus tard on lotissait la moitié du terrain, démesurément grand pour les hélicoptères.

- Qu’est-ce que c’est que ce vacarme?

- C’est un cent tonnes qui part à destination de l’Argentine avec un chargement de houille. Heureusement que le prochain décret va les obliger à adopter un silencieux. Ces vieux zincs argentins sont d’une mécanique déplorable!

- Dites, Suz, vous avez une ligne qui me revient. Vous êtes libre?

- Tout à fait!

- Quel âge?

- Vingt-deux.

- Moi, vingt-cinq. Je gagne bien, j’aime mon métier.

- Moi, je suis une des premières femmes ayant réalisé un vol interplanétaire.

- Suz, que diriez-vous d’un mariage? Ça vole?…

- Ça marche, auraient dit nos aïeux

- C’est aujourd’hui vendredi, m’avez-vous dit. Voulez-vous télévisionner au bureau de l’état civil? Aussitôt les formalités, nous pourrions prendre l’hélico de midi trente, demain, et passer le week-end à Bénarès. J’y suis allé dimanche dernier; il faisait délicieux sur les bords du Gange!

- Nous serions de retour lundi matin, n’est-ce pas, chérie?

- Entendu. Et c’est précisément le lundi que le tribunal des divorces amiables instruit séance tenante les procédures… On ne sait jamais…

- Évidemment.

Jacques Page

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