Le Roman Scientifique Français: Une Source D’inspiration !

Posté le 27 décembre 2011

Tout le monde se souvient de la préface de Pierre Versins à la réédition du roman de Gustave Le Rouge « Le prisonnier de la planète Mars »  et « La guerre des vampires » paru chez Jérôme Martineau et intitulé » : « Qui à copié ? » Le célèbre encyclopédiste faisait le parallèle entre le célèbre texte de Le Rouge et celui d’un autre écrivain , peut-être un peu moins connu, en partie parce que son ouvrage ne fut jamais réédité : H.Gayar. En effet dans « Les aventures merveilleuses de Serge Myrandhal » publié en 1908 ( en deux volumes) on retrouve des similitudes de thématiques et d’idées avec le roman de Le Rouge également rédigé en deux parties et paru de la même manière en 1908.

Sans parler de plagiat, Versins met le doigt sur une de ces énigmes littéraires qui, loin de soulever la polémique ne font que renforcer l’éventuelle possibilité de croisements d’idées, reste à déterminer dans le cas présent le dénominateur commun, car il est avéré qu’un autre roman, de Jean de la Hire  cette fois et intitulé « La roue fulgurante » serait également à joindre à ce passionnant dossier.

Toutefois, Versins reste plus ferme et accusateur en ce qui concerne une autre similitude entre deux textes fort connu des amateurs : « La force mystérieuse » de J.H.Rosny Aîné et « Le ciel empoisonné » de Sir Arthur Conan Doyle. Les deux romans datent de 1913 en parution en pré originale en revue, « Je sais tout » pour le premier et « Le strand magazine » pour le second. Toutefois la légère antériorité du roman de Rosny Aîné, laisse planer un doute et l’on ne peut effectivement que se poser quelques questions en regard des fortes ressemblances qui existent entre les deux romans. L’auteur de « La guerre du feu » s’explique assez clairement dans l’avertissement que vous trouverez dans l’édition de 1914, paru aux éditions Plon Nourrit & Cie et dont il vous sera possible de lire le contenu à la suite de cet article.

Un autre affaire tout aussi étrange se produisit également pour un roman de Théo Varlet «  La grande panne » et qui fut signalée en son temps par un des tout premier spécialiste de la science fiction en France : Régis Messac. Habitué à la lecture des nombreux « Pulp’s » qui paraissaient aux États-Unis, il releva un texte dont le contenu lui rappelait fort l’ouvrage de Varlet. En grand connaisseur du genre, il fit vite le rapprochement et en informa l’intéressé qui dans la deuxième éditions du roman expliqua dans un « Avant propos » comment fut relevé cette sorte de plagiat.

Le roman scientifique qui fut pendant longtemps taxé pour son manque d’originalité et sa « faiblesse » par rapport à la production Américaine de l’époque semble pourtant, à partir de ses deux exemples les plus significatifs, faire l’objet de toutes les attentions de leurs homologues d’outre atlantique, par la hardiesse de leur thématique et l’originalité des idées avancées. Combien de textes similaires qui furent l’objet de quelques « emprunts » dorment encore bien cachés à l’abri des milliers de références, dans l’attente d’une exhumation possible. Sans vouloir faire preuve d’un « patriotisme » exacerbé en voulant proclamer haut et fort (mais vous connaissez tous mon engagement pour l’anticipation ancienne d’expression Française) que notre pays peut se targuer d’avoir la primeur de posséder une « proto-Sf » unique et originale et d’entrer dans un débat fort passionnant qui pourrait être l’objet à mon avis d’un future « conférence » lors d’un prochain festival de l’imaginaire, il me paraissait important et salvateur de signaler une fois encore ces quelques faits qui, loin de vouloir dénoncer une forme de plagiat  peu scrupuleuse ( et je pense que cela fonctionne pour notre domaine dans les deux sens) peuvent démonter à quel point nos auteurs furent en avance sur leur temps.

Tout un monde qui nous reste encore à découvrir et à faire partager avec peut- être le fol espoir de conquérir tout un public qui dans une méconnaissance totale du genre par manque d’un support historique et bibliographique (mais il semblerait que ce dernier soit en bonne voie) reste encore dans l’ignorance d’œuvres aussi fondamentale que celle de Rosny, Renard, Couvreur, Varlet, Spitz…..et bien d’autres encore qui sommeillent en rêvant.


 

Avertissement de l’auteur à la parution de « La force mystérieuse » en volume aux éditions Plon Nourrit &Cie en 1914.

Le 11 mars 1913, un ami américain m’adressait le billet suivant :

« Avez-vous cédé à un écrivain anglais, et des plus célèbres, le droit de refaire votre roman qui paraît actuellement dans Je sais tout; lui avez-vous donné le droit de prendre la thèse et les détails, comme le trouble des lignes du spectre, l’excitation des populations, les discussions sur une ano­malie possible de l’éther, l’empoisonnement de l’humanité …tout?

« Le célèbre écrivain anglais publie cela en ce moment sans vous nommer, sans aucune référence à Rosny aîné, en plaçant la scène en Angleterre. »

A la suite de cette lettre, je parcourus le numéro du Strand Magazine, où mon con­frère britannique, M. Conan Doyle, com­mençait la publication d’un roman intitulé : « The Poison Belt ». Effectivement, il y avait entre le thème de son récit et le thème du mien des coïncidences fâcheuses, entre autres le trouble de la lumière, les phases d’exalta­tion et de dépression des hommes, etc. ; — coïncidences qui apparaîtront clairement à tout lecteur des deux œuvres.

J’avoue que je ne pus, vu l’extrême parti­cularité de la thèse, refréner quelques soup­çons — d’autant plus que, en Angleterre, il arrive assez fréquemment que des écrivains achètent une idée, qu’ils exploitent ensuite à leur guise : quelqu’un avait pu proposer mon sujet à M. Conan Doyle.  Certes, une coïncidence est toujours possible et, pour mon compte je suis enclin à une large con­fiance. Ainsi, j’ai toujours été persuadé que Wells n’avait pas lu mes « Xipéhuz », ni ma « Légende sceptique », mon « Cataclysme », qui parurent bien avant ses beaux récits. C’est qu’il y a dans Wells je ne sais quel sceau personnel, qui manque à M. Conan Doyle. N’importe, mon but n’est pas de réclamer. Je tiens pour pos­sible une rencontre d’idées entre M. Conan Doyle et moi, mais comme je sais, par une expérience déjà longue, qu’on est souvent accusé de suivre ceux qui vous suivent, j’es­time utile de prendre date et de faire remar­quer que « Je sais tout » avait déjà fait paraître les deux premières parties de la Force mysté­rieuse quand « The Poison Belt » commença à p ai ire dans le « Strand Magazine ».

 J.H.Rosny aîné

 

Avertissement de l’auteur à la réédition de « La grande panne » paru à « L’amitié par le livre » en 1936

Ce présent roman, la Grande Panne, a paru pour la première fois aux Éditions des Portiques, en octobre 1930.

Or, en octobre 1931, donc un an après, parut dans un magazine américain, Wonder Stories (Histoires mer- veilleuses), urne nouvelle signée Rowley Hilliard : « Death from the Stars » (la mort venus des étoiles J, dont Vidée initiale ressemble singulièrement à celle de La Grande Panne. (Deux savants, Julius Humboldt et George Dix on, découvrent une poussière mystérieuse dans un météore. Cette poussière mystérieuse est urne forme de vie élémentaire. Elle se développe aux dépens de la vie terrestre. Les végétaux sont brûlés, leurs feuilles deviennent noirâtres. Les humains sentent d’a­bord des démangeaisons, puis des brûlures. Dixon meurt dans des souffrances atroces. Humboldt comprend le danger ; mais il est lui-même atteint, tellement atteint qu’il peut à peine remuer. Il trouve cependant la force d’arroser de pétrole le cadavre de Dixon, son lit, le cottage et le jardin, et toute la zone contaminée ; puis il s’enferme à double tour et met le feu. On attribue son suicide à la folie.

Cette nouvelle eut beaucoup de succès. Les lecteurs réclamèrent une suite. M. Hilliard leur donna satisfac­tion, et la deuxième parut quelques mois plus tard dans- le même magasine.

Au reste, s’ils sont bien évidemment inspirés de mon roman, ces deux récits sont d’une rudesse toute yankee, et tous deux tournent au macabre.

Dans l’état actuel de la législation américaine, je n’aurais pas grand’chance d’obtenir une compensation pécuniaire pour cet acte de « piraterie ». Mais, tout comme le maître J. II. Rosny aîné Va fait pour son roman la Force Mystérieuse, j’ai cru devoir établir ici ma priorité par ce rappel des faits, en tête de cette nou­velle édition de la Grande Panne.

Et je remercie mon bon confrère ès-anticipations Régis Messac, romancier, traducteur et historien de la littérature d’imagination scientifique, qui a eu l’amabi­lité de me signaler ce plagiat.

P. S. — Un roman intitulé Les Naufragés d’Eros et formant « suite » à La Grande Panne paraîtra pro­chainement chez un éditeur qui reste encore à trouver *

Thé Varlet

 

* Roman qui paraîtra en 1943 chez « L’amitié par le livre » sur le titre « Aurore Lescure pilote d’astronef »

 

 

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