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Archive pour décembre 2011

Deux Ans Déjà…….

( En vrac )

Chers amis et fidèles lecteurs, c’est avec une certaine joie et une grande émotion que « Sur l’autre face du monde » fête aujourd’hui ses deux années d’existence. Lorsque j’ai créé ce blog, c’était en quelque sorte pour combler un vide qui dans le domaine de l’anticipation ancienne n’avait pas d’existence réelle sur la toile, si ce n’est quelques articles épars sur certains sites, et il me paraissait donc nécessaire de vous parler de cette passion qui m’anime depuis plusieurs années et qui pourtant semble intéresser un lectorat de plus en plus nombreux. Je ne suis pas un grand spécialiste de statistiques et j’ai donc une grande difficulté à vous donner des chiffres exacts quand à son taux de fréquentation et la nature des articles les plus consultés, mais je sais qu’il existe de fidèles lecteurs qui  témoignent régulièrement leur attachement et leur soutient à cette modeste entreprise.

 Lors de mon passage à Sèvres , j’ai été très surpris et heureux de rencontrer des gens qui me lisent régulièrement et qui m’ont apporté des témoignage de sympathie avec des paroles chaleureuses et sincères.

J’espère ainsi pouvoir continuer pendant longtemps ce travail de réhabilitation d’un genre encore connu que par certains spécialistes (et quels spécialistes !) et donner envie à ceux qui en ignorent encore tout le potentiel extraordinaire, de découvrir cette littérature qui fut à une époque une genre novateur et passionnant par la richesse de ses thématiques.

Un grand merci à vous toutes et tous pour votre fidélité et vos encouragements. Une pensée particulière pour Guy Costes dont la gentillesse et la pertinence de ses interventions et de ses modifications,sont  les preuves d’une grande érudition, qualités qui ne sont plus à prouver. A Joseph Altairac qui je sais a un regard attentif sur ce blog, et que j’e souhaite un jour enfin rencontrer. A Éric Poindron, grand boulimique de lectures fantastiques qui me témoigne depuis le début tout son attachement et son enthousiasme.Un grand merci à Philippe et Jean-Yves, infatigables amis lecteurs et défricheurs de l’imaginaire. Toute ma sympathie également pour Jean-Luc Rivera, qui suit également avec intérêt mon modeste travail et grâce à qui j’ai eu l’opportunité de rencontrer à Sèvres d’extraordinaires Savanturiers, un club de passionnés qui est en quelque sorte une extension du contenu de ce blog. Je voudrais également témoigner toute mon affection pour Brice Tarvel et Robert Darvel de fidèles amis et écrivains émérites qui depuis le début, soutiennent mes publications et encouragent la pérennité de ce lieu.

Il y a aussi tous les Savanturiers qu’il me serait impossible de tous citer, mais sachez que vos petits mots d’encouragements sont autant de raisons qui me poussent à continuer l’aventure et à m’impliquer d’avantage dans cette exploration des territoires de l’imaginaire ancien et des autres.

Au plaisir donc de vous retrouver pour une nouvelle année et pour ceux ou celles que ça intéresse, venez nous rejoindre sur le groupe Facebook des Savanturiers. Vous y rencontrerez des gens charmants, un peu loufoques mais passionnants, l’occasion de discuter et d’échanger en direct des informations avec des auteurs, éditeurs, illustrateurs et passionnés de cette littérature si chère à notre cœur et qui ne peut exister sans votre engagement, votre passion et votre générosité à vouloir partager et échanger. Car c’est un domaine où la convivialité est de mise et dans ce domaine vous êtes tous des gens formidables, et je suis  immensément fier de vous avoir connu et rencontré.

Merci à toutes et à tous et à très bientôt.

Deux Ans Déjà....... dans En vrac gateaue



« L’île Mystérieuse » de Guy Vander,Ou l’Art du Plagiat!

En piochant au hasard dans cette immense vivier des petits formats, je prends un petit fascicule dont la couverture attire mon regard. On dirait presque une scène tirée du roman de Lanos et Perrin « Un monde sur le monde » alors, les mains fébriles et l’esprit déjà en effervescence  je me plonge avec délectation dans les mystères de cette île mystérieuse. Passé le premier paragraphe, il me vient comme une impression de déjà vu, et pour cause. Je vous laisse (re) découvrir le résumé :

 

Lors d’une traversée de l’océan indien, le « Fulton » vieux bateau à vapeur se trouve dans une terrible tempête. Chose curieuse, le navire semble aspiré vers une île, plus précisément vers un gouffre immense ou le vent pénètre avec un bruit apocalyptique. Pensant sa dernière heure venue, le héros constate avec stupéfaction que ce trou béant, n’est autre qu’une immense porte. Un fois franchie, le navire se retrouve dans un calme absolu.

Seul survivant avec le capitaine, notre homme va sans nul doute connaître l’aventure la plus incroyable de sa vie.

Cette île n’est autre qu’une sorte de république de savants qui, retirés là par dégoût d’une humanité trop ingrate, y vivent grâces aux moyens naturels apportés par l’environnement et le génie de ses habitants.

Tout y est domestiqué : les marées dont la force exercée sur d’immenses plaques métalliques actionnent d’innombrables machines à tisser.

Le vent qui,une fois emprisonné est mis sous pression,transformé en air comprimé et distribué dans chaque habitation .Ce système permettant l’alimentation des appareils domestiques.

Le volcan qui avec sa quantité énorme de lave en fusion, constituera la base d’une immense chaudière.

L’énergie provenant de l’atmosphère, avec ses récupérateurs de foudre, une énergie prodigieuse et illimitée. Le palmarès des inventions revenant au final à cet appareil capable de capter les « vibrations calorifiques de l’air » .Celui-ci, placé dans une assemblée de philosophe en grande discussion, permet l’alimentation de centaines de couveuses.

Dans cette véritable « république parfaite », pas de classe dominante : Savants et travailleurs manuels, même statut. La ville est construite selon un schéma identique, et le confort qui règne dans chaque habitation est de rigueur.

L’agriculture y est développée avec une attention toute particulière et la chaleur dégagée par l’activité volcanique de l’île permet d’alimenter de gigantesques serres où  fruits et légumes y sont cultivés et le soleil nécessaire à leur développement est « fabriqué » artificiellement par une immense lentille qui capte la lumière de l’extérieur pour la restituer par la suite grâce à un habile système d’horlogerie activant la rotation de ce prisme gigantesque

Les rues, très espacées et peu encombrées servent au passage d’une multitude de véhicules électriques.

En somme un concentré de technologie au service d’une communauté heureuse et pacifiste.

Hélas, cette société idyllique sera comme il se doit, détruite par mère nature qui voulant reprendre ses droits, anéantira toute cette perfection lors d’une formidable éruption volcanique.

Le seul survivant de cette incroyable aventure sera une fois de plus le rescapé du naufrage devenant ainsi le narrateur de cette extraordinaire aventure.

 

Les aficionados  ont probablement reconnu le résumé du roman d’Octave Béliard paru dans « Lecture pour tous » N° 12 de Septembre 1911 : « Les merveilles de l’île mystérieuse »

Mais ce qu’il y a de plus troublant dans l’histoire, c’est qu’il ne s’agit pas pour la circonstance d’un vulgaire plagiat mais d’une reprise pure et simple du texte intégral.  Seule différence le premier paragraphe où l’auteur brode un peu sur les circonstances de la traversée du « Fulton » et d’un petit descriptif de la vie à bord. La réplique exacte commence au chapitre de Béliard intitulé « Singuliers effets d’un cyclone » et sera recopié dans son intégralité jusqu’à la fin de l’histoire. L’auteur ne s’est également pas foulé concernant le titre car il supprime la première partie pour n’en laisser que la seconde. La seule différence vient aussi de l’absence de chapitre dans la « version » de Guy Vander. Alors que conclure ?

J’ai effectué quelques petites recherches, pensant naïvement que Vander pouvait être un pseudonyme. Il est, certes mais pas de Béliard mais d’un écrivain du nom de Léon Chevignaud (1861-1930) qui écrivit sous différents noms d’emprunts des romans populaires dans différentes collection dont cette fameuse « Les grandes aventures ».

En consultant le passionnant site « À propos de littérature populaire » j’ai retrouvé quelques références que je vous invite à aller consulter. Il y est mentionné que l’auteur était passé maître dans ce genre d’exercice puisqu’il « pirata » également un autre texte de la revue « Lecture pour tous », un texte de Nicol Leyra « Le fakir »  paru dans son N° 1 (Décembre 1899) et qu’il se réappropria dans la fameuse collection qui nous concerne sous le titre « Le secret du fakir »
Il fut une époque où les publications en revue était si nombreuses , qu’il était souvent difficile de repérer ainsi les fraudeurs qui, pour des raisons économique et de rythme de production, n’hésitaient pas à piller l’inspiration de leurs illustres collègues. Combien de textes plagiés ou carrément recopiés au mot près, dorment ainsi dans l’anonymat des publications populaires.

« L’île mystérieuse »  de Guy Vander. Éditions Modernes collection « Les grandes aventures » N°70 (sd)

 

 

Il y a Lanos et Béliard !

 

Et puis il y a les autres…..

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« Un Voyage En Rêve » de A.Lorbert

 

« Un voyage en rêve » de A.Lorbert. Les livres pour la jeunesse N°703. Illustrations de Casimacker.1938

 

Une des constantes des romans d’anticipation de cette petite collection pour la jeunesse semble être la thématique du savant puisque dans ce nouveau titre, l’oncle Bernard inventeur de génie fait construire pour Aline et Guy « un gigantesque canon en tous points semblable à la « Columbiad » du président Barbicane ».

A bord tout le confort est prévu et nos trois intrépides aventuriers s’embarquent pour un formidable voyage.

Arrivés sur Mars et équipés de solides chaussures à crampons sous leurs pieds (le sol martien est assez accidenté), commence la visite de ce nouveau territoire. Petit exploration du paysage Martien et …confirmation, la planète renferme la vie puisqu’ils vont découvrir une végétation luxuriante et une sorte d’oasis délimitée par une falaise renfermant d’innombrables alvéoles. Des guêpes géantes, des termites voraces ? Pas pour cette fois, car il s’agit de petits êtres,ne possédant qu’un seul œil au milieu de la figure et une petite trompe qui pendouille mollement  à la place du nez. Ils sont très courtois, communiquent par des sons relativement stridents et se nourrissent exclusivement de fleurs. Mais l’atmosphère Martienne ne semble pas convenir à nos jeunes aventuriers et bien vite ils se rendent compte qu’un petit appendice commence également à leur pousser au milieu du visage. La métamorphose commence à s’effectuer et bientôt ils deviendront à part entière, des citoyens de la planète rouge.

Fort heureusement, ce n’était qu’un rêve et à leur réveil ils sont tout joyeux de retrouver l’oncle Bernard et tout en racontant cet horrible cauchemar, dévorent à pleines dents le succulent repas, bien meilleur que les fleurs Martiennes qui leur étaient destinées.

Un petit texte amusant mais incohérent dont les hypothèses farfelues n’étaient pas pour rendre plus « savant » nos petites têtes blondes d’antan….

L’auteur fut déjà cité par notre ami Philippe sur le blog d’ArchéoSF

La faune et la flore Martienne: De quoi  perturber les jeunes et innocentes cervelles!

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« La Littérature Fantastique & Terrible » De Gaston Deschamps

 » Le chien des Baskerville » Une scène de Conan Doyle, un des chefs-d’œuvre du genre fantastique moderne: L’apparition du chien effrayant dont vla vision terrorise une famille depuis des siècles.

Avec cet article provenant de la revue « Je sais tout » N°8 Septembre 1905, Gaston Deschamps nous livre ici ses impressions sur un genre qui peine encore en France à trouver ses marques et une dénomination bien précise. L’auteur n’est pas un spécialiste du genre, bien que scientifique de formation puisqu’il  exerce le métier d’archéologue, et il va donc nous donner ici un petit aperçu de ses lectures « terribles » dont la dénomination de « Fantastique » sera utilisée faute d’une autre terminologie adéquate. Classification un peu expéditive mais en regard du contenu assez justifiée pour l’époque puisque effectivement elle génère l’épouvante. Car il nous parle bien ici d’une littérature qui suscite la peur et l’effroi et il ne considère pas ces « dérives » littéraires comme le produit d’une science voulant coûte que coûte repousser les limites du possible mais comme des visions cauchemardesques provenant d’un esprit imaginatif. Il conserve une vision paradoxalement assez cartésienne de cette littérature, le prétexte n’est pas scientifique mais purement fantasque puisqu’elle fait partie intégrante de notre héritage collectif, nourri par les légendes et notre appréhension viscérale pour l’inconnu. Une vision qui peut parfaitement s’appliquer pour « Le chien des Baskerville » ou « Au fond de la mer » mais il en  est  tout autrement pour des textes comme « L’île du Dr Moreau », « L’homme invisible » et dans une certaine mesure « La guerre des mondes » et « Les premiers hommes dans la lune ». L’auteur va d’ailleurs échafauder de bien timides hypothèses sur le devenir de la conquête spatiale et du voyage dans les autres planètes.

IL est également curieux que le choix de l’auteur se soit porté uniquement sur des auteurs Anglais, mais il faut reconnaître que Wells avait une forte et solide réputation et que la qualité de ses textes ne fait aucun doute et qui plus est, l’ensemble de ces textes essentiels étaient déjà disponibles chez divers éditeurs, ce qui n’était pas le cas pour Conan Doyle dont l’œuvre « fantastique » fut écrite bien après cette période. Les textes Français existant à cette période n’étaient pas encore (re) reconnu pour bénéficier ainsi d’une certaine forme de reconnaissance, mis à part peut-être la production de Rosny Aîné et bien évidement de Jules Verne qui sera également cité ici de façon fort timide.

 Il est enfin à noter que les magnifiques compositions de Henri Lanos ne font que renforcer tout l’intérêt des amateurs du genre pour cette « Littérature fantastique et terrible »

 

 

La littérature Fantastique et Terrible

De tous temps, des écrivains ont cherché à communiquer dans leurs oeuvres le frisson de la terreur et du mystère. Mais cette tendance a pris, ces dernières années, dans les pays anglo-saxons, sous la double influence du grand écrivain Edgar Poe et du grand vulgarisateur français Jules Verne, une extension considérable. L’éminent critique Gaston Deschamps a bien voulu exposer ici un pittoresque aperçu des œuvres et des idées les plus étranges et les plus typiques qu’a suscités cette orientation nouvelle de la littérature.

 

Lorsqu’on voyage dans l’île de Java, et qu’après avoir mangé des huîtres cuites au vin blanc et des confi­tures de gingembre, à l’ombre des muscadiers, des kolas et des ca­caos dans les merveilleux jardins de Buitenzorg, on va voir les idoles des temples bouddhiques, on est surpris par le caractère véritablement effrayant que prend, dans cet étrange pays, la manifestation plastique de l’idée reli­gieuse. Les dieux ventrus de ce panthéon difforme sont, presque tous, des croque- mitaines ou des pères fouettards. Ce sont d’affreux bonshommes, coiffés de mitres en forme de pagodes, et pourvus, presque tous, d’une quadruple tête aux yeux exorbités. Ils ont des langues de feu dont le dard fourchu a l’air de menacer et de narguer les multitudes effarées. Leurs abdomens sont proéminents et agressifs, leurs mâchoires sont grimaçantes ; leurs dents sont extraordinairement canines. C’est India et son gourdin écarlate, Broena et ses ongles griffus, et toutes sortes d’idoles effrayantes qu’inventa le bizarre génie des Hindous, en quête d’épouvante et en frénésie de laideur.

L’humanité, même en dehors des pays jaunes, éprouve, apparemment, le besoin d’être terri­fiée.

C’est pourquoi, il y a toute une littérature destinée à nous procurer des sensations horrifiques. Cette littérature s’est particulièrement enrichie, dans ces dernières années, par l’importante contribution qu’y ont apportée les romanciers anglais.

 

En plein mystère et en plein effroi. Le type du policier Sherlock Holmes.

Le docteur Conan Doyle, par exemple, est un maître inventeur en fait de terreur. On ne saurait lire dix pages du roman intitulé « Le Chien des Baskerville », sans frissonner d’inquié­tude. Ah! le terrible chien, que ce chien-fan­tôme !

La famille Baskerville est une des plus riches et des plus considérées du Devonshire. La mort tragique de sir Charles Baskerville a causé récemment, dans ce comté, une émotion profonde. Sir Charles était un esprit supérieur, très pénétrant, à la fois spéculatif et pratique. La courtoisie de ses manières, la chevale­resque générosité de son cœur lui avaient concilié l’affection et le respect de tous. Au moment où il mourut, il était désigné comme le candidat probable du parti libéral aux pro­chaines élections de Mid-Devon.

Sir Charles Baskerville, lorsqu’il habitait sa résidence champêtre de Baskerville Hall, avait coutume de se promener, chaque soir, dans la fameuse allée des Ifs, qui est une des principales attractions de cette maison sei­gneuriale. Un soir de printemps (c’était exac­tement le 4 mai) sir Charles partit pour sa promenade habituelle. Il fumait un cigare que son valet de chambre, un nommé Barrymore, a vu longtemps luire dans le clair obscur de l’allée des Ifs. Il avait manifesté le dessein de partir, le lendemain, pour Londres, et même, il avait recommandé à Barrymore de bien pré­parer ses bagages.

On ne le vit pas revenir. A minuit, Barry­more, ayant constaté que la porte du château était encore ouverte, alluma une lanterne et se mit à la recherche de son maître. Le sol de l’allée des Ifs avait été détrempé, dans la journée, par des averses. La trace des pas de sir Charles était imprimée dans la terre mouillée. On suivit ces empreintes jusqu’à une barrière qui, vers le milieu de la bordure des ifs, s’ouvre sur la lande. Une série d’em­preintes plus profondes démontrait que sir Charles Baskerville avait stationné quelque temps en cet endroit. Il avait dû reprendre sa marche, car on ne retrouva son cadavre que beaucoup plus loin…

 

Tels sont les faits extraordinaires que le docteur James Mortimer, médecin dans le Devonshire, vient raconter au célèbre Sher­lock Holmes, qui est le héros favori du roman­cier Conan Doyle, et qui excelle, par simple plaisir d’amateur, dans les investigations de police.

Sherlock Holmes a une manière de procé­der qui n’appartient qu’a lui, et qui aboutit presque toujours à des résultats merveilleux. Et il n’aime que les enquêtes qui ont quelque chose de bizarre et de fantastique. Il travaille par amour de l’art et non point pour gagner de l’argent.

Sherlock Holmes prêta une oreille attentive au témoignage du docteur Mortimer, qui résuma sa déposition en ces termes effrayants :

« Sir Charles était étendu, la face contre terre, les bras en croix, les doigts crispés dans le sol et les traits convulsés sous l’em­pire d’une violente émotion, que j’aurais à peine osé certifier son identité. Le corps ne portait aucune blessure… Mais la déposition de Barrymore est incomplète. Il a dit qu’au­près du cadavre il n’existait nulle trace de pas… Il n’en avait pas vu… Elles ne m’ont pas échappé, à moi… nettes et fraîches… à quelque distance du lieu de la scène!…

- Des empreintes de pas?

- Oui, des empreintes de pas.

- D’homme ou de femme?

- Monsieur Holmes, j’ai reconnu l’em­preinte d’une patte de chien gigantesque!

C’est sur cette donnée effarante, que Sher­lock Holmes s’engage, avec son flegme habi­tuel, dans la plus dramatique des enquêtes. Il apprend, d’abord, que les paysans du Devon­shire se racontent, entre eux, le soir, à la veillée, une histoire à faire dresser les che­veux sur, la tête des personnes chauves.

Sachez qu’au temps de la grande Révolution d’Angleterre, le sire Hugo de Baskerville était un des plus terribles gentilshommes de la Grande-Bretagne. Franc païen, il faisait de sa vie deux parts, dont il passait l’une à ne rien faire, l’autre à mal faire. En son manoir de Baskerville, sinistrement éclairé par l’illumi­nation des orgies nocturnes, et toujours retentissant de cris et de blasphèmes, il buvait des boissons défendues, il chantait des chan­sons sacrilèges, en compagnie de deux ou trois seigneurs, dignes de mener avec lui cette vie infernale.

Or, par une sombre nuit, Hugo de Basker­ville, dans la plus haute chambre de son don­jon, se réjouissait d’une façon diabolique, avec les compagnons habituels de ses exé­crables divertissements. Ayant accompli, ce jour-là, la plus mauvaise action de sa vie, il était très content de lui-même. Il avait enlevé, dans une ferme voisine, la fille d’un honnête cultivateur, et il avait enfermé sa prisonnière dans une tourelle verrouillée et cadenassée, où la pauvre captive pleurait, sanglotait, fris­sonnait, en entendant les horribles échos de l’orgie voisine. Lorsque le sire de Baskerville, ayant suffisamment bu, mangé, vociféré avec ses affreux camarades, remonta dans la tou­relle, il poussa une épouvantable imprécation. La prisonnière était partie. Elle s’était sauvée par une étroite fenêtre; et s’accrochant tant bien que mal aux lierres qui tapissaient le château maudit, elle avait pu descendre jus­qu’à terre, et s’enfuir à travers la lande. Alors une idée véritablement satanique s’offrit à l’imagination de Baskerville et des ivrognes qui l’accompagnaient. « Par tous les monstres de l’enfer! s’écria-t-il, je jure de rattraper ma proie… Sinon, je fais le serment de me donner au diable, corps et âme… » Et l’on vit une chasse fantastique, vertigineuse, démo­niaque, se déchaîner, sous la clarté morne de la lune, à travers les campagnes hallucinées. Les chevaux galopaient, les chiens aboyaient, les chasseurs faisaient entendre les plus épou­vantables clameurs. Hugo, sur un cheval forcené, courait avec frénésie. Ses compagnons l’ayant perdu de vue, interrogèrent un berger qui errait sur la lande, et qui, enveloppé par la clarté lunaire, ressemblait à un revenant…

- Ah! répondit ce berger, j’ai vu l’infortunée jeune fille, poursuivie par la meute du sire Hugo. Mais j’ai vu aussi un grand chien noir galoper en silence derrière le sire de Baskerville; et je prie le ciel de ne jamais voir sur mes talons, un mâtin de cette taille, et endenté aussi terriblement !…

Les cavaliers, en écoutant ce récit, senti­rent que leur sang se figeait dans leurs veines! Et quelle ne fut pas leur angoisse, lorsque, plus loin, ayant mis pied à terre, ils virent, au fond d’un ravin, la jeune fugitive, morte de peur, et à côté d’elle, le sire de Basker­ville, terrassé par un énorme chien noir, qui le tenait à la gorge. Ce chien, au moment où les cavaliers s’arrêtèrent, glacés d’horreur, tourna vers eux une gueule si rouge et des yeux si ardents, que l’un d’eux mourut sur la place, et que les autres restèrent fous jusqu’à la fin de leurs jours.

On conçoit, dès lors, l’émotion avec laquelle le bon docteur Mortimer raconta à Sherlock Holmes, l’observation qu’il a faite d’une trace de « chien gigantesque », à l’endroit où l’on trouva le cadavre convulsé de sir Charles…

 

L’art, on pourrait presque dire le procédé, du romancier Conan Doyle, consiste à ramener aux proportions d’un fait divers, aisément intelligible, les données horrifiques, qui sont les prémisses de ses récits. On trem­ble, on frémit, on s’effare. Et puis, on finit par comprendre, ce qui est la meilleure manière de se rassurer.

L’enquête de Sherlock Holmes aboutit à des résultats positifs. La légende du « chien des Baskerville » s’explique, comme toutes les légendes, par la faculté d’agrandissement et de transfiguration qui caractérise l’imagination populaire. Quant au chien effrayant qui, plu­sieurs siècles après la fin tragique du sire Hugo, fut cause de la mort imprévue de sir Charles, il existait effectivement. On l’enten­dait, fort distinctement, hurler tous les soirs sur la lande. Les paysans affirmaient qu’il lançait du feu par la gueule et par les yeux. Cet animal était un grand chien, enduit d’une préparation phosphorescente par un certain Stapleton, naturaliste très savant et non moins méchant, dont le château était situé tout près du château des Baskerville. A la vue de ce chien phosphorescent, sir Charles, qui était atteint d’une affection cardiaque, était mort, tout simplement de la rupture d’un anévrisme.

 

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 » Une création littéraire fantastique: Les bras d’un Martien » : Les Martiens sont munis d’énormes tentacules extensibles qui peuvent pénétrer par une porte simplement entrebâillée et fouiller les coins les plus reculés avec leurs colossales mains.

 

Le créateur le plus fécond du fantas­tique et de l’invraisemblable : Wells

L’art de H.-G. Wells, romancier, prophète et réformateur, l’auteur de « La Guerre des Mondes » et de « L’Ile du docteur Moreau », s’exerce moins dans le domaine de l’horrifique et de l’effrayant, que dans les régions illimitées du surnaturel, du fantastique, du possible et de l’impossible.  « La Guerre des Monde »s est l’invraisemblable tableau d’une lutte cosmique, qui met aux prises les habi­tants de la planète Mars et les habitants de la terre. L’imagination du conteur s’est donné carrière, vertigineusement, dans l’évocation de ces Martiens qui descendent chez nous, par une belle nuit d’été, dans un cylindre, comme firent autrefois les Grecs chez les Troyens, dans un cheval de bois. La figure d’un Martien est telle qu’on ne saurait en affronter l’aspect sans être pétrifié de stupé­faction. Représentez-vous une sorte de masse ronde, avec deux grands yeux sombres, qui regardent fixement. Les Martiens n’ont pas de nez. Leur bouche a la forme d’un V. Ils n’ont point de lèvres, et leur bouche hideuse laisse échapper sans cesse une sorte de salive. D’ailleurs, ni front, ni menton. Et, à la place des organes de préhension que nous appelons des bras, un simple jeu de tentacules, pareils aux visqueuses et redoutables nodosités des pieuvres. Sur quels documents plastiques ou graphiques se fonde Wells, pour nous donner ce portrait abracadabrant d’un habitant de la planète Mars, c’est ce que nous ne saurons jamais, attendu que l’auteur de la Guerre des Mondes ne fortifie, évidemment, par aucune preuve l’audace de ses allégations. Mais tel est le mouvement du récit, tel en est l’enchaî­nement logique, que malgré l’étrangeté de ces données initiales, on s’habitue, peu à peu, aux surprenantes péripéties de la Guerre des Mondes. Les Martiens, dans leur lutte contre les Terriens, disposent d’une artillerie d’au­tant plus redoutable, qu’elle est à peu près invisible, ils projettent sur leurs ennemis, au moyen d’un miroir parabolique, une chaleur intense. Au contact du rayon des Martiens, tout ce qui est combustible s’enflamme, le plomb coule comme de l’eau, le fer s’amollit, le verre craque et fond, l’eau se change immé­diatement en vapeur.

On voit, par cet exemple, comment l’auteur de « La Guerre des Mondes », de  « La Machines à explorer le temps », des « Premiers hommes dans la Lune », de « l’Ile du docteur Moreau » et de « Place aux Géants » ! sait adapter aux inventions de sa fertile fantaisie les infinies possibilités de la science moderne. Un jour viendra, peut-être, où les fusils perfectionnés et les canons mo­dèles dont les hommes se servent pour s’entretuer paraîtront aussi surannés que les arcs et les flèches des Iroquois et des Topinambous, en comparaison des engins que découvrira, dans l’avenir, l’infernal génie de la destruction mutuelle. Peut-être, alors, disposera-t-on d’une puissance de liquéfaction, de torréfaction ou de pulvérisation qui feront considérer les atroces carnages de la guerre moderne comme de simples jeux d’enfants. Les armées belligérantes seront alors « fou­droyées » sans métaphore, et littéralement « réduites en poudre ».

D’autre part, Wells aime à reposer sa pensée sur des perspectives plus pacifiantes. S’il prévoit des rapports hostiles entre la Terre et la planète Mars, il prophétise aussi des relations amicales entre les Terriens et les habitants de la Lune. Dans quelques siècles, s’il faut en croire notre prophète, une ascen­sion dans la Lune sera une excursion recom­mandée par les agences Cook des temps nou­veaux. Wells, en sa jeunesse laborieuse et obscure, a été professeur de sciences dans une de ces « cramming shops » de Londres, qui sont, en outre-Manche, à peu près l’équivalent de nos « boîtes à bachot ». A force d’entasser des notions scientifiques dans les crânes, souvent rétifs, des candidats confiés à ses soins, il s’avisa, comme notre Jules Verne, de tirer parti des innombrables ressources que la chimie, la physique et, en général toutes les sciences de la nature offrent à l’imagination inventive des romanciers. Les hypothèses de Wells dépassent en hardiesse la plupart des hypothèses, pourtant si audacieuses, où se déployait si brillamment, la verve narrative de Jules Verne. Un voyage dans la Lune lui semble tout naturel, à condition toutefois que la science découvre une substance exempte des lois de la gravitation. Une sphère creuse, formée de cette substance, s’éloignera indéfi­niment dans l’espace : il suffira aux gens cu­rieux de s’installer dans cette sphère comme dans un ballon, et de donner l’ordre : « Lâchez tout! » Les voyageurs, placés dans cette sphère, pourront, grâce à un système d’ouver­tures, disposées dans les parois de leur maison flottante, utiliser tantôt l’attraction solaire et tantôt l’attraction terrestre ou l’attraction lunaire.

Et voilà comment, aux environs du tren­tième siècle peut-être, les petits écoliers de la Terre pourront aller passer leurs vacances dans la Lune.

Les récits extra-terrestres où s’espace, avec une visible complaisance, l’imagination fer­tile de Wells, donnent une ample satisfaction à l’instinct qui, de plus en plus, poussera l’homme à s’absenter de sa planète. Actuelle­ment, en effet, il est presque pénible de penser que les lois de la pesanteur et les con­ditions de l’atmosphère nous attachent par les pieds et nous retiennent par le nez à la surface de notre terre solide et parfumée.

 

L‘invraisemblable réalisé : les hommes changés en bêtes.

Du moins, l’île du docteur Moreau nous ramène sur la planète terrestre. Cette île mystérieuse est située très loin, dans l’Océan Pacifique, parmi des récifs de coraux.

Ce docteur avait dû quitter Londres à la suite de l’émotion qu’avait soulevée la fuite scanda­leuse d’un chien, écorché vif par son scalpel, et qui s’était mis à courir, en cet état, à travers les rues de la Cité. L’effrayant vivisecteur, seul au milieu de l’Océan Pacifique, avec le complice habituel de ses écorchements, peut se livrer, désormais, sans la moindre diffi­culté à l’art d’estropier, de mutiler des pauvres bêtes. Du fond de ces perspectives lointaines, il n’y a pas de danger que le hur­lement des quadrupèdes ou des quadrumanes suppliciés par le docteur Moreau soit entendu dans les bureaux de la Société protectrice des animaux.

Le hasard veut qu’un navigateur anglais, mi­raculeusement échappé au naufrage de la Dame Altière, aborde dans l’île du doc­teur Moreau.

Le premier être vivant qui se présente à ses yeux est une bête fantastique, qui a la tête d’un hom­me et les quatre pattes d’un ani­mal. Cet être sin­gulier était vêtu d’une sorte d’ha­billement som­maire en coton­nade bleue. Et, plus loin, en se promenant à tra­vers l’île mysté­rieuse, le voya­geur effaré ren­contre ainsi de singulières créa­tures, demi-hom­mes, demi-bêtes, tellement extra­ordinaires, qu’il croit être, à cha­que instant, le jouet d’une hal­lucination. Ce sont des hom­mes-singes, des hommes-chiens, des hommes-léo­pards, des hom­mes-loups, des hommes-ours.

Tous ces mons­tres ont été créés par les savantes combinaisons du docteur Moreau, dont le rêve con­siste à vouloir condenser en quelques semai­nes ou en quel­ques mois les lentes étapes de l’évolution.

Mais cette métamorphose n’est qu’une transformation bien précaire. Les instincts, dès qu’ils sont réveillés par la vue du sang ou par l’attrait d’une proie, se réveillent, et la brute à peine humanisée devient encore plus brutale qu’auparavant, Moreau est tué par une de ses « créatures », qui, subitement rede­venue féroce et Carnivore, s’est échappée du laboratoire. Alors, on assiste à une scène effroyable : tous les habitants de l’île sont précipités, par une lamentable rechute, dans une épouvantable animalité. Et les monstres s’entredétruisent dans une sarabande de tuerie mutuelle.

Wells est un grand évocateur qui cherche, non plus dans la réalité, mais dans le domaine de l’hypothèse, ces sources de terreur, dont le genre humain, dit Aristote, a besoin, pour s’affranchir de la tyrannie des passions.

 

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« Au fond de la mer «  : Enfermé dans une boule, le héros de Wells voit passer devant lui les êtres étranges qui peuplent les grandes profondeurs.

 

L‘aliment des dieux : une éclosion monstre de géants.

Sans quitter jamais complètement la réalité, y plongeant toujours par quelque racine, son œuvré cherche à s’emparer du plus possible d’inconnu pour en alimenter des récits, pour en créer les rouages effarants d’un drame in­soupçonné.

Voici qu’il imagine un savant, un savant à l’âme très simple et au caractère très mo­deste, et qui porte dans son cerveau la for­mule d’une effrayante découverte. Quelle découverte? Celle d’une substance dont les propriétés nutritives sont telles, que les créa­tures vivantes qui en absorbent, même une quantité minime, grandissent, grandissent jusqu’à dépasser l’énormité vertigineuse des plus hauts monuments.

Le savant expérimente d’abord le fantas­tique aliment — qu’il a baptisé du nom d’héraklèophorbia, sur ses propres enfants… Mais, calamité effroyable, quelques parcelles de la substance se répandent dans le monde qui, bientôt, de-ci, de-là, se peuple d’abeilles gigan­tesques comme des aigles, de rats plus grands et plus terribles que les grands fauves… Et bientôt, tout à coup, on voit poindre et s’éle­ver des hommes géants.

Que va-il se passer? L’humanité chétive et malingre va-t-elle céder la place aux géants? Nous assistons à la lutte désespérée de l’hu­manité normale contre cet encombrement d’êtres démesurés, éclos du génie d’un petit savant. Mais la résistance n’est pas possible, et c’est par la défaite de l’ancien et infime élé­ment humain que se termine « Place aux Géants ! »

Dans la Machine à explorer le temps, Wells part d’une hypothèse extrêmement curieuse, dont la hardiesse n’est pas sans beauté. Pour­quoi, se demande son héros, n’arriverait-on pas à se déplacer dans le temps comme on se déplace dans l’étendue, pourquoi ne parvien­drait-on pas à s’élancer, en avant ou en arrière, dans le cours des âges, à circuler plus ou moins vite, à son gré, parmi les siècles, comme on le fait sur une route ou sur une plaine? Vertigineuse supposition qui affolerait moins un homme de science qu’un simple mortel, car l’homme de science nous dira, avec le sérieux imperturbable de la logique et de la vérité, que si l’on arrivait à se déplacer dans l’espace plus vite que la lumière, on rattraperait dans leur fuite immense, à travers l’éther, les vibrations lumineuses, et on aurait l’impression quelque peu fantastique de revoir le passé… Quant à l’exploration de l’avenir, évidemment, la conception est plus téméraire, mais il est plus qu’intéressant d’y avoir pensé, et il n’est point si aisé de parcourir même avec l’imagination, le champ illimité de l’hypothèse!

Quoi qu’il en soit, le héros de Wells a résolu le problème, et, chevauchant sa miraculeuse et scientifique machine, il se précipite à la décou­verte du monde futur.

Il franchit une étape formidable : deux mil­lions de siècles. Comme bien on pense, ce voyageur, en avant de deux millions de siècles sur son époque, voit du nouveau. Le climat s’est modifié à la surface de la terre, et la température est d’une douceur exquise. Une végétation merveilleuse croît au milieu des ruines colossales d’une architecture étrange.

L’explorateur est accueilli par de petits êtres imberbes et efféminés, vêtus d’étoffes précieuses. Ce sont les Eloïs, résidu mille fois millénaire de l’humanité dégénérée par l’excès de civilisation à haute dose. Que font ces petits êtres? Ils passent leurs journées à jouer, et celui qui vient au milieu d’eux, du fin fond des âges, ne peut s’expliquer comment ils tis­sent leurs vêtements et se procurent leur nourriture.

La nuit, les Eloïs dorment en groupe, dans les grands monuments aux ruines prodi­gieuses, autour desquels ils vivent comme d’insouciantes fourmis, mais leurs petites figures donnent tous les signes d’une grande terreur aux approches de l’obscurité. Cepen­dant, l’explorateur du temps n’a encore vu au­cun animal, ni aucun être, à part la petite foule glabre et drôlement monstrueuse des Eloïs.

Un jour qu’il s’est éloigné de sa machine a parcourir la durée, celle-ci lui est mystérieu­sement enlevée, sans qu’il puisse se rendre compte par qui et comment. Les Eloïs sont totalement incapables d’un acte de ce genre… Il y aurait donc, dans ce monde colossalement vieilli, une autre race malfaisante, celle-là, et le malheureux va alors se trouver obligé de rester a l’époque fantastique où il se trouve, sans pouvoir faire dans l’abîme des temps passés, la plongée libératrice qui le ramènerait parmi les siens? Il s’acharne à la recherche de sa machine. Il pressent qu’elle est cachée dans une sorte de souterrain où l’on accède par un puits profond. Résolument, il y pénètre, et fait connaissance avec les Morlocks, second débris de l’humanité, êtres répugnants, blanchâtres, mous et flasques. Ils vivent dans l’obscurité, sont éblouis et aveuglés par la lumière, et l’explorateur n’arrive à s’échapper de leurs griffes qu’en usant ses dernières allumettes.

Or, ce sont les Morlocks qui entretiennent les Eloïs, les habillent, les nourrissent. Mais dans quel but ? Et devant des tas de viande informe qu’il aperçoit dans les pénombres de la caverne, l’homme d’aujourd’hui pressent le mystère de l’humanité future; les Morlocks sont les pourvoyeurs des Eloïs, mais ces der­niers ne sont qu’un bétail humain et ne vivent sans soucis ni préoccupations que pour finir misérablement comme viande de boucherie.

L’explorateur arrive à reconquérir sa ma­chine et bondit de nouveau dans le futur. Il assiste au déclin du monde et retourne, harassé, dans son époque.

Les effroyables dangers qu’il a courus ne l’ont point découragé, et il repart de nouveau, pour ne jamais reparaître, englouti par le temps.

Dans L’Homme Invisible Wells place en plein milieu de l’époque actuelle de la vie d’aujourd’hui, une de ces hypothèses qui, pour ne point confiner à l’horrible, n’en est pas moins profondément terrifiante. Je sup­pose qu’un homme a pu arriver, au moyen d’un procédé secret, à se rendre si totalement, si parfaitement transparent qu’il devient invi­sible à tous les yeux, sans pour cela perdre sa matérialité. On ne le voit pas, mais on le touche. On imagine ce que cette donnée offre de ressources à un écrivain qui cherche à sus­citer à chaque page le petit frisson delà peur…

Imperceptible, mais réel, l’homme erre dans Londres, terrifiant ceux qu’il rencontre par de soudaines révélations de sa personne qui ne se manifeste qu’au contact direct.

Pour vivre, il est réduit à voler sa nourri­ture, il parvient à se procurer des vêtements, une perruque, un masque, et désormais, revêtu d’une enveloppe visible, il réside quelque temps dans une petite auberge de province. Un accident fait découvrir que, sous le masque, il y a en apparence le vide, et alors, angoissante et folle, commence la chasse à l’homme invisible mais non impalpable. Après avoir déjoué les poursuites et réussi à se ca­cher durant plusieurs jours, il est frappé par la pioche d’un terrassier, meurt, et par suite de la décomposition du sang, redevient vi­sible.

Mais il a commencé par expérimenter son invention sur un chiffon et sur un gros chat. Il y a donc, encore quelque part, un matou énorme qui rôde et qu’on ne peut voir, Il est peut-être là, à côté de vous… N’est-ce pas lui qui vient de vous frôler la main… là? Ce souffle… N’avez-vous jamais entendu miauler le chat invisible? Et c’est vraiment là une obsession acharnée.

En plus de ses œuvres principales, Wells a publié nombre de nouvelles, parmi lesquelles il faut citer celles parues sous le titre : « Les Pirates de la mer. » En outre, dans une nou­velle intitulée « Dans l’abîme, » il nous fait assister à la descente d’un homme dans les profondeurs incalculables de l’Océan Pacifique. Enfermé dans une sphère, il trouve un – ville sous-marine, dont les habitants sont des sortes d’hommes auxquels une conformation spéciale permet de vivre au fond des eaux. Faut-il encore citer la « Chambre rouge », « l’Etoile » et tant d’autres contes d’une horreur si particulière. Et il est admirable que toutes ces histoires puissent être si pareille­ment terrifiantes tout en étant si diverses.»

 

Gaston Deschamps

 
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« Les martiens sur la terre » : N’atteint-elle pas aux bornes du fantastique et du terrible, cette vision d’êtres informes tombés de la planète mars pour ravager la terre.

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« Le voyage dans la lune » : Après avoir montré l’invasion des habitants des planètes, Wells nous transporte dans la lune où un homme, à l’aide d’une formidable machine qu’il s’est fait construire, est arrivé: dans ce paysage lunaire, il rencontre d’étranges habitants qui lui font subir d’atroces et de barbares tortures.



« L’effrayante Aventure » De Jules Lermina: Paris Assiégée Par Des Dinosaures!

« L’effrayante aventure »De Jules Lermina. Editions Tallandier « Les Romans Mystérieux ».1910 Broché in-12° de 275 p.

Quatre heures du matin à Paris. Deux agents en patrouille font une macabre découverte : un homme planté sur une grille, à quelques pas de l’Obélisque. Sa tête n’est plus qu’une bouillie sanglante laissant échapper un horrible flot de cervelle. La police est dans l’expectative, elle ignore totalement l’identité de la victime. S’agit-il d’un règlement de compte? D’un macabre rituel satanique? Le cas est alors archivé dans les « affaires non classées ».

Toutefois, un beau matin, un singulier personnage du nom de Bobby, affirme que le cadavre est celui d’un citoyen anglais du nom de Coxward. Ce dernier n’était qu’une sombre crapule, boxeur amateur, qui fut plusieurs fois aux prises avec Bobby, détective de son état. Cette nouvelle providentielle semble vouloir faire les choux gras de deux quotidiens Parisiens, profitant de l’aubaine, pour une joute littéraire quotidienne. Au final, c’est le « Reporter »qui va prendre une longueur d’avance sur le « Novelliste », puisque le premier affirme qu’il ne peu s’agir de Coxward. En effet ce dernier fut aperçu par un homme digne de confiance, à une heure du matin dans un bouge de Londres :

« Comment un homme se trouvant à une heure du matin dans la capitale anglaise peut-il se retrouver mort trois heures plus tard en plein centre de Paris? »

Une telle distance est impossible à parcourir en si peu de temps. La police s’interroge et le témoin, actuellement en vacances dans la capitale avec son épouse, retourne sur l’île, déshonoré. L’histoire n’est pourtant pas terminée, car Bobby est un homme acharné et son honneur est en jeu. Après plusieurs jours de recherches le bilan est simple, Coxward était bien à l’heure dite dans une taverne mais une violente bagarre le força à partir précipitamment, de toute évidence cette folle escapade se termina près de la demeure d’un certain Athel Randon, un savant de renom, spécialiste en chimie et mécanique. Il s’agit d’un homme mystérieux, vivant seul.

Ses voisins disent qu’il ne sort que très rarement, dans une automobile de forme bizarre, si petite que l’on se demande où peut bien y être logé le moteur. Son unique lien avec l’extérieur est une femme, Mary Redmore. Il rompit brusquement ses fiançailles avec celle-ci le deux août dernier, la veille de la mort de Coxward. Le détective arrive à obtenir de la main de Mary une lettre d’introduction adressée à Randon et dans laquelle il glisse une photo du défunt. La réponse ne se fait pas attendre, quelques jours après un rendez-vous est arrangé.

Pendant ce temps, à Paris, dans un terrain surnommé « Carrières d’Amériques », se produit un curieux phénomène : dans un recoin, près d’un tas de roches, un objet insolite ressemblant à une cabine téléphonique laisse échapper un léger bourdonnement. Alertés, deux agents s’en approchent, lorsque une décharge extraordinaire les frappe d’une violence inouïe, les soulevant du sol avec une force incroyable. Aussitôt, les autorités dépêchent une délégation scientifique. Malgré un dispositif permettant d’isoler l’appareil, un homme est encore foudroyé. Les savants ne savent comment réagir d’autant plus que l’engin semble s’enfoncer peu à peu dans le sol. Aux alentours des restes de pièces métalliques sont éparpillées, dont une ressemblant à une hélice, rien de plus.Dans la panique générale, un homme se faisant le plus discret possible se baisse et ramasse une liasse de papier, un sourire au coin des lèvres. Mais retournons à Londres quelques jours après, assister au rendez-vous de Bobby. Sur place l’homme n’est pas seul car dans le hall d’entrée il tombe nez à nez avec Labergère, ancien journaliste du «Reporter» et responsable de sa déconvenue. Chacun est en possession d’une preuve qu’il existe un rapport triangulaire entre Coxward, Randon et les étranges événements des « Carrières d’Amérique ».

Les révélations sont lourdes de conséquence. Finalement, le fameux savant, incapable de porter à lui seul ce lourd fardeau, finit par se « mettre à table ». Il est l’inventeur du Vriliogire, appareil révolutionnaire capable de franchir des distances énormes à une vitesse prodigieuse. Sa « machine » comporte, en autre, deux hélices, une à la partie inférieure, l’autre supérieure, mues par un arbre à came, simple tige métallique obéissant elle-même à un moteur de très petite taille alimenté par une source énergétique quasiment illimitée : le « Vrilium ». Hélas, alors qu’il devait en pratiquer les essais, un soir un homme en fuite ,Coxward-,pénètre dans son laboratoire afin de se cacher dans ce qu’il croyait être un placard et activa par mégarde le système de mise en route. Le savant assista impuissant au décollage de son invention. Probablement le voleur eut un évanouissement en raison de l’accélération de la machine.

Entre temps, l’appareil fila au gré de sa fantaisie au dessus de Paris. A son réveil, ignorant qu’il se trouvait en altitude, Coxward, en sortant brusquement de sa prison, fut précipité dans le vide pour finir empalé sur les grilles de l’Obélisque. Peu après, le Vriliogire s’écrasera où vous savez. C’est ici que le journaliste découvrit une facture au nom de Randon, probablement oubliée dans l’appareil.

A présent, il faut sans attendre se rendre à Paris, alerter la police et surtout arrêter l’appareil qui semble vouloir s’enfoncer dans les profondeurs de la terre. Arrivés sur place, la théorie semble être une fois encore plus évidente que la pratique et suite à une fausse manœuvre où plutôt une maladresse du détective, se produit un formidable flash d’énergie provoquant un gigantesque effondrement de terrain. Bobby, Athel et Labergère disparaissent dans un terrible hurlement. Fort heureusement, les héros ont la peau dure, ils sont vivants mais prisonniers sous terre. Équipé d’une sorte de stylo, alimenté par l’énergie du Vrilium et faisant office de torche, Athel repère l’appareil, dont l’hélice vient d’être arrêtée net par une roche très dure.

A l’intérieur se trouve une bonne petite réserve de tiges de Vrilium aux multiples usages. L’exploration peut alors commencer. Après des heures d’une marche exténuante dans un immense réseau de galeries, le groupe se heurte à une paroi gigantesque. Pas question de faire marche arrière, il est temps d’utiliser la substance magique, quelques tiges suffisent pour faire voler l’obstacle en éclats. De l’autre côté ils découvrent une impressionnante caverne brillant de mille feux. Des diamants? Non, de la glace, un incroyable spectacle de roches aux formes titanesques figées dans une éternité froide et silencieuse : au moins six degrés au-dessous de zéro. Cependant dans cette blancheur immaculée, d’immenses formes sombres se détachent de façon significative. D’un pas hésitant, ils s’approchent, Athel est au comble de l’évanouissement : Également prisonniers de la glace ils aperçoivent par transparence une quirielle de monstres antédiluviens. Quel bonheur pour un homme de science. Mais après des heures d’observations harassantes, il leur faut toutefois prendre un peu de repos. Le réveil sera des plus spectaculaire, autour d’eux, tout se met à fondre. Probablement l’ouverture de la grotte faisant entrer une grande quantité d’air chaud. Reste à expliquer la provenance de ces bruits sourds, comparables à des pas gigantesques, accompagnés de rugissement tout droit sortis de l’enfer. Les bruits se rapprochent, mais avant de pouvoir distinguer quelque chose, la voûte de la caverne s’effondre dans un fracas de fin du monde. Un immense rayon de soleil perce enfin les ténèbres…..

  Huit heures du matin, un quartier paisible de Paris, alors que tout semblait annoncer une belle matinée, un groupe de ménagère assiste affolé au passage d’un… mammouth. C’est ensuite au tour d’un brontosaure, d’un tricératops, un mégathérium, un iguanodon et pour conclure sur le vol impressionnant d’un ptérodactyle. L’état d’urgence est déclaré, la troupe encercle la capitale prête à payer de sa vie la protection de la population. Mais alors que les canons se préparent à entrer en action, l’incroyable se produit. Les mastodontes, comme subitement privé de l’étincelle de vie, s’écroulent les uns après les autres. Le temps écoulé dans la glace n’était peut-être qu’un sursis ?

Ces animaux n’avaient pas leur place au XXe siècle, la nature ne pouvait tolérer un tel anachronisme. Bobby et Labergère sont retrouvés hagard mais sains et saufs, accueillis comme des héros. Le savant quant à lui, repose sûrement dans le gigantesque éboulement, emportant avec lui le Vriliogyre et son extraordinaire source d’énergie, la science restera orpheline de cette précieuse découverte. Comme quoi, l’événement le plus insolite voir même le plus insignifiant peut entraîner des situations dont on ne peut mesurer les conséquences.

Aux origines de Jurassic parc!

Que voilà un texte dans la grande tradition des romans d’aventures. Plusieurs intrigues se succèdent et si l’éternel départ sous forme de roman à énigme reste de rigueur, l’ouvrage bascule rapidement dans la conjecture la plus débridée. Les personnages y sont d’une facture classique : le savant, le détective et le reporter jeune et dynamique, mais leur profil reste bien sympathique et la lecture est plaisante et jamais laborieuse.

Les événements se succèdent à un rythme soutenu ne laissant que rarement le lecteur dans de profonds moments de désespoir. L’auteur, bien connu des amateurs de ce blog, n’est pas avare pour nous citer quelques ouvrages de référence puisque, comme il l’explique lors d’une conférence extraordinaire faite à l’académie des Sciences, le nom de Vrilium vient du mot Vril, une substance toute aussi extraordinaire, utilisée par sir Henry Bulwer Lytton dans son roman : La Race Future, je cite :

« II s’agit dans ce roman utopique, une anticipation de l’avenir, d’un peuple que la science a armé d’une force si puissante, si irrésistible et à la fois si maniable, qu ‘il n ‘est pas d’obstacles qu ‘elle ne renverse, de résistances qu ‘elle ne brise. »

Dans ce « Roman Mystérieux », les inventions vont se succéder les unes après les autres, de simples ébauches aux produits terminés, de la voiture ultrarapide, du moteur de poche en passant par la pilule nutritive, la cabine de téléphone volante, l’énergie nucléaire… j’en passe.

Saluons Lermina pour la dernière partie de son roman, complètement hallucinante où nous assistons à l’invasion de Paris, sous le regard de ménagères hystériques, par des créatures préhistoriques. Même le professeur Tornada du sieur André Couvreur n’avait osé le faire. Une catastrophe supplémentaire à rajouter aux malheurs conjecturaux de notre capitale…..Pourquoi tant de haine?

Fort heureusement l’histoire finira très bien avec tous ces mastodontes victimes d’un mal incurable : le temps qui passe. Dommage, un affrontement armé versus dinosaures aurait fait date dans les annales de notre genre préféré. Au final un agréable bouquin, qui conserve encore tout son charme et toute sa fraîcheur et contrairement aux dinosaures rencontrés dans ses pages, le temps n’a aucun emprise sur le texte de Lermina.

Je trouvais injuste d’ignorer une tel petit plaisir de lecture et je ne suis pas le seul puisque « Les moutons électriques » dans leur collection « La bibliothèque voltaïque » viennent de rééditer ce petit chef d’œuvre d’aventure scientifique. Petite mention spéciale également pour la couverture avec son vert reposant et qui nous offre une créature fort singulière, dont le regard fixé sur le héros semble en dire long sur sa fringale plusieurs fois millénaire. Un classique de Tallandier « Les Romans Mystérieux » qui n’aurait pas dépareillé dans « Les Récits Mystérieux » de Méricant. La ressemblance des titres reste frappante, à vous de juger.

A noter que l’édition pré originale de ce texte est sortie en revue dans « Le Plein Air » (A partir du N° 41 du 19 Juillet 1910), vous avez d’ailleurs une reproduction de cette magnifique couverture juste après ce texte et le moins que l’on puisse dire c’est qu’à l’époque, elle a dû décontenancer plus d’un lecteur.

Pour les amateurs de curiosités je vous recommande également la lecture de son excellent roman « Mystère –ville » sous le pseudonyme de William Cobb qui fut hélas uniquement publié dans la revue « Journal des voyages » écrit et donc illustré avec la généreuse participation de Albert Robida.

Bibliographie Sélective de Jules Lermina.

- « Histoires incroyables » en deux volumes. Éditions Boulanger.1885. Réédition : Éditions Chanteloup (avec le volume « A brûler ») en 1985. Éditions Tiquetonne 1990. Éditons Lulu Pr.2008

- « Histoires incroyables » Éditions Savine.1888.

- « A brûler conte astral » Éditions Méricant, nouvelle collection illustrée N° 22. Vers 1888.

- « L’élixir » de vie. Éditions G.Carré.1890. Rééditons : Dodo Press 2008

- « Le secret des Zippélius » Éditions Méricant, nouvelle collection illustrée N° 22 (sd). Éditions Boulanger.1893

- « La bataille de Strasbourg » en deux volumes. Éditions Boulanger.1895.

- « Mystère-ville » sous le pseudonyme de William Cobb. Dans la revue « Journal des voyages » du N° 418 du 4 Novembre 1904 au N°434 du 26 Mars 1905.

- « L’effrayante aventure ». Pré-originale dans la revue « Le plein air » du N° 41(Juillet 1910) au N° 60 (Décembre 1910) .Éditions Tallandier « Les romans mystérieux ».1910. Réédité aux « Moutons électriques » collection « Bibliothèque Voltaïque »2011 (Tirage limité 50 exemplaires).

 

  effrayanteaventure dans les auteurs et leurs oeuvres



Parution Du N° 15 De la Revue « Quinzinzinzili »

Le numéro 15 de la revue « Quinzinzinzili » vient de paraître et fidèle à son entreprise d’exhaustivité concernant les écrits de Régis Messac, elle nous propose pour cette livraison automnale quelques textes inédits.

Pour introduire cet « Univers Messacquien » un hommage est rendu à un compagnon d’infortune de Régis Messac, Raymond Brulé. Un témoignage bouleversant sur les conditions de captivité de ces « Nacht und Nebel » (Nuit et brouillard) dans le camp de Natzweiler plus connu sous le nom de Struthof. Les privations, les humiliations, nul ne peut ignorer les brimades que connurent ces « prisonniers politiques » et toute la haine qu’ils suscitèrent de la part de leurs geôliers. Face à tant de haine et de folie, Raymond Brulé succombera à ce régime impitoyable, suivit de quelques mois par la disparition de Régis Messac et de tant d’autres.

Vient ensuite une petite « Radioscopie de Tardi » et de son implication dans la parution du Volume « ô dingos, ô châteaux » en collaboration avec Jean-Patrick Manchette.

Petit panorama de deux œuvres phares de Régis Messac « Le miroir flexible » et « La cité des asphyxiés » réédités pour notre plus grand plaisir aux éditions Ex Nihilo. Inutile de vous préciser toute le plus grand bien que nous pensons de ces deux textes et surtout d’insister sur les qualités du second avec la diversité de ses thématiques et la justesse des problématiques qu’il soulève.

Nous passons ensuite sur la suite de la passionnante analyse de l’étude consacrée au « Détective novel », cette fois sous l’angle de l’accueil par la critique.

Dernier gros dossier, celui consacré au « Voyage au bout de la nuit » de Louis Ferdinand Céline. Un texte rare de Régis Messac et de son approche de ce célèbre roman, agrémenté d’illustrations de Jacques Tardi. Cet avis éclairé sera suivi d’une spécialiste, Nathalie Crom, qui nous apportera sa propre opinion sur la vison de l’analyse faite par Messac.

Pour terminer, et il eut été inconcevable pour cette revue de ne pas y consacrer une petite place, ce N° 13 se termine par la rubrique « De quelques utopies », et c’est avec sa plume toujours aussi féconde et son sens de l’analyse toujours bien senti, que Messac nous présente deux textes peu connu et assez rares (du moins pour le commun des mortels) : « Le superfemme » de Henri Lambert et « Le péripatéticien » de Jean Desthieux. Ces deux textes viennent une nouvelle fois compléter cette sorte de dictionnaire des œuvres conjecturales inconnues, qui fut entamé dés le premier numéros et que nous souhaitons voir encore se poursuivre pendant fort longtemps.

Au final, une numéro une fois de plus éclectique et passionnant, un outil indispensable à l’amateur éclairé aussi bien qu’au jeune curieux désireux d’approfondir ses connaissances sur un sujet passionnant et infini, genre pour lequel Régis Messac consacra toute sa vie et son énergie et c’est en cela une preuve suffisante pour lui témoigner toute notre respect et notre admiration.

Parution Du N° 15 De la Revue



Dossier Illustrations: « La Menace Du Terribore »

Dans notre domaine, des engins fouisseurs, il y en a de toute sortes : Des taupes, des foreuses, des excavatrices…. ils portent tous des noms inimaginables mais possèdent tous un même et unique objectif : creuser encore plus profond. Une multitude de ces engins hantent les pages du volumineux ouvrage consacré aux terres creuses de Guy Coste et Joseph Altairac et l’on se rend compte à quel point l’homme qui pourtant n’a eu de cesse de regarder vers les étoiles, consacrera une bonne partie de son énergie et de son imagination à vouloir creuser toujours plus profond.

Dans le cas présent,outre sa capacité à creuser d’immenses galeries, le terrible engin est capable de rouler à ciel ouvert à une vitesse défiant , pour l’époque, toute concurrence.

C’est donc un petit hommage que je voulais leur rendre ici avec cette magnifique couverture du roman de J.Mackworth « La menace du Terribore » , illustré par Puyplat, illustrations intérieures N&B de T.Somerfield et Puyplat.

- « La menace du Terribore » de John Mackworth. Boivin &Cie Editeurs.1937

Dossier Illustrations:

« La forme et l’aspect général de l’engin rappelaient ceux d’une torpille géante et trapue. Pour l’instant un large hublot était ouvert à l’avant, mais il était conçu de façon telle, que fermé il ne laissait paraître aucune solution de continuité dans la coque : chaque ligne, chaque courbure de cette coque étincelante était polie, façonnée pour faciliter son passage à travers n’importe quel milieu, avec le minimum de résistance. Les chenilles motrices s’adaptaient si parfaitement au corps de la machine, qu’elles évoquaient le ventre d’un serpent, plutôt qu’un système à chenille ordinaire. L’arrière se terminait par une sorte d’entonnoir de 70 centimètres de diamètre, dont le bord épais et massif faisait penser à la gueule d’un canon. La disposition de l’avant était plus étrange encore. C’était un immense cône dont la base même s’emboîtait sur le plus grand diamètre de la machine, de couleur sombre et équipé de cannelures hélicoïdales profondes, aux arêtes plus vives qu’une lame de rasoir. Plus qu’à toute autre chose, il ressemblait à une gigantesque foreuse »

lamenaceduterribore dans Dossier Illustrations

 



Dossier Illustration: « Le monde De L’abîme » Du Commandant Wailly

( Non classé )

Un roman d’exploration passionnant dont la trame s’articule autour du mythe de la terre creuse. A l’intérieur de notre globe se trouve un autre monde peuplé d’une « humanité» composée d’étranges créatures, sorte de gigantesque chauves-souris. Un univers régi par ses propres lois, dont l’équilibre est menacé par de redoutables prédateurs, un endroit des plus extraordinaire qui va réserver à nos intrépides explorateurs bien des surprises.

La magnifique couverture de Maurice Toussaint est loin de nous faire deviner la thématique qui se cache à l’intérieur de ce roman et que l’engin utilisé pour cette incroyable mission est une gigantesque perforatrice.

« Le monde de l’abîme » du Commandant Wailly. Première édition dans la revue « A travers le monde » du N° 75,13 Octobre 1903, au N°99, 29 Mars 1904. Illustré par de Dillon.

Réédition en volume :

- Éditions Tallandier « Bibliothèque des grandes aventures » N° 32.1924.

- Éditions Tallandier « Voyages lointains, Aventures étranges » N°109.1932.

- Éditions Recto Verso collection « Idés…et autres » Hors commerce N° 36.1992.

A lire également du même auteur :

- « Le roi de l’inconnu » Éditions Tallandier « Bibliothèque des grandes aventures » N°38.1925.Reprenant la thématique d’un monde intérieur, sous le contrôle d’un savant d’une prodigieuse intelligence.

- « Le meurtrier du globe » Éditions Tallandier « Bibliothèque des grandes aventures » N° 50.1925.Un homme a pour but de détruite la terre à des fins personnelles, car pour lui elle est une entité vivante, un organisme abject dont il faut atteindre l’organe vital afin de pouvoir l’éliminer purement et simplement.

Dossier Illustration:

 



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