Les Coups De Coeur Du « Moi » : « Le Diable Du Crystal Palace » de Fabrice Bourland

Posté le 11 janvier 2012

Avec ma passion pour le fantastique, maladie fort agréable qui débuta il y a de cela quelques décennies, j’ai contracté très rapidement une autre affection qui, bien que tout aussi inoffensive, ne cesse de provoquer chez moi de fréquentes poussées obsessionnelles : les détectives de l’occulte !

Genre un peu en marge de la littérature d’horreur et du roman policier, sorte de « boule puante » décrié en son temps par les spécialistes car  trop sur le fil entre deux univers diamétralement opposés et qui possédaient de fervents partisans toujours sur la défensive, il fut une époque où nos illustres limiers de l’impossible avaient la vie dure. De l’anonymat quasi complet ils passèrent à un statut plus qu’honorable lorsque l’on comprit enfin tout le potentiel que l’on pouvait en tirer. Je ne vais pas vous faire l’historique de leurs glorieuses origines, tel ici n’est pas le propos et des spécialistes du genre hautement plus qualifiés que moi ce sont livrés à ce genre d’exercice, mais pour vous parler d’un sacré coup de cœur, la découverte d’un auteur que je ne connaissais pas il y a quelque mois mais qui pourtant est un des plus prometteurs dans notre thématique de prédilection.

Lorsque je dis que je ne le connaissais pas, en fait j’avais deux de ses ouvrages qui trônaient fièrement dans ma bibliothèque dans la catégorie « Détectives de l’occulte » mais en bon maniaque de la littérature de l’imaginaire et collectionneur addicte qui se respecte, les livres étaient là, et je me les gardais pour une lecture ultérieure, lorsque arriverait l’hypothétique jour où j’aurais enfin compulsé les piles de livres déjà en retard. Syndrome particulièrement fréquent chez les boulimiques du papier où l’on a parfois non pas les yeux plus gros que le ventre, mais un sens un peu trop démesuré de notre capacité à pouvoir ingurgiter en peu de temps une masse considérable d’ouvrages.

Il y a quelques mois, suite à un petit article que j’avais rédigé sur l’extraordinaire roman de mon ami Eric Poindron « De l’égarement à travers les livres » nous avions échangé quelques mails et ce digne représentant du cénacle troglodyte » m’avait  confié tout le respect dont il faisait montre à l’égard de Fabrice Bourland. « Tu connais ces livres » me dit-il « Il faut les lire c’est absolument passionnant ». Connaissant les goûts sûrs de Eric et surtout honteux d’en posséder dans ma bibliothèque et de ne pas les avoir ouvert, je me suis donc précipité vers la deuxième aventure des détectives amateurs Andrew Singleton et James Trelawney, et ouvert sans retenue « Les portes du sommeil » et je dois dire que je n’en suis toujours pas revenu et la porte ne s’est toujours pas refermée….

Pénétrer dans l’univers de Fabrice Bourland, c’est plonger dans les effluves surannées d’un Londres entre deux guerre, où toute la dimension du fantastique revêt une charge émotionnelle extraordinaire car libérée de tout le scepticisme de la patrie de Descartes et de l’approche par trop rationnelle de notre culture face à l’étrange et à l’inexpliqué. Pour un auteur Français c’est un comble, mais l’auteur en choisissant la capitale Londonienne  comme le lieu géométrique de toutes les terreurs, ne peut que forcer notre admiration et notre respect car il existe déjà des précédents et pour arriver à convaincre le lecteur, une bonne dose d’inspiration risquait d’être nécessaire. Mais pour tout vous dire et au risque de dévoiler rapidement un suspens insoutenable : de l’inspiration il en a à revendre !

Dés le premier volume, on trouve déjà le souffle imaginatif d’un auteur qui non seulement connaît ses classiques mais en plus parvient à s’approprier certains des personnages célèbres du panthéon de la littérature populaire pour nous les resservir avec une grande habileté et un sens tout à fait extraordinaire de l’à-propos. Grand admirateur de Sir Arthur Conan Doyle dont il connaît me semble t-il le moindre recoin de l’œuvre, il utilise comme moteur de l’histoire lors de cette première enquête, ce qui finalement occupa la majeure partie de la vie du célèbre écrivain : Sherlock Holmes et le spiritisme. Mais loin de tomber dans une trame classique où,  en bon élève ayant bien appris sa leçon, il pourrait  déraper dans le piége de l’hommage à petit frais, Fabrice Bourland par une parfaite maîtrise du suspens et un sens aigu de l’imaginaire, nous concocte une histoire des plus mystérieuses.

Je ne voudrais pas vous dévoiler tout le contenu de cette fantastique et passionnante  histoire, le but de cet article étant de vous forcer un peu la main et vous pousser à acquérir l’ouvrage, mais le fond du récit repose sur une succession de meurtres étranges perpétrés par de redoutables fantômes que les amateurs de littérature d’épouvante, et les autres, ne sont pas prêt d’oublier. Tout cela sur fond d’enquête policière menée tambour battant par nos deux détectives, aidés en cela par une célèbre « allié » pour le moins ectoplasmique…

Dans la seconde enquête, l’auteur nous « plonge » dans l’univers onirique et ô combien délectable du rêve. S’articulant sur le postulat de la mort mystérieuses de personnes dont le point commun semble être une attirance pour cet état de « mort transitoire », il faudra toute la sagacité et le courage de Singleton et de Trelawney, pour affronter les redoutables créatures qui peuplent nos nuits et en ressortir indemnes. Le premier de nos protagonistes sera d’ailleurs un intervenant direct de cette redoutable enquête, victime également de ces étranges phénomènes. Fabrice Bourland une fois de plus dans une maîtrise parfaite du sujet va rendre le récit d’autant plus crédible qu’il fait intervenir dans son récit des personnages historiques qui prennent une part active dans cette palpitante aventure : Si je vous dis André Breton cela vous dit quelque chose ?

 Tout comme le premier roman, vous en dire plus serait déflorer une intrigue astucieuse dont le final sera le point de départ d’un autre court roman « La dernière enquête du chevalier Dupin » que je n’ai hélas pour le moment pas encore lu.

Dernier ouvrage en date et objet finalement principal de mon article, « Le diable du Crystal palace » qui, bien que d’un intérêt équivalent aux ouvrages précédents, reste un de mes préférés. Il faut dire que les ingrédients qui émoustillent ma fibre de conjecturopathe aux appétits insatiables sont au rendez vous et par une parfaite alchimie des idées et du langage, une fois encore notre éminent spécialiste de l’étrange nous concocte une aventure qui vous fera saliver de bonheur.

Dans une Europe qui assiste indolente à une montée insidieuse du nazisme, Londres est le siége de mystérieuses disparitions dont le point de départ est le témoignage d’un chauffeur de taxi qui affirme avoir renversé un animal sauvage des plus étrange. Les deux détectives seront contactés par la fiancée de la première victime disparue, un entomologiste du prestigieux British muséum, et qui semble en savoir bien plus qu’il n’en faudrait. Rapidement Singleton et Trelaney découvrent qu’à la base de cette « simple affaire », un complot des plus extraordinaire se trame, visant à déstabiliser l’empire Britannique.

Lorsque je vous disais que Fabrice Bourland avait un parfait contrôle des histoires dans lesquelles il nous entraînait, ce n’est pas une parole en l’air, et lorsque vous jetez ne serait-ce qu’un oeil dans ses incroyables histoires, il vous est alors impossible d’en sortir. L’intrigue est si passionnante que les pages défilent à une allure  folle, et c’est la cervelle toute retournée, de bonheur rassurez-vous, que vous arrivez  à la dernière page en vous demandant par quelle diablerie vous ne vous êtes aperçu de rien.

C’est parce que l’auteur est un fieffé raconteur d’histoire qui s’y entend en ambiance des plus passionnantes où évoluent des personnages à la fois drôles et attrayants. Mais une des choses qui caractérise le plus cet univers unique et foisonnant, est sans nul doute le détail, et le soin particulier apporté au décor dans le quel gravitent les protagonistes. Fabrice est un de ces « maniaques » du détail, j’entends par là non pas un défaut devenant rapidement insupportable, non bien au contraire, et je l’imagine sans problème dans son bureau avec des tas de livres sur les rues de Londres, le plan des égouts, les horaires de bus, l’emplacement exact des édifices…bref quelqu’un soucieux du petit détail. Personnellement cela me rend admiratif et dénote de la part d’un écrivain, du respect qu’il possède vis-à-vis de ses lecteurs : Une tache qu’il prend à cœur et qui force notre admiration. Peu d’auteurs s’immergent et vous immergent par la même occasion dans des ambiances aussi véridiques et j’oserai dire « authentiques » si le mot n’avait pas été si galvaudé.

 Dans une mise en place de décors quasiment photographiques, il nous est alors possible de sentir l’épaisse moiteur du Fog qui nous enveloppe, visualiser dans les moindres détails les scènes des horribles méfaits qui s’y produisent.Pour peu, nous ne serions pas étonnés d’entendre « la voix grave de Big-Ben nous saluer de sa clameur de bronze ».

Les personnages sont tout aussi ahurissants  et qu’il s’agisse du truculent Pr Winwood dont nous sera fait une savoureuse description de son « cabinet de curiosité, du perfide Thaddeus Babel ou des surprenantes créatures qui peuplent son bestiaire insolite, tout est fait pour accroître votre plaisir de lecture et votre soif  d’en découvrir d’avantage. Tout cela bien évidemment dans une ambiance démesurée où se mélangent des thématiques aussi diverses que celle du  savant fou, la Cryptozoologie, l’évolution et « dévolution »  des espèces, le crime scientifique. L’auteur va même se payer le luxe de faire référence à un ouvrage connu des seuls spécialistes de l’anticipation ancienne, « La plutonie » de V.Obroutchev.

Car tout au long de cette hallucinante histoire il sera fait référence comme je vous le disais un peu plus loin à Conan Doyle et son ouvrage, « Le monde perdu », non content d’être cité de manière récurrente, fera l’objet d’un extraordinaire hommage dans un final dont vous me direz des nouvelles.

Comme toute bonne histoire qui se respecte, Fabrice Bourland va nous ouvrir au final une nouvelle porte et nous parler d’un certain Dr Mac Rae dont je vous laisse le loisir de découvrir l’identité et l’évocation d’intrigantes «  Archives secrètes de la zoologie ».

 Si après tout cela, vous ne courrez pas comme des forcenés acheter l’ensemble de sa collection, dont les aventures sont un brillant et original mélange de tous les héros de l’ombre que nous aimons tant,c’est que vraiment il n’y a plus rien à faire pour sauver votre âme.

Je suis vraiment très heureux d’avoir rencontré non seulement son œuvre mais aussi le personnage qui est d’une grande générosité, ouvert et incroyablement passionnant. Un auteur qui mérite sincèrement à être connu, mais je crois que de ce coté là il n’y a aucun souci à se faire.

Un raconteur d’histoire,un  vrai, à suivre comme il en existe peu dans le domaine des « détectives de l’étrange », un genre qu’il vient de s’enrichir de deux figures mythiques promues je n’en doute pas à un brillant avenir.

Bientôt la prochaine aventure et croyez moi, j’en suis plus que satisfait !

 

Bibliographie :

- « Le fantôme de Baker street » Editions 10/18. Collection « Grands détectives ». N° 4090.2008.

- « Les portes du sommeil » Editions 10/18. Collection « Grands détectives ». N° 4091.2008.

- « La dernière enquête du chevalier Dupin ». Editions 10/18. Collection « Grands détectives ». 4207.2009.

- « Le diable du Crystal palace ». Editions 10/18. Collection « Grands détectives » N°4260.2010.

 

Les Coups De Coeur Du lediableducrystalpalace dans les coups de coeur du

 

 

 

Un commentaire pour « Les Coups De Coeur Du « Moi » : « Le Diable Du Crystal Palace » de Fabrice Bourland »

  1.  
    Alain Ottavi
    12 janvier, 2012 | 18:45
     

    La remarque sur les « boulimiques du papier » qui entassent en prévision du jour opportun pour commencer la lecture de tel ou tel ouvrage m’a touché droit au coeur! On pourrait mentionner aussi le dilemme du choix et la volonté de retarder le moment d’épuiser le plaisir de la lecture.
    La preuve: je viens de faire l’acquisition des « Portes du sommeil » et du « Fantôme de Baker Street » et je ne sais pas si je les lirai avant ou après le tome 4 de « l’Arcamonde » d’Hervé Picart. Du coup j’ai entamé « Le Syndrome Nerval » de Caroline Gutmann… que je me gardais pour plus tard!
    Tout ces livres, comme de juste, m’ont, à moi aussi, été suggérés par les conseils de lecture d’Eric Poindron à la fin de « L’égarement… ».

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