« A La Conquête De Vénus » De Louis Grivel

Posté le 26 mars 2012

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la vie est possible sur Vénus et après quelques explications assez fumeuses, l’auteur nous prouve qu’il y a de fortes probabilités pour que son stade d’évolution soit assez comparable à notre période Jurassique. Un équipage aussi saugrenu que hétéroclite s’organise et la construction d’une tout aussi improbable fusée débute sans plus tarder. Après de savants calculs, il faudra toutefois prévoir un moyen pour quitter les effets de l’attraction terrestre sans avoir à gaspiller du précieux carburant. Il sera donc décidé de décoller du fleuve Mississipi et de faire route vers le Mexique. Car voyez vous, l’appareil est un compromis entre la fusée et l’hydravion et pour lui permettre de sortir de notre atmosphère il lui sera nécessaire d’utiliser la force ascensionnelle d’un volcan et des gaz en pression qui s’en échappe. Leur choix se portera donc sur l’Orizaba.

Le jour du départ arrive et notre équipage constitué de scientifiques de différents horizons, embarque pour une formidable épopée. Seul Olive Escartefigues, célèbre pour sa tentative avortée d’un voyage dans la lune ne pourra être du voyage, remplacé au dernier moment par le narrateur de cette histoire. Auteur que nous ne remercierons jamais assez pour nous avoir rapporté un récit aussi…captivant, mais n’anticipons pas !

Une fois le voyage amorcé, je vous ferai grâce des péripéties d’un voyage des plus sensationnel où certaines tensions commencent à voir le jour, la planète convoitée est en vue et ce, après trois semaines d’une mortelle platitude. Ils ne leur restent plus qu’à trouver un endroit où amerrir, chose facile car voyez-vous sur Vénus l’eau y est abondante. Une fois posé avec toute la grâce de rigueur, l’équipage est dans l’angoisse : Va-t-on pouvoir respirer ? Bon je vous rassure, si l’auteur a dépensé des millions dans la construction d’une fusée, il ne va pas leur faire rebrousser chemin aussitôt arrivés. La porte s’ouvre et miracle, l’air est sain et vivifiant. D’ailleurs cette première sortie donnera lieu à une des remarques les plus pertinentes du narrateur dont l’environnement lui rappelle étrangement l’Indochine ! Impossible de lutter contre l’esprit colonialiste…

Ils découvrent ainsi une planète bien chaotique, soumise aux caprices de la nature, car semble t-il, en proie à de fréquentes secousses sismiques. Ils en feront d’ailleurs les frais lors de l’installation de leur tout premier camp de base. En effet le lac où ils avaient laissé leur appareil, fut complètement asséché en une nuit. Il leur fallut toute leur ingéniosité pour remettre ce dernier à flot (l’appareil pas le lac…. Quoique !).

Nous assisterons alors au périple de ces Robinsons Vénusien qui pendant six longues années (limite qu’ils se sont fixés) vont tenter de s’accommoder aux caprices d’une planète qu’il leur réserve bien des surprises : La découverte d’animaux gigantesques ! Il ne pouvait en être autrement dans ce genre de récit. Ils devront affronter alors à de multiples reprises, une race d’alligators géants aussi laids que redoutables et de curieux mastodontes qui ressemblent à de gigantesques crapauds et dont la particularité est de pouvoir hypnotiser leurs victimes. Un des membres de l’équipage en fera les frais, il sera dévoré après avoir succombé au charme envoûtant du terrible regard de la bête. Il leur faudra en outre changer plusieurs fois de campement, la proximité des océans étant trop dangereuse, ce qui leur permettra, comme le hasard fait bien les choses, de découvrir  une gigantesque mine d’or. Découverte qui fera l’objet de nombreuses querelles qui se termineront par la mort de deux membres de l’équipage. La convoitise des hommes prenant le dessus sur la curiosité scientifique, ils n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur la quantité du précieux métal qu’ils pouvaient embarquer à bord de la fusée.

Dans cette ambiance de jungle tropicale, dont la monotonie est parfois entrecoupée de trémulations du sol Vénusien ou de l’apparition d’un animal insolite, le lecteur plongerait dans un ennui profond ou d’un endormissement salvateur si un beau matin, nos sympathiques explorateurs n’avaient découvert un village. Oui chers amis, un village qui plus est habité par des gens !

«  Comme nos guides, tous étaient nus, couverts de poils ras sur tout le corps; ils avaient tous de longues chevelures et les adultes mâles, avaient de la barbe et des moustaches; la plante des pieds et la paume des mains étaient glabres comme les nôtres; leur toison n’était du reste pas uniforme, elle variait de ton suivant les parties du corps et elle variait aussi d’un sujet à un autre; dans l’ensemble, ils étaient de teinte générale fauve, mais on voyait des chevelures brunes, alors que d’autres étaient châtaines, il en était de même pour les barbes. »

Les « Makalas » car c’est bien d’eux dont il s’agit, est une peuplade pacifiste et leur profil  humanoïde ne cesse d’interpeller la communauté scientifique de la délégation terrestre qui  à grands renforts de « Oh ! » de « Ah ! » et de « Hum ! Hum ! » arrivent à la conclusion que cette tribu de « velus » doit provenir de la terre  à une époque si reculée que même les hommes en ont oublié la trace. Leur langage sera assimilé en un rien de temps et cette facilité de communication va leur permettre de mettre à jour une ancienne bibliothèque  dont le contenu ne manquera pas d’assouvir une légitime curiosité scientifique.

Entre cent dix et cent quinze mille ans régnait sur la terre une civilisation parvenue à un haut degré de technologie. Une époque où les savants de la terre avaient pu entrer en communication avec les habitants de la lune,  qui avaient dû rapidement chercher refuge dans les profondeurs du satellite en raison de la raréfaction progressive de l’atmosphère. La lune était ainsi devenue une immense galerie étanche où de gigantesques compresseurs puisaient à l’extérieur un air raréfié, qu’ils amenaient à une densité convenable, avant de le projeter à l’intérieur : ceci expliquant cela, voilà pourquoi il n’y a plus d’atmosphère sur la lune !

Les sélénites avaient également de grandes réserves d’eau dans d’immenses lacs souterrains, mais progressivement la population décrue.

Un des manuscrits détaille aussi les tentatives avortées de communication avec la planète Mars qui vivait à cette époque un très grand bouleversement géologique. Pluton également envoya un signal de détresse aux terriens, un cataclysme sans précédent était également prévu dans les mois à venir. Les savants Plutonien demandèrent alors à leurs homologues de la terre ce qu’ils feraient en pareil cas :

« Foutre le camps »  répondit un chercheur, humoriste à ses heures.

Tout va de travers dans notre système solaire et notre bonne vielle planète n’est pas en reste. Elle fut fréquemment « secouée » par un vent de révolte menaçant l’équilibre de la société et cela n’avait rien d’exceptionnel. En effet les philosophes avaient été amenés à constater que par la force même des choses, plus une civilisation se développait, plus elle se rapprochait d’une fin catastrophique. Mais un autre fléau, plus dévastateur était annoncé et cette terrible catastrophe sismique prévue par le corps scientifique et menaçant d’extermination l’humanité entière, était prise au sérieux. Il était urgent de procéder à une évacuation d’urgence. Une machine volante fut donc construite afin d’emporter sur Vénus une vingtaine de famille. Les élus n’eurent que le temps d’embarquer avant la catastrophe finale  et dans l’espace voir la terre en feu avant qu’elle ne s’enveloppe  de brumes épaisses la cachant définitivement.

A la lecture de cet incroyable récit, nos explorateurs regardent alors avec une infinie tendresse, ses homme femmes et enfants qui sont des lointains descendants de notre chère humanité.

La vie  va reprendre son cour, désespérément monotone et fort heureusement le jour du départ approche. C’est le moment que choisira Louis Grivel (et oui notre auteur…surprise !) pour nous faire une petite crise d’existentialisme et partir pour une période de méditation intensive dans la savane Vénusienne. Il y rencontrera une forme d’illumination, mais surtout une créature des plus singulière avec laquelle je vais prendre la liberté de vous faire un petit descriptif…enfin c’est le narrateur qui va nous la décrire :

« Figurez-vous un corps cylindrique de locomotive, sur­monté en son milieu, de son dôme à vapeur; aux lieux et places des roues, supposez trois paires de pattes énormes, une à chaque extrémité et une au milieu; imaginez à l’ar­rière, une queue de près de dix mètres de longueur se déta­chant du cylindre et allant en s’amincissant vers son extrémité, avec un diamètre moyen égal à celui du corps d un homme; maintenant voyez à l’avant, une tête sans yeux et sans oreilles, comportant une gueule largement fendue et surmontée d’un appendice nasal de cinq mètres de long environ, ayant l’allure d’une trompe d’éléphant, tout cela plutôt ébauché que fini, recouvert d’une peau rugueuse et tavelée, plissée, couverte de soies rares mais rudes et vous aurez une idée approximative du Gouma, dont le poids devait se rapprocher de celui de dix éléphants réunis

Mais, dis-je à mes compagnons, les yeux où sont-ils ? et les oreilles ? »

Incroyable non ? Une des toute dernières bizarreries que notre auteur aura la chance de voir avant de quitter Vénus. Ainsi vous ne serez pas allé sur Vénus pour rien et votre musée de curiosités cryptozoologiques va s’enrichir d’une nouvelle créature !

 Après un départ des plus émouvant, l’appareil décolle, laissant derrière lui les représentants de notre antique civilisation. Le retour sur terre se fera d’une manière un peu abrupte et en lieu et place des acclamations et des félicitations attendues, les rescapés de cette extraordinaire aventure seront accueillis au son du canon. L’avion sera touché  de plein fouet, Louis va se sentir tomber…et se réveiller non pas dans son lit douillet, fort heureusement ce n’était pas un rêve, mais dans un chambre d’hôpital. Ils ont été arraisonnés prés de Honolulu par un navire de la marine impériale Japonaise. Face à lui, un lieutenant Kamura incrédule qui lui explique qu’il est le seul survivant, l’appareil repose à une profondeur abyssale. Bien évidemment personne ne voudra porter crédit à son étrange voyage, ils sera rapatrié dans sa patrie d’origine, passera devant une commission de savants experts qui l’écouteront de la façon la plus conciliante qui soit.

Seul le célèbre Escartefigues serait en mesure de porter quelques crédits au récit de notre malheureux explorateur. Mais ce dernier l’écoute d’une manière polie et attentive, lui avoue même avoir passé un agréable moment à la narration de son récit mais ne semble pas plus convaincu. Le plus important lui dit-il, n’est-il pas d’être convaincu de son histoire et lui murmure « Tu es allé sur Vénus, comme moi sur la lune…. »

Tant d’incrédulité et d’ignorance  incitèrent Louis Grivel à réaliser la chose la plus sensée qui soit et cette chose vous venez de la vivre tout comme moi, par le récit de cette conquête de Vénus tiré de ce rare ouvrage paru à Tunis en 1942 à l’imprimerie J.C.Bonici. Mais fiez vous au vieil adage d’un ami collectionneur : « Rareté  est loin d’être un signe de qualité »

Disons le tout de suite, mais est-il besoin de le préciser, le roman est assez fastidieux, bavard, symptomatique d’une certaine production de cette période où les auteurs usaient ainsi de ce « transfert » d’exploration. Une époque où la majorité des terres inconnues ne l’étaient plus et qu’il fallait alors repousser les frontières au-delà d’un espace qui renfermait encore bien des mystères. En utilisant le schéma classique d’une planète  comparable à notre ère préhistorique, l’auteur va effectuer un voyage dans l’espace mais également dans le temps en nous livrant une roman assez peu original, fort heureusement quelque peu sauvé par cette idée d’exode de nos lointains ancêtres et de leurs rapports avec les habitants des autres planètes si cher à Camille Flammarion. Qu’il est dommage que dans un roman invoquant Vénus déesse de l’amour et de la séduction, pas l’ombre d’une femme n’apparaisse. Portant les auteurs chérissaient ce concept d’idylle dans l’espace…..Je préfère pour ma part et loin,concernant la thématique du voyage sur Vénus, l’ouvrage de Achille Eyraud  « Voyage à Vénus » (Michel Lévy Frères, libraires éditeurs.1865) fort malheureusement encore un peu plus difficile à trouver et qui est certainement une référence du genre avec son engin spatial, prototype de la fusée à réaction et de la découverte d’un monde répondant aux critères d’une société idéale organisé autour du progrès social et des découvertes technologiques. Mais nous aurons l’occasion d’y revenir dans un prochain article.  

 

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