Les Introuvables :«L’Aviation En 1950» De Albert Robida

Posté le 29 mars 2012

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Cette petite « Fantaisie » de la plume féconde de Albert Robida fut publiée dans le N°1331 des Annales Politiques et Littéraires (27 Décembre 1908). On y retrouve toute la verve et l’imagination d’un écrivain/Illustrateur pour qui le plus lourd que l’air était un objet de fascination pour ne pas dire de vénération. Ainsi dans cette « Aviation en 1950 » en peu de lignes, Robida nous fait l’apologie de ces transports aériens aux noms si pittoresques et qui dans ses anticipations, noircissaient le ciel de France. Un hymne à l’imaginaire et à la démesure où vont se croiser « Aérobus », « Aéro-fléchettes », « Planocars », « Aérocalles », « Aéro-gondoles » et autres Aéronefs Transatlantique. Alors laissez vous porter par cette douce brise d’humour et de folie dans le ciel ô combien merveilleux de ce magnifique conteur d’histoire.

Cette courte nouvelle fut rééditée aux éditions « Apex» constituant le N°10 de la collection  « Périodica » (Tiré à 250 exemplaires 1995)

Bientôt fera suite  « L’automobile en 1950  » paru dans le même numéro.

 

L’aviation en 1950

 

Ouf! Enlevons lunettes et pelisses fourrées.

Sapristi! Voyons le Télé journal… Allô! Allô! Il y avait, aujourd’hui, interpellation à la Chambre. Le ministère des Voies et Commu­nications aériennes et terriennes est visé… Question de caoutchoutage, le Midi réclame… Nous allons voir. Allô! allô!

Vive discussion… Discours virulent de… Drinn, drinn, passons les discours… Ordre du jour de blâmePar 1,246 voix contre 342….,ça y est, le ministère a dérapé!

 

En l’air, au bar aérien d’une station élec­trique, En bas, stationnent quelques autos rechargeant leurs accumulateurs. A mi-hau­teur, sous les grands hangars, remises, des véhicules divers attendent: un petit dirigeable de location, deux aérobus, trois aéroplanes, une ballonnette.

Trois messieurs, deux dames et trois en­fants de dix à quinze ans, achèvent de déjeuner. Il fait un temps superbe, le soleil brille. On cause de l’orage de la veille.

- Quatre accidents seulement, dont un assez grave…

- Il y a tant d’imprudents, des jeunes gens qui se lancent, par snobisme, avec des aéro­planes de course, ou d’autres, au contraire; faute d’argent, les pauvres diables, sur des appareils de quatre sous, sans solidité, des clous d’occasion!… Les parents, quelquefois, devraient mieux surveiller ces échappés de collège.

- Ah! mon cher, maintenant, dès le lycée, on fait de l’aéro ou du planotage, comme mon grand-père faisait du canotage… Ainsi, Gaston que voilà, s’il passe son bachot Fan pro­chain, je lui paie un petit aéro-fléchette de douze cents francs; il pourra s’offrir des pe­tits voyages raisonnables… 11 sait conduire, d’ailleurs, et fait du dirigeable tous les di­manches. Il a son brevet d’aéro…

- Ça n’est pas si malin! fit le jeune Gas­ton.

- Oh non ! papa, firent en chœur les deux fillettes.

- Regardez donc le vieil aérocale vermoulu qui nous arrive par sud-sud-est… Quelle antiquité! Ça doit dater de 1930! On faisait solide, dans ce temps-là!

- Mais ça ne marche guère… Voyez, il croise l’aérobus de Saint-Malo; il a fallu un effort sur le moteur pour éviter d’accrocher…

- A propos, vous savez ce qui est arrivé, cette semaine-ci, en forêt de Fontainebleau, derrière Barbizon? Des filous qui ont fait coup double… Ils venaient de cambrioler une grande villa en forçant la porte de l’embar­cadère supérieur, — les maîtres au théâtre à Paris, — lorsqu’en filant par-dessus la forêt, avec leur butin, leur dirigeable rencontre un aéro de touristes qui s’en allaient en Italie en voyage de noces. Harponnage, terreur! Le pauvre monsieur voulait résister; mais la jeune dame s’évanouit… Dévalisés à fond en deux minutes!

- Dame, les voleurs ont beau jeu avec l’aéro, malgré toute la surveillance…

- C’est comme pour la contrebande. Il a bien fallu supprimer les douanes…

- Vous savez si c’est merveilleux, l’aéro, pour découvrir dans les monuments des beau­tés inconnues aux curieux d’en bas! Eh bien! il y a des gens peu délicats qui abusent, ils déboulonnent des statues haut perchées. On a pincé, l’autre jour, un Anglais qui, sous prétexte d’admirer la cathédrale de Reims, emportait des souvenirs.

- Oh! ces collectionneurs!

- Chère madame, j’ai vu une chose bien drôle, il y a trois mois, en Egypte: des cour­ses de planocars, aéroplanes et aéroflèches, avec, comme obstacles, les Pyramides à sauter l’une après l’autre… Je l’ai fait; mais j’ai failli attraper un Bédouin en descendant. Je l’ai évité par un bond de côté; mais mon hélice s’est cassée sur la tête du grand sphinx… Si les affaires sont bonnes, j’irai, en novembre, avec un aéronef d’agence, faire douze jours de chasse en Abyssinie… Lion, panthère…

- Oh! fait le jeune potache, avec admiration.

- Pourvu que, d’ici là, il n’y ait pas de guerre!… Partout, on augmente les flottes aériennes… On construit, on construit…

- Il faut bien! 11 peut nous tomber dessus, sans crier gare, quelque flottille asiatique. Mal­gré toutes nos croisières, c’est si facile! Un coup de vent, une série de brumes dans l’atmos­phère, une anicroche aux rondes internationa­les avancées, et ils passent… C’est beau, l’avia­tion; mais il y a le revers de la médaille: l’insécurité générale!

- Moi, je compte aller jeudi à Londres.

- Avec votre aérocale?

- Oh! s’il s’agissait d’aller à New-York, j’irais par. l’aéronef transatlantique…

- Moi, je voyage peu! Ah! mon ami, une belle nuit, la sortie de l’Opéra par en haut, avec tous les aéros qui passent ou qui sta­tionnent, les municipaux, Paris illuminé…, les toilettes, les stations aériennes diverses, la tour Saint-Jacques au loin, Nuage-Palace, l’Arc de Triomphe, les terrasses des restaurants, cela vaut les Alpes par en dessus, Venise en aéro-gondole…, Constantinople, tous les grands spectacles… C’est superbe!…

Albert Robida


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2 commentaires pour « Les Introuvables :«L’Aviation En 1950» De Albert Robida »

  1.  
    Ferocias
    30 mars, 2012 | 7:32
     

    Toujours le talent de Robida tant pour les dessins que pour les textes. On oublie trop souvent le Robida nouvelliste et romancier…

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    •  
      30 mars, 2012 | 10:03
       

      Salut Férocias.
      Merci pour tes petits messages qui me sont toujours autant plaisir. Il est certain que Robida est un des pères fondateurs de ce genre que nous aimons tant et sa plume est aussi féconde que son pinceau, un auteur trop longtemps ignoré , à l’honneur à l’exposition « Futur antérieur » 44 rue Quincampois à Paris, un superbe évènement que je recommande à tous les amateurs d’anticipations anciennes, c’est tout simplement magnifique. A surveiller leur catalogue qui devrait sortir en Avril et qui s’annonce splendide. Bonne journée a toi.

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