Albert De Pouvourville: La Science Au Service De La Guerre!

Posté le 14 mai 2012

 

Albert de Pouvourville, fils d’un officier d’ordonnance de Napoléon III, d’une famille noble de Lorraine, entre à Saint-Cyr puis démissionne au bout de peu de temps, alors qu’il était officier dans l’armée métropolitaine. Il s’engage comme soldat dans la Légion Etrangère, part pour le Tonkin et retrouve au bout de deux ans ses galons d’officier.

Peu de temps après, il démissionne de l’armée pour entrer dans la Garde Indochinoise, institution qui assurait la force armée autochtone à la disposition de l’autorité civile dans les pays de protectorat (Tonkin, Annam, Cambodge, Laos),

Il quitte assez vite la Garde Indochinoise et devient conseiller des Gouverneurs Généraux voire des ministres des Colonies, et porte-parole de groupes d’intérêt économique privés et de publications politiques et financières. Il connaît très bien la langue vietnamienne mandarinale du Tonkin, et adopte un sobriquet qu’il place en sous-titre de son nom : Mat Gioi, qui signifie « l’oeil du jour ». 

L’homme, en tous cas, témoigne d’une maîtrise exceptionnelle de la culture et des traditions vietnamiennes et sino-viêtnamiennes, qu’il relate avec une admiration à peine dissimulée tout en se complaisant à décrire en détail des scènes de supplice d’une cruauté atroce

La notice biographique ne cache pas que cet aventurier fuma l’opium, mais sans excès jusqu’à sa mort à 78 ans. Cette habitude transparaît avec insistance dans la plupart de ses ouvrages.

Parfois désordonnée voire chaotique, l’oeuvre d’Albert de Pouvourville présente un intérêt majeur pour la connaissance du Tonkin entre 1880 et 1910 puisqu’elle relate la conquête française vue du côté des mandarins indochinois et des Pavillons Noirs ou vécue par les plus modestes des soldats et agents français et indigènes. 

Après 1920, il écrivit de nombreux ouvrages, romans, essais sur l’art, sur l’âme annamite, toujours consacrés à l’Indochine, aux pays voisins, à la politique et à l’économie française dans ces régions. 

Le livre majeur de ce prolifique auteur est à coup sûr L’Annam sanglant , récit de la prise d’Hanoï par le commandant Rivière en 1881 vue exclusivement du côté des Pavillons Noirs. D’autres ouvrages, « Chasseurs de pirates » , « Le maître des sentences » , « De l’autre côté du mur » , reprennent le même thème des affrontements en Moyenne Région tonkinoise. Un recueil de nouvelles, « L’heure silencieuse », est empreint d’une incroyable cruauté : ce ne sont que récits de vengeances subtiles, couronnées de supplices compliqués.

Ce sont probablement ses origines de famille militaire et sa part active au sein de l’armée qui influencèrent cette brève mais prolifique occupation « d’anticipateur militaire » thématique dont il fut un des protagonistes les plus actif dans notre domaine notamment avec cette œuvre phare en la matière «  L’héroïque aventure ». Vaste saga martiale qui, à l’instar de la rarissime saga du Colonel Royet « La guerre est déclarée » ( 20 Fascicules éditions Tallandier 1931) et de la toute aussi fameuse « Guerre infernale » de Albert Robida et Pierre Giffard ( 30 Fascicules éditions Méricant 1908) et de « La guerre dans l’espace » de Louis Gastine (18 Fascicules éditions de la maison du livre 1912) reste des plus fameuse pour le coté démesuré de ce conflit qui embrase l’Europe, et la richesse des inventions que vont employer les différents pays, protagonistes de cette gigantesque tuerie scientifique. Contrairement à l’ennemi classique en vigueur à cette époque, mais il faut dire que les choix étaient des plus limités en raison des vieilles rancunes avec notre ennemi éternel, Pouvourville ne jettera pas son dévolu sur la forme xénophobique de rigueur en choisissant le sournois asiatique, mais plutôt le fourbe teuton dont les appétits de conquête et de pouvoir sont aussi disproportionnés que les fils de  l’empire du soleil levant.

Ainsi l’auteur, comme vous allez le lire dans une partie de la préface se trouvant dans le tome 1 « La guerre prochaine » est conscient des progrès techniques que vont faire les différentes nations et de tout le mal que celles-ci vont se donner afin de produire des armes de plus en plus élaborées et de plus en plus meurtrières : Navigyres, Rayons de la morts, super bombardiers, gaz toxiques, blindés gigantesques, Tanks sous-marins,explosifs surpuissants… tout y passe, sur terre comme sur mer, en passant par les forces terrestres ! Les guerres du futur se gagneront dans les laboratoires et les hommes qui y participent en paieront le lourd tribut. Tout cela bien évidemment avec une petit relent de patriotisme nécessaire ppur ne pas dire obligatoire dans ce genre d’exercices

Une saga donc des plus mémorable où l’auteur exprime toute ses inquiétudes face à un avenir qui ne s’annonce pas des plus radieux, prémices d’une guerre à venir qui sera des plus meurtrière (14/18 était déjà passé par là) et dont les enjeux, outre territoriaux et économiques seront très certainement technologiques. En affichant une puissance démesurée en terme d’engins de destructions, que pourront faire certaines nations face au rouleau compresseur de la science et de la barbarie ?

 

Extrait de la préface à « L’héroïque aventure »

 «  Vous le savez : la cavalerie, arme de nos aïeux splendides, a été détrônée par l’infante­rie; l’infanterie, vieille reine des batailles, ne tient plus devant ces artilleries gigantesques, qui font, avec les villes, des ruines, et avec des champs, le désert. Présentement, L’armée de L’air prime et commande tout. Et, de jour en jour, d’invention en invention, son rôle, hé­roïque en 1914, s’avère, pour 1940, criminel.

Aux champs de bataille futurs, il n’y aura plus de fantassins, de cavaliers, d’artilleurs. Plus d’hommes, ou du moins très peu. Il y aura l’effroyable investissement de l’air : des inva­sions de microbes, des pluies de poisons. La mort collective tombera, muette, du haut des airs. Les projectiles, se riant des distances et des trajectoires, utiliseront, dans la strato­sphère, les forces cosmiques et les vitesses pla­nétaires. Le petit enfant de Bayonne sera aussi près de la mort que le poilu de Metz ou de Strasbourg. Les obus de l’ennemi n’enlève­ront plus seulement les bras et les têtes, mais la vision à l’œil et la mémoire au cerveau.

Ces dangers tragiques, je n’hésite pas à les réaliser devant vous dans des tableaux et avec leurs corollaires inévitables. En affirmant que s’ils ne sont pas, en 194., tels que je les dis aujourd’hui, c’est qu’ils seront pires.

Les cacher ? En diminuer le péril? Il me sem­ble que ce ne serait pas vous estimer, fils de France, comme vous voulez l’être, et comme vous le méritez. Il faut que vous les connais­siez, intégralement et sans voiles, et que, de­vant eux, vous demeuriez impavides et forts. Pour ne pas mourir, votre pays a besoin de votre vie. Mais soyez assurés du fond de vous- mêmes. Votre race, invinciblement, vous pro­fère de toutes ses puissances…

De ses puissances créatrices surtout. Au fond des laboratoires où se préparent les réponses à toutes les attaques, dans les galeries souterraines  où mûrissent les métaux inconnus et sauveurs, sur les tables polytechniques où s’élaborent les solutions heureuses des mor­tels problèmes, partout, tous les cerveaux de France travaillent pour vous, silencieusement, victorieusement.

Relisez vos annales : il n’y a pas de limites à l’ingéniosité, à la profondeur, à l’audace des intelligences de votre pays. Pour chaque trait dirigé contre vous, elles vous mettront en main le bouclier de la protection et l’arme de la riposte. Si effroyable que soit la menace, soyez confiant, levez le front, et passez outre.

Plus heureux qu’Achille, vous êtes trempés tout entier aux eaux vives de votre race et dans l’intarissable source de son génie.»

A. De Pouvourville 

 

Bibliographie :

 

- Editions Baudiniére, série en 25 Fascicules illustrés par Claudel.

 Première parution sous le titre de « La guerre prochaine »

1934:

1. Le Navigyre
2. Alerte sur Paris
3. Le Mur de lumière

1935:

4. La Route de feu
5. Paris Invincible

 

La suite de la série se poursuivra sous un titre général différent, en reprenant la numérotation  depuis le départ, mais forme une suite cohérente commencée avec « La guerre prochaine »

 
1. La Frontière d’acier
2. Les Canons-Longs
3. Au Secours de Prague
4. Alpinistes et sous-marins
5. Les Aquatanks
6. Les Crimes de la science
7. Nos Savants répliquent
8. La marche vers Stuttgart
9. Prise de Karlsruhe
10. Croiseurs et torpilles
11. L’Europe en armes
12. Tirs stratosphériques
13. Les métèques au poteau
14. Les tricolores sur Munich
15. Le rayon orange
16. La bataille de Franche-Comté
17. La fin d’un reître
18. Combats sur la mer du Nord
19. Vers la Ruhr
20. La bataille de Belgique
21. La victoire des Ailes
22. Vers le grand duel
23. La ruée sur le Rhin
24. L’aube du grand choc
25. L’épopée.

Cette série fut reprise par la même éditeur en 6 forts volumes (5 fascicules par exemplaires). Illustré par Claudel .

1934:

1. Les Navygires : ( « La guerre prochaine », »Alerte sur Paris », « Le Mur de lumière », « La Route de feu », « Paris Invincible »)

1935:

2. Batailles Aériennes : (« La Frontière d’acier », »Les Canons-Longs », »Au Secours de Prague », « Alpinistes et sous-marins », « Les Aquatanks »)

3. Forteresses mouvantes : (« Les Crimes de la science », »Nos Savants répliquent », « La marche vers Stuttgart », »Prise de Karlsruhe », »Croiseurs et torpilles »)

4. Le rayon orange : (« L’Europe en armes », « Tirs stratosphériques », « Les métèques au poteau », »Les tricolores sur Munich », « Le rayon orange » )

5. Combats Navals : (« La bataille de Franche-Comté, « La fin d’un reître », « Combats sur la mer du Nord », « Vers la Ruhr », »La bataille de Belgique »)

6. L’épopée : (« La victoire des Ailes », « Vers le grand duel »,«La ruée sur le Rhin », « L’aube du grand choc », «L’épopée » )

 

Toujours dans l’anticipation militaire :

 « Pacifique 39 » Baudiniére, 1934In-16, 351 pages. Illustré par Claudel

 

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Un commentaire pour « Albert De Pouvourville: La Science Au Service De La Guerre! »

  1.  
    pierre
    20 juillet, 2012 | 16:24
     

    Bjr
    j’ai trouve un de ses livres au grenier :
    L’OEIL NUMERO 7 histoire vecue
    Il ne figure pas dans votre liste
    le connaissez vous ?
    Pierre

    Répondre

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