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« Machine à Peindre »: La Science Au Service De L’art !

Posté le 17 mai 2012

 

Le thème de la peinture reprenant vie ou de personnages projetés dans un tableau vivant est en général un sujet essentiellement abordé en littérature fantastique et nous citerons pour exemple des textes aussi fameux que ceux de Hoffman « Le peintre de l’église des Jésuites » récit publié dans les Contes Nocturnes en 1817, « Le chef d’œuvre inconnu » de Honoré de Balzac (1832),« Le portrait » de Nicolas Gogol (1840) « Le portrait ovale » de Edgar Allan Poe (1842), , « Le portrait de Dorian Gray » de Oscar Wilde (1890), « Le portrait du mal » De Graham Masterton( 1985). Bien souvent il s’agira de spectres ou de fantômes et donc n’impliquant aucune utilisation de machines ou d’inventions révolutionnaires. De toute évidence le propos fut des plus utilisé dans les littératures de l’imaginaire et la quantité des textes existant nous prouve la fascination qu’un telle thématique exerçait sur les auteurs.

Dans le domaine de l’anticipation ancienne comme celle beaucoup plus récente d’ailleurs, rares sont les auteurs ayant utilisés cette thématique Dans le précieux « Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne et de littérature fantastique » Philippe Gontier admirable érudit et rédacteur de l’excellent « Boudoir des Gorgones » nous cite « La fameuse machine à peindre » de Franz Von Stuck dont l’auteur nous fit une description et une fort belle caricature dans la revue Munichoise « Fliegende Blätter » en 1888. Illustration et texte qu’il vous sera possible d’apprécier à la fin de cet article

Mais cette « machine à peindre » connu une antériorité puisqu’en se référant toujours au même bulletin, il est possible de relever dans son numéro 4 (Octobre 1990) un petit article de Guy Costes nous rapportant la couverture du « Journal amusant » (N° 598,15 Juin 1867) sur lequel il est possible d’admirer une couverture d’Albert Robida et intitulé « L’exposition !!! ». Détail des plus « amusant » il est possible d’apercevoir dans le coin inférieur gauche une curieuse machine à peindre.

Selon les sources de notre ami grand spécialiste entre autre des « Terres creuses » cette thématique sera également traitée par Carsten Raven dans un dessin publié dans le « Pêle-mêle » N°39 du 25 Septembre 1904 et intitulé « Toujours le progrés »

Par contre, il n’est pas fait état d’une autre invention, toujours du génial Robida et que l’on retrouve dans une de ses œuvres phares : « Le XXemé siècle ». En effet dans le chapitre 4 et intitulé « Photopeintres et ingénieurs », agrémenté d’un planche des plus évocatrice « « Les photopeintres au Louvre »,l’auteur nous livre un descriptif non pas à proprement parler d’une « machine » à reproduire les toiles, mais d’un ingénieux système photographique reproduisant à l’identique une toile réputée. Voici la description qui nous en est faite :

« Les progrès de la science ont permis de supprimer à peu près complètement l’usage de la palette et du pinceau. Sauf quelques retardataires obstinés, les peintres ou plutôt les photopeintres collaborant avec la lumière électrique ou solaire ; ils obtiennent ainsi presque instantanément de véritables  merveilles en photopeinture sur toile, carton, bois ou peau d’âne ; des reproductions fidèles, soit de tableaux célèbres, soit de modèles vivants habilement groupés. Grâce à  cette rapidité d’exécution, une toile comme les Noces de Cana dont l’original, entre parenthèses, a dû demander un temps prodigieux à Paolo Caliari dit Véronèse, reproduite en grandeur de modèle, peut être livrée au public pour la faible somme de 99 Francs 95. »

Voici donc une invention qui permettre à tout un chacun de posséder chez lui un tableau réalisé par les signatures les plus prestigieuses. En popularisant de la sorte l’accès à une culture universelle, les riches devront se payer le luxe de nouvelles manies de collectionneurs pouvant échapper à la marche inexorable de la science. Mais Robida était un grand idéaliste dont la satyre voulait mettre un point final à cette bourgeoisie voulant affirmer sa différence et montrer sa « supériorité » culturelle et intellectuelle par la force et le pouvoir de l’argent.

Avant de fermer provisoirement ce chapitre sur la « Machine à peindre » Jean de Quirielle produisit également un roman qu’il est intéressant de mentionner. Roman que j’avais analysé dans les pages de ce blog. En effet « La Joconde retrouvée » est également un de ces rares exemples qui, contrairement à la thématique évoquée jusqu’à présent, va agir en sens inverse, à savoir de rendre vivant par un moyen scientifique, le personnage d’un tableau « emprisonné » dans une toile. Curieux roman pour une non moins curieuse méthode dont les tenants et les aboutissants, même s’ils déçoivent quelque peu, ne manqueront pas d’intriguer le lecteur des plus curieux.

 

« La machine à peindre » de Franz Von Stuck

«  Le brevet d’une invention de toute importance a été déposé dernièrement. Il s’agit de rien moins qu’une machine à peindre. L’inventeur en est un peintre qui a souhaité garder l’anonymat pour se protéger des représailles de ses confrères. La machine permet de produire en un temps record des peintures de tous genres et de tous styles. Les clients pressés peuvent même attendre l’oeuvre demandée sur place. Pour commander une toile, il suffit d’indiquer le sujet choisi et le maître par qui l’on souhaite le voir traiter. Les portraits peuvent être commandés par courrier, par télégraphe ou par téléphone. L’appareil peut fournir des galeries complètes de maîtres anciens et modernes. Des conditions peuvent ainsi être consenties en cas d’achats par douzaines. Le propriétaire de cette machine est un marchand d’art qui en a acheté les droits à l’inventeur pour cent marks.

La machine à peindre est commandée par un excellent critique d’art, mieux placé que quiconque pour savoir de quoi se compose un bon tableau, ce que les peintres doivent peindre et comment. Les innovations sont exclues systématiquement, ce qui supprime les motifs de perplexité tant chez les critiques que chez le public. Celui-ci n’a plus à craindre de surprise ou de gêne : il sait par avance comment il doit réagir devant les oeuvres. Les marchands d’art ne pourront plus se plaindre de la pénurie de tableaux. Quant aux peintres, ils sont désormais superflus, si ce n’est pour apposer leur signature sur les productions de la machine. Face à cette révolution, nous ne pouvons que conseiller aux peintres de se reconvertir dans la sculpture. A ce jour, on n’a pas encore inventé de machine à sculpter. »

 

 La machine de Franz Von Stuck                                                                  La Machine à Photopeinture de Albert Robida

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