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« Crimes Instantanés: En Pressant Le Bouton Du Mandarin » de Léon Groc

Posté le 20 mai 2012

 

Une petit nouvelle de Léon Groc qui fut rééditée dans le N° 2 bis du « Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne et de littérature fantastique » Elle provient du numéro spécial « Le miroir du monde, Spécial XXXème siécle » de Noel 1933. J’avais déjà eu l’occasion de vous faire le détail de cet hors série des plus riche, tant pour ses illustrations que pour la quantité de textes inédits relevant de notre domaine. Cette nouvelle pourrait être sous-titrée «  La criminalité à travers les ages » car l’auteur y fait état des diverses armes utilisées des origines jusqu’à nos jours, c’est-à-dire le XXXème siècle, où les malfrats font état d’une grande ingéniosité en matière de meurtres et de vols.Le monde est ainsi divisé en deux catégories : « Les destructeurs » et « Les épureurs »…on se croirait en plein « Ninority Report » ! Il est à noter que Léon Groc , y fait un intervenir un personnage illustre , le professeur Clodomir, savant réputé qui fut le héros d’un autre de ses romans des plus intéressant «  Le chasseur de chimère » (France édition 1925).

Un moyen de rendre hommage à ce merveilleux écrivain, qui me révéla le potentiel énorme de ce genre littéraire qui ne cesse de m’émerveiller

Je vous laisse donc en compagnie du narrateur célèbre criminologue dont les découvertes sont des plus surprenantes.

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« Crimes instantanés : En pressant sur le bouton du Mandarin ». Par Léon Groc. Illustrations de Lalande. Pages 37 à 39. 

 

L ‘expert criminaliste bien connu Géo Clonr révèle les moyens subtils dont usent les destructeurs, mais heureusement aussi leur adversaires, les èpureurs.

La criminologie, Messieurs, n’est pas une science nouvelle. Ses origines sont très lointaines. Dirais- je qu’elles se perdent dans la nuit des temps?… Ils existaient des criminologues, en tout cas, dès ce XXème siècle, dont la barbarie ingénue et prétentieuse nous fait sourire.

L’évolution humaine atteignait alors cette période de transition, entre la fin des prétendues civilisations primitives et l’avènement de la société actuelle préparée, réalisée, enfin poussée au plus haut degré de perfection.

De cette curieuse époque, qui s’est terminée par les bouleversements que vous savez, il nous reste des témoignages assez imprécis. Ils s’expriment tous à l’aide des singulières et grossières méthodes qu’employaient nos ancêtres pour transmettre et conserver la pensée. Ces vestiges d’autrefois sont constitués le plus souvent par des feuilles de cette matière nommé « papier », et portant de bizarres signes appelés «caractères d’imprimerie». Les hommes d’il y a 1000 ans les gardaient dans des meubles fabriqués péniblement avec la matière ligneuse des arbres, et qu’ils désignaient sous le nom de «bibliothèques». Des fouilles récentes ont permis également de mettre au jour des disques faits d’une substance dure, brillante et noire, et des rouleaux étroits et longs où sont reproduites, sur une sorte de pellicule transparente, des scènes de la vie de ces temps primitifs. Vous n’ignorez pas qu’elles superstitions s’attachaient à ces objets, où les hommes du XXème siècle s’imaginaient fixer pour toujours les mouvements et les sons.

Ce sont ces divers témoins d’une époque heureusement disparue, qui nous permettent de reconstituer ce qu’était alors la criminologie…

D’après ces documents, donc, on a pu établir que les ancêtres de nos grands criminels obéissaient à de biens étranges mobiles. En ces âges lointains, les hommes se divisaient en deux catégories: «riches » et « pauvres ».

Les « riches » possédaient la totalité d’un lourd métal jaune, aujourd’hui fort commun, et à peu près inutilisable, mais alors très rare, et qui servait à mesurer la valeur des récoltes, des prés, du bétail. Les « pauvres » en étaient démunis. Il est malaisé de réaliser aujourd’hui les sentiments de haine et d’envie qu’engendrait cette répartition inégale des biens de la terre… Comment nous mettre à la place de ces êtres insuffisamment évoluées, et que l’appât d’un fragment de métal jaune jetait dans des transes frénétiques?

Toujours est-il que ce fut pour la conquête de cette fiction que se commirent alors les plus épouvantables forfaits.

Les contemporains des auteurs de ces crimes ne sont d’ailleurs pas unanimes à les flétrir.

Alors que certains sont extrêmement sévères pour un nommé Landru -dont on se demande d’ailleurs si il a bien existé, et s’il n’est pas le même personnage de légende, connu sous le nom de Barbe-Bleue- d’autres décrivent avec une complaisance admirative, les coupables exploits d’un certain Alexandre! On ne tolérerait pas aujourd’hui une si fâcheuse incohérence !

Encore les arrêts de justice étaient-ils assez rigoureux pour les criminels qu’animait la seule soif du métal. Mais de quelle indulgence n’usaient-ils pas pour toute une catégorie de crimes, dits « passionnels »! Il est assez difficile aujourd’hui, de saisir l’étrange mentalité des hommes qui commettaient de tels actes et ceux qui les absolvaient. Qu’est-ce que la «jalousie » -c’est ainsi qu’ils s’exprimaient- sinon une forme de l’égoïsme et une perversion de l’instinct de propriété?

Les armes qu’employaient les meurtriers, en cette ère révolue, n’étaient pas moins étranges que les mobiles qui les poussaient. Vous connaissez tous, Messieurs, ces machines à tirer, d’une simplicité enfantine, que l’on a découvertes au cours de fouilles récentes, et que, les auteurs antiques appelaient «canons » et « mitrailleuses ». Eh bien! si j’ai compris les textes que j’ai sous les yeux, les ancêtres de nos malfaiteurs avaient des canons et des mitrailleuses de poche, nommés «revolver» par les uns, et « pistolets » par les autres, et dont ils usaient pour tirer sur leurs semblables !

Il est fort heureux soit dit en passant, qu’ils aient été pourvus de si médiocres moyens d’action! Autrement avec les instincts féroces qui les animaient, à quels carnages ne se seraient-ils pas livrés !…

Vous souriez, messieurs! Vous pensez que de telles armes n’étaient guère redoutables ! Mais vous oubliez assurément que la police était aussi mal pourvue que les malfaiteurs, et que la médecine et la chirurgie étaient dans l’enfance… Aussi les faibles projectiles lancés par ces armes grossières étaient-ils toujours dangereux, souvent mortel…

Plus tard, au cours des siècles qui suivirent, l’armement des hommes contre les hommes se perfectionna… L’avion ce précurseur de nos trains interstellaires, devint, entre les mains des bandits, un engin efficace, et l’on assista bien souvent à des batailles aériennes entre policier et criminels.

Puis, l’on arriva, après plusieurs siècles encore, à « l’âge des radiations ». C’est là une époque qui nous est mieux connue. Il n’est pourtant pas inutile ici de nous en rappeler les diverses phases.

Les rayons meurtriers et les rayons protecteurs ont été longtemps confondus. Il a fallu de patientes et savantes recherches, poursuivies avec une admirable persévérance dans les laboratoires, pour les discriminer. Les plus simples des hommes savent aujourd’hui produire et utiliser ces rayons.

Mais si l’on se met à la place des premiers hommes qui virent l’un d’entre eux détruire radicalement en quelques secondes, à 1000 kilomètres de distance, la maison de son ennemi, on conçoit qu’ils purent imaginer que ce destructeur incarnait le génie du mal ! Lorsqu’ils pensèrent (et l’événement leur donna raison) que l’on pouvait aussi délibérément abattre une ville qu’une maison, ce fut la grande panique qu’ont enregistrée les historiens…

Nul d’entre vous n’ignore comment les rayons bienfaisants intervinrent pour lutter contre les rayons diaboliques et comment la société put se défendre enfin contre les détenteurs de la nouvelle machine à tuer!

Toutefois, en découvrant le moyen de juguler les émissions malfaisantes, on n’avait pas trouvé celui d’éteindre la haine de l’homme pour l’homme. Et l’histoire des crimes dut enregistrer de nouveaux progrès dans l’art de nuire à son prochain.

Vous avez tous présent à la mémoire -ce n’est pas tellement ancien- l’histoire horrible et merveilleuse de la première application de la désintégration de l’atome en ses éléments primaires. La possession de cette force que nous avons canalisée, à laquelle nous sommes accoutumés, et que nous – employons à des usages industriels et pacifiques, fut alors considéré comme une sorte de prodige.

Libérer des millions de chevaux-vapeur contenus dans une tête d’épingle: quel rêve en ces temps où régnait la plus triste et la plus lourde ignorance! Vous savez tous comment cette énergie fut tout d’abord mise au service du mal, et comment un prestigieux bandit prétendit l’utiliser pour asservir le monde, et faillit réussir!…

Cette année 2933 a été marquée par une diminution des méfaits constatés au cours des années précédentes, mais aussi par l’éclosion d’une nouvelle manifestation des mauvais instincts de l’homme, encore si imparfait, hélas! Malgré l’évolution de notre civilisation moderne.

Les « voleurs d’intelligence » ont été moins monstrueux et moins audacieux que naguère. On signale pourtant la mésaventure arrivé au professeur Clodomir, qui, au milieu d’un cours en Sorbonne s’est trouvé subitement aussi inculte, aussi nul, aussi ignorant qu’un nouveau-né.

Il a émis quelques vagissements inarticulés, s’est mis à sucer son pouce avec une sorte de sensualité ingénue, tandis qu’il tendait avec convoitise sa main libre vers le crâne chauve de son préparateur, qui brillait sous la lampe et qu’il prenait pour une boule…

Un auditeur, cachant sous son vêtement, un appareil capteur de rayons psychiques, avait profité d’une distraction du savant professeur, pour lui dérober, d’un seul coup, toute son intelligence et tout son savoir!

Le commissaire de police de la région a ouvert aussitôt une enquête et a pu arrêter le voleur avant qu’il ait utilisé son butin. Le professeur Clodomir est rentré en possession de son bien moral…

Des tentatives analogues ont été faites en diverses villes, à l’aide de ce même appareil de captation des ondes cérébrales. Mais la plupart ont échoué, grâce au casque protecteur, impénétrables aux rayons externes, et que vient de mettre au point un inventeur au service d’une police admirable, à laquelle il faut rendre cet hommage qu’elle s’efforce de prévenir les crimes avant même de songer à les réprimer.

Messieurs, je vous remercie des applaudissements que je viens d’entendre, et qui s’adressent, non à l’orateur, mais à ceux dont il fait l’éloge mérité.

Toutefois, il faut bien enregistrer, à l’actif des malfaiteurs, un «vol d’affection », à la suite duquel une mère a cessé d’aimer son enfant pour chérir celui d’une autre femme… Est-il plus grand forfait que cet affreux rapt de l’amour maternel?

On signale encore un menu, mais étrange larcin, qui relève, cette fois des lois de l’optique plutôt que celle de la psychique: un fantaisiste a dérobé l’ombre de son voisin, uniquement par tracasserie, et pour lui jouer un mauvais tour!… Car, enfin, quel usage le larron ferait-il de deux ombres? Une sévère admonestation du commissaire au délinquant a suffi pour convaincre celui-ci de la stérilité de sa stupide plaisanterie, et il a restitué l’ombre qu’il détenait indûment!…

Mais j’en arrive, Messieurs, à une nouvelle forme, bien alarmante en vérité, de méfaits, qui a été constatée tout récemment, et contre laquelle il paraît bien difficile de sévir.

Et, cependant, si l’on trouve le moyen d’y parer, il faut s’attendre à une effrayante épidémie de crimes! Plusieurs citoyens de notre fédération terrestre se sont plaints d’être l’objet, de la part d’inconnus, de singuliers sévices. On les dépouillerait peu à peu de leur personnalité, de leur « moi », pour faire d’eux des sortes de machine vivantes au service de leurs persécuteurs. Un certain nombre d’humains seraient déjà ainsi entièrement « dépersonnalisé », et n’auraient même plus le pouvoir, ni la volonté, de protester.

Ceux qui nous ont adressé des plaintes ne sont qu’au début de cette « dépersonnalisation ».

Le danger est grave, messieurs, d’autant plus grave que les méthodes les plus modernes d’investigations policières sont demeurées vaines, jusqu’à présent du moins.

On a employé sans succès le procédé des « empreintes morales ». qui a remplacé depuis longtemps la préhistorique méthode des empreintes digitales, qu’utilisaient les ancêtres de nos détectives.

Cette anthropométrie psychique n’a rien donné. Les persécuteurs sont restés inconnus. Et c’est au point qu’on se demande s’il ne s’agirait pas d’habitants des planètes voisines, qui prétendraient ainsi coloniser la Terre!

Je ne veux pas terminer sur cette note pessimiste. Je veux espérer de tout mon coeur -et vous luire partager cette espérance- que la science sauvera une fois de plus la société humaine et la civilisation terrestre. C’est sur ce voeux que je conclus ce modeste et incomplet exposé.

Léon Groc

 

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