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Archive pour mai 2012

Alberto Santos-Dumont:Pionnier De La Navigation Aérienne!

Le plus lourd que l’air fut pendant longtemps l’objet de toutes les hypothèses et de toutes les attentions. Une époque où l’homme, lassé d’être un vulgaire piéton sur une terre devenue beaucoup trop encombrée, n’aura de cesse que de trouver de nouveaux moyens pour se déplacer plus vite et plus haut. Les romans conjecturaux anciens regorgent de ce ballet aérien de ballons dirigeables et de petites embarcations aériennes et l’on se souviendra des romans de Albert Robida, que nous avions déjà évoqué sur les pages de ce blog, inventions omniprésentes dans ses romans phares que sont « Le XXéme siècle » et « La vie électrique ». Nous nous souviendrons également avec une pointe de nostalgie (car hélas la réalité est tout autre) du magnifique numéro de l’assiette au beurre « A nous l’espace » qui imaginait un monde futur où chacun posséderait son propre moyen de locomotion aérien.

Dans cet article extrait du riche et passionnant N°1 de la revue « Je sais tout » (15 Février 1905) « Ce que je ferai et ce que l’on fera », numéro qui proposa pas moins de trois articles concernant notre domaine plus le début d’un roman fantastique, Alberto Santos-Dumont célèbre constructeur du tout premier dirigeable dans le sens d’un ballon qu’il sera possible de « Diriger » à sa guise, nous fait état de ses espoirs et de la grande confiance qu’il accordait au devenir de se moyen de transport. Même si l’avenir n’allait pas lui donner entièrement raison, il n’en reste pas moins un pionnier des plus intéressant, nous proposant une vision quelque peu idéaliste de ce que pourrait être le monde de demain.

Magnifiquement illustré, comme à son habitude, par le trait de génie de Henri Lanos, un autre pionnier mais de l’illustration conjecturale, pour l’audace de ses visions et pour son trait des plus inspiré qui n’a pas perdu une seule ride.                    

 

Le grand changement que nous verrons dans quelques années.

« Quand donc inaugurerons-nous l’ère des vaisseaux aériens? Ce grand changement se produira probablement très rapidement; des qu’un yacht aérien aura franchi le Pôle, des qu’un croiseur aérien aura accompli quelque action d’éclat pendant une guerre, nous ver­rons dans un laps de temps très court des centaines de ces bateaux de l’air planer au dessus de nos têtes. Ce sera le commencement du grand changement.

Des centaines d ingénieurs et de mécani­ciens travailleront concurremment au perfec­tionnement de ces vaisseaux de l’air, se copieront, se compléteront l’un l’autre, organiseront des courses, exposeront a côte l’un de l’autre au Salon des Aéronefs. Il y aura des usines pour leur construction; et, d’année en année, les modèles deviendront plus pra­tiques, à raison même de l’expérience acquise par des milliers de gens compétents dans les concours et dans leurs expériences de tous les jours.

Au commencement, il en sera comme des automobiles, quand elles ne portaient pas encore de numéro, quand on n’exigeait pas de certificats des chauffeurs, et quand l’amateur sortant pour faire sa promenade en auto était toléré d une part comme une exception et d autre part comme un pionnier de l’industrie française.

On verra grandir de mois en mois le nombre de yachts aériens qui manœuvreront au-dessus de Paris; mais comme ils n’effrayeront pas les chevaux, qu’ils n’écraseront pas les piétons, qu’ils n’entraveront pas la circulation dans les rues, et qu’ils n’empesteront pas de leurs odeurs l’air de Paris, on se récriera beaucoup moins que I on ne pense.

Ah oui! Il y aura des plaintes. De temps en temps, un yacht aérien descendra par hasard ou même express dans la rue, et ce ne sera peut-être pas sans avarie pour la foule. De temps en temps, assez rarement, l’un d’eux s’abattra sur le sol, mais sa chute, pour être malheureuse, n’en sera pas nécessaire­ment fatale.

On les discutera. Une partie de la popula­tion et de la presse se lèvera contre cette expansion de la navigation aérienne. D’autres la défendront, ne serait-ce que dans le seul intérêt de l’industrie française et de Paris, centre ou affluent toutes les nouveautés du monde; car les Parisiens seront encore prêts, comme ils l’ont toujours été, à faire des sacri­fices plus grands que les autres villes pour conserver à leur capitale sa renommée de Ville-Lumiere, ville de plaisirs, de spectacles inédits et de sensations nouvelles !

Petit a petit même, les accidents en entravant la circulation des rues entraîneront certains changements dans la topographie de Paris.

Les propriétaires de yachts aériens deman­deront des quais d atterrissement.

Ils diront : « Nous ne demanderons rien à la rue. Nous ne profiterons pas de vos avenues dont l’entretien est si coûteux. Donnez-nous simplement des emplacements pour atterrir et vous n’aurez plus d’ennuis de notre part. » C’est ainsi que seront concèdes les premiers atterrissements; ce seront de grandes places ouvertes comme le Champ de Mars, où il n’y aura ni plantations, ni bâtiments, ni colonnes, ni clôtures, et c’est la que le capitaine de vaisseau aérien dirigera son bateau en cas d’avaries ou quand il lui faudra atterrir.

Au commencement, ces quais d atterrisse­ment seront probablement pris sur les places publiques déjà existantes ; mais la modification topographique aura commence. Petit a petit il faudra créer des atterrissements dans tous les quartiers de Paris; et quand on se mettra à en établir sur le toit des maisons, le second changement dans la topographie de Paris aura commencé.

Et nous qui lisons ces lignes, aurons-nous jamais l’occasion de monter en ascenseur jusqu’à des plates-formes spacieuses bâties dans l’air, pour attendre les vaisseaux aériens qui viendront nous prendre? Pourquoi pas? Et a côté des ballons, il y aura les machines volantes ou aéroplanes. Les ballons dirigeables allongés, même quand ils ne seraient ni plus lourds ni plus légers que l’air, sont faciles à remiser et s’enlèveront sans aucune difficulté des quais d’atterrissement établis à même le sol. Les aéroplanes, au contraire, auront un intérêt vital à atterrir et surtout à prendre leur vol sur des hauteurs.

Je n’ai rien à objecter contre les aéroplanes pourvus de moteurs; il y a même certaines formes de « plus lourds que l’air » que je considéré comme éventuellement possibles sinon probables. Et, si je me trouvais à la tète d’une grande station expérimentale de vaisseaux aériens, avec un matériel illimité et des ouvriers à ma disposition, je me met­trais aussitôt à fabriquer côte a côte une douzaine de types aériens différents, car j’ai toujours été et suis encore convaincu que seule l’expérience pratique sera notre vrai guide dans la conquête de l’air. Si dans mes propres expériences j’ai tenu jusqu’ici a des ballons allonges, c’est uniquement parce que je désirais naviguer de suite dans les airs, sans tarder davantage, et pour mon propre plaisir.

Peut-être y aurait-il des yachts aéroplanes à grandes ailes qui permettront à des moteurs puissants de les faire voler dans l’espace. On arrivera bien a établir la proportion à observer entre force motrice et surface; on découvrira les lois naturelles qui régissent les dimensions de tels aéroplanes, ou seuls, ou combinés avec des ballons. Et nous nous habi­tuons si rapidement aux innovations que le jour où des omnibus aériens entreprendront le transport de touristes et de voyageurs d’affaires de Paris à Saint-Pétersbourg, vous et moi nous y prendrons place aussi naturelle­ment que nos grands-pères ont pris place dans le premier chemin de fer.

C’est alors qu’à côté des quais d’atterrissement établis à même le sol et des haute plates-formes aménagées pour les petits bateaux aériens, la transformation topographique de  Paris sera complétée par de nouvelles gares aériennes savamment organisées.

Elles ressembleront à des gares terminus de chemin de fer en tant qu’elles auront des salles d’attente, restaurants, bars, et stations de fiacres d’un côte, tandis que de l’autre il y aura des salles pour le trafic, les machines, les appareils à gaz, et toute une série de voies- ferrées parallèles. Ces voies auront leur utilité pour les petits chars et les locomotives qui serviront à la manœuvre des vaisseaux aériens attendant l’heure du départ, car sur le sol le yacht aérien est aussi maladroit que l’aigle!

L’aigle maladroit? L’autre jour au Jardin des Plantes, j en regardais un battre des ailes sur une branche dans sa cage. Comme sa maladresse devenait de plus en plus manifeste, j’ai félicité in petto son inventeur et constructeur de ce qu’il n’a pas eu pour le conseiller, quand il a commence ses premières «expériences » des mathématiciens en redingote et en chapeau haut de forme. Maladresse et poids lourd auraient fait condamner à l’avance les aigles tout comme leur maladresse et leur légèreté ont fait condamner les premiers ballons dirigeables !» 

Alberto Santos-Dumont 

 

 Le ballon de voyage qui remplacera les chemins de fer

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Dans quelques années une sortie de bal

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Le Métropolitain de l’avenir: De merveilleux omnibus aériens!

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