« Histoire Extraordinaire D’un Pompéien Ressuscité » De Vassili Avenarius (1898)

Posté le 31 octobre 2012

 

Je viens de terminer l’ouvrage de  Vassili Avenarius « Histoire extraordinaire d’un pompéien ressuscité » et je dois avouer avoir passé un excellent moment avec ce personnage fort singulier ramené à la vie grâce aux bons soins du Professeur Scaramouche, célèbre scientifique Italien. Le procédé narratif est ici également assez astucieux car il permet ainsi à un homme visiblement peu habitué au genre « fantastique », entendez par là pour l’époque des textes relevant de l’imaginaire, d’effectuer un voyage dans le temps à moindre frais et de ne pas se perdre dans des explications parfois assez compliquées. Comme je le précisais lors d’un précédent article, il y a plusieurs façon de voyager dans le temps et si la machine est le procédé le plus utilisé, l’option de faire venir à notre époque une créature des temps anciens (souvenez vous de « L’effrayante aventure »  de Jules Lermina, réédité chez les Moutons Electriques) où un homme du passé («  10 000 ans dans un bloc de glace » de Louis Boussenard éditions Flammarion 1888,« L’homme qui réveille les morts » de Rodolphe Bringer et Georges de La Fouchardiére  Albin Michel 1918), est un procédé simple et assez pratique à utiliser. Dans le roman de Vassili Avenarius, nous découvrons la déconvenue de cet habitant de Pompéi qui dans les temps antiques se livra à une expérience de vie suspendue, sous la direction d’un puissant « Fakir ». Il était alors un jeune homme avec une brillant avenir devant lui, mais un chagrin d’amour lui fit choisir une tout autre destinée. Volontaire pour une léthargie qui ne devait durer que trente ans, les caprices d’un volcan en décidèrent autrement puisqu’ il se réveilla dix huit siècles plus tard, frais comme un gardon… ou presque. Sous les soins attentifs du professeur il fut donc « ressuscité » après sa découverte fortuite dans les ruines de l’ancienne cité romaine, et nous assistons au cour du roman, à une visite réjouissante et assez pittoresque d’une ville  Italienne qui suscite de la part de cette jeune relique bien des étonnements. Mais le roman ne posséderait pas suffisamment de charme si la découverte de Saramouche,  n’était contrariée par les agissements cupides et exaspérants d’un journaliste aux dents longues,Pilone Balanzoni, reporter en chef du « Feux d’artifice ». L’homme veut la primeur des informations et use de toutes les perfidies pour arriver à ses fins. Notre bon professeur doit alors jouer des coudes afin d’éviter ce trublion dont les agissements sont purement intéressés et servir de guide à notre vieux pompéien qui découvre avec stupéfaction un monde en pleine mutation. Ici point d’inventions extraordinaires pour le lecteur, ni de technologie futuriste et c’est en cela que réside l’astuce de l’auteur car pour ce revenant tout ce qui l’entoure est du domaine de « l’anticipation » et nous assistons au fil des pages à l’étalage des progrès sociaux et techniques de la part d’un savant au comble du bonheur, mais qui vont bouleverser durablement la vision du monde actuel de ce singulier personnage. L’auteur en profite pour nous livrer quelques passages assez cocasses avec dégustation de pâtes, bain de foule entouré d’admirateurs effrénés, visite d’une usine moderne, séance à l’opéra des plus mouvementée. Toutefois, malgré cette couche de vernis superficielle qui recouvre ce monde moderne, Marcus Junius trouve toute cette civilisation trop opprimante et en voyant ces « esclaves modernes » s’affairer devant leurs machines, il pense finalement que rien n’a vraiment évolué. Le roman est un support pour l’auteur pour critiquer ce monde moderne qui s’affaire et va trop vite, un monde peuplé d’escrocs et de profiteurs.

Réalisant alors une sorte de pèlerinage, ils décident de se rendre sur les vestiges de son ancienne ville et contempler les restes de son ancienne vie. Certains objets vont semer un trouble profond en lui et c’est avec une grande nostalgie qu’il va ainsi reconnaître des objets ayant appartenu à sa demeure, ses amis… Mais lorsqu’il va reconnaître, enfermé sous un globe de verre, le visage de sa bien aimée Lutécia, dont il ne reste que cette partie du corps, son émoi est à son comble. Ne pouvant plus tenir, étranger dans ce monde si terrible, il préfère en finir une bonne fois pour toute en se jetant dans le Vésuve. Plusieurs siècles après, le volcan a donc repris cette vie qui lui avait échappée, le cours du temps peut alors reprendre sa marche normale. Une histoire d’amour à travers les siècles, touchante et originale et prouvant une fois de plus comme que les sentiments peuvent vous rendre certes plus fort mais aussi réduire à néant une extraordinaire destinée : un seul être vous manque et tout est dépeuplé !

Une réédition vraiment intéressante avec une préface de Viktoriya et Patrice Lajoye fort instructive, mais nous n’en attendions pas moins de la part des ces deux passionnés de littérature Russe dont nous pouvons apprécier toute la mesure sur leur magnifique blog « Russkaya Fantastika ».

Ce court roman fut à l’origine publié dans « La nouvelle revue » en 1898 en trois volets et n’attendait qu’un audacieux amateur de vieilles publications pour en faire profiter les petits veinards que nous sommes. Nous espérons voir à nouveau ce genre de rééditions dans un futur relativement proche et pour cela il nous faut encourager ce genre d’initiative et donc acheter massivement ce genre d’ouvrages.

« Histoire extraordinaire d’un Pompéien ressuscité » De Vassili Avenarius. Traduit du Russe par A.Challandes (1898). Présenté et annoté par Viktoriya et Patrice Lajoye

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