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« Les coeurs enchaînés » de Nicolas Le Breton

Posté le 27 février 2017

Avec un peu de retard en regard de sa date de sortie, je viens de terminer le fort beau volume de Nicolas Le Breton « Les cœurs enchaînés » et je voudrais faire ici amende honorable, car j’avais vraiment adoré son premier volume « Les âmes envolées » et je n’avais pas eu le plaisir d’en parler. Il est un fait indiscutable pour moi que les lecteurs ont ce devoir quasi-obligatoire de parler, ne serait-ce que quatre lignes, d’un auteur ou d’un roman afin qu’ils puissent se sentir encouragés et récompensés du temps passé à la rédaction de leurs manuscrits. Je suis parfois scandalisé du silence glacial dont témoigne les lecteurs pour les écrivains à une époque où s’échangent sur la multitude de réseaux sociaux un volume impressionnant de conneries et d’absurdités en tout genre……mais bon , après ce seront les mêmes à se plaindre que certaines collections disparaissent, que des éditeurs ferment leurs portes, que des auteurs finissent peut-être par se lasser.
Pour en revenir au propos du moment, avec ce diptyque, l’auteur nous plonge dans un univers divergeant, où la France, pour ne pas dire le monde, voit sont avenir complètement bousculé non seulement par l’arrivée d’une nouvelle technologie impactant le développement industriel et social, mais par des événements qui se succédant à une vitesse folle, vont changer le cours de l’histoire et transformer bien des destins. Résumer le premier volume, et par voie de conséquence sa suite, serait ici une folie tellement les événements se succèdent à un rythme haletant, entraînant le lecteur dans un incroyable tourbillon de péripéties où le plus lourd que l’air règne en maître absolu . Un certain Henri Giffard ( hommage à Pierre Giffard le célèbre écrivain de la guerre infernale avec son complice Albert Robida ) inventeur d’un véhicule aérien, la giffardine, sera à la source même d’aventures incroyables mélangeant espionnage, roman d’exploration, guerre future, histoire de savant fou, occultisme, magie, péril extra-terrestre……Un roman fou, brillamment rédigé, mais qu’il vous sera utile malgré tout de prendre avec certaines précautions, non pas parce qu’il est inégal, bien au contraire, mais parce qu’il faut le lire avec une certaine rigueur,  les événements s’y enchaînant au pas de course, et qu’il ne faut surtout pas perdre le fil de l’histoire. Les personnages y sont comme on les aime, avec toutes les qualités requises : héroïques, charismatiques, répugnants, tortueux, implacables, retors, bref  il y en a pour tous les goûts, une galerie incroyablement bien achalandée qui ne pourra que ravir les plus exigeants. Mais ce qui fascine le plus dans ce roman, tout comme le premier, c’est le sens du rythme, la particularité que possède l’auteur à décrire des scènes d’action avec toute la verve et le panache nécessaire et  cette faculté d’imagination sans faille qui fait que cette saga est truffée d’idées géniales, ne serait-ce que cette entité extra-terrestre qui assimile de malheureuses victimes et dont l’origine et les intentions sont des plus stupéfiantes. Inventions folles, complots, alliances, retournement de situations, bouleversement de la carte géopolitique…….je suis toujours impressionné de la manière dont nos chers auteurs arrivent à garder une ligne directive aussi claire, malgré la richesse du contenu et la manière fouillée dont ils dissèquent le moindre événement. Nicolas Le Breton possède ce talent précieux et rare qui fait que son exploration des terres de la Savanture est une expérience unique et jubilatoire. Mais ce qui fait sa plus grande force, c’est sa connaissance parfaite des dirigeables, connaissance qu’il a patiemment accumulé au fil des années pour en faire un outil plus que précieux, le moyen d’inventer un univers parallèle où il se fait créateur de machines extraordinaires équipées d’hommes au caractère bien trempé et possédant leurs propres règles, leurs propres codes, leurs propres modes de vie. Il vous suffit de lire les premières pages de ce second volume pour se rendre compte à quel point il maîtrise parfaitement l’univers qu’il s’est créé et de toute la portée de celui-ci pour les gloutons d’histoires originales que nous sommes. La loyauté d’un auteur vis-à-vis de son public, se mesure à l’investissement que celui-ci va engager pour construire un monde imaginaire, mais parfaitement cohérent, en se basant sur des faits historiques, en les ingurgitant et en se les réappropriant : cela s’appelle la documentation ! Croyez-moi, peu d’auteurs sont suffisamment investis et méticuleux pour aller au bout de ce genre de ce processus.
C’est un roman Steampunk que vous tenez entre les mains, mais du haut de gamme, dans la plus pure tradition du roman populaire, mais avec cette classe supplémentaire, de ceux qui vous impactent par leur singularité et la qualité de leur écriture. Et le lecteur ressort d’une telle expérience, complètement conquis et heureux d’avoir l’espace de deux ouvrages, franchi les frontières de l’imaginaire et se plonger dans une monde ou règne la folie des hommes, mais aussi son courage et sa détermination face à des événements extraordinaires. Ce n’est pas seulement un livre sur la révolution scientifique, mais sur celle de l’espèce humaine qui par sa soif de pouvoir et son ambition, est prête à enflammer le monde et le plonger dans les ténèbres de la folie. Un roman qui se veut pessimiste, mais dont certains valeurs finiront par triompher dans un final surprenant.

Félicitons une fois de plus aux éditions Les moutons électriques pour avoir eu le flair de les éditer et de nous avoir livré deux ouvrages de fort belle facture, à la présentation irréprochable, un bel écrin sous jaquette magnifiquement composée par Melchior Ascaride,renfermant sans nul doute un joyau de toute beauté.

Résumé éditeur :

1925 : dans un monde où l’automobile n’a jamais été inventée, les Zeppelins de l’Alliance Objective règnent et terrorisent.

Tandis que les autocraties triomphent, le dirigeable Fin’Amor sillonne les cieux, traqué sans fin. À son bord : Léontine de Laroche, aérostière d’élite ; son amie Adélaïde de Cointet espionne apatride ; Lawrence d’Arabie ; le mystique Aleister Crowley ; Winston Churchill, le capitaine furieux Armand de Bricqueville… tous pris dans les remous d’une Histoire qui aurait pu être, un monde où les anciennes suprématies se sont renversées, les certitudes effondrées.

Deviendront-ils un symbole de résistance face à l’oppression ? Ou bien un mal étrange, avançant ses pions en silence, aura-t-il le dernier mot sur le destin de l’Humanité ? Des rives de la Méditerranée, à la Chine en guerre civile ; de l’Égypte jusqu’à la cité décadente flottant au-dessus de Berlin, un roman qui résonne de l’airain des trompettes, qui bat au tambour trépidant, et chante aux violons de la nostalgie.

Ah, l’ivresse des altitudes ! Quels mystères restent à y découvrir…

Suite et fin du diptyque ouvert avec Les Âmes envolées, du steampunk de la plus belle eau.

« Les cœurs enchaînés » de Nicolas Le Breton. Édition Les moutons électriques 2016, Couvertures de Melchior Ascaride. Suite et fin du diptyque entamé avec « Les âmes envolées » chez le même éditeur.

Moutons electriques les coeurs enchainés Le Breton

 

 

 

 

 

 

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