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« Luraméné » de Louis Gaudar

 

« Luraméné » de Louis Gaudar. Editions « La nef de Paris » 1959

 

- Citez-les dans l’ordre.

- M, L, E, T, C prime. Puis A et H. Enfin, Z.

- Quoi, enfin Z ? Dites : énergie Z.

- Energie Z. ‘ L’énergie qui anima les statues et engendra ainsi les Vi…, les… Vi…

- Les Vita…

- Les Vitalithos !

- Et en quelle année cela se passa-t-il ?

- En 1969.

- Très bien I

C’est l’enregistrement pur et simple de l’interrogation, subie en 2500, par un petit Uramien sage et discipliné, cependant que les mouchards électroniques disséminés dans l’amphithéâ­tre détectent et transmettent les pensées secrètes du Profes­seur et des élèves…

 Le contrôle, tout est là ! Un contrôle total et permanent qui, seul, permet de déceler la moindre trace de non-confor­misme, le moindre écart avec la ligne moyenne d’un destin standardisé. Des prévisions valables, leur stricte exécution, voici les caractéristiques d’une Société enfin conforme et éta­lonnée. En corollaire, évidemment, la, suppression de tout in­dividualisme. Donc, le téléguidage des Uramiens, descendants des Hommes.

Il faut absolument lire ce roman d’anticipation qui laisse l’impression étonnante d’un reportage en direct sur la vie quotidienne des hommes en l’an 2500.

L’auteur — un scientifique — a délibérément ignoré les accessoires habituels : fusées, combats dans l’espace contre un envahisseur d’aspect souvent grand-guignolesque, colonisation de planètes- lointaines, etc.

Il a simplement développé, avec une implacable logique, quelques-unes des possibilités dangereuses que notre monde porte en lui.

Comme dans tous les grands classiques du genre (de Wells à Huxley) la description minutieuse, et non sans humour, d’un des destins possibles de l’humanité, comporte ici une critique radicale du présent et une mise en garde pour l’ave­nir, une fraternelle et vigilante inquiétude pour l’avenir des hommes.

 Ce curieux ouvrage comporte un chapite qui l’est tout autant et intitulé Les gargouilles de notre dame  où nous assistons à un ballet de  ces étranges chimères qui reviennent ainsi à la vie grâce à un procédés hors du commun….

 

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« L’épopée Martienne » de Théo Varlet & Octave Joncquel: Un Pur Délire Conjectural!

 

Le résumé qui va suivre, relevé dans le tome second de cette extraordinaire saga qu’est « L’épopée martienne », vous donne un aperçu de la densité du récit et des idées qui y fusent à tout bout de champs. Une invasion extraterrestre impliquant, martiens, joviens ce n’est déjà pas si mal, mais comme si cela ne suffisait pas, les auteurs vont également placer une thématique de fin du monde sur fond d’une tout autre invasion, interne celle là avec cette horde d’abominables anthropophages, sans parler des « Soviet » voulant asseoir leur suprématies…Une apocalypse totale comme on en rencontre rarement dans ce genre de littérature. Le tome premier se terminera par l’arrivée de cet obus martien occupé par les grands maîtres de la planète voulant aider à la réincarnation des âmes martiennes. « Guerre des mondes » sur fond de  spiritualité, le second volume nous plonge au cœur des ténèbres où les quelques survivants terriens, conscient de ce drame affreux vont s’efforcer de lutter face à ces puissantes créatures voulant coûte que coûte conquérir cette terre promise. Car en détruisant leur planète, les joviens ont ainsi libéré des millions d’âmes en quête de réceptacles humains. Une œuvre foisonnante et complètement folle, proche des délires de Gustave Le Rouge et de son épopée Martienne, du périple de Serge Myrandhal de Gayar ou des aventures extraordinaires des héros de Jean de le Hire dans sa « Roue fulgurante »

Deux volumes fourmillant d’idées complètement extravagantes ne vous laissant pas souffler une minute et si après le résumé qui va suivre vous n’avez pas envie de vous plonger dans cette délirante épopée, alors tout espoir est perdu d’avance.

 

« L’épopée martienne » deux Volumes :

-         Tome  premier : « Les titans du ciel, roman planétaire » de Octave Joncquel & Théo Varlet. Librairie Edgar Malfére bibliothèque du Hérisson.1921.

-         Tome second : « L’agonie de la terre, roman planétaire » de Octave Joncquel & Théo Varlet. Librairie Edgar Malfére bibliothèque du Hérisson.192.

 

Ces deux volumes furent réunis dans la collection « Classique » des éditions Encrages en 1996. Outre les deux romans précités, vous y trouverez également un autre texte de Théo Varlet, tout aussi passionnant sur une thématique de voyage dans le temps : «  La belle Valence », précédé d’un article de Joseph Alrairac fort passionnant « Mais qui a donc inventé la premiére machi,nne à voyager dans le temps?» Tout cela illustré par le crayon inspiré du talentueux Guillaume Sorel. Une raison de plus pour faire l’acquisition de ce volume superbe et indispensable à toute bonne bibliothèque.

 

 Résumé du tome premier

C’est un demi-siècle après la Grande Guerre 1914-18. Les États-Unis du Globe sont constitués et la paix règne – par l’intimidation – grâce aux « foudroyants » dont le Directoire-Terrestre de Paris a monopolisé le secret. La science progresse toujours, et vient d’établir la télégraphie avec Jupiter et Mars. Les trois planètes fraternisent et font échange de nouvelles. Mais les traîtres Martiens en profitent pour réaliser – dans des circonstances tout autres et bien plus atroces -l’invasion prophétisée par H.-G. Wells. Ils se proposent d’annihiler la civilisation sur la Terre avant d’y débarquer eux-mêmes. Arrivés à bonne portée, ils ouvrent le feu, au début de l’été 1978.

Le publiciste Léon Rudeaux est en compagnie de Sylvain Leduc, chef-pilote au camp d’aviation du Crotoy, lorsque, sous leurs yeux, le premier obus tombe  dans la direction de Paris. En hélicoptère « rotatif », les deux amis arrivent au dessus de la capitale qui brûle, enlèvent Gaby Leduc réfugiée sur un toit, et gagnent le poste de T. S. F. interplanétaire du Mont-Valérien. Un avion de sauvetage y dépose aussi Gédéon Botram, le seul Directeur échappé à la catastrophe. Botram organise les secours, puis transfère à Marseille les débris du gouvernement. Rudeaux est chargé des services d’informations. Nouvelles, chaque jour plus graves. Lyon, Nice,Rome, Londres, Chicago, Boston, Yokohama, détruites successivement par les torpilles martiennes. La panique se répand, formidable ; la société se désagrège ; les mouvements nationalistes, communistes, anarchistes, s’enchevêtrent, en une poussée de folie collective. Il n’y a plus d’États~Unis du Globe ; partout on fuit, on pille, on se bat, on se rue aux jouissances.

Avec la jeune dactylographe Raymonde, qui sera désormais sa fidèle compagne Rudeaux prend deux jours de congé. Ils traversent Marseille en pleine effervescence de révolution et d’orgie, et vont chercher la tranquillité dans un petit port voisin : Cassis. Mais on y proclame justement le soviet, et ils s’échappent à grand’peine de la bagarre. Cette nuit-là, réfugiés parmi les rochers déserts de la côte, ils voient tomber la dixième torpille, sur Marseille. L’avion de l’ex-milliardaire Isaac Schlemihl recueille le couple et, faisant un crochet sur la mer pour éviter la flambée apocalyptique, le transporte aux Saintes Maries de la Mer, où l’on retrouve Gédéon Botram et les Ministres échappés à l’incendie et aux troupes anarchistes qui attaquaient le palais du gouvernement, lors de la chute de l’obus.

Ce fantôme de pouvoir assiste impuissant à la déroute de la civilisation dont il apprend les détails, effroyables ou grotesques par la T. S. F., et par les randonnées de Sylvain Leduc, chef de l’Aviation. Le Grand-Conseil de Jupiter, indigné par le lâche attentat martien, a bien promis aux Hommes de châtier leurs ennemis ; mais les positions astronomiques des planètes sur leurs orbites ne seront pas avant deux ans favorables à cette intervention jovienne. Le savant Ladislas Wronsky, par bonheur, découvre enfin un moyen d’agir sur les dispositifs télémé­caniques des torpilles que gouvernent à distance les Martiens : les torpilles ultérieures sont projetées en mer ; l’humanité respire.

Réjouissances par toute la Terre délivrée ; illuminations,danses ; mais on ne se réorganise pas pour cela. L’anarchie se développe encore, par la vitesse acquise.

Cependant, la planète Mars s éloigne toujours sur son orbite ; elle a cessé d’envoyer ses projectiles, et l’on croit le bombardement fini pour cette fois, lorsque au dernier moment trois obus sont encore lancés. Ils provoquent de vastes conflagrations volcaniques (Italie, Japon, Mexique) et surtout un effet moral déplorable sur l’humanité restante. Ladislas Wronsky ne voit plus qu’un moyen de sauvegarder la civilisation jusqu’à des temps meilleurs, c’est de grouper l’élite savante en gardiens du feu sacré. Léon Rudeaux, accompagné de sa femme travestie en pilote-aviateur (à cause des soviets), part en mission afin de recruter les membres de ce futur Conservatoire. Ils survolent la France ravagée par la folie destructive et homicide, puis la Belgique, l’Angleterre, et visitent sans grand succès quelques Universités. Après la panne tragique de Dury ( chez le faux docteur Landru qui tient sous son pouvoir hypnotique toute une maison de fous), ils apprennent à Amiens le désastre des Saintes Maries assiégées et détruites par les Hordes noires de Provence. Botram, Wronsky, et les autres ont péri, malgré les efforts de Leduc et de sa flotte aérienne. Le couple reste donc à Amiens, où les hasards de cette époque étrange ont rassemblé une foule d’artistes qui se livrent uniquement à leurs nobles travaux. La ville tient plusieurs mois  tandis que la peste, la guerre, le délire « nuit-éternaliste » achèvent de dépeupler le monde… Une Horde anthropophage s’en empare à la fin, l’incendie, et massacre la plupart de ses habitants. Les avions de Sylvain Leduc en sauvent un petit nombre, et ces rescapés ( dont Rudeaux, qui voit la mort de très près, et sa femme, ) vont s’adjoindre à la colonie du Mont-Blanc.

La civilisation n’est plus représentée que par une dizaine de groupes disséminés dans les cinq parties du monde qui retourne à la barbarie. Espoir suprême de  l’avenir, ces groupes attendent la réalisation du châtiment céleste dont Jupiter leur renouvelle la promesse : Mars, qui a péché par le feu contre la loi d’amour et de fraternité, sera détruit par le feu dans la nuit du 21 au 22 juin 1980.

 

Et en effet, les colons du Mont-blanc suivent, dans les télescopes et les lunettes de l’Observatoire, la fantastique exécution que leur commente l’abbé Romeux, l’astronome. Les Joviens ont passé deux ans à charger des batteries d’accumulateurs-solaires ; et au moment fatal cette somme d’énergies calorifiques est appli­quée à un projecteur géant braqué sur la planète criminelle. Ce Foudre de Jupiter s’allonge à vue d’œil vers Mars, l’atteint, et le balaie en tous sens, inexorablement, jusqu’à extermination complète de la vie à sa surface… C’est la Terre à jamais sauvée, l’avenir rouvert…

Suprême déception ! Avant d’être atteints par le Glaive de feu, les infâmes Martiens ont eu le temps de lancer l’un des projectiles destinés à leur émigration sur la Terre désormais incapable de résistance ! L’obus est unique, il est vrai, mais le moral des derniers civilisés n’en est pas moins très ébranlé par ce coup inattendu. Quelle mystérieuse menace ne renferme pas ce projectile de la dernière heure? Pendant les trois semaines que durent et son trajet et l’expectative de son arrivée sur Terre,la démoralisation gagne le Mont-Blanc. Les aviateurs de Chamonix décampent avec leurs appareils et entraînent dans leur désertion quelques femmes de l’Observatoire : ils vont gagner Tahiti, où ils « se la couleront douce ». Sylvain Leduc, enragé par ce lâchage, jure d’aller à lui seul combattre les Martiens à leur débarquement.

Un radio de Jupiter annonce que l’obus arrivera aux environs du Caire, où se trouve l’une des « stations » civilisées. Leduc, accompagné de son seul mécanicien resté fidèle, le jeune Moreau, et du couple Rudeaux, vole à son secours… Dans un état d’exal­tation croissante, il mène à toute vitesse, jour et nuit, par-dessus l’Italie transformée en nécropole et la Méditerranée. Le Caire. Où donc est l’Obus ? Voilà le faubourg de Gizeh, le poste de T. S. F., la « colonie » ; mais les colons ? Le seul Nazir-bey est là, devant son manipulateur, à lancer sans répit le signal de détresse : SOS… SOS. Son récit terrifie le couple Rudeaux : l’Obus tombé auprès des Pyramides ; tout le personnel de la colonie, bien armé, s’y est rendu, mais nul n’est de retour !Leduc, plus matamore que jamais, ne fait plus que rire du troublant Parfum dont l’atmosphère est saturée, et que Nazir~bey attribue aux Martiens ; malgré la recommandation expresse de son hôte, il va faire un somme dans le rotatif, après quoi : gare aux gens de l’Obus ! L’inquiétude mystérieuse s’ag­grave : des ombres suspectes défilent dans la nuit, processionnant vers les Pyramides ; Léon et Raymonde, envahis par une tor­peur vertigineuse, voient successivement Leduc s’envoler dans la même direction, et Nazir~bey, hagard, sortir et se joindre aux pèlerins somnambules ; eux-mêmes se sentent irrésistiblement attirés au dehors, puis vers les Pyramides et l’Obus fatal…

Une dernière lueur de raison les arrache à l’emprise du Parfum. Rudeaux pousse sa femme dans un bar désert, au pied du Sphinx. Sauvés ! Car ils voient par la fenêtre, avec horreur, les autres pèlerins s avancer jusqu’à l’Obus, où les Mages mar­tiens, à ailes de chauves-souris, les happent et leur font subir les passes magnétiques destinées à les dépouiller définitivement de leurs âmes d’hommes, au profit des âmes martiennes arrivées par millions depuis l’incinération de leur planète,  la Terre étant le paradis des Martiens que la métempsycose conduit à chaque renaissance d’un degré plus près vers le Soleil, nirvana suprême. Rudeaux sait tout cela, car lui aussi, malgré sa volonté de ne pas dormir, subit l’influence du Parfum et un instant d’inattention a livré son cerveau à une âme martienne. L’âme n’a pu garder sa conquête, et Rudeaux a repris possession de son corps, mais il se sent prêt à succomber de nouveau. Raymonde, elle, n’a cessé de jouer du piano pour se tenir éveillée ; mais soudain son jeu devient automatique et somnambule :  c’en est fait, elle est envahie ! Elle ne reconnaît plus Léon ; son âme martienne sourit à l’Autre, à l’amant martien prêt à s’incarner dans le corps de Léon… Instants hagards d’angoisse, de jalousie atroce, de lutte désespérée… Léon griffonne les dernières lignes de son journal :

« … C’est l’autre qui va me chasser à jamais de mon corps, sitôt que je cesserai d’écrire, sitôt que je céderai au sommeil… Voici que la Face mutilée du Sphinx s’ombre mystérieusement de crépuscule… ma bien-aimée désâmée gémit de volupté sous le redoublement du Parfum paradisiaque… les pèlerins somnam­bules recommencent à passer… là-haut, sur leur Donjon sinistre et sur les Pyramides, les Mages de Mars, aux cornes lumineuses, dans la soirée ardente, agitent leurs ailes de chauves-souris vers les horizons de la Terre Promise… »

 

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« L’homme Qui Change De Corps » De Jean Sologne

 

« L’homme qui change de corps » de Jean sologne. Editions Colbert « Le mot de l’énigme » .1942. Illustrations de Marcel Norsac

 

Avant de se suicider, le docteur Claude Merry adresse une lettre à la police où il confesse l’horreur de ses crimes perpétrés au nom de la science. Professeur d’occultisme psychique il inventa une curieuse substance lui permettant de « changer de corps ». Il appellera cela la « transfusion des âmes ». En effet il pense qu’il est possible de permuter les esprits au moment précis où la mort leur fait quitter leur corps. Il va donc créer deux substances l’une injectant un poison mortel légèrement avant son antidote, ce qui permettra de libérer l’âme sans porter atteinte à son enveloppe charnelle, en théorie…. Il constate de plus que au moment de mourir, l’âme s’échappe par la bouche et les yeux. Il va « tester » sa méthode sur un chien enfin d’en éprouver l’efficacité et après avoir inoculé les deux substances et imposer mentalement la permutation, se retrouve dans le corps de la malheureuse bête. Le seul petit problème, c’est qu’il ne parvient plus à réintégrer son corps et pour cause ce dernier est…mort ! Un drame me direz vous mais ayant encore gardé toutes ses facultés intellectuelles il va, par un concours de circonstances et une suite d’événements extravagants, faire la connaissance d’un singe dont il parviendra également investir le corps avant de se retrouver de nouveau dans celui d’un jeune et élégant bipède. Comme aspiré dans une spirale infernale, nouveau changement de propriétaire et passage dans le corps de la femme qu’il aimait. En fait il lui avait avoué son mystérieux pouvoir et celle-ci voulant « juste essayer pour voir » se retrouva  définitivement sur le « boulevard des allongées ».

Son périple va ainsi se poursuivre de corps en corps, n’arrivant jamais à trouver le réceptacle « idéal » et poussé probablement par une curiosité malsaine. Au final il terminera son macabre périple,dans l’enveloppe charnelle  du Dr Stéphane Bernard qui venait de mettre au point un vaccin contre le cancer. Malheureusement le génial scientifique n’ayant pas couché la formidable recette sur papier, ces illustres cervelles préférant souvent tout garder dans leur tête, Merry réalise la stupidité de son acte puisque par cette occupation illégale de ce corps, il vient de sceller le sort de millions d’individus atteints de cette horrible maladie. Préférant disparaître afin d’éponger sa dette envers l’humanité, il décide de se suicider en avouant aux forces de l’ordre son abominable méfait…si toutefois celle-ci porte crédit à cette ahurissante histoire de « l’homme qui change de corps ».

Un texte assez amusant, pauvre en explications «  scientifiques », mais dans ce genre de récit est-ce bien nécessaire ? Cette curieuse invention un peu passe partout, est le prétexte à un roman des plus légers où l’auteur, par l’intermédiaire de son illustre « savant fou » nous fait apprécier les états d’âmes et les sensations d’un homme qui va tester différentes enveloppes charnelles, chien, singe, femme, vieillard, riches et pauvres…..Un voyage intérieur par rebonds des plus cocasse, souvent drôle et au final assez distrayant !

 

 

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« La Découverte De L’oncle Pamphile » de Marcel Jeanjean: Une Dystopie A L’usage Des Enfants!

« La découverte de l’oncle Pamphile » Texte et Dessins de Marcel Jeanjean. Librairie Delagrave. 64 pages.1931

 

Robert et Jacqueline, neveu et nièce du célèbre Professeur Pamphile, viennent passer un séjour dans sa maison de campagne afin de profiter un peu du bon air. Leur oncle est un personnage illustre qui impressionne beaucoup le jeune Robert, voyant en lui un homme un peu trop sérieux. Hélas un problème va se poser rapidement pour les deux enfants : Que faire pendant ces trois semaines pour se distraire un peu? Ils vont donc entamer une exploration en règle de la vieille maison et, malgré les avertissements de leur oncle, vont pénétrer dans la bibliothèque, attenante à son laboratoire. Les titres des ouvrages font tourner la tête des enfants, que des livres sérieux et pénètrent illico alors dans la petite pièce attenante et… interdite. Toute une théorie de manettes et d’ampoules multicolores s’offre à leurs yeux émerveillés et de curieuses machines attendent ici bien patiemment que le maître des lieues vienne leur donner un ultime commandement. Robert, apercevant un appareil ressemblant à une T.S.F dicté par une curiosité toute légitime,  en tourne un des boutons, histoire de mettre un peu de musique et de gaîté dans cet endroit des plus austère. Mais le résultat n’est pas à la hauteur de son attente, un bourdonnement sourd se fait attendre, une étrange lumière envahi le laboratoire , ils se sentent tout à coup sous l’effet d’une immense torpeur, leurs yeux se ferment…ils s’effondrent !

Fort heureusement l’évanouissement n’est que passager et ils se réveillent avec leur oncle à leurs cotés qui leur annonce la « bonne nouvelle » : ils sont hors de danger mais viennent d’effectuer un bon dans le futur. La machine actionnée par Robert à libérée ses fameux « rayons ultra Z-W » et ils ont désormais à Paris en l’an 2350. Panique sur le visage de nos jeunes amis, mais l’oncle Pamphile les rassure il leur sera possible de retourner dans « leur passé » grâce à une autre machine qu’il a emporté avec lui et libérant quant à elle les « Rayons infra Z-W ». Très pragmatiques, les enfants veulent profiter de l’aubaine, puisqu’il leur est possible de repartir comme ils le souhaitent, et visiter un peu ce monde du futur. Pamphile hésite pour finalement leur accorder une seule et unique journée.

C’est alors un monde bien étrange qu’ils découvrent, un monde où la lune est colonisée depuis longtemps mais habitée par des gens peu fréquentables. Notre belle capitale est complètement métamorphosée. Une foule immense, habillée de manière uniforme, se presse dans les rues réservées aux piétons. Car la circulation très dense, possède ses propres artères afin d’éviter tout accident. Véritable fleuve mouvant, large de plus de cent mètres où se pressent des véhicules d’une grande rapidité. Les gens habitent dans des tours immenses et dans le ciel il est possible d’apercevoir, suspendus à des câbles, des véhicules de transports publics semblables à des obus. Un ballet incessant d’immenses appareils, zèbre le ciel de leurs rapides trajectoires.

Mais il est l’heure d’aller manger et d’aller goûter la gastronomie du futur. Les restaurants n’existent plus il faut se rendre à « La clinique de gastrothérapie ». On y mange un plat unique, le bifteck synthétique. Avant le repas le client doit se peser et si par mégarde à la sortie son poids dépasse le volume réglementaire : Amende ! Après avoir placé un curieux petit appareil au creux de votre estomac, un médecin vous prescrit les éléments essentiels dont vous avez besoin. Les repas se prennent dans une salle commune d’une tristesse affligeante. Les enfants apprennent que certains aliments ont complètement disparus et qu’il faut être extrêmement riche pour consommer certaines de ces denrées. Pour boire du champagne par exemple il vous faut aller sur Saturne, planète à la limite des zones interplanétaires. Donc sur terre, l’eau radioactive est la boisson nationale.

Le temps passe et les vingt quatre heures accordées par le généreux tonton défilent à une vitesse prodigieuse. Il est temps de se diriger à la station d’Aéro-bolides la plus proche. Avec le métro aérien, ce n’est qu’une simple formalité. Arrivés devant leur transporteur aérien, c’est la stupéfaction générale. Décrit comme « une aile parabolique épaisse ». Désigné sous le nom de « Aile volante » elle est abondamment pourvue de panneaux vitrés qui permettent de voir largement en avant. Plusieurs batis-moteurs surmontent l’aile habitable et portent une énorme hélice à quatre pales à chaque bout. IL y en a au total dix à l’avant et autant à l’arrière. Le décollage se fait au moyen d’une gigantesque catapulte. Même procédé à l’atterrissage où l’énorme appareil par un système de radio guidage se pose sur un chariot spécial. Comme l’appareil ne peut se faire escale dans toutes les villes, les passagers désirant descendre prennent un planeur utilisant le recul d’un explosif pour aller dans un sens ou dans l’autre et pour freiner la descente. Il est ainsi possible de descendre d’un avion en vol à quinze mille mètres de hauteur et atterrir sur la terrasse même de la maison que l’on habite. Les passagers seront alors équipés d’un casque respiratoire.

Les enfants sont enthousiastes devant une telle technologie mais le professeur modère leur exaltation car voilà un agent de « la sévérité publique » qui veille au bon ordre à bord. En effet il existe un procédé répartissant à l’année les sentiments des citoyens,évitant tout débordement des humeurs : Minute de rire, minute de bonté, minute de gravité, de méditation, de poésie, de rêve….en dehors des moments fixés tout signe sortant du cadre obligatoire sera sévèrement puni : prison ou amende. Pamphile rassure le fonctionnaire :

«  Ces enfants sont des indigènes d’une planète encore peu connue et j’ai précisément la charge de les éduquer »

Ouf !

L’appareil prend de l’altitude et c’est une capitale méconnaissable que contemplent les enfants. Tous les célèbres monuments ont disparus : Tour Eiffel, Louvre les tuileries, Notre dame…Tout a été déplacé en Amérique sur la « voie triomphale ».

Brusquement Jacqueline s’affole, un lot de bombes vient d’être largué de l’appareil…Son oncle la rassure c’est le service de la poste qui expédie le courrier par obus spéciaux. Voilà notre passagère des plus rassurée.

Le voyage se poursuit ainsi et nos voyageurs du temps n’ont pas le temps de souffler une minute. De leur poste d’observation, ils assistent au départ d’un « Obus de transport interplanétaire de la compagnie générale d’astronautique » société qui assure des départs réguliers pour toutes les planètes de notre système solaire.

Leur appareil prend de plus en plus de l’altitude, permettant de mesurer l’importance de la superficie de la toute nouvelle capitale. Pamphile en profite pour faire un peu d’histoire et apprendre à ses enfants que la France est intégrée à la « Confédération Européenne » Notre pays à d’ailleurs diminué en superficie et fut victime de nombreuses guerres « chimiques et bacillaires ». La dernière en date est celle de 2308 ou « Guerre de la paix » :

« Alors, des confins de la Poméranie, surgit un dictateur inattendu : le major Von Säbel, qui marcha sur Genève à la tête d’une armée d’agents de police et de gymnastes qui avaient suive des cours à l’école de guerre de Postdam. Ce sont les successeurs de Von Säbel  qui tiennent encore aujourd’hui dans leurs mains de fer le sort de la confédération »

Petit problème cependant. La confédération est une association libre de tous les anciens peuples, avec cette seule restriction que celui qui la quitte est instantanément mis à la raison par les gaz asphyxiants et les bombes chimique de l’aviation et de l’artillerie fédérales des descendants de Von Säbel.

Les deux enfants deviennent de plus en plus perplexes sur les bienfaits de cette société moderne et soi-disant évoluée » : L’homme a t-il vraiment progressé vers un avenir Radieux ?. L’avion pendant ce temps poursuit sa vertigineuse ascension pour atteindre la stratosphère. Le professeur en profite pour leur expliquer que, en raison des difficultés à alimenter un moteur à explosion à une aussi haute altitude, l’avion fonctionne à l’électricité, alimenté par un système Télémécanique. 

« Des usines électriques sont ancrées à divers endroits sur les océans et plongent à de grandes profondeurs où les différences de température créent une circulation d’eau dont l’énergie mécanique est transformée en énergie électrique. La source en est inépuisable. Ces centrales électriques diffusent à travers l’espace des ondes qu’il suffit de capter sur des récepteurs télémécaniques appropriés pour faire marcher toutes les mécaniques que l’on veut »

A présent l’altitude de l’appareil est beaucoup trop importante et afin de contempler le paysage extérieur défilant sous leurs pieds, il est nécessaire d’utiliser des écrans de téléviseurs. Tout en bas sur une mer immense, évoluent de curieuses machines à l’aspect sphérique. En 2350, tous les bateaux ont disparus, pour laisser place à de singuliers rouleurs marins à chenilles. Ils sont constitués de larges bandes à aubes qui tournent rapidement et dont le mouvement entraîne ce bizarre cargo à vive allure. Eux aussi captent dans l’espace l’énergie dont ils ont besoin.

Mais voilà que les cotes américaines apparaissent brusquement. Le ciel est encombré d’avions qui circulent en longues files serrées. A l’approche de New- York Jacqueline s’exclame :

« Où est donc la fameuse statue de la liberté ? »

Pamphile de lui répondre doucement

« La liberté a été supprimée, mon enfant ! »

Les enfants assistent aux départs de quelques planeurs et demandent avec empressement si l’avion va atterrir avant la nuit :

« Avant la nuit ? Mais vous ignorez donc qu’il n’y a plus de nuit sur le continent Américain ? »

Décrétant que certaines populations « inférieures » n’avaient nullement besoin des bienfaits de cet astre magnifique, des scientifiques bloquèrent la rotation de la terre de façon à « immobiliser » le pays face à son rayonnement perpétuel. Comme la confédération Européenne se trouvait hélas dans la zone d’ombre, elle fit un contrat avec l’Amérique afin de recevoir par réfraction douze heures de soleil de façon quotidienne. Une grande partie de l’Asie se trouve ainsi pongée dans une nuit perpétuelle, seulement éclairée à l’électricité, mais de toute manière la quasi totalité de ces pays sont propriétés des Etats-Unis….Et le professeur de leur expliquer la fameuse doctrine de Monroë qui vit le jour en 2180. Celle-ci se base sur le principe du professeur de géologie W.Fancyfull qui prouva à l’époque que le continent américain rejoignait le continent Asiatique par les mers immergées au fond du Pacifique et qu’en réalité tous les autres continents se trouvaient ainsi naturellement rattachées à l’Amérique par le fond des mers » : Pourquoi limiter au rivage des océans les terres américaines ?… Impossible d’aller à l’encontre de théories aussi évidentes !

Brusquement, voici qu’apparaît sur les écrans « La voie triomphale »., une longue avenue bordée de monuments les plus célèbres  placés les uns à coté des autres, soit 4500 kilomètres allant de Washington à San Francisco. Le transport de ces volumineux édifices se fit au moyen de gigantesques transporteurs à chenilles.

A peine eurent-ils le temps de s’émerveiller devant cette succession de bâtiments prestigieux que l’aile volante fait une terrible embardée, pour plonger à une vitesse folle…Malheur, les chinois de l’usine flottante leur envoyant les ondes électriques viennent de se mettre en grève, le courant est brusquement coupé ! C’est la chute libre à plus de dix-huit mille mètres de hauteur. Le capitaine fait signe qu’il n’y a plus rien à faire, c’est la mort imminente ! Alors Pamphile fouille précipitamment dans la poche de sa veste pour en sortir la machine à rayon « Infra W.Z ». « Fermez le yeux, fermez les yeux ! » leur cria t-il.

Les voilà revenus dans notre bon XXéme siècle, au milieu d’un champ. Ils croisent une fermière qui porte un volumineux panier dont le contenu des cerises, est des plus appétissant…Bigre ! C’est qu’ils ont faim. Ils savourent alors avec délice les fruits gorgés de sucre et de soleil en pensant avec répulsion à cette horrible viande synthétique. Pamphile se met alors à courir, à gambader dans cette nature si généreuse et se met à cueillir des fleurs, lui le scientifique pur et dur qui ne jurait que par les formules mathématique. De retour dans sa maison il se précipite vers son laboratoire et se met à tout détruire. Est-il devenu fou ? Bien au contraire affirme t-il, il ; vient de retrouver la raison. Il réalise enfin qu’avec son invention il venait d’ouvrir une porte vers un futur des plus horrible. Le comportement de ses petits enfants face à ce monde terrible l’a profondément ému : « L’arbre de la science, voyez-vous mûrit de beaux fruits, mais il ne faut y mordre qu’avec précaution ».

Ainsi l’illustre professeur va-t-il désormais aspirer à une vie plus simple, proche de la terre et de l’amour de sa famille.

 

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Une Dystopie à l’usage des enfants

 

Un texte des plus amusant qui fourmille d’inventions aussi farfelues les unes que les autres. En rédigeant ce texte, magnifiquement illustré, l’auteur nous livre ainsi une vision des plus désespérée d’un monde futur où, par souci  de nivellement, la société est totalement uniforme, privée de sentiments et de son propre sens critique. Nous ne sommes pas loin finalement de l’univers de « Big Brother » de Aldlous Huxley, une sorte de dystopie à l’usage des enfants. Car le texte est bien adressé à des enfants avec l’archétype du savant fou et de ses deux neveux qui vont nous servir de guide dans ce futur des plus angoissant où tous les poncifs de l’époque vont défiler à une vitesse folle, tel un inventaire à la Prévert. L’auteur  passe alors en revue les différentes thématiques du genre où avancées technologiques, société, moyens de transport, alimentation…seront détaillés avec un certain sens de l’humour. Une dénonciation d’un modernisme effréné avec une marche impitoyable du progrès qui balaye tout sur son passage sans avoir le moindre petit regard de compassion sur une humanité soumise et conditionnée. Il est d’ailleurs assez curieux de relever dans les propos de l’auteur un anti-américanisme des plus virulent, n’hésitant pas à montrer du doigt un pays dominateur dont la puissance écrase de son influence énorme, une grande majorité de pays. L’auteur nous décrit ce peuple comme impitoyable, orgueilleux s’annexant sans vergogne des terres lointaines sous le prétexte d’une doctrine des plus suspecte.

Chaque page, que dis-je, chaque ligne est le moyen de trouver une invention des plus ahurissante, avec ce ton volontairement détaché, proche de la caricature. C’est un des textes du genre le plus pessimiste qu’il nous soit possible de lire, à ranger aux cotés de celui de Claude Farrère « Les condamnés à mort », « Un monde sur le monde » de Perrin et Lanos, « L’age alpha ou la marche du temps » de Jean marie Gerbault.

Le résumé dont je viens de vous donner un petit aperçu est loin de retranscrire toute la richesse d’un roman qui, et il est important de le repréciser, était adressé à des enfants en bas âges, ce qui fait que, comme nous le précise Jacques Van Herp dans son « Panorama de la science fiction », ce roman pourtant un des plus inventif passa complètement à la trappe et ne sera que peu souvent cité en exemple (peut-être également en raison de sa rareté).

Le seul point noir à cette fable « anti-progrès » est le ton volontaire ou non employé à l’encontre des pays étrangers. Je n’ai pas réussi à déterminer si cette xénophobie était purement contextuelle, provenant d’un racisme virulent qui se serait développé dans notre futur où si l’auteur exposait ici sa propre vision à l’encontre des populations de couleurs .Je cite :

« C’est un négre ? »

« Il n’y a plus de négres. Un accord diplomatique, appelé la « charte d’égalité », signé à Genève en l’an 2000, les a supprimés .On a procédé depuis à la dépigmentation en grand de l’épiderme de toutes les races de couleur.»

Le problème c’est que l’auteur, par la voix de Pamphile ne prend aucune position sur cet acte des plus barbare. Il en est de même pour les habitants des pays Asiatiques avec un positionnement des « blancs »  quelque peu dominateur.

Reste fort heureusement dans cet ouvrage des plus foisonnant, des planches couleurs qui sont un véritable régal pour les yeux et l’on comprend l’intérêt des collectionneurs pour ce  coup de crayon inspiré de l’artiste et de ses représentations absolument magnifiques d’engins volants. Il faut dire qu’il était prédisposé à ce genre d’exercice, en effet Marcel Jeanjean fut pilote de reconnaissance en 1917 puis devint peintre officiel du département de l’air.  Sa carrière d’illustrateur sera en permanence influencée par son goût pour les avions, en particulier  pour les machines comme en témoigne sa série phare, « Les aventures de Fricasson ». Celles-ci narrent les exploits d’un jeune globe trotter accompagné de son chien dont au moins une des aventures nous intéresse « Fricasson découvre l’Atlantide »

Le professeur Pamphlegme à d’ailleurs une forte ressemblance avec un autre héros de Marcel Jeanjean, le Professeur Cornibus que l’on retrouve dans l’album « Les fantastiques aventures de Cadet et Cadette dans la planète Mars » dans cette palpitante aventure il sera accompagné de Cadet et Cadette découvrant une planète Mars utilisant les robots comme esclaves.

Un album en images des plus merveilleux, un ouvrage « pour enfant » que je me devais de vous faire partager, non seulement pour sa richesse thématique, mais pour la beauté des illustrations au trait si épuré et si naïf mais qui relève d’une grande qualité de composition.

 

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« Le Rayon Infernal » De Felix Celval

 

« Le rayon infernal » de Félix Celval . Edition F.Rouff, collection « Romans pour la jeunesse ».Fascicule illustré couleur.1935

 

Alors qu’une guerre menace la France, Marcel Cardan ingénieur et inventeur, se rend  au ministre de la guerre afin de proposer une arme redoutable: Le rayon de la mort !

Il s’agit d’un faisceau invisible pouvant à des distances incroyables stopper les moteurs de tout types, avions, tanks, bateaux. Hélas personne ne semble vouloir accorder le moindre crédit à l’invention extraordinaire de ce jeune rêveur, d’autant plus qu’un riche industriel de l’armement, « Fulgur » vient quant à lui proposer toute une panoplie d’armes meurtrières et peu onéreuses. Fort heureusement la menace de tempête s’éloigne, les voies diplomatiques parviennent une fois de plus à calmer les ardeurs des plus belligérants. Cependant, le sinistre Fulgur ayant eu vent de l’invention de Cardan, lui propose d’acheter sa découverte contre une forte somme d’argent. L’ingénieur, certes peu cupide mais pas stupide suspecte le sinistre gredin d’une alliance secrète entre cette compagnie d’armement et une puissance étrangère. Il refuse catégoriquement.

Ne perdant pas courage sur le destin de sa prodigieuse invention, il est alors temps pour lui de songer à équiper les quelques appareils de sa petite compagnie aérienne en vue d’une démonstration en règle. Pour l’occasion, il sera aidé par un assistant malicieux du nom de Zanzi et virtuose de la mécanique ainsi que d’une charmante personne, Giselle secrétaire de Fulgur qui n’hésite pas à fournir de nombreux renseignements concernant son patron car bien évidemment amoureuse du beau Marcel : Rien de pire qu’une bluette dans le domaine de l’espionnage industriel !

 La réussite semble assurée, hélas coup de théâtre, la secrétaire est enlevée, Marcel disparaît et avec sur lui une partie des plans du rayon de la mort et pour clore le tout, histoire d’en rajouter un peu plus, son usine avec les appareils de démonstration est détruite.

Par la suite, jouant la carte du sentimentalisme, Fulgur le fourbe engagera alors Zanzi en lui expliquant avec une incroyable astuce, l’intérêt de poursuivre l’œuvre de son ami sans oublier que tout l’honneur des résultats reviendrait de plein droit à la mémoire de son inventeur. Bien sûr, l’industriel ne possédant qu’une partie des plans dérobés il lui faut pour mener à bien ses projets et ce malgré laide d’un savant Letton (quelle drôle d’idée),Boris Horlevitz, l’assistance du mécano du célèbre inventeur.

Le jour des essais en présence des officiels arrive. Les masques tombent : Horlevitz n’est autre que Cardan, la nouvelle secrétaire de Fulgur si laide, mais tellement efficace vous l’avez deviné est effectivement Giselle. La vengeance sera redoutable! Pour en finir définitivement avec toute l’organisation de l’infâme traître trafiquant avec des pays voisins, Cardan équipe secrètement les appareils de démonstration avec sa toute nouvelle invention: Le « radiardant ». Il s’agit d’un autre puissant rayon pouvant tout incendier à son contact.

Le roman se termine dans une apocalypse de feu et de sang, opposant le « radiardant » à l’artillerie lourde de Fulgur. La victoire ne faisant aucun doute, tans pis pour la délégation officielle, tout finira par la consécration du père du « rayon de la mort » héros national qui épousera Lucienne Morand sur fond de légion d’honneur. La France peut, une fois de plus dormir sur ses deux oreilles.

Quel drôle de petit roman, très court mais plein de rebondissements. Toutes les ficelles du roman d’aventures de l’époque y sont utilisées (sexe, mensonges et beau héros…). Mais ici, elles seront des plus efficaces, certes parfois énormes mais toujours amusantes. Les noms des inventions sont également au top des innovations les plus utilisées dans ce type de littérature : « Rayon de la mort » « Radiardant » sans oublier, petit détail amusant, le très célèbre patronyme: « Fulgur »! Personnellement je préfère celui de la bande à Brasillach qui est tout de même plus sympathique (mon cote patriotique). Par contre ce rayon à arrêter les moteurs change un peu du classique rayon faisant exploser la poudre à distance et nous imaginons la tête des aviateurs privés de leur moyen de propulsion. Encore un mot pour terminer.Dans le roman de Celval, la nationalité pour laquelle travaille le traître français n’est pas précisée, ni jaune belliqueux, ni sale boche, ni sale nègre. Et bien Mr Celval, aurait-on oublié la meilleure ficelle des romans d’aventure de l’époque: la xénophobie….??

 

 

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Albert De Pouvourville: La Science Au Service De La Guerre!

 

Albert de Pouvourville, fils d’un officier d’ordonnance de Napoléon III, d’une famille noble de Lorraine, entre à Saint-Cyr puis démissionne au bout de peu de temps, alors qu’il était officier dans l’armée métropolitaine. Il s’engage comme soldat dans la Légion Etrangère, part pour le Tonkin et retrouve au bout de deux ans ses galons d’officier.

Peu de temps après, il démissionne de l’armée pour entrer dans la Garde Indochinoise, institution qui assurait la force armée autochtone à la disposition de l’autorité civile dans les pays de protectorat (Tonkin, Annam, Cambodge, Laos),

Il quitte assez vite la Garde Indochinoise et devient conseiller des Gouverneurs Généraux voire des ministres des Colonies, et porte-parole de groupes d’intérêt économique privés et de publications politiques et financières. Il connaît très bien la langue vietnamienne mandarinale du Tonkin, et adopte un sobriquet qu’il place en sous-titre de son nom : Mat Gioi, qui signifie « l’oeil du jour ». 

L’homme, en tous cas, témoigne d’une maîtrise exceptionnelle de la culture et des traditions vietnamiennes et sino-viêtnamiennes, qu’il relate avec une admiration à peine dissimulée tout en se complaisant à décrire en détail des scènes de supplice d’une cruauté atroce

La notice biographique ne cache pas que cet aventurier fuma l’opium, mais sans excès jusqu’à sa mort à 78 ans. Cette habitude transparaît avec insistance dans la plupart de ses ouvrages.

Parfois désordonnée voire chaotique, l’oeuvre d’Albert de Pouvourville présente un intérêt majeur pour la connaissance du Tonkin entre 1880 et 1910 puisqu’elle relate la conquête française vue du côté des mandarins indochinois et des Pavillons Noirs ou vécue par les plus modestes des soldats et agents français et indigènes. 

Après 1920, il écrivit de nombreux ouvrages, romans, essais sur l’art, sur l’âme annamite, toujours consacrés à l’Indochine, aux pays voisins, à la politique et à l’économie française dans ces régions. 

Le livre majeur de ce prolifique auteur est à coup sûr L’Annam sanglant , récit de la prise d’Hanoï par le commandant Rivière en 1881 vue exclusivement du côté des Pavillons Noirs. D’autres ouvrages, « Chasseurs de pirates » , « Le maître des sentences » , « De l’autre côté du mur » , reprennent le même thème des affrontements en Moyenne Région tonkinoise. Un recueil de nouvelles, « L’heure silencieuse », est empreint d’une incroyable cruauté : ce ne sont que récits de vengeances subtiles, couronnées de supplices compliqués.

Ce sont probablement ses origines de famille militaire et sa part active au sein de l’armée qui influencèrent cette brève mais prolifique occupation « d’anticipateur militaire » thématique dont il fut un des protagonistes les plus actif dans notre domaine notamment avec cette œuvre phare en la matière «  L’héroïque aventure ». Vaste saga martiale qui, à l’instar de la rarissime saga du Colonel Royet « La guerre est déclarée » ( 20 Fascicules éditions Tallandier 1931) et de la toute aussi fameuse « Guerre infernale » de Albert Robida et Pierre Giffard ( 30 Fascicules éditions Méricant 1908) et de « La guerre dans l’espace » de Louis Gastine (18 Fascicules éditions de la maison du livre 1912) reste des plus fameuse pour le coté démesuré de ce conflit qui embrase l’Europe, et la richesse des inventions que vont employer les différents pays, protagonistes de cette gigantesque tuerie scientifique. Contrairement à l’ennemi classique en vigueur à cette époque, mais il faut dire que les choix étaient des plus limités en raison des vieilles rancunes avec notre ennemi éternel, Pouvourville ne jettera pas son dévolu sur la forme xénophobique de rigueur en choisissant le sournois asiatique, mais plutôt le fourbe teuton dont les appétits de conquête et de pouvoir sont aussi disproportionnés que les fils de  l’empire du soleil levant.

Ainsi l’auteur, comme vous allez le lire dans une partie de la préface se trouvant dans le tome 1 « La guerre prochaine » est conscient des progrès techniques que vont faire les différentes nations et de tout le mal que celles-ci vont se donner afin de produire des armes de plus en plus élaborées et de plus en plus meurtrières : Navigyres, Rayons de la morts, super bombardiers, gaz toxiques, blindés gigantesques, Tanks sous-marins,explosifs surpuissants… tout y passe, sur terre comme sur mer, en passant par les forces terrestres ! Les guerres du futur se gagneront dans les laboratoires et les hommes qui y participent en paieront le lourd tribut. Tout cela bien évidemment avec une petit relent de patriotisme nécessaire ppur ne pas dire obligatoire dans ce genre d’exercices

Une saga donc des plus mémorable où l’auteur exprime toute ses inquiétudes face à un avenir qui ne s’annonce pas des plus radieux, prémices d’une guerre à venir qui sera des plus meurtrière (14/18 était déjà passé par là) et dont les enjeux, outre territoriaux et économiques seront très certainement technologiques. En affichant une puissance démesurée en terme d’engins de destructions, que pourront faire certaines nations face au rouleau compresseur de la science et de la barbarie ?

 

Extrait de la préface à « L’héroïque aventure »

 «  Vous le savez : la cavalerie, arme de nos aïeux splendides, a été détrônée par l’infante­rie; l’infanterie, vieille reine des batailles, ne tient plus devant ces artilleries gigantesques, qui font, avec les villes, des ruines, et avec des champs, le désert. Présentement, L’armée de L’air prime et commande tout. Et, de jour en jour, d’invention en invention, son rôle, hé­roïque en 1914, s’avère, pour 1940, criminel.

Aux champs de bataille futurs, il n’y aura plus de fantassins, de cavaliers, d’artilleurs. Plus d’hommes, ou du moins très peu. Il y aura l’effroyable investissement de l’air : des inva­sions de microbes, des pluies de poisons. La mort collective tombera, muette, du haut des airs. Les projectiles, se riant des distances et des trajectoires, utiliseront, dans la strato­sphère, les forces cosmiques et les vitesses pla­nétaires. Le petit enfant de Bayonne sera aussi près de la mort que le poilu de Metz ou de Strasbourg. Les obus de l’ennemi n’enlève­ront plus seulement les bras et les têtes, mais la vision à l’œil et la mémoire au cerveau.

Ces dangers tragiques, je n’hésite pas à les réaliser devant vous dans des tableaux et avec leurs corollaires inévitables. En affirmant que s’ils ne sont pas, en 194., tels que je les dis aujourd’hui, c’est qu’ils seront pires.

Les cacher ? En diminuer le péril? Il me sem­ble que ce ne serait pas vous estimer, fils de France, comme vous voulez l’être, et comme vous le méritez. Il faut que vous les connais­siez, intégralement et sans voiles, et que, de­vant eux, vous demeuriez impavides et forts. Pour ne pas mourir, votre pays a besoin de votre vie. Mais soyez assurés du fond de vous- mêmes. Votre race, invinciblement, vous pro­fère de toutes ses puissances…

De ses puissances créatrices surtout. Au fond des laboratoires où se préparent les réponses à toutes les attaques, dans les galeries souterraines  où mûrissent les métaux inconnus et sauveurs, sur les tables polytechniques où s’élaborent les solutions heureuses des mor­tels problèmes, partout, tous les cerveaux de France travaillent pour vous, silencieusement, victorieusement.

Relisez vos annales : il n’y a pas de limites à l’ingéniosité, à la profondeur, à l’audace des intelligences de votre pays. Pour chaque trait dirigé contre vous, elles vous mettront en main le bouclier de la protection et l’arme de la riposte. Si effroyable que soit la menace, soyez confiant, levez le front, et passez outre.

Plus heureux qu’Achille, vous êtes trempés tout entier aux eaux vives de votre race et dans l’intarissable source de son génie.»

A. De Pouvourville 

 

Bibliographie :

 

- Editions Baudiniére, série en 25 Fascicules illustrés par Claudel.

 Première parution sous le titre de « La guerre prochaine »

1934:

1. Le Navigyre
2. Alerte sur Paris
3. Le Mur de lumière

1935:

4. La Route de feu
5. Paris Invincible

 

La suite de la série se poursuivra sous un titre général différent, en reprenant la numérotation  depuis le départ, mais forme une suite cohérente commencée avec « La guerre prochaine »

 
1. La Frontière d’acier
2. Les Canons-Longs
3. Au Secours de Prague
4. Alpinistes et sous-marins
5. Les Aquatanks
6. Les Crimes de la science
7. Nos Savants répliquent
8. La marche vers Stuttgart
9. Prise de Karlsruhe
10. Croiseurs et torpilles
11. L’Europe en armes
12. Tirs stratosphériques
13. Les métèques au poteau
14. Les tricolores sur Munich
15. Le rayon orange
16. La bataille de Franche-Comté
17. La fin d’un reître
18. Combats sur la mer du Nord
19. Vers la Ruhr
20. La bataille de Belgique
21. La victoire des Ailes
22. Vers le grand duel
23. La ruée sur le Rhin
24. L’aube du grand choc
25. L’épopée.

Cette série fut reprise par la même éditeur en 6 forts volumes (5 fascicules par exemplaires). Illustré par Claudel .

1934:

1. Les Navygires : ( « La guerre prochaine », »Alerte sur Paris », « Le Mur de lumière », « La Route de feu », « Paris Invincible »)

1935:

2. Batailles Aériennes : (« La Frontière d’acier », »Les Canons-Longs », »Au Secours de Prague », « Alpinistes et sous-marins », « Les Aquatanks »)

3. Forteresses mouvantes : (« Les Crimes de la science », »Nos Savants répliquent », « La marche vers Stuttgart », »Prise de Karlsruhe », »Croiseurs et torpilles »)

4. Le rayon orange : (« L’Europe en armes », « Tirs stratosphériques », « Les métèques au poteau », »Les tricolores sur Munich », « Le rayon orange » )

5. Combats Navals : (« La bataille de Franche-Comté, « La fin d’un reître », « Combats sur la mer du Nord », « Vers la Ruhr », »La bataille de Belgique »)

6. L’épopée : (« La victoire des Ailes », « Vers le grand duel »,«La ruée sur le Rhin », « L’aube du grand choc », «L’épopée » )

 

Toujours dans l’anticipation militaire :

 « Pacifique 39 » Baudiniére, 1934In-16, 351 pages. Illustré par Claudel

 

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« La Terre De Sannikov » De Vladimir Obroutchev

 

Nul n’est besoin de faire l’apologie des terres creuses et de l’immense richesse de cette thématique dont Guy Costes et Joseph Altairac nous ont largement abreuvé dans leur mythique ouvrage de référence faisant preuve de référence incontournable. Thématique où explorations souterraines et découvertes d’antiques civilisations firent souvent bon ménage.Ainsi les deux romans de Vladimir Obroutchev sont-ils non seulement deux passionnants romans d’aventures, mais ils mettent également en exergue les mystères de ces régions polaires, portes d’entrées à une multitude de passages donnant accès à ces extraordinaires mondes souterrains ou non, saint Graal des adeptes de civilisations disparues. Déjà dans son autre roman « La Plutonie »( 1924 pour la parution originale) l’auteur faisait-il pénétrer une expédition dans les profondeurs de la terre par une de ces « portes » découverte en Alaska. Fidèle aux théories de Symmes ils vont y découvrir un monde intérieur non seulement abritant une mer souterraine mais qui plus est, éclairé par un astre intérieur. Les entrailles de la terre constituent donc un nouveau monde inconnu constitué d’une faune et d’une flore primitive et d’un reliquat d’hommes préhistoriques.

Cette fascination pour les ancêtres des premiers hommes et des régions polaires,sera de nouveau de mise dans « La terre de Sannikov » (1926 pour la parution originale) avec son lot de découvertes merveilleuse ( faune et flore préhistorique ) mais cette fois l’auteur sera moins avare concernant les traces d’une ancienne civilisation puisque l’intérieur de ce fameux cratère découvert par les explorateurs sera peuplée de deux races distinctes qui s’affrontent pour leurs survies : Les Onkilons d’une nature pacifiste et les Vampous, créatures hirsutes beaucoup plus sauvages et au comportement des plus agressif.

Les textes qui suivent sont la préface et la postface de la réédition Radouga où l’auteur nous présente sa théorie sur les possibilités, certes hasardeuses, de découverte d’anciennes civilisations ayant habitées  notre planète qui, si elles restent des plus hypothétiques, n’entretiennent pas moins un imaginaire des plus féconds et ce depuis plus de 2000 ans. Rarement thématique aussi « fantastique » n’eut une durée de vie aussi longue et riche quant à son contenu.

 

Préface à « La terre de Sannikov »

 
   «  Près de la moitié de l’Arctique, c’est-à-dire des glaces qui entourent le pôle Nord sont à proximité immédiate du territoire de l’Union Soviétique. A la différence de l’Antarctique, vaste continent situé autour du pôle Sud, l’Arctique est un océan. L’océan Glacial arctique est semée, dans les zones voisines des continents d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord, de nombreuses îles, grande et petite, absente dans sa partie centrale, autour du pôle lui-même.

    Du fait de la rigueur du climat, ces îles sont recouvertes en quasi-permanence d’une couche de glace et de neige dont elles ne sont libérées que pour une brève période, durant l’été polaire. La mer qui entoure ces îles est, elle aussi, prise par les glaces, pour la plupart des glaces immobiles, tandis que l’espace marin restant est recouvert d’une banquise épaisse qui se déplace dans diverses directions, sous l’action des vents et des courants.

    Malgré les conditions de navigation difficiles et le climat rude, des marins courageux se sont aventurés dans l’Arctique, découvrant, étudiant progressivement et peuplant même parfois ces îles.

    II y eut des tentatives de dérive (volontaire ou non) sur les glaces flottantes afin de pénétrer dans les zones de l’océan Glacial prises en permanence par les glaces et de les étudier: en mesurer la profondeur, la température des différentes couches d’eau, la composition de celles-ci, étudier la faune et la flore de ces eaux, la constitution des fonds marins, la direction des courants, etc.

    La découverte d’îles nouvelles dans l’Arctique s’est poursuivie jusqu’à une époque récente: c’est ainsi qu’en 1881 déjà furent découvertes les petites îles Jeannette, Bennett et Henriette, au nord de l’archipel de la Nouvelle-Sibérie, en 1913, le grand archipel de Sévernaïa Zemlia, au nord de la presqu’île de Taïmyr, plus tard encore de petites îles dans la mer de Kara. Mais on ne saurait affirmer que toutes les îles de l’Arctique soient déjà connues, car il peut encore exister, dans la zone des glaces flottantes, des îles inaccessibles par mer et très difficilement accessibles par les glaces flottantes. L’avion constitue un nouveau moyen d’exploration aérienne de ces régions de l’Arctique.

    Une légende conte depuis près de cent cinquante ans l’existence et le mystère de deux îles. Des hommes courageux, partant pour les îles proches des côtes nord-est de Sibérie pour y chasser les animaux à fourrure, les rennes sauvages et y chercher des défenses de mammouths, ainsi que certains explorateurs du Grand Nord ont aperçu ces îles par temps clair mais n’ont pu les atteindre. II s’agit de la Terre de Sannikov, au nord de l’archipel de la NouvelleSibérie, et de la Terre d’Andréev, au nord de l’embouchure du fleuve Kolyma, la première portant le nom du chasseur et marchand Yakov Sannikov, et la seconde celui du sergent Andréev qui, les premiers, distinguèrent ces îles à l’horizon parmi les glaces.

    Ce roman conte une tentative de retrouver l’une de ces îles, la Terre de Sannikov, et de l’explorer. II se rattache à la science-fiction parce que cette terre y est présentée telle que l’auteur s’en imagine la nature et la population à partir de suppositions théoriques données.

    Le lecteur pourra néanmoins se faire une idée de certaines îles de l’Arctique, des conditions de déplacements sur la banquise, de la nature et de la population de cette terre inconnue telles qu’elles pourraient être réellement, si elle existait au lieu et dans les conditions supposés par l’auteur. Dans la postface, le lecteur trouvera en outre la réponse à certaines questions relatives à l’hypothèse de la Terre de Sannikov ainsi qu’un aperçu de découvertes scientifiques soviétiques dans l’Arctique expliquant dans une certaine mesure le mystère de la Terre de Sannikov. »


Postface

« Le jeune lecteur, après avoir lu, la description des aventures de Goriounov et de ses compagnons sur la Terre de Sannikov, est en droit de demander à l’auteur, si cette terre existe en réalité, perdue parmi les glaces de l’océan Glacial arctique. Ce livre est en effet un roman de science-fiction destiné à instruire et distraire la jeunesse.

    Et à cette question du lecteur, l’auteur répond que ce voyage sur la Terre de Sannikov a effectivement été inventé.

    La question de savoir si cette Terre existe aujourd’hui a été ainsi résolue par des recherches de l’Union Soviétique dans l’Arctique: cette Terre a existé, peut-être pendant plus de cent ans, comme l’ont montré les observations de Sannikov et de Toll, mais elle a disparu il n’y a pas si longtemps. Dans la partie est de l’océan Glacial, les explorateurs polaires soviétiques ont découvert des îles flottantes. Des recherches scientifiques ont confirmé la conclusion de l’amiral S. Makarov faite en 1899 déjà sur l’existence dans l’océan Glacial arctique d’îles de glace en dérive. Alors qu’il naviguait en août au nord de la grande île du Spitzberg, Makarov aperçut parmi les glaces de l’océan une île inconnue. Les compagnons de l’amiral y trouvèrent des blocs erratiques et de petites pierres, et la glace de l’île n’était pas salée. Makarov établit qu’il s’agissait d’un immense iceberg qui devait s’être détaché du Spitzberg, à l’extrémité d’un glacier….

    …On peut penser que la Terre de Sannikov également était une île de glace semblable, un iceberg détaché d’un des glaciers de Sévernaïa Zemlia. Au nord de l’archipel de la Nouvelle-Sibérie, il a dû heurter un haut fond et y est demeuré plus de soixante-dix ans, car Yakov Sannikov a remarqué cette île au nord-ouest de l’île Kotelny en 1811, etÉdouard Toll en 1886 a vu par temps parfaitement clair, au même endroit, quatre colonnes montagneuses en cône aplati, prolongées par un bas piémont, à l’est. Mais il est possible que les deux observateurs aient repéré des îles différentes, posées sur des hauts fonds à peu près au même endroit en des années différentes de leur formation.

    De telles îles de glace flottantes ne pouvaient, bien évidemment, abriter les Onkilones qui ont fui les Tchouktches depuis les côtes nord de Sibérie Orientale. II ne peut y avoir aucune végétation sur des îles flottantes. De telles Îles ne pouvaient pas non plus attirer les oiseaux en période de nidification. On peut penser que les oiseaux qui venaient du sud passer l’hiver dans les pays du nord cherchaient des endroits mieux protégés pour faire éclore leurs oisillons, endroits qui abondaient dans les archipels des îles de l’océan Glacial.

    Quoi qu’il en soit, il sera intéressant, pour le lecteur, d’apprendre ce qui suit sur le passé récent de la région de l’océan Glacial arctique: celui-ci est, en général, très riche en îles, petites et grandes, dans tout son bassin, délimité par les côtes d’Europe, d’Asie et d’Amérique. Dans ces îles, on rencontre assez fréquemment des roches volcaniques jeunes et, sur certaines d’entre elles, par exemple en Islande, il existe des volcans en activité. Cela démontre que le gros volcan imaginé dans ce roman et qui constitue la Terre de Sannikov n’est pas impensable dans cette partie du globe. Des études géologiques ont déjà révélé que la partie orientale de l’océan Glacial arctique sur toute sa longueur, depuis la presqu’île de Taïmyr jusqu’à l’île Wrangel et, dans le nord, jusqu’à 80 de latitude, était une terre émergée au début de l’ère quaternaire, et constituait les confins nords de la Sibérie. Cela a été démontré par la découverte, dans le sol de ces îles, des restes de gros mammifères: mammouths, rhinocéros, buffles, chevaux. Ils ne pourraient pas se trouver là si ces îles n’avaient pas formé autrefois une terre reliée à la Sibérie au début du quaternaire. Les explorations ont indiqué aussi que, dans certaines îles, il subsiste encore des vestiges des glaciers qui recouvraient autrefois les parties les plus élevées de cette terre.

    Dans la Grande île Liakhov qui constitue une partie de l’archipel de la Nouvelle-Sibérie, de nombreuses défenses de mammouths sont prises dans ces glaces fossiles et ont été récupérées par les chasseurs qui venaient au début du printemps depuis le continent les ramasser lorsqu’elles étaient extraites de la glace par les vagues de l’océan. Autrefois on apportait régulièrement à la foire de lakoutsk de cent cinquante à trois cents tonnes de défenses, ce qui prouve que des centaines de ces gros animaux vivaient sur cette ancienne terre au début du quaternaire. On peut expliquer une telle concentration de mammouths sur ces petites îles par le fait que, en ces points qui constituaient les zones élevées de l’ancienne terre, les mammouths se réfugièrent en grand nombre lorsque la terre où ils vivaient commença de s’enfoncer: ils cherchèrent alors, dans les hauteurs, un refuge contre la montée de l’eau qui inondait les plaines. Nous avons donc la preuve de l’existence de volcans dans cette ancienne terre septentrionale, ainsi que de grands troupeaux de mammouths et de glaciers, et nous pouvons dater l’époque où cette terre s’est enfoncée en dessous du niveau de la mer. Cet affaissement a eu lieu pendant ou à la fin de la dernière période glaciaire. La découverte de dessins de mammouths, représentés par les hommes primitifs, indique qu’ils en étaient contemporains.

    Donc, l’hypothèse de base de mon roman selon laquelle, sur une grande île perdue dans l’océan Glacial et qui était autrefois le sommet et le cratère d’un grand volcan, la chaleur de celui-ci a permis à des hommes primitifs et à des mammouths de subsister depuis la fin de la dernière période glaciaire, n’est pas dénuée de vraisemblance. Et cette terre bénie parmi les glaces polaires a pu abriter les Onkilones, originaires de l’Alaska, apparentés aux tribus d’Indiens d’Amérique et qui ont reculé, sous la pression des Tchouktches, vers les îles de l’océan Glacial.

    La question de la disparition des Onkilones devrait être étudiée par- l’Institut d’histoire de la culture matérielle ou l’Institut d’histoire de l’Académie des sciences de l’URSS afin que soit reconstituée l’histoire de ce petit peuple de Sibérie du Nord qui existait il y a trois ou quatre cents ans. On a retrouvé, dans les îles de l’archipel de la Nouvelle-Sibérie, les restes de leurs demeures, très particulières, ce qui indique que des représentants de cette tribu y ont longtemps vécu, mais on ne sait rien d’autre les concernant. Les explorateurs polaires du XIXe siècle ne les ont pas trouvés sur ces îles. Tous les Onkilones ont-ils été décimés par une quelconque épidémie ou sont-ils morts en tentant de traverser en canoës ou de franchir à pied trop tôt les zones de glace jeune séparant les îles les unes des autres?

    La question de la migration des oiseaux, au printemps, vers le nord et de leur retour en automne sur le continent, dont on trouve parfois des mentions dans la presse, demeure non résolue. Pour la tirer au clair, if faudrait:

1. Interroger soigneusement la population de toute la côte nord de Sibérie, depuis l’embouchure des fleuves Olénéka et Léna à l’ouest jusqu’à l’embouchure du fleuve Kolyma à l’est, ainsi que ceux qui passent l’hiver sur les îles de Nouvelle-Sibérie et Wrangel pour savoir si ces migrations d’oiseaux, vers le nord au printemps et inversement à l’automne, se poursuivent et, si oui, en quelle quantité, quels oiseaux elles concernent et quelles sont les espèces dominantes.

2. Si les vols d’oiseaux se poursuivent, les avions qui effectuent chaque année des vols d’exploration au-dessus des glaces de l’océan afin d’en étudier la quantité et les déplacements pour assurer la navigation sur la Voie Maritime du Nord, devraient constamment tenir compte de l’existence d’une terre inconnue parmi les glaces et effectuer des observations afin d’en découvrir enfin les dimensions, le relief et toutes les particularités. Le vol d’oiseaux vers le nord, remarqué en 1938 déjà par ceux qui passaient l’hiver sur l’île Henriette, prouve qu’en cette année il existait parmi les glaces une terre propice à la nidification des oiseaux et à leur séjour durant l’été. Mais la situation orientale de cette île permet de douter que ces oiseaux se fussent dirigés vers la Terre de Sannikov qui devait se situer (si elle existait en 1938) plus à l’ouest. Par conséquent, il devait se trouver parmi les glaces, au nord de l’archipel de Long, en 1938, une terre permettant aux oiseaux de passer l’été. Peut-être certains de mes jeunes lecteurs deviendront-ils pilotes en région polaire et se fixeront-ils pour tâche de résoudre l’énigme de cette terre; peut-être la découvriront-ils sous un voile de brouillard, parmi les glaces, et s’y poseront-ils pour l’étudier et nous indiquer comment elle se présente à l’heure actuelle. Ne convient-il pas en conclusion de nous rappeler l’existence, dans l’océan Glacial arctique, au nord de la presqu’île de Taïmyr, de l’archipel de Sévernaïa Zemlia qui fut exploré pour la première fois en 1930-1932 par une expédition de quatre hommes, comprenant le géologue Ourvantsev qui a décrit cette expédition et ses découvertes dans un excellent livre. Toutefois, l’étude de l’archipel par cette expédition a laissé bien des questions non résolues, et il serait fort souhaitable, dans les prochaines années, qu’elle soit renouvelée pour en permettre une nouvelle étude. »

V. Obroutchev

 

Résumé éditeur de « La terre de Sannikov »

Pourtant, elle existe ! s’écria un jeune homme qui venait d’entendre un rap­port tendant à démontrer que la terre en­trevue par certains navigateurs dans l’Océan Arctique devait être considérée comme un mythe.

Grâce à l’aide d’un savant compréhensif et généreux, l’étudiant Goriounov peut, avec quelques amis, se lancer dans une expédi­tion qui sera riche en découvertes, en joies et en périls.

Ils parviennent à atteindre la Terre de Sannikov et s’émerveillent de trouver, au mi­lieu des glaces, dans l’immense cratère d’un ancien volcan, une vallée fertile, habitée par un « peuple disparu », les Onkilons. Sur les prairies paissent des troupeaux de rennes et dans les vastes forêts vivent des mammouths et autres animaux de l’époque préhistorique. Les jeunes gens, bien reçus par les Onkilons, apprennent à parler leur langue, étudient leurs mœurs et recueillent de précieux spécimens de la faune et de la flore.

Cependant, l’activité volcanique n’était qu’assoupie, la terre tremble, de graves mal­entendus surgissent entre les étrangers et leurs hôtes ; les voyageurs auront à faire face, au retour, à des dangers plus terribles encore que ceux qu’ils ont bravés sur les banquises, au milieu des tempêtes… L’auteur de ce livre de fiction scientifique a fort bien imaginé les péripéties dramati­ques de l’étonnant voyage. Géologue éminent, il a su remarquablement dépeindre les régions de l’Arctique: migration des oiseaux vers le nord, nature du sol, décou­verte de fossiles… Aussi la fiction ingé­nieuse sur laquelle repose le roman n’est pas entièrement gratuite et le lecteur s’in­téressera d’autant plus aux héros, étudiants et trappeurs, que leurs observations et leurs trouvailles comportent un enseignement scientifique. C’est avec un intérêt constant que l’on suit Goriounov et ses compagnons au delà du voile de brouillard et de l’en­ceinte de glace.

 

 Bibliographie

- « La Plutonie » Editions en langues étrangères. «  Littérature soviétique pour l’enfance et l’adolescence »Moscou.1954. Illustrations de G.Nikolski. Réédité chez Radouga  collection « Aventures et Science-Fiction.1987.

- « La terre de Sannikov » Editions de la Farandole.1957. Illustrations de A.Orloff. Attention cet ouvrage comporte une jaquette. Réédité chez Radouga  collection « Aventures et Science-Fiction.1987. Ce film fut l’objet d’une adaptation cinématographique Réalisé par Albert Mkrtchan Produit par Mosfilm en 1973.Interprétation: Vladislav Dvorjetski, Gueogui Vitsine, Oleg Dal (Source : « Culture populaire de l’union soviétique »). Il bénéficiera en outre d’une sortie VHS en France sous le même titre, distribué en 1995 par Socai Film.

 

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Albert Robida et Les Saturniens

 

Dans le fameux périple de Saturnin Farandoul qui parodie de façon fort distrayante les voyages extraordinaires de Jules Verne, Robida propulse son héros sur Saturne alors que celui-ci venait de trouver refuge avec ses compagnons dans un minaret Egyptien, minaret qui eut la fâcheuse idée de se trouver sur le passage d’une comète. La suite s’imagine parfaitement (du moins dans la logique toute farfelue de l’auteur) et la singulière tour effectua un voyage des plus incroyable, surtout pour ses occupants dont la découverte  des habitants de la planète fut l’occasion pour l’auteur de se livrer à une de ses descriptions la plus cocasse  dont il a le secret :

 

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« C’est ici le moment de parler de la bizarre conformation des habitants de Saturne ; comme les terriens, les hommes de Saturne ont des bras et des jambes terminées, il est vrai, par des mains et des pieds palmés ou plutôt par des nageoires. Jusqu’ici rien de bien étrange, avec des bottes et des gants, il n’y paraîtrait pas trop ; mais voici autre chose : les Saturniens ont dans le dos deux ailes semblables à celle des poissons volants ! Regardons maintenant leur visage ; le nez, trompe atrophiée chez nous, s’est développé et se balance au milieu de leur figure comme une trompe d’éléphant. Cet immense nez a des fonctions multiples, nous voyons dans la foule remplissant le jardin ces diverses fonctions s’accomplir. Quelques Saturniens de haut rang portant des parasols avec ce nez, d’autres cueillent des fleurs des parterres ; plus loin certains voltigent au-dessus des groupes et leur nez déployé devient une troisième aile. Enfin voici, dans les grandes pièces d’eau du parc, de jeunes Saturniens qui barbotent ; pour eux ce nez à tout faire est devenu nageoire et sert de gouvernail par les changements de front.

Et les Saturniennes dira t-on ? Elles sont charmantes, tout simplement ! Le beau sexe est largement représenté dans al foule. Ces dames possèdent à peu près les mêmes ornements que les hommes, avec cette différence que les pieds et les mains sont plus élégamment  palmés, les ailes plus délicatement ourlées et que la trompe, plus fine, plus flexible, ondule plus gracieusement en suivant le balancement cadencé de la marche. Les trompes à la Roxelane sont assez communes, surtout parmi les femmes de la variété rose, car nous avons négligé de dire que dans Saturne la genre féminin comptait sept variétés : Blanche, rose, verte, bleue, jaune violette et marron foncé ; en tout sept espèces distinctes.

Sept espèces féminines contre une masculine ! Comme on le voit, Saturne est une planète perfectionnée. »

 

 

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« La Mort De La Terre » de Rosny Ainé: Un Chef D’oeuvre Intemporel!

« La mort de la terre » De Rosny Ainé. Editions Plon-Nourrit. 1910

Rassemblés dans quelques oasis, seules parties de la terre où l’eau n’a pas encore totalement disparue, les derniers hommes attendent chaque jour la fin du monde. Car le précieux liquide fut complètement engloutie dans les entrailles de la terre par de violents tremblements de terre ne laissant que misère et désolation. La vie s’est alors organisée dans ses minuscules havres de paix où la technologie d’une humanité triomphante mais agonisante brille de son dernier éclat. Des appareils très sensibles et perfectionnés que surveille Targ, l’un des jeunes hommes de cet ultime refuge, sont le témoin d’une époque révolue qui peine à conserver le brillant de son ancienne splendeur. Cette civilisation possède en outre de bien curieux animaux, des oiseaux d’une espèce particulière car doté du langage humain et capable en outre, grâce à un instinct très développé de percevoir à l’avance la moindre secousse sismique. Car dans ses temps éloignés notre bonne vieille planète souffre de manière récurrente de terribles convulsions et Targ en compagnie de sa sœur Arva et des habitants des hautes sources, attendent avec anxiété la nouvelle colère de la terre annoncée par leurs amis ailés. Mais cette catastrophe semble vouloir prendre pour cible un autre territoire relativement proche, les Terres-rouges. Ayant perdu le contact avec ce groupe Targ décide de partir en reconnaissance. Cet événement fait ressurgir dans l’esprit du jeune homme, les terribles catastrophes qui s’abattirent jadis sur la terre. Tremblements de terre, disparition progressive de l’eau et extinction d’une grande partie du monde animal et de l’espèce humaine. Ce sont les minéraux qui tirèrent leur épingle du jeux et par on ne sait trop quel phénomènes, une nouvelle forme d’intelligence les « Ferromagnétaux », commencèrent à envahir progressivement la planète. Redoutables « concurrents » sur cette terre agonisante car ils possèdent la particularité d’absorber le sang des créatures vivantes.

« On commença à percevoir l’existence du règne ferromagnétique au déclin de l’âge radio-actif. C’étaient de bizarres taches vio­lettes sur les fers humains, c’est-à-dire sur les fers et les composés des fers qui ont été’ modifiés par l’usage industriel. Le phénomène n’apparut que sur des produits qui avaient maintes fois resservi : jamais l’on ne décou­vrit de taches ferromagnétiques sur des fers sauvages. Le nouveau règne n’a donc pu naître que grâce au milieu humain. Ce fait capital a beaucoup préoccupé nos aïeux. Peut-être fûmes-nous dans une situation ana­logue vis-à-vis d’une vie antérieure qui, à son déclin, permit l’éclosion de la vie protoplasmique ».

Notre expédition, à bord de plusieurs planeurs, arrive en vue des Terres-rouges, dont il ne subsiste que des ruines fumantes. Il ne reste que peu de survivants et Targ sauve de justesse une jeune fille,Eré, dont il tombe éperdument amoureux. Mais la loi des derniers hommes est ainsi faite qu’il ne peut se marier avec elle à moins de trouver une réserve de cette eau si précieuse. Il se lance alors vers cette quête impossible et découvre une importante source, mais dans sa recherche effrénée, il s’est blessé ouvrant ainsi une porte pour les redoutables « Ferromagnétaux ». Mais cette découverte n’est qu’un maigre sursis car la source qui alimente les réservoirs est en train de se tarir en raison de bouleversements souterrains et il se peut que d’ici quelques années, l’espèce humaine disparaîtra complètement face à cette cruelle pénurie. Malgré la bonne volonté de ce peuple volontaire et résigné et du soutient de leurs puissantes machines, rien n’y fait.

Les saisons passent, les chefs des eaux firent creuser d’immenses galeries afin de retrouver les sources, mais toutes les tentatives échouèrent. Le grand conseil décida alors de commencer les premières euthanasies afin de diminuer les bouches à abreuver. Il est difficile alors d’accepter la réalité et Targ en compagnie de Eré et de son ami Manô et Arva, ne veulent baisser les bras. Comme pour vouloir accentuer le drame de ce reliquat de civilisation, les redoutables minéraux commencent à gagner du terrain : 

« C’était dans une plaine excessivement morne, où se dressaient à, peine quelques blocs solitaires. Les Ferromagnétaux y dessinaient de toutes parts leurs agglomérations violettes. Il y prenait à peine garde lorsque, au Sud, sur une surface jaune clair, il aperçut une race qu’il ne connaissait point encore. Elle produisait des individus de grande taille, chacun formé de dix-huit groupes. Quelques-uns atteignaient une longueur totale de trois mètres. Targ calcula que la masse des plus puissants ne devait pas être inférieure à quarante kilogrammes. Ils se déplaçaient plus facilement que les plus rapides Ferromagnétaux connus jusqu’alors ; en fait leur vitesse atteignait un demi-kilométre par heure. »

De nouvelles secousses, comme pour vouloir sceller un destin de plus en plus terrible, viennent de nouveau frapper les terres rouges. Un exode est alors décidé et sur les six milles survivants, cinq milles devront être euthanasiés afin de laisser de plus grandes chances aux survivants. Les hommes et les femmes ayant dépassé quarante ans ne doivent pas survivre et pour les enfants, neuf familles sur dix n’en conserveront pas. D’immenses planeurs sont ainsi affrétés et décollent vers l’immensité du désert où, en des temps reculés et bénis, de gigantesques océans bouillonnaient d’une vie intense et magnifique. Ils arrivent enfin aux oasis équatoriales où il y a peu se trouvait encore une communauté. IL ne reste plus que des cadavres complètement asséchés par le soleil, mais pire encore une multitude de Ferromagnétaux qui s’avancent inexorablement comme pour vouloir tout absorber sur leur passage.

Cette colonie ayant choisie de se battre jusqu’au bout décide de s’installer sur cette terre aride. Les appareillages des équatoriaux sont encore en état de marche, générateurs d’énergie, planeurs, ondiféres….Un mur de fortification va être érigé tout autour d’un terrain qu’ils ont choisi pour installer leur base. Les saisons vont à nouveau s’écouler face à la menace grandissante de ce péril minéral qui progresse comme animé d’une volonté farouche :

«Les Ferromagnétaux, surtout, préoccu­paient Targ. Ils prospéraient. C’est qu’il avait sous l’oasis, à peu de profondeur, une réserve considérable de fers humains. Le sol et la plaine environnante recouvraient une ville morte. Or, les Ferromagnétaux attiraient le fer souterrain à une distance d’autant plus grande qu’ils étaient eux-mêmes de plus forte taille. Les derniers venus, les Tertiaires, com­me les surnommait Targ, pouvaient ainsi, i pourvu qu’ils y missent le temps, puiser à plus de huit mètres. Par surcroît, les déplace­ments du métal, à la longue, ouvraient dans la terre des brèches par où les Tertiaires pou­vaient s’introduire. Les autres Ferromagné­taux déterminaient des effets analogues, mais incomparablement plus faibles. D’ail­leurs, ils ne descendaient jamais dans des profondeurs de plus de deux ou trois mètres. Pour les Tertiaires, Targ ne tarda pas à constater qu’il n’y avait guère de limites à leur pénétration : ils descendaient aussi loin que le permettaient les fissures.

Il fallut prendre des mesures spéciales pour les empêcher de miner le sol où habitaient les deux familles. Les machines creusèrent, sous l’enceinte, des galeries dont les parois furent doublées d’arcum et plaquées de bismuth. Des piliers de ciment granitique, assis sur le roc, assurèrent la solidité des voûtes. Ce vaste travail dura plusieurs mois : les puissants générateurs d’énergie, les machines souples et subtiles, permirent de l’exécuter sans fatigue. Il devait, selon les calculs de Targ et d’Arva, résister pendant trente ans à tous les dégâts des Tertiaires, et cela dans l’hypothèse que la multiplication de ceux-ci serait très intense ».

Les années succèdent aux autres, en établissant ainsi une base solide, équipée des appareils les plus performants de leur technologie, les survivants purent écouler des mois paisibles à l’abri des menaces extérieures. Cependant la curiosité étant la plus forte et la soif de l’aventure irrésistibles, Targ envisage un jour de se rendre en compagnie de son épouse vers les Terres-rouges afin de savoir si la petite communauté restée là-bas est toujours en vie. A bord de leur planeur, survolant un monde sec et aride, ils arrivent sur l’emplacement de l’oasis où il ne reste plus que cinq survivants. Comme un commun accord ces derniers rescapés préfèrent se donner la mort plutôt que de vivre ainsi sans but dans un monde agonisant. Targ, va continuer seul son exploration, préférant laisser son épouse sous la protection de cette base. Mais lorsqu’il reviendra, non sans avoir découvert une probable réserve gigantesque d’eau, il constate que Arva est au prise avec les Ferromagnétaux. Il n’a que le temps de l’extraire, inerte, à l’emprise de ces redoutables créatures. C’est en regagnant l’oasis équatorial, qu’il lance un appel pour prendre des nouvelles de sa famille et de ses amis. Mais les appareils restent obstinément muets. A son arrivé il constate l’étendue des dégâts, le sol est bouleversé comme retourné par un violent séisme alors que, aucun appareil ne lui avait annoncé une telle catastrophe. Il retrouve le toit en « arcum » de sa maison mais personne à l’intérieur. Il va au final retrouver sa femme complètement exsangue, vidée de toute sa force vitale par les créatures minérales, ses enfants sont tous morts, victimes de l’éboulement des rochers.

Devant un tel spectacle de désolation, Arva chancelante adjoint à ses lèvres pales un flacon d’iridium et l’avale d’une traite. La mort est rapide et sans douleur.

Alors le tout dernier homme assis seul sur un bloc de porphyre,  se souvient en un éclair de la splendeur passée des hommes, de ce temps où la terre était une planète accueillante, riche d’une multitude de créatures vivantes où l’on pouvait s’abreuver des senteurs extraordinaires des végétaux, se laisser frôler par la douce caresse du vent. Un temps ou les océans généreux recouvraient une grande partie de nos vastes territoires. Il se remémore la suprématie de l’être humain et de son emprise sur l’environnement, de son génie et de sa folie destructrice. Il fut le grand vainqueur qui capta jusqu’à la force mystérieuse qui a assemblée  les atomes :

« Cette frénésie même, annonçait la mort de la terre…la mort de la terre pour notre règne ! »

Il eut alors la sensation de faire partie intégrante d’un vaste tout, d’être le dernier représentant d’une race qui avait vécu et qui devait laisser sa place à une autre, il appartenait à quelque chose qui puisait ses origines dans la mer primitive sur les limons naissants, dans les marécages et les forets. Toute une succession d’un cycle qui se finit ainsi à ce moment précis et dont son corps symbolise la dernière preuve vivante. Tout est à présent terminé.

« Il eut un dernier sanglot ; la mort entra dans son cœur et se refusait l’euthanasie, il sortit des ruines, il alla s’étendre dans l’oasis parmi les Ferromagnétaux. Ensuite humblement, quelques parcelles de la dernière vie humaine entrèrent dans la vie nouvelle ».

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La fin d’un monde.

 

En regard de la puissance évocatrice de ce court roman est-il besoin d’insister sur l’immense talent de l’auteur et de voir en lui ce fabuleux écrivain d’une extrême sensibilité, qui attribua au genre ses toutes premières lettres de noblesse?
Car Rosny Ainé, bien plus que d’être un parfait anticipateur, s’évertuant à la simple tache de nous proposer un futur de l’humanité transformé par une science triomphante, s’interroge en outre de façon fort pertinente sur le destin des hommes et se questionne sur sa place exacte dans la chaîne de l’évolution. Pour Rosny, l’homme n’est pas une fin en soi, mais l’élément d’un grand tout qui participe à un gigantesque bouillonnement cosmique. L’espèce humaine ne représente qu’une étape vers une évolution où le plus fort, et le plus adapté prendra la place de l’autre. En cela, notre présence sur terre n’est que l’infime partie d’un cycle, une minuscule impulsion, modeste acteur de l’avènement d’une autre forme de vie supérieure ou plus adaptée.

Il y a chez cet auteur un degré de poésie rarement rencontré, et sa grande force est d’arriver à nous convaincre du bien fondé de ses hypothèses tout en nous émerveillant par la richesse thématique de ses histoires. Car il est bien question de « merveilleux » dans ses histoires et lorsque Maurice Renard, pour définir cette littérature aux frontières du scientifiquement incroyable, lui attribue le terme de « merveilleux scientifique », jamais une tel qualificatif ne fut à ce point justifié pour une œuvre ayant atteint un tel niveau où science et imaginaire se lient d’une manière aussi étroite et parfaitement cohérente.

Rosny Ainé est l’écrivain des immenses possibilités de la science, mais pas une science aveugle, sournoise et obstinée, mais une science ouverte à ses incroyables développements, forte des hypothèses les plus audacieuses. En remettant en cause le sacro saint nombrilisme humain, il redéfinie notre place dans un gigantesque univers où nous ne représentons qu’une insignifiante partie de l’immense échiquier de la vie, où l’homme dans toute sa morgue et son arrogance n’est que le maillon de cet incroyable chaîne de la vie.

Les immenses perspectives de la rencontre de l’homme avec une forme de vie étrangère sont une constante dans son œuvre et l’on ne peut que rester admiratif face à son incroyable audace thématique à une époque où ce genre d’hypothèses hasardeuses n’était même pas concevable d’un point de vue scientifique. De ses théories les plus folles, se posant ainsi comme un véritable précurseur du genre, il allait ainsi créer un univers totalement novateur  à qui il venait donner sans nul doute, son plus magnifique chef d’œuvre : « Les Xipéhuz »! Titre probablement prémonitoire puisque l’édition qui fut publiée pour la première fois isolée du recueil « L’immolation », fut sous titrée de « Merveilleux préhistorique ».

En ces temps reculés qui se passe cinq mille avant JC en Mésopotamie, une tribu est attaquée par d’étranges créatures colorées dont la morphologie échappe totalement à l’entendement humain. Face à la menace pressante qu’elles représentent, considérées au départ comme des dieux à qui on alloue un territoire, elles ne suscitent désormais que la peur face à leur désir croissant d’expansion. Un homme, Bakkhoûn sera chargé de les stopper et d’enrayer ainsi leur inexorable progression. A force de les étudier afin de mieux les comprendre il va découvrir qu’elles sont douées d’intelligence, ayant établies une système de communication entre elles .Il parviendra à trouver l’arme pouvant les éradiquer mais il sait que c’est au profit de l’extinction d’une forme de vie. L’homme confronté au cruel dilemme de tuer par souci de survie de sa propre race, est soudain plongé dans un désarroi profond impliquant une longue réflexion sur le droit de vie et de mort.

C’est une des grandes questions de l’auteur et du positionnement de l’être humain confronté à l’existence d’une forme de vie totalement différente de la sienne. Thématique qui va ainsi parcourir son œuvre au travers de nombreux romans qui, au-delà du pur texte de science-fiction, est une réflexion de la place et du devenir de l’espèce humaine dans l’univers. Toute l’importance de sa production d’une richesse inouïe est sans commune mesure, un fait unique chez les auteurs de cette période. Toute son imagination fait preuve d’une grande richesse donnant à sa prose un ton particulièrement passionnant. Ainsi, les formes de vies que rencontreront ses héros sont toutes plus extraordinaires les unes que les autres : « Zooporphes,Ethéraux,Tripèdes » dans « Les navigateurs de l’infini », « Xipéhuz » dans le roman du même nom, « Ferromagnétaux » dans « La mort de la terre ». Un univers où l’homme, créature fragile et vulnérable se trouve aux prises avec une nature souvent impitoyable, comme dans un autre de ses romans « La force mystérieuse », avec cette région de France frappée par une étrange maladie de la lumière , altérant de ce fait les lois physiques qui nous régissent.

On retrouve les mêmes préoccupations dans ses romans « préhistoriques », cette forme d’humilité d’un auteur qui ne considère pas l’homme comme le maître suprême mais uniquement comme une espèce vivante parmi tant d’autres et qui ne doit sa survie et sa supériorité toute temporaire qu’à une agressivité des plus primitives face à la peur du danger et de l’inconnu. L’homme tel l’animal le plus commun doit lutter pour survivre, affronter un environnement des plus sauvage, s’adapter ou laisser sa place.

Dans « La mort de la terre », une œuvre particulièrement émouvante, l’homme voit son territoire peu à peu envahi par une nouvelle forme de vie voulant de la façon la plus implacable qui soit, augmenter son domaine et progresser coûte que coûte. C’est en cela qu’il se dégage de cette histoire une force incroyable, car les « Ferromagnétaux » ne nous considèrent pas plus que les roches qui jonchent le désert, nous ne sommes que de la nourriture pour eux, une espèce faible servant leur propre cause, leur permettant à parvenir à une étape plus développée. Le drame dans cette histoire, comme par une curieuse ironie du sort, réside dans leur « système alimentaire », elles se nourrissent en effet de ce même fluide vital essentiel à notre fonctionnement : le sang, ou du moins un des éléments qui le compose. Une forme de vampirisme des plus innovant. Pas de haine, ni de cruauté, elles agissent sans conscience ni état d’âme.

 C’est un drame épouvantable qui se joue ainsi et l’être humain prenant conscience de sa faiblesse, sait que ses jours sont comptés et dans une ultime tentative, va connaître la désillusion et l’arrivée d’une fin imminente en faveur d’une forme de vie qu’il lui sera alors incapable de comprendre.

Targ le héros s’efforce de conserver l’espoir jusqu’au bout et il sait que son espèce a fait son temps. Refusant cette fin inéluctable et plutôt que de céder à cette mort « inutile » par euthanasie, il préfère alors sous la plume inspirée de ce grand conteur, décider de participer au cycle de la vie et de ne faire qu’un avec cette intelligence si parfaite, sans haine apparente et entrer au plus profond de sa chair dans cet immense bouleversement de la vie.

Très peu d’auteurs eurent le bon sens d’imaginer de nouvelles formes de vies extraterrestres, Ronsny Ainé en fut le grand initiateur, thématique qui sera utilisée dans une moindre mesure par René Thévenin dans son « Collier de l’idole de fer », dans les ouvrages de Léon Groc « La révolte des pierres » et « L’univers vagabond », tout comme les colonnes lumineuse de Jean de la Hire dans sa « Roue fulgurante » , sans oublier le roman qui semble le plus bel hommage à l’ami des Goncourt , d’un écrivain au talent immense à l’œuvre tout aussi riche et généreuse, Francis Carsac dont les Misliks de « Ceux de nulle part » ne sont pas sans nous rappeler les « Ferromagnétaux ».Concernant cet auteur,une bibliographie  qui demeure une des plus passionnante de la science fiction Française des années cinquante.

 

 

« La mort de la terre est un petit roman que j’aurais pu sans peine dleyer en trois cents pages. Je ne l’ai pas fait, parce que, à mon avis, le merveilleux scientifique est un genre de littérature qui exige la concision : ceux qui le pratiquent sont trop souvent enclin au bavardage.»

 

Rosny Ainé

 

Bibliographie

- « La mort de la terre » dans « Les annales politiques et littéraires » du N° 1405 au N° 1412. Editions A.Brisson. Illustré par Guillot de Saix

- « La mort de la terre » Editions Plon- Nourrit 1910.

- « La mort de la terre » Editions Plon 1912.

- « La mort de la terre » Revue « Sciences & Voyages » du N° 564 (19.06.1930) au N°577 (18.09.1930).

-  « La mort de la terre » Editions Denoël collection « Présence du futur » N° 25 1958. Réédité plusieurs fois dans la même collection.

- « La mort de la terre » dans le recueil « Récits de Science-fiction » Editions André Gérard collection « Marabout Géant »1973.

- « La mort de la terre » Editions NRF collection « 1000 soleils » 1976.

- « La mort de la terre » Adaptation en bande dessinée pour le journal « L’humanité » du 5 février au 3 mai 1976. Cette histoire sera reprise pour la première fois dans son intégralité aux éditions de L’apex collection « Bédéphilia » N°24 (Juillet 2001). En outre l’éditeur eut la bonne idée de reproduire en fin de volume l’intégralité des illustrations réalisées par un auteur inconnu, pour la revue « Sciences & Voyages »

- « La mort de la terre » Editions Flammarion collection « Etonnants classiques » 1998.

 

 

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Robida Aux Origines de L’enfant Élevé Par Les Singes

Le « problème » des plagiats littéraire ne date pas d’hier et les textes « d’imagination scientifique » n’échappent pas à la règle. 
Le thème de l’enfant élevé par les singes pose en effet la douloureuse question : Les Français ou le Américains ? 
Il est clair qu’en regard des dates de publication entre l’œuvre de Burroughs et de Robida, la question ne se pose même plus, puisque « Les voyages extraordinaires de Saturnin Farandoul dans les 5 ou 6 parties du monde et dans tous les pays connus et même inconnus des mondes de Jules Verne » date de 1879. 
Ce roman de 800 pages abondamment illustré par l’auteur (n&b et hors texte couleur magnifiques) relate donc les aventures de Farandoul qui à l’age de 4 mois et 7 jours va échouer sur une île peuplée de singes. 
IL sera élevé par les primates et partira dés l’age de 11 ans retrouver la civilisation, conscient de sa différence. 
Il deviendra rapidement un homme hors du commun, un être supérieur parmi les hommes tout en conservant un grand pouvoir sur les animaux. 
De retour de manière fortuite chez les singes, il en fera par la suite une société instruite et constituera même sa propre armée. 
Toute l’histoire sera par la suite une aventure délirante et haute en couleur dans laquelle Robida pastichera de manière très savoureuse les héros de Jules Verne et de ses « Voyages Extraordinaires ». 
Je ne pense pas qu’il s’agisse de la part de Burroughs d’un « plagiat » comme il me semble l’avoir lu quelque part car il parait fort peu probable que l’auteur ait eu un accès au texte original de Robida. Cette thématique de l’enfant élevé par les singes fut d’ailleurs utilisée à maintes reprises 
Il s’agit certainement de ces coïncidences dont la littérature de l’imaginaire est assez coutumière. 
Je relisais il n’y a pas très longtemps « L’affaire » de « La force mystérieuse » rédigé par J.H.Rosny Ainé ou l’auteur attire notre attention sur les similitudes entre son roman et celui de Conan Doyle « Le ciel empoisonné » 
On se souviendra également de l’article de Pierre Versins dans la réédition du roman de Gustave Lerouge « Le prisonnier de la planète Mars / La guerre des vampires » et intitule « Qui à copié », il nous parle ici de la similitude entre le texte de Lerouge et celui de H.Gayar « Les aventures merveilleuses de Serge Myrandhal »
Il nous faudrait alors évoquer la méthode qu’utilisa un bon nombre d’écrivains de l’époque pour faire voyager de façon « astrale » leurs héros, sur d’autres planètes….. 
La liste serait trop longue et la seule finalité ne reste t-il pas notre seul plaisir de lecteur. 
Saluons au passage le travail exemplaire des Editions « Black Coat Press » qui ne cessent de rééditer des auteurs classiques de l’imaginaire Français. 
En France nous devrions nous sentir un peu honteux de laisser de telles œuvres remarquables à l’abandon et confier aux autres le soin de réhabiliter notre propre patrimoine littéraire populaire. 
Pour preuve la sortie de ce « pavé » de Robida, ouvrage rarissime en France, dont j’ai la chance de posséder un exemplaire original, et qui est un véritable ravissement pour les yeux : du grand art pour un auteur illustrateur des plus talentueux. 

Pour conclure je voudrais vous apporter la preuve par l’image, s’il en faut, que Farandoul a bien été élevé par les singes !

 

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