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« A La Conquête De Vénus » De Louis Grivel

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la vie est possible sur Vénus et après quelques explications assez fumeuses, l’auteur nous prouve qu’il y a de fortes probabilités pour que son stade d’évolution soit assez comparable à notre période Jurassique. Un équipage aussi saugrenu que hétéroclite s’organise et la construction d’une tout aussi improbable fusée débute sans plus tarder. Après de savants calculs, il faudra toutefois prévoir un moyen pour quitter les effets de l’attraction terrestre sans avoir à gaspiller du précieux carburant. Il sera donc décidé de décoller du fleuve Mississipi et de faire route vers le Mexique. Car voyez vous, l’appareil est un compromis entre la fusée et l’hydravion et pour lui permettre de sortir de notre atmosphère il lui sera nécessaire d’utiliser la force ascensionnelle d’un volcan et des gaz en pression qui s’en échappe. Leur choix se portera donc sur l’Orizaba.

Le jour du départ arrive et notre équipage constitué de scientifiques de différents horizons, embarque pour une formidable épopée. Seul Olive Escartefigues, célèbre pour sa tentative avortée d’un voyage dans la lune ne pourra être du voyage, remplacé au dernier moment par le narrateur de cette histoire. Auteur que nous ne remercierons jamais assez pour nous avoir rapporté un récit aussi…captivant, mais n’anticipons pas !

Une fois le voyage amorcé, je vous ferai grâce des péripéties d’un voyage des plus sensationnel où certaines tensions commencent à voir le jour, la planète convoitée est en vue et ce, après trois semaines d’une mortelle platitude. Ils ne leur restent plus qu’à trouver un endroit où amerrir, chose facile car voyez-vous sur Vénus l’eau y est abondante. Une fois posé avec toute la grâce de rigueur, l’équipage est dans l’angoisse : Va-t-on pouvoir respirer ? Bon je vous rassure, si l’auteur a dépensé des millions dans la construction d’une fusée, il ne va pas leur faire rebrousser chemin aussitôt arrivés. La porte s’ouvre et miracle, l’air est sain et vivifiant. D’ailleurs cette première sortie donnera lieu à une des remarques les plus pertinentes du narrateur dont l’environnement lui rappelle étrangement l’Indochine ! Impossible de lutter contre l’esprit colonialiste…

Ils découvrent ainsi une planète bien chaotique, soumise aux caprices de la nature, car semble t-il, en proie à de fréquentes secousses sismiques. Ils en feront d’ailleurs les frais lors de l’installation de leur tout premier camp de base. En effet le lac où ils avaient laissé leur appareil, fut complètement asséché en une nuit. Il leur fallut toute leur ingéniosité pour remettre ce dernier à flot (l’appareil pas le lac…. Quoique !).

Nous assisterons alors au périple de ces Robinsons Vénusien qui pendant six longues années (limite qu’ils se sont fixés) vont tenter de s’accommoder aux caprices d’une planète qu’il leur réserve bien des surprises : La découverte d’animaux gigantesques ! Il ne pouvait en être autrement dans ce genre de récit. Ils devront affronter alors à de multiples reprises, une race d’alligators géants aussi laids que redoutables et de curieux mastodontes qui ressemblent à de gigantesques crapauds et dont la particularité est de pouvoir hypnotiser leurs victimes. Un des membres de l’équipage en fera les frais, il sera dévoré après avoir succombé au charme envoûtant du terrible regard de la bête. Il leur faudra en outre changer plusieurs fois de campement, la proximité des océans étant trop dangereuse, ce qui leur permettra, comme le hasard fait bien les choses, de découvrir  une gigantesque mine d’or. Découverte qui fera l’objet de nombreuses querelles qui se termineront par la mort de deux membres de l’équipage. La convoitise des hommes prenant le dessus sur la curiosité scientifique, ils n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur la quantité du précieux métal qu’ils pouvaient embarquer à bord de la fusée.

Dans cette ambiance de jungle tropicale, dont la monotonie est parfois entrecoupée de trémulations du sol Vénusien ou de l’apparition d’un animal insolite, le lecteur plongerait dans un ennui profond ou d’un endormissement salvateur si un beau matin, nos sympathiques explorateurs n’avaient découvert un village. Oui chers amis, un village qui plus est habité par des gens !

«  Comme nos guides, tous étaient nus, couverts de poils ras sur tout le corps; ils avaient tous de longues chevelures et les adultes mâles, avaient de la barbe et des moustaches; la plante des pieds et la paume des mains étaient glabres comme les nôtres; leur toison n’était du reste pas uniforme, elle variait de ton suivant les parties du corps et elle variait aussi d’un sujet à un autre; dans l’ensemble, ils étaient de teinte générale fauve, mais on voyait des chevelures brunes, alors que d’autres étaient châtaines, il en était de même pour les barbes. »

Les « Makalas » car c’est bien d’eux dont il s’agit, est une peuplade pacifiste et leur profil  humanoïde ne cesse d’interpeller la communauté scientifique de la délégation terrestre qui  à grands renforts de « Oh ! » de « Ah ! » et de « Hum ! Hum ! » arrivent à la conclusion que cette tribu de « velus » doit provenir de la terre  à une époque si reculée que même les hommes en ont oublié la trace. Leur langage sera assimilé en un rien de temps et cette facilité de communication va leur permettre de mettre à jour une ancienne bibliothèque  dont le contenu ne manquera pas d’assouvir une légitime curiosité scientifique.

Entre cent dix et cent quinze mille ans régnait sur la terre une civilisation parvenue à un haut degré de technologie. Une époque où les savants de la terre avaient pu entrer en communication avec les habitants de la lune,  qui avaient dû rapidement chercher refuge dans les profondeurs du satellite en raison de la raréfaction progressive de l’atmosphère. La lune était ainsi devenue une immense galerie étanche où de gigantesques compresseurs puisaient à l’extérieur un air raréfié, qu’ils amenaient à une densité convenable, avant de le projeter à l’intérieur : ceci expliquant cela, voilà pourquoi il n’y a plus d’atmosphère sur la lune !

Les sélénites avaient également de grandes réserves d’eau dans d’immenses lacs souterrains, mais progressivement la population décrue.

Un des manuscrits détaille aussi les tentatives avortées de communication avec la planète Mars qui vivait à cette époque un très grand bouleversement géologique. Pluton également envoya un signal de détresse aux terriens, un cataclysme sans précédent était également prévu dans les mois à venir. Les savants Plutonien demandèrent alors à leurs homologues de la terre ce qu’ils feraient en pareil cas :

« Foutre le camps »  répondit un chercheur, humoriste à ses heures.

Tout va de travers dans notre système solaire et notre bonne vielle planète n’est pas en reste. Elle fut fréquemment « secouée » par un vent de révolte menaçant l’équilibre de la société et cela n’avait rien d’exceptionnel. En effet les philosophes avaient été amenés à constater que par la force même des choses, plus une civilisation se développait, plus elle se rapprochait d’une fin catastrophique. Mais un autre fléau, plus dévastateur était annoncé et cette terrible catastrophe sismique prévue par le corps scientifique et menaçant d’extermination l’humanité entière, était prise au sérieux. Il était urgent de procéder à une évacuation d’urgence. Une machine volante fut donc construite afin d’emporter sur Vénus une vingtaine de famille. Les élus n’eurent que le temps d’embarquer avant la catastrophe finale  et dans l’espace voir la terre en feu avant qu’elle ne s’enveloppe  de brumes épaisses la cachant définitivement.

A la lecture de cet incroyable récit, nos explorateurs regardent alors avec une infinie tendresse, ses homme femmes et enfants qui sont des lointains descendants de notre chère humanité.

La vie  va reprendre son cour, désespérément monotone et fort heureusement le jour du départ approche. C’est le moment que choisira Louis Grivel (et oui notre auteur…surprise !) pour nous faire une petite crise d’existentialisme et partir pour une période de méditation intensive dans la savane Vénusienne. Il y rencontrera une forme d’illumination, mais surtout une créature des plus singulière avec laquelle je vais prendre la liberté de vous faire un petit descriptif…enfin c’est le narrateur qui va nous la décrire :

« Figurez-vous un corps cylindrique de locomotive, sur­monté en son milieu, de son dôme à vapeur; aux lieux et places des roues, supposez trois paires de pattes énormes, une à chaque extrémité et une au milieu; imaginez à l’ar­rière, une queue de près de dix mètres de longueur se déta­chant du cylindre et allant en s’amincissant vers son extrémité, avec un diamètre moyen égal à celui du corps d un homme; maintenant voyez à l’avant, une tête sans yeux et sans oreilles, comportant une gueule largement fendue et surmontée d’un appendice nasal de cinq mètres de long environ, ayant l’allure d’une trompe d’éléphant, tout cela plutôt ébauché que fini, recouvert d’une peau rugueuse et tavelée, plissée, couverte de soies rares mais rudes et vous aurez une idée approximative du Gouma, dont le poids devait se rapprocher de celui de dix éléphants réunis

Mais, dis-je à mes compagnons, les yeux où sont-ils ? et les oreilles ? »

Incroyable non ? Une des toute dernières bizarreries que notre auteur aura la chance de voir avant de quitter Vénus. Ainsi vous ne serez pas allé sur Vénus pour rien et votre musée de curiosités cryptozoologiques va s’enrichir d’une nouvelle créature !

 Après un départ des plus émouvant, l’appareil décolle, laissant derrière lui les représentants de notre antique civilisation. Le retour sur terre se fera d’une manière un peu abrupte et en lieu et place des acclamations et des félicitations attendues, les rescapés de cette extraordinaire aventure seront accueillis au son du canon. L’avion sera touché  de plein fouet, Louis va se sentir tomber…et se réveiller non pas dans son lit douillet, fort heureusement ce n’était pas un rêve, mais dans un chambre d’hôpital. Ils ont été arraisonnés prés de Honolulu par un navire de la marine impériale Japonaise. Face à lui, un lieutenant Kamura incrédule qui lui explique qu’il est le seul survivant, l’appareil repose à une profondeur abyssale. Bien évidemment personne ne voudra porter crédit à son étrange voyage, ils sera rapatrié dans sa patrie d’origine, passera devant une commission de savants experts qui l’écouteront de la façon la plus conciliante qui soit.

Seul le célèbre Escartefigues serait en mesure de porter quelques crédits au récit de notre malheureux explorateur. Mais ce dernier l’écoute d’une manière polie et attentive, lui avoue même avoir passé un agréable moment à la narration de son récit mais ne semble pas plus convaincu. Le plus important lui dit-il, n’est-il pas d’être convaincu de son histoire et lui murmure « Tu es allé sur Vénus, comme moi sur la lune…. »

Tant d’incrédulité et d’ignorance  incitèrent Louis Grivel à réaliser la chose la plus sensée qui soit et cette chose vous venez de la vivre tout comme moi, par le récit de cette conquête de Vénus tiré de ce rare ouvrage paru à Tunis en 1942 à l’imprimerie J.C.Bonici. Mais fiez vous au vieil adage d’un ami collectionneur : « Rareté  est loin d’être un signe de qualité »

Disons le tout de suite, mais est-il besoin de le préciser, le roman est assez fastidieux, bavard, symptomatique d’une certaine production de cette période où les auteurs usaient ainsi de ce « transfert » d’exploration. Une époque où la majorité des terres inconnues ne l’étaient plus et qu’il fallait alors repousser les frontières au-delà d’un espace qui renfermait encore bien des mystères. En utilisant le schéma classique d’une planète  comparable à notre ère préhistorique, l’auteur va effectuer un voyage dans l’espace mais également dans le temps en nous livrant une roman assez peu original, fort heureusement quelque peu sauvé par cette idée d’exode de nos lointains ancêtres et de leurs rapports avec les habitants des autres planètes si cher à Camille Flammarion. Qu’il est dommage que dans un roman invoquant Vénus déesse de l’amour et de la séduction, pas l’ombre d’une femme n’apparaisse. Portant les auteurs chérissaient ce concept d’idylle dans l’espace…..Je préfère pour ma part et loin,concernant la thématique du voyage sur Vénus, l’ouvrage de Achille Eyraud  « Voyage à Vénus » (Michel Lévy Frères, libraires éditeurs.1865) fort malheureusement encore un peu plus difficile à trouver et qui est certainement une référence du genre avec son engin spatial, prototype de la fusée à réaction et de la découverte d’un monde répondant aux critères d’une société idéale organisé autour du progrès social et des découvertes technologiques. Mais nous aurons l’occasion d’y revenir dans un prochain article.  

 

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« Le Dernier Jour, Roman D’anticipation » De Alexandre Renaud

 

« Le dernier jour, roman d’anticipation » de Alexandre Renaud. EDititons de La nef de Paris.1960

Note de l’éditeur:

Déjà connu par plusieurs ouvrages, dont « Sainte-Mère- Eglise » qui obtint un prix d’académie et fut le « Best Seller » des années 1945-1946, Alexandre Renaud nous offre un roman d’anticipation « Le dernier jour», qui se situe au soir de

notre millénaire et raconte la fin d’une période d’humanité « trop évoluée dans la science du mal ».

Un scientifique, pétri de la connaissance des anciens livres, dans un style toujours simple et clair, accessible à tous, brosse d’abord un magistral tableau de la civilisation humaine de cette époque. Les hommes travaillent de moins en moins, songent surtout au repos, aux plaisirs, aux loisirs. La machine est reine. Les idéologies s’affrontent dans l’envie, la jalousie, et l’obsession de la puissance.

Soudain des savants demi-fous et exaltés, impossibles à re­pérer et qui se proclament « le parti » déclenchent le cata­clysme. Fusées, bombes, rayons de mort frappent les villes au hasard.

Cependant quelques hommes et quelques femmes réunis au hasard, disciplinés, bien commandés, réfugiés dans un abri anti-atomique, pourvus de téléradio et d’un périscope, assistent, à demi asphyxiés eux-mêmes et pleins d’horreur, à l’agonie de la Terre. Ils entendent toutes les grandes voix de l’Univers qui s’insultent d’abord, puis gémissent, puis implorent et s’é­teignent une à une. Ils voient aussi l’armée de la matière et de la science, les chutes d’avions, les grandes nuées jaune et ocre qui envahissent le ciel.

Et soudain le silence se fait. La Terre est morte. Alors le groupe sortant de l’abri erre, comme jadis Adam, Noé, Loth, sur la Terre déserte et après de longues semaines d’angoisse arrive dans une sorte de paradis terrestre miraculeusement épar­gné par la tornade pour y recommencer une nouvelle période humaine.

«Le dernier jour», imprégné d’une haute philosophie, est aussi un récit d’aventure, de la plus plus grande et terrible aventure qui pourrait arriver à l’humanité.

 

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« Hodomur, L’homme De L’infini » de Ege Tilms: Dans L’espace Personne Ne Vous Entend Crier!

 

« Hodomur l’homme de l’infini » de Ege Tilms. Edition de la revue mondiale.1934. 212 pages

 

Venu passer quelques jours de repos à Ostende, Lerte rencontre plusieurs de ses anciennes connaissances: Louis Demer, ancien sous-officier de son régiment et devenu à présent policier ainsi que Jacques Belons, vieil ami de l’université. Fait curieux, le policier est précisément chargé de surveiller Jacques et son épouse Jéromine, tous deux accusés d’activités suspectes. Le couple fortuné serait le chef d’une organisation internationale. Un soir, Lerte décide d’élucider l’affaire et se rend à une soirée où il rencontre son ami Jacques. Celui-ci a une attitude bizarre et porte au cou un étrange médaillon, et se met brusquement à hurler en regardant les étoiles: «Le signal, ils viennent».

Quelques jours plus tard, rappelé par ses affaires le narrateur de l’histoire rentre à Bruxelles profitant de l’automobile des Belons. Arrivé là, Jacques est victime d’un traumatisme crânien et, comme libéré d’une extraordinaire force, le blessé se met soudain à proclamer: «Voilà comment je suis revenu d’un autre monde».

Lors d’un périple dans sa région maternelle il découvre près d’un endroit connu de lui seul un étrange médaillon. Il le passe autour du cou, lorsqu’un formidable rugissement se fait entendre. Un vaisseau spatial de «construction harmonieuse» vient de se poser à quelques mètres de lui. Une porte s’ouvre, une force mentale lui ordonne de monter à bord. Une fois à l’intérieur, il sent l’appareil se soulever et par un hublot il voit la terre s’éloigner à une vitesse prodigieuse. Brusquement un homme apparaît, il s’agit de Hodomur, Capitaine de «L’ercor» et explorateur des mondes habités. Par malchance, Jacques se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment  et afin «d’éliminer» un témoin gênant il ne restait plus qu’à le capturer et l’emmener sur sa planète.

Qu’il se rassure il n’est pas le seul, et d’autres «invités» se trouvent sur sa planète: Wise, 5ème satellite de Frey, mais n’anticipons pas ! Au cours du voyage, conversation philosophique et échange d’idées vont bon train mais une chose est certaine, les «Wisistes» nous sont, comme il se doit, bien supérieures dans le domaine social et technologique et plus particulièrement dans le domaine des sons. Tout semble idyllique sur cette planète, mais arrivés sur Wise, la réalité se fera vite jour.

En réalité, les Terriens sont parqués dans ce qu’ils appellent «le Camp de la Bonne Etoile» délimité par un champ de protection mentale infranchissable. Le but, satisfaire la curiosité des savants de la planète en pratiquant quelques mystérieuses mais horribles expériences sur le cerveau humain. Pour cela, tout les jours un Terrien (ils sont une cinquantaine) est appelé mentalement, quitte le champ de force et disparaît pendant plusieurs jours. A son retour, celui-ci, complètement amnésique, semble être entré dans une phase complète de prostration.

Arrive le jour fatidique où Lerte est désigné à son tour et chose incroyable, à l’inverse de ses infortunés compagnons, il se rappelle certains faits. Il revoit les savants, de puissantes machines, une formidable ville de verre parcourue par des engins volants et surtout une femme extraordinairement belle. Dans le camp c’est la consternation et les prisonniers le considèrent alors comme un individu suspect, un traître, lorsqu’un jour les hommes commencent à mourir mystérieusement les uns après les autres. La peur rôde, il faut agir. Un brave arrive bien à forcer la barrière invisible pour aller «au-delà», mais à son retour ses cheveux sont devenus blancs, avant de mourir il hurle dans son délire: «Le pentagone de feu… Les vierges de Mohêma… La flèche de lumière… Le secret de la ville de métal!»

La mort poursuit son effroyable moisson, Belons désespère, mais un matin Hodomur le contacte et lui annonce qu’il allait être le consul de Wise, chargé de mission. Confiant en son intelligence et ses connaissances, les Wisites vont le charger d’acquérir multiples objets pouvant intéresser leurs savants. Après un conditionnement spécial (afin d’effacer certains éléments de sa visite sur Wise) Jacques embarque sur l’Ercor. Ses amis jaloux et haineux lui tournent le dos: Pourquoi lui?

Le voyage de retour se poursuit, le vaisseau passera près d’une planète inconnue des Terriens comportant, fait incroyable, des statues comparables à celles de l’île de Pâques. Sur terre une vie de rêve et de prospérité commence alors, jusqu’au jour où Hodomur se présente à Belons, celui-ci est avec son épouse. L’explorateur n’a d’yeux que pour elle: C’est le coup de foudre, il veut en faire la nouvelle reine de sa planète. A partir de ce jour le couple arrive à échapper à l’emprise infernale de ce monstre, mais pour combien de temps encore?

Ainsi se termine le récit, Jean prenant conscience du danger et par amour secret pour Jéromine, tente de sauvegarder cette innocente personne. Mais en vain, celui-ci sera «conditionné» mentalement et écarté du domicile de ses amis. A son retour, la maison est vide. Ici prend fin le témoignage de Lerte qui est en réalité un manuscrit transmis à l’un de ses amis. Celui-ci pense que Jean, depuis introuvable, a été à son tour victime des extra-terrestres.

 «Depuis, par les nuits étoilées et paisibles, devant l’immensité constellée un frisson nerveux nie parcourt. Malgré moi, je crois entendre, hallucinée et angoissée, portée par l’éther impalpable, une plainte lourde de souffrance venant des profondeurs inouïes des abîmes inconnus de l’infini, un cri poignant de détresse et de douleurs, inexplicables, poussée par les disparus du mois d’août et que seule mon âme pitoyable et sensible entend faiblement: Au secours!… Pitié!… Au secours!»

 

Le mot de la fin

Ce roman procure deux impressions: Une favorable pour le sujet même et plus particulièrement l’originalité du récit avec cette remarquable description des captifs sur cette mystérieuse planète. L’impression défavorable concerne certains gros défauts dont le récit souffre bien souvent, en effet certains éléments abordés, nous laissent malheureusement sur notre faim. Imaginons un meilleur développement des indices évoqués par l’un des captifs: La flèche de lumière, la ville de métal et le pentagone de feu… Et puis il y a les moyens d’investigations des « Wisites » sur le cerveau des Terriens! Il existe hélas un énorme vide, là où notre auteur se devait de laisser libre cour à son imagination. Seuls quelques éléments sont abordés donnant heureusement à l’ouvrage quelques passages mémorables. Citons pour exemple le développement de la théorie « Wisiste » sur les rapports hommes/femmes, la technologie basée sur les sons, l’immortalité, la sélection naturelle, le voyage dans l’espace….

Parfois même, grâce à l’intermédiaire de cet Hodomur, l’auteur nous expose ses théories plutôt radicales, concernant certaines nations:

 «Les Américains dominer le monde? Vous plaisantez? Les Etats-Unis offrent une population mélangée au possible à des résidus de toutes les races. Vous n ‘y trouvez que des gens capables d’exploiter, mais non pas de comprendre. Imbus de leurs idées souvent fausses, ils se trouvent dans l’impossibilité de résoudre des problèmes d’où le bonheur général de l’humanité dépend».

Saluons pour terminer l’auteur qui dans une bonne partie du livre nous décrit la captivité des Terriens dans ce «camp de la mort» sans barbelés mais ô combien plus terrible. Il se dégage de cet ensemble une impression de malaise, une lucidité effroyable d’hommes à la merci d’une intelligence supérieure. Tel du bétail dans l’attente du bon vouloir de leur bourreau, la peur et la folie que peuvent générer une telle situation est ici raconté d’une manière angoissante. Certaines lignes arrivent à être terribles. Il suffit de se remémorer des ouvrages comme « La guerre des mouches » (Editons Gallimard 1938) de Jacques Spitz  le tout aussi passionnant « Le sceptre volé aux hommes » (La renaissance du livre 1930)de H.J.Proumen, sans oublier « Apparition des surhommes » ( Editions J.Froissart 1950) de B.R.Brus, pour se remémorer le triste destin d’une race humaine agonisante aux pouvoirs d’une force les dépassant totalement.

« Hodomur » pourra plaire ou agacer, mais il reste toutefois quelques bon moments pour en faire une oeuvre intéressante. Parsemée de certains éléments novateurs et vraiment originaux, comme cette captivité aux confins des étoiles où l’être Humain impuissant n’est qu’un animal de laboratoire. Le roman se termine d’un façon tragique et la dernière phrase se révèle des plus angoissante, comme quoi, dans l’espace que faire même si l’on vous entend crier.

 

 

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Charles Cros « Un Drame Interastral » : Un Auteur En Avance Sur Son Temps

 

 

Charles Cros est né à Fabrezan dans l’Aude le 1er Octobre 1842, originaire d’une famille de Lagrasse (Aude) et mort à Paris le 9 Août 1888. Eléve surdoué bien que  autodidacte, il va développer tout au long de sa vie, un goût prononcé pour les sciences. Il était parait-il dés l’age de 14 ans, capable d’enseigner le sanscrit et l’hébreu. Il fut un temps, de 1860 à 18863, professeur de chimie à l’Institut parisien des sourds-muets, avant de se consacrer à la recherche scientifique. Ce prodige trop mal connu en France fit dés 1867 parler de lui après avoir présenté à l’Exposition Universelle un prototype de télégraphe automatique suite à ses travaux portant sur l’amélioration de la technologie du télégraphe. En 1869, il présente à la Société Française de photographie un procédé de photographie en couleurs qui est à l’origine du procédé actuel detrichromie, mais c’est en 1877 qu’il adresse à l’ Académie des sciences un mémoire «  La description d’un procédé d’enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l’ouïe ». Il s’agit en fait d’une de ses inventions, le « paléophone » en réalité le premier prototype du phonographe. Cette formidable invention sera remisée au rebus lorsqu’en 1878, un certain Edison présente son célèbre appareil à l’académie des sciences.

Mais au-delà de ce génial scientifique que hélas peu de personnes connaissent de nos jours, Charles Cros fut un écrivain émérite laissant derrière lui quelques petites œuvres qui nous intéressent plus particulièrement. C’est en 1866 qu’il va rencontrer Paul Verlaine et se liera d’amitié avec Arthur Rimbaud, Villier de L’isle-Adam…Il fréquenta ainsi  cafés et cercles littéraires de l’époque où on le connaissait surtout pour ses monologues dont « Le hareng saur » qu’il récitera lui-même au « Chat Noir ». Il côtoie donc la bohême littéraire dès l’année 1867.C’est à ce moment de sa vie qu’il fait ses premiers pas en poésie dans « L’Artiste » en 1869. 1870 est l’année où Charles Cros débute l’écriture de nombreux poèmes du « Coffret de Santal », ce recueil paraîtra en 1873. Ses activités littéraires se multiplient, il collabore au « Tombeau » de Théophile Gautier. En 1874, il devient rédacteur en chef de « La Revue du Monde Nouveau », et publie dans un même temps « Le Fleuve », et en 1876, les « Dixains Réalistes ». Charles Cros fréquente le cabaret Le Chat Noir et il se lie avec Alphonse Allais. Il fut d’ailleurs un membre actif de cet illustre « club des Hydropathes » que nous évoquions dernièrement au sujet de la mise en ligne du texte de Emile Goudeau « La révolte des machines ». Il fut également un membre du cercle des poètes Zutistes dont on garde une trace avec un album Zutistes dans le quel Cros, Rimbaud , Verlaine et bien d’autres caricaturent férocement les poètes Parnassiens.

En 1878, Charles Cros épouse Mary Hjardemaal dont il a deux fils, Guy-Charles et René. Mais très vite sa santé devient fragile,  vie de bohême et abus d’absinthe ne faisant pas bon ménage.
L’œuvre poétique de Charles Cros tient pour l’essentiel en deux recueils : « Le Coffret de Santal », et « Le Collier à Griffes », recueil qui reprend des pièces composées dans les dix ou quinze dernières années de sa vie, que son fils Guy-Charles Cros publiera en 1908, pour les vingt ans de la mort de son père. A sa mort en 1888, la plus grande partie de son oeuvre reste inédite.

Il s’éteint au cours de l’année 1888. Il faudra attendre les surréalistes pour que cette figure emblématique d’une époque bouillonnante et inventive resurgisse enfin. Robert Desnos et Louis Aragon rendront ainsi hommage au poète et à son rôle important dans la littérature.

La nouvelle d’anticipation que vous allez lire aujourd’hui paru en 1872 et fut rééditée dans la collection « Les œuvres libres » en 1964, N°212 puis réédité dans le N°9 du « Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne et de fantastique » ( Février, Mars, Avril 1992) et dans la « Petite bibliothèque ombre » dans un recueil « Le caillou mort d’amour », comprenant toutes l’œuvre conjecturale de Charles Cros  à savoir : «  La science de l’amour » (1874), « Le journal de l’avenir » (1880) et « La caillou mort d’amour » (1886). L’ouvrage est également enrichi de textes rédigés en collaboration avec Emile Goudeau « Contes sans dessus dessous »

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Un drame interastral

L’ordonnance CXVII du 3e  grand-maître de l’astro­nomie terrestre a soulevé les criailleries de tout le parti Goguenard. Disons-le tout de suite, ce parti, quoiqu’il s’en défende furieusement, rappelle à s’y tromper celui des libres penseurs, si en faveur il y a quelques siècles. Il le rappelle tellement, qu’on peut craindre de le voir se porter aux mêmes excès négatifs, qui nécessiteraient conséquemment les mêmes répressions.

Les Goguenards ont parlé de retour aux oignons d’Egypte, aux ténèbres des dix-neuvième et vingtième siècles ; ils ont proclamé que c’était une restauration des clergés d’autre­fois, une mesure superstitieuse, une fantaisie mytholo­gique introduite en ce qu’il y a de plus essentiel à la bonne marche des sociétés humaines modernes.

Il me sera facile de réduire à néant ces vaines récla­mations. Tout d’abord, il faut remarquer que cette ordon­nance n’établit rien qui ne soit déjà dans la pratique réelle depuis de longues années. Elle ne fait que résumer ce qui existait dans les règlements particuliers de presque tous les observatoires terrestres, ou bien ce qui résultait de nom­breuses décisions de la Cour suprême.

En effet, il faut être étranger à l’étude la plus élémen­taire du droit administratif pour ne pas savoir les forma­lités exigées par tous les conseils d’observatoire à l’admis­sion dans la Grande-Coupole et sur la Terrasse de corres­pondance ; il faut n’avoir lu aucune des publications astro­nomiques de ce siècle pour ignorer que cette appellation même, Mystère de la Coupole et de la Terrasse, tant criti­quée dans l’ordonnance dont il s’agit, est d’un usage com­mun, et que certains documents officiels, déjà anciens, l’emploient expressément

Il en est de même du régime spécial du célibat obliga­toire des astronomes qui veulent dépasser le quatrième degré, du serment qu’on exige d’eux et des pénalités parti­culières auxquelles ils sont soumis, pénalités d’autant plus sévères que le degré du contrevenant est plus élevé.

Il y a déjà longtemps que, dans les demandes d’admis­sion aux degrés supérieurs, les aspirants mentionnent en premier leur condition de célibataire et l’austérité de leurs mœurs, avec pièces à l’appui. Or, ces choses étaient deve­nues exigibles en réalité, depuis déjà longtemps, et l’ordon­nance CXVII est venue simplement régulariser un usage reconnu nécessaire au point de vue de la morale et de la politique. Et ici, l’action de l’ordonnance, au lieu de resser­rer l’usage, l’a rendu plus équitable et plus large en pré­venant l’abus de certaines restrictions trop sévères qui commençaient à s’introduire dans plusieurs cours astro­nomiques.

Mais je sais que les Goguenards ne se tiendront pas pour satisfaits de ces explications. Usage si l’on veut, disent-ils, mais usage injuste et mauvais, abus de pouvoir, etc.

Pour cette dernière question, qui prouve d’ailleurs immé­diatement l’ignorance et l’irréflexion de ceux qui la soulèvent, je ne peux pas entrer dans une discussion proprement dite. Je me bornerai à raconter un fait d’où découlera, pour les esprits les plus primitifs, la nécessité d’une réglementation vigoureuse, comme celle qui a naturellement prévalue et qui vient d’être définie dans l’ordonnance CXVII

On se rappelle peut-être la retraite subite et inexpliquée d’un directeur de l’observatoire des Andes-Sud, et les bruits qui suivirent cette retraite, il y a une trentaine d’années. On parla de négligences coupables et de violation des mystères de la coupole. Le mot mystère se trouve juste­ment dans les journaux de l’époque. Le gouvernement étouffa sagement l’affaire ; et le directeur, regretté d’ail­leurs à cause de ses travaux fort remarquables, particulièrement sur la flore équatoriale de Vénus, fut admis à la retraite pour raison de santé.

Il est mort maintenant depuis longtemps, ainsi que la plupart des intéressés. Voici donc les faits tels qu’ils se sont passés. Je ne nommerai personne.

Ce directeur, exceptionnellement, même à cette époque, ni uni que je l’ai dit, s’était marié. A vrai dire, il était veuf lors de sa nomination ; mais il lui restait un fils de vingt- deux à vingt-trois ans,

Le jeune homme, doué d’une imagination très vive, presque indisciplinée, n’avait aucun goût pour les études astronomiques et ne voulut faire que de la peinture et des vers. Il a du reste laissé des poésies estimées des gens spéciaux, quoiqu’elles aient un caractère d’étrangeté peu admissible pour ceux qui, comme moi, n’admettent que  les chefs-d’œuvre normaux et incontestables du XXV siècle. Revenons à notre histoire.

Les études sur la flore vénusienne se faisaient par échange, ainsi que cela se pratique ordinairement ; c’est à dire qu’il fallait transmettre de la flore terrestre autant de types qu’on en recevait de Vénus. On se servait à cet effet de la grande batterie de trois mille objectifs de cinquante mètres et des réflecteurs y attenant

On sait que cette batterie, qui ressemble à un immense œil d’insecte, et a coûté vingt-neuf ans de travail aux constructeurs et quatre-vingt-quinze millions au gouver­nement, est encore l’une des plus belles batteries de la terre. Les figures se reproduisent aux quatre centièmes de leur diamètre pour la distance de la terre à Vénus ; de telle sorte qu’il suffit aux astronomes vénusiens de grossir quatre cents fois les images sur la surface de transmission pour nous les faire recevoir à la grandeur réelle.

On procédait donc à l’échange des types botaniques vénusiens  et terrestres, et la batterie était constamment pointée sur un pic de Vénus, qu’il est inutile de désigner. Le directeur, absorbé par l’intérêt puissant de sa recherche, eut l’idée, plutôt malheureuse que coupable, de se faire aider par son fils pour la fixation et le classement des photo­graphies qu’on lui transmettait.

Il alla, plus tard, jusqu’à confier au jeune homme le poste d’observateur direct, à l’oculaire. Ceci ne peut s’expli­quer que par une sorte de folie sénile ; car, lors de l’enquête, pour motiver un oubli grave des conventions métaplanétaires, le malheureux directeur allégua simplement la fatigue de ses yeux a cette époque. Mais continuons.

La grande recherche botanique occupait la moitié du temps de la transmission ; l’autre moitié était consacrée à la correspondance courante. Le jeune homme fut donc mis au fait de tous les procédés de cette correspondance, et cela sans études, sans régime, sans grades ni serment.

Les astronomes subordonnés, peut-être plus soucieux de toucher leur traitement que de veiller aux intérêts sociaux, ou bien encore à cause de leur habitude, louable d’ailleurs, d’obéissance et de respect absolu à l’égard de leur direc­teur, ces astronomes laissèrent aller les choses. Du reste, ainsi qu’ils l’ont raconté dans l’enquête, le service de la correspondance se faisait, dans ces conditions irrégulières, d’une manière très active et très féconde.

J’appelle le jeune homme, simplement pour faciliter le récit du nom si répandu et si banal de Glaux.

Glaux donc semblait tout à coup avoir pris très à cœur ses fonctions oculaires. Il s’enquérait de tous les perfec­tionnements possibles à apporter aux transmissions. C’est même lui qui a mis le premier en pratique tant de moyens négligés jusqu’à lui comme purement théoriques et inap­plicables.

Ce n’est en effet que depuis ces événements qu’on est arrivé à transmettre et à recevoir les phénomènes sonores. On a nié l’utilité de cela ; on dit que nous ne comprenons pas grand-chose à la musique vénusienne et que, quant aux langues parlées, nous ne pouvons les faire prononcer que par l’articulateur mécanique. Les prononcerions-nous, ajoute-t-on, nous y perdrions notre temps, sauf dans la supposition évidemment absurde d’un voyage interplané­taire.

C’est, à mon avis, conclure bien vite et bien hargneu­sement. Je poursuis.

D’où venait ce zèle astronomique subit ? La cause en aurait été facile à prévoir, si la vieille routine ne portait pas la plupart des hommes à considérer comme étranges ou impossibles les choses les plus naturelles du monde. En vérité, la science a marché plus vite que la raison et le sens pratique.

Voici ce qui était arrivé,

Glaux, ayant un jour terminé les transmissions courantes, allait quitter son poste, lorsqu’il vit s’avancer sur la ter­rasse de l’observatoire vénusien un être qu’il ne reconnut pas pour être du personnel de là-haut.

 

En posant d’avance que je tiens compte des distinctions; et des restrictions de la science, je dirai, pour parler court, que c’était une femme.

Ici, ma tâche de narrateur devient difficile. Elle serait impossible si précisément l’ordonnance CXVII  n’avait pas exactement défini les délits de presse. Je me tiendrai donc strictement dans la loi et je serai très sobre de détails.

C’était donc une femme. Glaux, piqué de curiosité, obser­vait ses mouvements. Elle allait de çà et de là, paresseu­sement. Je ne puis rien dire de sa beauté extra-terrestre, de sa parure dont nos fleurs les plus somptueuses ne don­neraient qu’une idée terne et monotone… Les astronomes jurés du onzième degré peuvent seuls être exactement ren­seignés sur ces choses, et cela par d’autres moyens qu’une description faite de mots.

Mais voilà qu’elle arrive à l’appareil de correspondance terrestre et s’y arrête.

Glaux alors lui fait le salut d’usage au début de corres­pondance. Elle y répond très pertinemment, en réprimant ce qu’on peut appeler, en vertu d’une analogie légitime, un éclat de rire.

Ces détails résultent du journal en prose et en vers qu’a laissé Glaux.

En quelques signes échangés, Glaux voit avec surprise qu’elle est, mieux que lui peut-être, au fait du langage interastral, et le dialogue continue.

Mais la terre et Vénus tournent ; les réfractions atmo­sphériques brouillent les images et ne permettent bientôt plus que les signes plusieurs fois répétés : à demain !

C’est de ce jour qu’on vit Glaux mettre tant de zèle et d’activité ingénieuse à ses fonctions de correspondant.

Imagina-t-il de lui-même ces méthodes merveilleuses qu’on ne songe plus à admirer, aujourd’hui que l’usage en est continuel, ou bien en reçut-il communication ? Il y a eu peut-être alors des indiscrétions, très avantageusement pour nous, de la jeune Vénusienne, peu soucieuse, comme le sont généralement les femmes, de garder les secrets scientifiques de sa planète.

On l’a deviné, les deux jeunes gens s’étaient épris l’un de l’autre. Quelle folie ! Quelle déplorable suite de l’inob­servance des règlements !

Ils crurent vaincre la distance qui les séparait en échangeant les traces les plus complètes de leurs personnes. Ils s’envoyèrent leurs photographies, par séries suffisantes à la reproduction du relief et des mouvements.

Glaux, aux heures où l’observation était close, s’enfer­mait en une salle et reproduisait dans des fumées ou des poussières l’image mouvante de sa bien-aimée, image impal­pable faite de lumière seule, Il en réalisa aussi la forme immobile en substances plastiques.

C’est alors qu’ils imaginèrent de s’envoyer leur son de voix, leurs paroles, leurs chansons. Tout cela était noté par des courbes et reproduit dans l’appareil électrique à diapa­sons. Je ne puis rien dire des paroles et des chansons (?) venues de si loin.

Tout ce que je viens de dire si brièvement, et pour cause, dura trois ans.

La troisième année fut terrible, mêlée de ravissement et de désespoirs… Aurait-on pu sauver à ce moment les deux insensés par des mesures énergiques ? C’est douteux. Le mal était fait, irréparable.

Un soir que notre crépuscule correspondait au crépuscule du pays vénusien dont il s’agit, et tous les apprêts faits de part et d’autre, Glaux et la jeune fille échangèrent un dernier baiser à travers l’espace implacable et se tuèrent.

Cette catastrophe faillit compromettre la bonne entente des deux planètes, car la jeune Vénusienne était fille d’un des plus puissants astronomes de là-haut.

Tout s’arrangea par des conventions métaplanétaires précises, qui furent conclues alors. L’ordonnance CXVII a sanctionné ces conventions sur la terre. Ainsi sera évitée la suite des malheurs qu’on a pu craindre un instant.

Tous les papiers, photographies, photosculptures, phonographies de Glaux sont déposés aux archives centrales Il faut, comme je l’ai dit, être du onzième degré pour avoir communication.

Malgré ce que je viens de raconter, par autorisation supérieure du reste, je ne désespère pas de voir les Goguenards nier encore l’opportunité de l’ordonnance CXVII.

Charles Cros

 

                         « On se servait à cet effet de la grande batterie de trois mille objectifs de cinquante mètres et des réflecteurs y attenant » 

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« Le Manuscrit Hopkins » de R.O.Sherriff

 

« Le manuscrit Hopkins » de R.O.Sherriff. Editions PLon.1941. Réédité en 2009 aux éditions de L’arbre Vengeur « collection L’Alambic »

 

« De tous temps, les races anglo-saxonnes ont affirmé leur goût pour le roman d’anticipation : elles y déploient d’ailleurs une maîtrise qui n’a jamais été égalée et le célèbre écrivain H. G. Wells devait se tailler dans ce genre une renommée mondiale en contant de prodigieuses histoires telles que « L’Homme invisible », « La Machine à explorer le temps » ou « La Guerre des mondes ».

C’est à cette dernière œuvre que fait songer le Manuscrit Hopkins, l’extraordinaire roman de R. G. Sherriff, que publie aujourd’hui la Librairie Plon et qui nous permet d’as­sister, au cours de passionnants épisodes, aux dernières heures de Londres et de l’Angleterre.

Le récit de ces terribles événements, que l’auteur suppose avoir été retrouvé dans les ruines de Londres par une mis­sion archéologique, est la relation objective du principal personnage Edgard Hopkins : elle débute au milieu du ving­tième siècle par la nouvelle que, déviée de sa route par une cause inconnue, la lune se précipite sur la terre et qu’une rencontre de notre planète avec l’astre mort est devenue inévitable… Mais ce point de départ déjà traité par Pierre Lhande dans « Bilbilis » et par de nombreux autres écrivains, se développe de façon inattendue… Le jour fatal de la ren­contre arrive et la lune au lieu de pulvériser la terre, s’écrase dans l’Atlantique ne provoquant que des tornades et des raz de marée… L’humanité se relève lentement de ses ruines et c’est une guerre engagée pour la possession du nouveau con­tinent tombé du ciel qui accomplira l’œuvre de destruction que le cataclysme n’avait pas réalisée.

Ce curieux roman tire de l’actualité un intérêt puissant : mais là, n’est pas son seul mérite.

Plus encore qu’œuvre d’imagination le Manuscrit Hopkins est œuvre de psychologie et un des grands attraits de ce récit réside dans l’analyse minutieuse des réactions et des réflexes des personnages, dans la notation humaine de leur attitude en face d’événements qui les dépassent. A ce titre, ce roman d’anticipation s’égale aux meilleures productions des grands romanciers d’outre Manche. »

Cette thématique de notre bonne vieille lune s’écrasant sur notre planète ou du moins d’un fragment de satellite venant nous percuter, fut utilisée dans de nombreux ouvrages et si le texte de R.G.Sheriff , ne voit ici que le prétexte à une « presque fin du monde », d’autres peut-être un peu plus inventif en feront l’instrument de découverte d’une civilisation extra terrestre. Comme le dit si bien cette célèbre réplique « Si tu ne viens pas à la Gardére….. ».

 

Ainsi  H.J.Rosny Ainé dans son ouvrage « L’étonnant voyage de Hareton Ironcastle »  ( Editions Flammarion 1922) une équipe d’explorateurs lors d’un périple en Afrique à la recherche d’un territoire mystérieux va t-elle découvrir le fragment d’une planète inconnue qui s’est accolée à notre globe tout en continuant à abriter sa propre faune et flore.H.J.Magog un an plus tard avec « L’île tombée du ciel » (Editions Ollendorff, 1923) réédité sous le titre « La conquête de l’étoile » (Editions Tallandier « Bibliothèque des grandes aventures N° 510, 1934) nous propose ce un fragment d’étoile qui vient ainsi tomber au large de l’Australie. Des aviateurs partent pour en explorer le contenu et vont rencontrer une bien étrange forme de vie : Les stellaires, créatures invisibles au comportement dépassant l’entendement humain.

En 1934 c’est au tour de Tancréde Vallerey déjà responsable d’une rencontre avec une entité extra terrestre des plus remarquable avec « Celui qui viendra » (« Les œuvres libres » N°102, 1919). L’auteur avec son « Un mois sous les mers » (Editions  Nathan « Voyages et aventures » 1937) nous fait le récit de l’exploration de l’intérieur d’un fragment creux d’une immense météorite, venue s’abîmer en pleine mer. A l’intérieur, se trouve un monde étrange peuplé de créatures en provenance de Mercure qui se livrent une guerre impitoyable.

Roger Trubert fera à son tour tomber un fragment de planète prés de Tahiti dans son petit roman « L’astre rouge » (Editions Montsouris collection « Pierrot » N° 25, 1945). Ici nous sommes en présence d’une flore et d’une faune extravagante, mais point de vie ou de forme humanoïde. Seule une construction construite par une « intelligence » sera le témoin d’une probable civilisation de l’espace.

Un sujet des plus passionnant et dont les nombreuses ramifications ( Collision avec une météorite, Fin du monde, détachement d’un fragment de notre planète…) met en exergue toutes les peurs et les appréhensions d’une humanité si seule dans l’immensité de l’espace.

 

 



« Cybèle » de Jean Chambon: Un Voyage Extraordinaire Dans L’avenir?

 

 «Cybèle, voyage extraordinaire dans l’avenir » de Jean Chambon. Editions Georges Carré.1891

 

Martigues (Bouches du Rhône) 1890. Le Lieutenant Numa Honorât de la marine Française se prépare joyeusement à assister au mariage de Jeanne, sa soeur, avec le jeune Marius Foulane, futur notaire. Les deux hommes sont très liés et chacun, doté d’une solide formation scientifique, dissertent un beau jour sur la périodicité des déluges universels et du triste avenir que les siècles futurs réservent à notre hémisphère, fatalement condamné à être un jour presque tout entier englouti sous les flots de l’océan. Le soir de cette conversation,veille de son mariage, Marius s’attarde à la contemplation des constellations célestes et semble plus particulièrement hypnotisé par une des étoiles, Gemma, qui par un extraordinaire pouvoir semble l’attirer à elle. Son esprit quitte alors son enveloppe terrestre et le voilà projeté à une vitesse folle dans l’espace intersidéral. Rapide passage près de la Lune et de sa face cachée.

« Mais ce qui était véritablement changé, c’était une coloration particulière des bas fonds, des reflets point trompeurs qui dénonçaient de véritables mares d’eau cette fois, soit au fond des cratères éteints, soit dans les plaines où se détachait une verdure donnant des idées vagues de fougères, de joncs et de roseaux. Ainsi, voilà que donnait raison à ceux qui supposent que ce qui reste de vie humaine s’est réfugié avec tous ses éléments indispensables du seul côté où la force centrifuge repousse les fluides dont il ne reste plus trace du côté qui nous regarde ». (P.48)

Après un survol des autres planètes de notre système solaire, un brusque changement de sa trajec­toire se produit. Serait-ce le signe d’un retour à son point de départ ? Approche rapide de la Terre, chute vertigineuse vers la Méditerranée et final par un magnifique plongeon. Marius, sain et sauf est ensuite récupéré à bord d’un étrange navire où l’équipage parle une langue incompréhensible. L’un des passager est fort heureusement un scientifique, le Pr. Alcor, qui parvient à établir le dialogue avec « l’homme tom­bé du ciel » et ce en… Provençal !Les faits sont inouïs car le rescapé est en effet retourné sur Terre, mais un peu différente, semblable à la sienne cependant dans un autre système, éclairé par un soleil du nom de Gemma. A ce jour, sur Cybéle nous sommes le 31 Messidor de l’an 6642 de l’ère Australe.

« Il est donc établi par le fait que révèle votre aventure et votre présence au milieu de nous, que vous avez été précipité d’une terre semblable à celle-ci, qui traverse actuellement les mêmes états physi­ques ainsi que les même phases vitales, humaines et historiques que celles qu’a traversées notre monde à nous il y à 6000 ans, car c’est évidemment de tout ce temps-là que votre Terre est en retard sur la notre ». (P.66)

Non seulement notre aventurier vient de faire un voyage dans l’espace mais également dans le temps et plus précisément le futur de la Terre.

« Alors donc, reprit le jeune homme en s’exaltant, je suis le passé et vous êtes l’avenir. Il y eut un Marius tout semblable à moi qui vécut en Cybèle il y a soixante siècles et vous-mêmes vous ressuscitez tels que vous êtes, sur la Terre dans le même espace de temps. Je suis pour vous un ancêtre perdu dans la nuit des âges et vous êtes pour moi les rejetons de ma postérité la plus reculée. Je suis le vieillard et vous êtes les enfants ! » (P.73)

Pendant cet entretien, le navire se dirige vers Alger, capitale de la confédération Européenne. Tout au long de l’histoire, en raison d’un refroidissement progressif du Nord de l’Europe, Paris laissa la place à Marseille et enfin à Alger où des températures plus clémentes permirent le rayonnement de cette prodi­gieuse cité. Ville de lumière où chaque chose est sujette à d’innombrables questions. Artères immenses pro­pres et dégagées, architecture raffinée de style oriental, trottoirs roulants, véhicules aériens et terrestres fonctionnant à l’électricité, astre artificiel illuminant la ville toute entière pendant la nuit….du grand clas­sique !

La rencontre avec la famille du professeur Alcor reste pourtant une des plus grande surprise. Pour­quoi  retrouve-t-il des visages qui lui paraissent familiers alors qu’il vient ici pour la première fois? Cette sensation, se confirme au fil des jours avec la vision du sosie de Jeanne, sa fiancée terrestre qui se nomme ici Junie. Son rival de toujours, Comain est également présent et bien d’autres encore. Le pauvre Marius sombre dans un désespoir que seule son insatiable  curiosité lui permet de vaincre. Il visite ainsi le palais des musées en compagnie de Hou (Houzard sur la terre) membre de la gente canine et dont l’évolution au cours des siècles parvint ici à atteindre une intel­ligence quasi humaine: compréhension de notre langage, développement et utilisation d’un vocabulaire « chien ». Arrivés dans le musée, découverte de l’histoire de la Terre et de ses différentes époques, ses guerres, son âge d’or. Ici, des prodigieuses machines ayant remplacées l’homme, là, des armes foudroyantes et infaillibles qui avaient rendu la guerre impossible: la science plus encore que l’art avait progressée. Des réserves de forces nouvelles étaient au service de l’homme et permettaient les plus gigantesques travaux. Le grand courant magnétique qui, du Nord au Sud, parcourt sans arrêt toute la planète, avait pu être utilisé au moyen de véritables barrages qui accumulaient des provisions illimitées d’énergie disponible. Sans oublier la présentation de cette boîte fabuleuse, une calculatrice : « capable d’effectuer toutes les opéra­tions possibles en un temps record » et cet autre, permettant de visualiser sur un écran géant et en relief, n’importe quel endroit de toutes les planètes du système solaire de Gemma. Il s’agit du « système de pro­jection » reliant les mondes entre eux car dans ce système « Mars, Jupiter et Vénus » comporte des races intelligentes, avec qui les bonnes relations sont d’une importance capitale.

Une fois la visite terminée, le professeur poursuit l’éducation de son nouvel élève. Dans le futur, l’apprentissage des problèmes les plus ardus se font lors du sommeil, à l’aide d’un appareil émettant des ondes électro-magnétiques, s’imprimant directement dans notre mémoire.

 D’un point de vue géographique, la Terre est également modifiée de façon incroyable. Le Nord de l’Europe n’est plus qu’une immense étendue d’eau avec de ci de là quelques îles et archipels peu ou pas habités. La Russie, la Sibérie et pres­que tout le Canada font place à une mer libre, le territoire des Etats-Unis est lui même, de nos jours, envahi par des golfes qui s’avancent profondément en des régions qui avaient été autrefois couvertes de cités florissantes. Quant à l’Allemagne, la majeure partie de sa population avait émigrée en Australie, à présent puissant empire « teutonique ».

Dans ce monde futur chacun trouve sa place et la femme y occupe un rôle de tout premier choix. Terminé le vil statut de « reproductrice » car ici de toute manière les naissances sont contrôlées. Sa condition est égale à celle de l’homme. Envolés également les gros capitalistes tout comme les gens pau­vres. Pas de dette nationale, au contraire, d’inépuisables fonds d’Etats se répandant comme une rosée bien­faisante, partout où celle-ci est nécessaire. La famine est complètement éradiquée grâce à l’agriculture qui, ne cessant de progresser, a trouvée des méthodes toutes nouvelles pour multiplier les récoltes. Le travail­leur à bout de force, l’homme de toute classe trahi par la fortune et parvenu au terme de sa carrière, entre comme n’importe quel autre dans une de ces retraites champêtres pour la plupart où il trouve repos, assis­tance, soins et protection, en même temps qu’une place à remplir suivant ses aptitudes au sein de la société et de la famille. La présence du vieillard est devenue également dans cette société éminemment familiale, un élément de sagesse et d’expérience, un repère incontournable.

Une nouvelle journée se lève sur Cybéle et lors d’une promenade matinale, Alcor lui enseigne la constitution de la confédération Européenne, de la grande guerre navale contre les Etats d’Amérique du Nord au XXIIème siècle, de l’isolement de l’Angleterre en terminant sur la formation des trois grands états Africains: l’un blanc, l’autre noir et le dernier composé de métis. Au terme de cette petite marche, Marius se renseigne auprès de son ami sur une étrange structure baptisée « Hôtel des Endormis ». Il s’agit d’un centre spécial où l’on voyage à travers les siècles grâce à un puissant anesthésiant. Cette méthode basée sur l’étude des léthargies de fakirs et de certains animaux, permirent aux savants de Cybèle la mise au point d’un produit capable de reproduire celle-ci artificiellement. Placés dans un cocon spécial, le corps souvent visité et soumis à l’expert examen de surveillants intervenant immédiatement en cas de symptô­mes d’arrêt vital, « l’endormi » peut ainsi accéder à une vie quasi illimitée.

« Des centaines d’individus soumis au double sommeil léthargique et fakirique, attendent dans leurs alvéoles, soigneusement surveillés, les dates périodiques de leurs réveils temporaires. Ces hommes, dont certains sont âgés de près de mille ans et qu’une préparation toute spéciale retient dans un état de vie la­tente d’apparence presque cadavérique, ne sont rendus à l’existence active qu’à de longs intervalles de temps… Mais à leurs réveils ils ont retrouvé leur mémoire d’autrefois et après un an ou deux passés à ajouter à leur ancien bagage tout ce qui peut leur apprendre le monde renouvelé, après avoir revu des vil­les transformées, etc… ils rentrent pour une autre période dans la nuit de leur sommeil séculaire ». (P.231/232)

Hélas, tant de merveilles n’effacent en rien la morosité de notre héros et la vision de Junie, sa Jeanne terrestre, destinée à un autre n’arrange en rien les choses. Alcor propose alors à son jeune protégé une ex­pédition lointaine en aérostat (ainsi qu’aux ruines de Paris…). Car, voyez-vous, l’avenir de la locomotion aérienne reste avant tout le dirigeable. Celui-ci est devenu plus léger et plus rapide, plus confortable éga­lement. Le gaz y est fabriqué artificiellement sur place, en fonction des besoins de l’appareil mais il n’en reste pas moins que ce bon vieux ballon reste à la mode. A bord de « L’Espérance » le must de sa catégorie, la sécurité y est de mise et en cas d’avarie, celui-ci compte plusieurs aérovols permettant soit d’évacuer en urgence.Si la fantaisie en prenait aux voyageurs ils peuvent de plus d’effectuer de courtes excursions dans le voisinage des stations d’arrêts. Actionné par de grandes ailes artificielles, alimenté par des accumulateurs électri­ques, le vol de celui-ci n’est pas sans rappeler le mouvement du papillon. Si par aventure, un malen­contreux accident arrivait à l’ingénieux mécanisme, la sécurité du « nageur aérien » est à son tour garantie par un parachute que l’usager porte artistiquement plié sur la tête en forme de coiffure. Après un passage au-dessus de l’ancien désert du Sahara, devenu une forêt verdoyante, le dirigeable s’approche du specta­culaire sémaphore interplanétaire. Comme signalé précédemment, la vie existe sur toutes les planètes du système de Gemma:

« Ainsi en Mars, ces formes étaient un peu massives; dans Saturne au contraire, elles paraissaient sveltes et faites pour le vol à en juger par les sortes d’ailes que présentait le dessin; Vénus, elle, montrait les plus curieux et les plus gracieux êtres humains subissant des métamorphoses comme nos papillons, et terminant sans doute comme ces insectes favorisés, leur existence dans une dernière phase brillante toute de beauté et d’amour, à l’inverse des humaines amours terrestres. Mais les plus parfaits étaient certaine­ment les Jupitériens. Les habitants de Jupiter dont l’image rappelait celle sous laquelle Bouddha tout puis­sant est représenté dans les pagodes de l’Inde, montraient des bras nombreux terminés par des mains diffé­rentes et compliquées, ce qui donnait l’idée d’une haute aptitude à des travaux extraordinaires et impliquait une intelligence supérieure. C’étaient eux d’ailleurs qui avait eu l’initiative de tenter de correspondre avec les autres humanités planétaires ». (P.254/259)

L’appareil effectue enfin sa première escale. L’aéroport se trouve à mi-hauteur du mont Etna, amé­nagé pour les besoins de cette navigation spéciale. C’est par centaine que Marius peut compter les vais­seaux, amarrés aux énormes et solides anneaux du port et battants pavillons de toutes les nations de Cybèle. Installés dans un des confortables hôtels de la station, le lendemain une nouvelle sensationnelle s’af­fiche sur le tableau des nouvelles. Encore une magnifique invention où sur un écran mobile s’affichent électriquement, d’instant en instant, tous les faits et événements importants qui se produisent sur n’importe quel coin du globe. Aujourd’hui, une race nouvelle d’hommes extraordinaires vient d’être découverte dans une vallée de Patagonie. Cette dépêche vient enfin confirmer les affirmations d’Alcor, disant que l’huma­nité, à force d’évolution, donnerait un jour naissance à une race qui serait la future maîtresse des conti­nents. C’est l’homme « ultra-diluvien » qui, en sortant de son modeste berceau, se répandra pas à pas et régnera un jour sur le globe entier où la civilisation actuelle se verra effacée par la sienne. Mais ceci est une tout autre histoire….

Le lendemain poursuite du périple avec survol des côtes Méditerranéenne et escale en Egypte. Ici, la pyramide de Chéops rénovée, est devenue une immense aérogare (tout comme l’Acropole à Athènes). Lors du voyage, le savant fait une nouvelle leçon d’histoire et de géographie et une fois de plus, le paragraphe mérite le détour :

« Vers la fin du XXéme siècle, ancien style, était paraît-il, survenu un accord entre les divers états de l’Europe qui, après l’expérience de tous les siècles précédents, avaient à leur tour compris l’impérieuse nécessité d’éliminer cet élément dissolvant des sociétés qui s’appelle Juda. On s’était entendu pour se dé- barasser une fois pour toute de cette race parasite, partout inassimilable, mais si étonnamment propre à s’in­filtrer parmi les peuples constitués qu’elle dépouillerait jusqu’à complet épuisement si l’on y mettait à la fin bon ordre. En nations policées qu’elles étaient, les puissances réunies en congrès résolurent, non plus d’expulser brutalement les Juifs mais de les réintégrer tous dans leur Judée de jadis où ils s’arrangeraient en famille et cesseraient ainsi d’être les sangsues de l’humanité, etc… » (P.281/282)

Le ballon arrive enfin pour clore son voyage au-dessus du sol de la France. Une douce brise les pousse vers ce qui fut jadis Paris et qui n’est à présent qu’un immense marécage. Tout le Nord de l’Europe gise désormais sous quelques mille mètres d’eau et d’herbes folles. Malgré les efforts des savants du XXVème siècle face au refroidissement précipité de l’Europe occidentale, la technologie fut impuissante face à mère nature. Pourtant l’entreprise ne manquait pas d’originalité puisqu’elle se proposait de détourner le Gulf Stream. Une jetée incomparable s’amorça aux Berlingues en vue des côtes du Portugal et s’avança peu à peu jusqu’aux îles Açores, barrant la voie à la partie méridionale du courant qui fut de force ramené dans la direction Nord, de manière à ne plus former avec sa branche Européenne qu’un seul et même courant. Non seulement on utilisa toutes les roches disponibles du Sud-Ouest Européen, mais la chaîne en­tière des montagnes de Kong de la côte des Mandingues et une partie de l’Atlas furent jetés à la mer. Hé­las cette oeuvre titanesque fut limitée dans le temps et l’Europe du Nord ne put échapper à son funeste destin.

Dans la journée, tout en admirant d’un air triste le squelette d’un Paris sous les eaux, un message de la plus haute importance leur parvient par « téléphonoscope » : il est grand temps de rentrer à Alger pour la fête du changement de saison.

Arrivés à la ville de lumière, Marius se retrouve participant à cet extraordinaire événement où même toutes les races d’animaux s’y retrouvent représentées. On en profite également pour « ressusciter » quel­ques « endormis ». Brusquement, les festivités tournent court:

« Or les fêtes n’étaient pas encore terminées que cette même soirée un craquement sinistre des gla­ces antarctiques, tel qu’une secousse de tremblement de terre, ébranla les contrées voisines du pôle Austral et vint jeter l’effroi dans la planète entière à l’instant prévenu de tous côtés. Ce premier tressaillement de l’immense massif glacière ne devançait que de très peu sans doute l’effondrement total et final, et l’irrésis­tible poussée de tout un océan qui, refluant vers le Nord, allait sur le coup rompre et déplacer le centre d’équilibre du globe ». (P.326/327)

Un immense raz de marée venait ainsi de se former et dont l’impitoyable trajectoire allait tout en­gloutir sur son passage :

« Et maintenant le lointain roulement s’était rapproché et son bruit de cent tonnerres couvrait les cris de sauve-qui-peut de tout un peuple, et la voix même des sphinx qui avaient parlé pour la dernière fois. Enfin, s’élevant jusqu’aux nues, une chaîne de montagnes liquides accourut de l’horizon, balayant devant elle dans un déferlement inconcevable, villes et monuments qui se voyaient soulevés et roulés tous ensemble comme les galets de la plage ». (P.333)

 

La vision d’un tel déluge provoque chez Marius un malaise dont une voix familière le réveille avec insistance. Près de lui, Martine sa bonne gouvernante le regarde d’un air inquiet. Il est cinq heures du ma­tin, autour de lui le jardin paisible et rassurant de sa maison, d’où Gemma l’attira quelques heures plus tôt. Tour cela n’était-il que le songe d’une seule nuit ? Junie, Alcor, Nomo… Gemma, Cybèle, la Nouvelle- France et le déluge, comment se peut-il que tant de choses, tant d’aventures étranges qui lui sont si pré­sente aient pu tenir en quelques heures ? Quoi qu’il en soit, Marius épousera finalement la douce Jeanne mais de temps en temps, quelques visions de son extraordinaire aventure lui reviendront, véritable obses­sion le marquant à jamais. L’avertissement qu’il donnera à son épouse sera sans équivoque quant à la contemplation de cette magnifique étoile car il sait que Gemma possède un terrible et mystérieux pouvoir: attirer à elle les imprudents qui lui abandonnent trop longtemps leurs regards émerveillés. Alors, rêve ou réalité ?

 

Si loin, Cybèle……

 

La découverte de ce roman, d’une facture très agréable n’est pas sans nous laisser indifférent et bien des questions viennent alors se poser. Trois grands thèmes s’en dégagent très distinctement: Le voyage dans l’espace par l’intermédiaire de nôtre âme ou corps astral, le thème de l’anti-terre, le voyage dans le temps. Ce dernier se révélant le plus courant, il serait inutile de s’attarder sur les classiques progrès de la science qu’ils soient technologiques, sociaux ou culturels. Le roman de Chambon n’est pas avare de des­criptions et le résumé que vous venez de lire  prouve une fois de plus le talent de nos chers écrivains. Les deux autres thèmes, dans le contexte particulier de la date de parution, méritent quant à eux, que l’on s’y attarde quelque peu.

Les moyens imaginés pour quitter notre terre furent pendant très longtemps une source incroyable d’élucubrations les plus diverses. Ne figurent au palmarès des « voyages psychiques » que quelques textes désormais connus de tous, dont nous ferons un rapide tour d’horizon.

Le premier et le plus troublant fut sans contexte ce « témoignage authentique » de plusieurs voyages sur la planète Mars, effectués de 1894 à 1898 par une jeune femme: Hélène Smith. Ses expéditions se déroulaient lors de rêves et furent décrits dans un ouvrage de Th. Flournoy : « Des indes à la planète Mars » (Editions du Seuil 1983 pour sa réédition). Ce texte nous donne une descrip­tion d’un monde de type terrestre habité par des hommes et dont le description nous est faite lors d’une séance de spiritisme, par Hélène Smith, qui vit lors de ses états de transe dans trois corps différents. En 1889 et 1897 deux ouvrages de Camille Flammarion : « Uranie » et « Stella». Nouveaux voyages sur Mars mais cette fois ci par l’intermédiaire d’âmes réincarnées. Quelques années plus tard trois auteurs utilisèrent la « projection psychique » afin d’explorer encore une fois la planète Mars : « La roue fulgurante » de Jean de La Hire, (dans « Le Matin » du 10 avril au 23 mai 1908); « Sur la planète Mars » et « Les robinsons de la planète Mars » de H. Gayar publiés en deux volumes en 1908 ( L.Laumonier & Cie éditeurs); « Le prisonnier de la planète Mars » et « La guerre des vampires » de Gustave Le Rouge, publiés respectivement en 1908 et 1909 ( Editions Méricant). A cette liste rapide il convient d’ajouter également la saga en deux volumes de Cabarel « Dans l’étrange inconnu » et intitulé « Roman de l’hypnose à travers le merveilleux fantastique, réellement vécu avec un dénouement terrible et vrai » ( Ch.Pelletan éditeurs1928). L’intention n’est pas ici de faire le procès de nos trois fameux auteurs et dont Pierre Versins fit la remarque de leur étrange ressemblance dans sa préface à la réédition de « Le prisonnier de la planète Mars » et « La guerre des vampires » chez Jérôme Martineau en 1966, sous le célèbre titre: « Qui a copié ? »

L’exhumation de ces quelques textes à jamais célèbres vient ici un peu afin de se rafraîchir la mémoire et conférer à « Cybèle » une place de choix tout en démontrant qu’en S.F. ancienne rien n’est acquis et les chercheurs patients et acharnés que nous sommes en savent quelque chose.

Mais, actualité cinématographique oblige, un autre fait encore plus troublant ne cesse d’une manière obsessionnelle, de me chatouiller les méninges. J’ouvre un ouvrage et je lis :

« Tandis que je demeurais ainsi à méditer, je détournais mon regard du paysage pour le porter vers le ciel où une myriade d’étoiles formaient un dôme splendide et digne des merveilles du paysage terrestre, Mon attention fut rapidement attirée par une large étoile rouge située au fond de l’horizon. Comme je la contemplais, je tombai sous un charme d’une puissante fascination: c’était Mars, le dieu de la guerre, et sur moi, il avait toujours exercé un magnétisme irrésistible. Comme je la contemplais, en cette nuit lointaine, elle parut m’appeler par-delà l’immensité du vide, m’entraîner à elle, m’attirer comme un aimant attire une parcelle de fer. Mon désir était trop puissant pour y résister; je fermai les yeux, étendis les bras vers le dieu de mon choix et me sentis transporté, avec la soudaineté de la pensée, à travers les vierges immensi­tés de l’espace. Ce fut un instant de froid extrême et d’obscurité complète ».

J’ouvre ensuite le deuxième volume :

« C’était Gemma qui maintenant regardait, fixait Marius. Le doux et timide éclat de tantôt était de­venu un regard fascinateur et impérieux qui semblait dire: Viens à moi, je l’ordonne ! Ce n’était sans doute qu’un cauchemar horrible qui allait cesser. Mais non ! le malheureux sentait dans son délire que la terre tournante le suspendait maintenant la face en bas, sur l’abîme infini qui était-là, béant sous ses yeux, sans autre soutient que son étreinte désespérée. Et ses forces s’épuisaient et l’attraction magnétique de l’étoile redoublait. La reine perfide de ce cercle magique dardait sur lui ses plus pressantes effluves et ordonnait de nouveau: Viens à moi ! L’infortuné Marius se vit perdu. Dans son angoisse il vit fuir loin de lui une vision suprême de toute sa vie, tout son bonheur: A moi ! à moi !… Tout à coup ses doigts à bout de force se détendirent, et jetant un grand cri, il tomba dans l’immensité… »

Le premier paragraphe est extrait du premier volume de la saga de John Carter « Les conquérants de Mars » d‘Edgar Rice Burroughs et le second de « Cybèle ». Deux ouvrages distants de quelques années (le cycle de Mars débutant en 1912) séparés de plus par une barrière liquide (l’océan) et culturelle (langues différentes, aucune traduction possible). Dans les deux cas la fascination et le pouvoir d’une planète peuvent attirer à elle l’infortuné rêveur. A l’examen de ces deux exemples précis, il serait diffi­cile de trouver un dénominateur commun à cette façon peu commune de se rendre sur une autre planète. Toutefois si le roman de Burroughs nous plonge dans une épopée baroque, haute en couleurs où la force physique est un atout déterminant, celui de Chambon se concrétise par un thème beaucoup plus classique, dans la tradition Française, en quelque sorte un pur produit de science-fiction « rétro » avec cependant un bonus supplémentaire pour l’originalité du dernier thème abordé: celui de l’anti-terre.

Bien qu’ici un petit peu plus complexe, il ne s’agit pas vraiment d’un monde symétrique où tout se fera « à l’envers », Cybèle est un monde parfaitement identique au nôtre, plus vieux de 6000 ans. Dans cette catégorie, la règle est plutôt d’introduire des différences entre la terre et l’anti-terre tout en gardant un certain parallélisme. Il s’agirait de ce fait d’un voyage dans l’espace-temps par pseudo anti-terre interposée . Lors de la lecture il nous est impossible de savoir si les événements du passé de la planète d’Alcor sont rigoureusement identiques, à ceux qui se déroulent à l’époque où Marius quitte accidentellement sa bonne vielle terre. Peut-on dire que la différence d’époque justifie à elle seule de classer « Cybèle » dans cette catégorie ? Je préfère rester sur cette hypothèse pour le côté jouissif de la découverte puisqu’en ce domaine les précurseurs ne sont pas légions :

 - « Qui est Charles Avison ? », « Argosy », avril 1916, réédité dans la revue « Antares » n° 6 (2ème trimestre 1986)

 - « Planétoïd 127 » d’Edgar Wallace, 1929.

 - «  La dixième planète », du Russe Alexandre Beliaev, 1938.

 - « La planète ignorée » de René Guillot, 1968. (« Bibliothèque Verte »)

Sans oublier le curieux « Journey to the far side of the sun » « Danger planète inconnue » pour le titre Français, film de Robert Parrish de 1969 avec le célèbre Roy « David Vincent » Thinnes où, fidèle à son amour pour la S.F, y interpréta son seul et unique grand rôle.

 

Un roman donc des plus curieux inventif et original où les idées ne manquent pas même si parfois hélas il affiche un ra­cisme des plus lourd. Une de ces  visons assez savoureuse et hallucinante, que posaient les auteurs de l’époque sur notre futur. Cependant nous regretterons une nouvelle fois que Chambon ne fasse exception à la règle en terminant son ouvrage par une explication des plus frustrante à savoir le sempiternel rêve fait par le narrateur. Décidément comme le précédent ouvrage utilisant ce procédé narratif ( « La revanche fantastique »), il semblerait que cet auteur voulant justifier une imagination un peu trop débordante et des hypothèses des plus farfelues, préfère ainsi la thèse du songe et ne pas assumer ses propos de visionnaire et d’anticipateur averti.

 

 



« La Rouille Mystérieuse « : Les Hommes Qui Voulaient Affamer Le Monde!

Contrairement aux apparences, où du moins en regard d’un titre qui pourrait tromper son monde, « La rouille mystérieuse » de Edgar Wallace n’est pas une de ces maladies qui s’attaquent au fer générant un fin du monde par effondrement de l’industrie métallurgique ou par effondrement tout court de toutes structures en fer, mais une rouille verte, s’attaquant aux céréales et plus particulièrement le blé.

Le Docteur Van Haerden un savant Allemand par appât du gain et rêvant de gloire et de puissance, développe (ici en l’occurrence réutilise un fléau naturel que l’on croyait éradiqué) en secret une terrible arme bactériologique dont le pouvoir est de rendre stérile pendant de nombreuses années tout champs de blés contaminé. Mais avant de devenir très riche, il lui faut quelques monnaies sonnantes et trébuchantes pour développer son funeste projet. Pour ce faire il va tenter d’épouser une riche héritière qui bien sur en aime un autre. D’ailleurs comment aimer un être aussi vil et repoussant. Fort heureusement le très Britannique  Stanford Beale va, si je puis dire mais l’occasion était trop belle, mettre son grain de sel dans cette rocambolesque histoire et tenter de sortir la jeune femme éplorée de ce sale pétrin….

Mais le fourbe scientifique n’en a cure car il trouve ailleurs les capitaux dont il a besoin, en l’occurrence du coté du gouvernement Allemand qui depuis 14/18 rêve de prendre sa revanche. Van Haerden va donc projeter d’envoyer des hommes aux quatre coins du monde avec dans  leurs valises la terrifiante bactérie.

Fort heureusement, le scélérat avait si bien codifié son diabolique plan, dont il était le seul et unique maître, qu’il ne put envoyer l’ordre final et définitif à ses nombreux agents qui n’attendaient plus que le mot magique. Il sera ainsi éliminé avant l’ordre fatal par deux agents, mettant un terme définitif à cet homme qui voulut affamer la terre.

 

Ce qu’il y a de curieux dans ce texte dont la teneur conjecturale est somme toute assez mince, c’est de constater qu’il inspira quelques années plus tard un de nos auteurs maison, Jean d’Agraives avec son « Virus 34 ». Le principe en est le même, mais cette fois le savant est Hongrois et va développer un virus qui s’attaque au froment. Il va rallier à sa cause une fois encore le caricatural fourbe Allemand. Son plan ne va pas aboutir, la preuve en est si vous avez comme moi, mangé un morceau de baguette pour votre petit déjeuner.

 

« La rouille mystérieuse » de Edgar Wallace. Editions Hachette.1936.

« Le virus 34 » de Jean D’Agraives. Editions Cosmopolite « Collection du lecteur. Jaquette illustrée par Brumier. 1930. Réédité chez Hachette en 1936.

 

 

 

levirus34 dans les auteurs et leurs oeuvres

levirus

 



Théa Von Harbou « Un Femme Dans La Lune »

« Une femme dans la lune » de Théa Von Harbou. Editions Cosmopolites, « collection du lecteur » N°24.1929

 

Le professeur Manfred en compagnie de son élève Wolfgang Hélius, génial inventeur d’un aéronef à réaction, décident d’organiser une expédition sur la lune. Manfred est persuadé y trouver une quantité d’or non négligeable. Ils embarquent donc en compagnie  de Jean Windegger et de sa fiancée Frida Velten (qui aime en secret Hélius) et un représentant d’un puissant groupe financier, Turner, qui exerce moult pression pour prendre sa place à bord. L’homme est aussi fourbe que cupide et sera le maillon « faible » de cette audacieuse aventure. Comme pour renouer avec une ancienne tradition des récits maritimes de cette époque, un passager clandestin, Gustave, se glisse telle une anguille à bord du merveilleux vaisseau stellaire.

Le voyage se déroule sans incident, seulement victime des quelques désagréments propres aux voyages dans l’espace, et terminent leur périple sur un astre bien conciliant puisque l’air y est respirable. Mais chose encore plus extraordinaire ils découvrent les vestiges d’une antique citée, aux murs gigantesques, aux tours titanesques ! Quelle race d’hommes ou de dieux connurent dans cette architecture cyclopéenne un aussi funeste destin ?  En son sein, un immense cube en or massif soutenant une bien curieuse sphère de cristal.

Les esprits s’échauffent vite et Turner en bon scélérat attisé par un appât du gain hors norme, organise sa fuite, seul à bord de la fusée. Il  compte ainsi regagner la terre en laissant mourir ses compagnons d’infortune et revenir à la tête d’une puissante expédition afin d’exploiter le précieux métal jaune. Fort heureusement notre petit clandestin, Gustave, alerte tout le monde et le fuyard sera abattu avant son départ. Seul problème, cette terrible lutte vient de détruire plus de la moitié de la réserve d’oxygène nécessaire pour le voyage, il faudra donc faire un choix douloureux. Tirer à la courte paille ? Rassurez vous, une fois de plus c’est l’amour qui va triompher et Hélius choisissant de se sacrifier pour la bonne cause, sera rejoint au tout dernier moment par Frida qui lui révélera ainsi toute sa flamme.

« Le désert de la lune retentit. Les montagnes retentirent. Le ciel retentit, et la nuit qui trônait au ciel. Tous en cœur redisaient en chœur, comme un psaume :

Le désert n’existe plus où est l’amour.

Les ténèbres n’existent plus, où est l’amour.

La mort n’existe plus, où est l’amour……. »

 

Ce roman fort agréable publié à l’origine en 1928 sous le titre « Frau Im Mond » sera repris sous forme de scénario et rédigé à quatre mains par Théa Von Harbou et de son mari Fritz Lang réalisateur du superbe et fort coûteux « Métropolis » . Le film sortira un an plus tard  en 1929 et sera le dernier film muet du réalisateur.

Un version plus réduite sortira dans la revue « La petite illustration » sous le titre « La femme dans la lune » dans son N° 472 du 22 Mars1930.

 

Note de l’éditeur :

 « Jules Verne et Wells, tels sont les noms qu’évoque le titre de ce volume; mais ce n’est pas sur les données scien­tifiques du voyage interplané­taire que s’étend Théa von Harbou dans son livre.

Ce sont les caractères de ceux qui participent à l’aven­ture, les compétitions formi­dables qui se créent autour du début de la conquête de la lune… qu’étudie avec une rare, très rare puissance d’évoca­tion, l’auteur célèbre des Espions.

Un livre qui prend et qui retient, qui vous emballera comme le film prestigieux qu’on en a tiré. »

 

Consulter également le site ArchéoSF

 

Théa Von Harbou

 



« La Conspiration Du Silence » de V Gamma….. »V » Pour Vendetta!

« La conspiration du silence, ou la révolution imprévue » par V.Gamma. A Paris chez l’auteur. Grande plaquette brochée et illustrée par Jean Feidel. Tirage limité à 500 exemplaires.

 

Le roman se déroule en France, dans une période qui finalement ressemble presque à la notre. Le pays est gouverné par un « clan » de bourgeois fortunés qui ne se préoccupent pas des attentes du peuple. De leurs cotés, les prolétaires sont mécontents, protestent  et manifestent violemment. Le chef de l’état fait des promesses, on dépêche la troupe, on réprime…La classe plus aisée n’est pas en reste, car elle croule elle aussi sous les impôts, elle grogne, vitupère et vilipende une politique trop austère à leur égard. Mais la politique étant se qu’elle est, celle-ci trouve toujours une manière pour « endormir » le peuple et ce précieux somnifère elle va se l’approprier dans l’arsenal puissant non pas de l’apothicaire, mais dans le fourbis inépuisable de la science.

En effet la téléphonie sans fil vient de prendre une nouvelle ampleur et timide au départ, car ne pouvant satisfaire que les plaisirs égoïstes d’une classe privilégiée, elle se démocratisa par la suite pour atteindre toutes les couches sociales du pays. Un moyen pour nos chers dirigeants d’anesthésier les élans de protestation et de montrer que tous sont égaux face au génie de notre technologie.

Mais ce moyen pernicieux agissant comme une véritable drogue, est une manière plus radicale de lobotomiser les cervelles contestataires. Car outre la musique qui va ainsi envahir les ondes, c’est aussi les voix monocordes de nos chers parlementaires qui vont imposer leur dictat radiophonique. Alors comme tout objet inutile que l’on veut nous faire croire indispensable, le pays assiste à une véritable déferlante de cette petite boite qui va envahir notre quotidien : maisons, immeubles, hôpitaux, égouts, écoles et même les morgues….aucun lieu n’est épargné, on équipe même les niches à chien !

Cette fâcheuse invention bouleversa l’horizon de l’éducation car tout se fait à présent par ondes radio. Il est ainsi plus facile de contrôler l’éducation de nos enfants. D’ailleurs on supprime également les journaux, l’information sera désormais radiodiffusée, d’où la création d’un unique « ministère du son ».

Le mouvement est tel que la T.S.F est devenue le pôle autour duquel tout gravite :

« La France maintenant était un pays sommaire. Quarante millions d’individus avaient un petit poste de T.S.F.  à la place de la tête et du cœur et vivaient ainsi. On vit avec si peu de chose ! Et il n’est pas du tout indispensable de penser par soi-même »

L’industrie se résume à la seule fabrication de ce produit et le pays serait probablement arrivé à sa perte sans l’intervention providentielle d’un groupe d’irréductibles ayant modifié le cour de l’histoire par un mouvement désormais célèbre et plus connu sous le nom de « conspiration du silence ».

Créé par un certain Léonidas Graphigny, il fut motivé par une sorte d’indigestion pour ne pas dire agression des ondes de toutes sortes  qui venaient sans répit envahir son quotidien. Car en véritable drogue tympanique, tous les locataires de son immeuble ne pouvaient se passer de jour comme de nuit de cette épouvantable cacophonie sonore. Il envisagea les boules « Quies », de se crever les tympans, mais il comprit rapidement que s’il voulait aspirer à un certain calme il devait s’unir avec d’autres « naufragés du silence » et faire cause commune pour lutter contre l’envahisseur radiophonique.

Après quelques mois d’une rigoureuse organisation, de réunions, de projets et d’une collecte généreuse et variée dans toutes les couches de la société, les « conspirateurs » se réunirent lors d’une assemblée mémorable où furent mis en commun le produit de leurs nombreuses recherches. Forts de quelques fameux chimistes et physiciens, ils dévoilèrent alors la fameuse « boite à silence », contenant une précieuse poudre qui, lorsqu’elle s’enflamme, annihile pendant deux heures toutes ondes radioélectriques dans un rayon de deux cent mètres.

Ils envisagent alors la création d’une opération de vaste envergure avec des bombes de 5 kg, et même pourquoi pas avec des torpilles de 250 kg.

Mais le responsable de l’organisation prépare une opération d’une plus grande envergure encore. Grâce aux donations de généreux mécènes à l’oreille sensible, Il a fait construire dans le plus grand secret trois gigantesques postes émetteurs qui vont littéralement brouiller les émissions gouvernementales. Le but est simple :

« Tout un programme de pitreries a été élaboré, dans toutes les langues usuelles  bien entendu, pour truffer les comptes rendus  diplomatiques ou parlementaires. Là, on n’a pas craint d’aller tout de suite très fort, les auditeurs pouvant ne rien remarquer d’anormal.

Puis les conférences seront  doublées, si j’ose dire, de parlottes obscènes. Un dur travail nous a permis de traduire en plusieurs langues, y compris l’espéranto, les volumes les plus épicés de l’enfer de nos bibliothèques »

En un mot un astucieux brouilleur d’ondes capable  de contaminer cette soupe insipide et méphitique que nos politiques nous ont absorber jours après jours et qui rend nos cerveaux comparables à de la gelée de groseille. Ils veulent en fait transformer la téléphonie sans fil en un instrument de subversion sociale perfectionné.

De plus le génial Professeur Caprica , à la solde des anarchiste, vient également de mettre au point un appareil doué de la « réversibilité  des ondes ». Il permettra  d’utiliser pour le retour, le train d’ondes de l’aller. C’est pratique, car en effet avec cet appareil il sera possible :

«  De rétorquer par voie de retour du courrier , si j’ose dire, au monsieur qui vous meurtrit le tympan  ou vous bourre le crâne , ce que vous en pensez , avec bien entendu toute la crudité  et toute la sincérité que mérite son agression »

La seconde invention, est tout aussi incroyable, il s’agit de « La captation systématique » :

« Je projette tout simplement un appareil qui cueillera  au vol toute espèce d’ondes  et les noiera pour ainsi dire dans des amortisseurs « ad hoc ». A moins que nous n’utilisions l’énergie ainsi récupérée  pour quelque fin utilitaire, éclairage ou chauffage par exemple ».

Le plan fut mis à exécution et l’appareil à « réversibilité des ondes » fit merveilles. L’efficacité fut telle que les usagers en usèrent et abusèrent avec une grande facilité et dans cette joyeuse contamination des ondes le résultat fut tel que les syndicats de constructeur de T.S.F mirent tout en œuvre et dépensèrent sans compter pour tenter d’enrayer la menace. Mais on ne réprime pas aussi facilement un vent de contestation et cette révolution par les ondes se propagea aussi rapidement que se développa cette accoutumance pour le « sans fil ». Le gouvernement contre attaqua, mais la police et l’armée furent impuissants devant une telle marée hertzienne et ce n’est pas l’arrestation des dirigeants de cette redoutable « conjuration » qui enraya cette puissante machine anarchiste.

 A présent la population éprouvait une crainte à tourner le bouton de sa radio, dans les lieux publics, toutes les boites diaboliques ne faisaient plus entendre leurs sonorités envahissantes, peu à peu le calme s’installa dans les rues et les foyers.

Les fabriques firent faillite  et le bois des caisses ne servit plus que pour le chauffage. Les ordres radiophoniques des ministres furent à ce point déformés, que le gouvernement fut déstabilisé et réduit à sa plus simple expression.

La populace descendit dans la rue et rien ni personne ne parvint à les contenir. Une nouvelle république venait d’être proclamée :

« Portée au pouvoir par le flot d’une volonté populaire unanime et fermement décidés  à faire respecter à faire respecter à l’avenir le droit au silence que possède chaque individu du fait de sa naissance sur le territoire de France »

La classe politique fut exilée dans « une zone de silence » car nul n’ignore  qu’il est  région sur la terre, hélas trop rares, que n’atteignent pas les ondes électriques  et d’où, pareillement, elles ne peuvent s’élancer »

Une réglementation rigoureuse fut élaborée contre le bruit et l’émission radiophonique devint un privilège d’état. Seule fut permise l’écoute au casque et encore des émissions soigneusement sélectionnées et limitées à une heure par jour. En espérant que les nouveaux « patrons » ne détourneront pas à leur profit  de tels avantages. Mais tout le monde est conscient qu’il faudra des années afin de réparer le mal causé par ce fléau radio-électrique.

Nous laisserons à l’auteur le mot de la fin :

« Un nouveau Statu quo a succédé à l’ancien. Que durera-t-il ? Suivant l’éternelle labration du monde peut être chemine t-il déjà obscurément une conspiration, moins que cela une opposition, moins encore une rancune contre le nouvel ordre des choses. Mais d’ici qu’elle ait fait sa route, qu’elle ait mûri, les Français en ont au moins  pour dix ans pendant lesquels ils ne pourront ; si j’ose dire, voir la musique en peinture »

 

 

Le monde du silence

 

Dans ce rare roman, hélas tiré à très peu d’exemplaires à compte d’auteur, ce Mystérieux « Gama V » aborde une thématique assez inhabituelle et peu rencontrée dans notre domaine : La disparition du bruit ! Et si les inventions majoritairement destructrices, empruntent aux ondes électromagnétiques leurs terribles pouvoirs de propagation, rares sont celles qui seront utilisées pour atteindre ce niveau de quiétude parfait.

Thème écologique avant l’heure et assez anecdotique dans sa forme à tel point que la précieuse encyclopédie de Pierre Versins, ne fait pas état de ce roman pas plus d’ailleurs que celui de Aghion et Saint-Granier « La république des muets » dont vous pouvez lire le résumé sur les pages de ce blog.

Il semblerait que la toute première fois où le sujet soit abordé se trouve dans le roman de Rabelais et son fameux « quart livre » dans un chapitre particulièrement cocasse où l’auteur fait état de « paroles gelées ». Ce passage fut d’ailleurs repris dans une série d’articles publiés dans la revue « La science illustrée » et consacrés au génie inventif de Rabelais sous le titre « Les fantaisies scientifiques de Rabelais ». Cet article fort drôle, réalisé par F.Faideau et superbement illustré par A.Robida, est le dernier de la série et se trouve dans le N°370 de l’année 1894 (ne pas se référer au N° indiqué dans le « Versins »). Le même Robida qui utilisera d’ailleurs avec Jules Lermina, le son comme une technologie pouvant générer de l’énergie utilisable pour les accessoires de la vie courante dans son indispensable roman « Mystére-ville »

Mais il faut avouer que le silence ne fut pas une des préoccupations majeures de nos écrivains et si dans « La république des muets » nous rencontrons une des rares anticipations à condamner totalement l’humanité au silence  le plus absolu, il est quasiment impossible de trouver un seul roman où la terre se verra ainsi privée de son précieux organe vocal ou tout du moins aspirer à une tranquillité toute relative par l’éradication du bruit.

Versins encore lui, nous signale en 1963 un album de Jidéhem & Vicq « La bulle du silence » où visiblement le père de Sophie invente un système capable d’absorber les sons. Par contre notre « encyclopédiste » fera l’impasse pour un héros dont il semble apprécier les exploits : Spirou. Il faut dire que les inventions diverses foisonnent dans la totalité de ces récits et il serait fastidieux de toutes les répertorier : Sacré Champignac !

Dans une de ses aventures il nous est possible de découvrir « L’aspion » appareil révolutionnaire rencontré pour la première fois dans  « La boite noire » et que l’on retrouve dans l’album « Les faiseurs de silence » (dans la revue « Spirou » en 1979 et en volume en 1984 N° 32). Cette invention révolutionnaire, est capable d’absorber toute émission sonore, un véritable aspirateur à bruit ! D’ailleurs un clin d’œil sera fait à « La bulle du silence » cité plus haut, car dans cette aventure un des protagonistes lit l’album de Jidéhem & Vicq.

Une thématique donc quasiment inexistante et il faudra me semble t-il attendre la fin des années 80 pour que se profile de nouveau la sombre menace des émissions sonores. En effet dans son diptyque «  L’ère du pyroson » (« De silence et de feu » et « Les enfants du silence » édition Fleuve noir anticipation N°1683 & N° 1690) Claude Ecken nous dépeint un terrible avenir. Sur terre le moindre bruit se transforme en vibration et en chaleur, déclenchant incendies et explosions. Nombreux sont alors, et pour cause, ceux qui préfèrent un monde de silence et s’opposent aux expériences visant à recréer une « atmosphère » normale. Mais quoi de plus naturel lorsque le bruit d’une tuyauterie suffit à le faire fondre ou que la simple chute d’un objet aussi banal qu’un livre suffise à allumer un incendie. Un cycle original et inventif qui vient un peu enrichir une bibliographie relativement pauvre.

En raison d’une telle indigence du théme, l’ouvrage de ce mystérieux « Gamma V »  est d’autant pus important qu’il reste un modèle assez unique en son genre. Dans cette « conspiration du silence » au titre absolument merveilleux, toute la saveur réside dans cette apparition de cette dictature sonore qui va utiliser la voix/bruit, afin de soumettre tout un pays à sa volonté. En forçant la population à une certaine dépendance d’un poste émetteur et en lui faisant croire qu’il est un objet de vénération, dont la fonction est de se substituer à toute autre forme de communication, nous nous retrouvons dans le cadre d’une dystopie dans la même lignée que le « Nous autres » de Zamiatine ou « La Kallocaïne » de Karin Boye.

Concevoir un tel lavage de cerveau à une aussi grande échelle, voilà une idée qui mérite toute notre attention car il est alors possible d’imaginer, sans l’intervention de ce mouvement « d’anarchistes », un monde sous contrôle (ce qui est pratiquement le cas) avec la mise en place d’une forme de paranoïa et toutes les conséquences que cela implique sur la vie quotidienne des individus : Dénonciation, arrestations abusives, contrôle et surveillance de chaque individu…..

A ce titre, la troublante signature de l’auteur qui se caractérise par un « V » pourrait alors s’apparenter au célèbre « V pour vendetta » la bande dessinée de David Loyd et Alan Moore (1982) et qui fut portée à l’écran en 2006 par James Mac Teigue. Certains rapprochement sont d’ailleurs assez curieux et il suffit de mettre en parallèle « La conspiration de la poudre » (Organisation anarchiste dirigé par Guy Fawkes dans la bande dessinée) et « La conspiration du silence » (Dont les actions sont similaires) avec des intentions de lutte contre un régime en place dans un monde où le peuple est soumis à un gouvernement corrompu qui utilise un mode de communication unique, en l’occurrence les médias ( dans le roman de Gama V, l’utilisation systématique de la radio comme seul et unique moyen de communication symbolise le média) pour asservir le peuple, contrôler ses pensées, ses désirs, en un mot les formater de façon identique.

 Manipulation radio surveillance pour l’un et télé surveillance pour l’autre, obéissance aveugle des citoyens par une sorte de drogue auditive, nous retrouvons toutes les caractéristiques d’une œuvre pessimiste si ce n’était le ton un peu humoristique utilisé par l’auteur.

Un ouvrage donc assez peu connu et qui mériterait toute l’attention de nos amis éditeurs, en quête d’œuvres originales et singulières.

 

laconspirationdusilence dans les auteurs et leurs oeuvres

 

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« Le Vainqueur De La Mort, Chronique Des Siècles A Venir » De Camille Debans

« Le vainqueur de la mort , chronique des siècles à venir » de Camille Debans. Dans la revue « La science illustrée »du N° 414 (3 Novembre 1895) au N° 418 (1er Décembre 1895). Illustré par Damblans

 

L’année1999, est une ère de progrès et de félicité. Alors on fête joyeusement un formidable événement, celui du centenaire de la première invention de W.Benjamin Smithson qui, en 1899 développa une nouvelle technologie dont le but fut de créer artificiellement la pluie. Au moyen d’un lourd appareillage lancé dans les airs par de gigantesques ballons, il parvint ainsi à créer de monstrueux orages et les pluies diluviennes qui les accompagnent. Ainsi le problème des mauvaises récoltes en raison des grandes sécheresses était terminé, plus de famine. Hélas toute médaille à son revers et de nouveaux conflits d’intérêts surgirent avec cette invention fabuleuse, certains voulaient la pluie et d’autres le beau temps….

Le savant n’a que faire de ces vaines querelles et dans l’espace clos de son laboratoire, poursuit de formidables expériences pour le bien être de l’humanité. Toutefois, il en est une qu’il ne semble pas vouloir partager et le milieu scientifique eut vent de cette dernière en constatant avec stupéfaction que l’humaniste ne semblait pas vouloir vieillir. Son allure élégante et son dynamisme ne semblent pas avoir été diminué alors qu’en théorie l’homme devrait avoir au moins 130 ans. Sa compagne semble avoir bénéficié du même traitement car elle conserve également une fraîcheur toute juvénile. Cependant Smithson refuse catégoriquement de divulguer son secret, la communauté scientifique le presse, le supplie, l’humanité aux abois, dans l’attente d’une seconde jeunesse attend la commémoration du centenaire de sa toute première invention, pensant à de fabuleuses révélations, mais en vain. Il ne veut cèder aux suppliques : Donner l’immortalité à toute la planète serait source de conflits, de misère aussi car les gens animés de mauvaises intentions ne feraient que perpétrer leur animosité jusqu’à la fin des temps, quand aux autres, ils ne leur resterait plus qu’à la subir éternellement.

Une révolte gronde, les plus folles rumeurs circulent, on évoque de le faire parler de force et s’il le faut, l’enfermer et utiliser la torture…humanité ingrate !

En Europe, voyant que cet arrogant Américains s’obstine toujours, on dépêche une délégation qui n’aura pas plus de succès, la réponse est sans appel, évoquant en outre un problème démographique important si la terre entière se peuple ainsi d’immortels.

Fort heureusement Benjamin n’est pas un ingrat et travaille d’arrache pied pour assurer une avancée technologique des plus profitable. Les voyages aériens se développent, les airs sont sillonnés par de gigantesques appareils comparables à de majestueux oiseaux. Depuis l’invention de puissantes piles électriques, ils possèdent une autonomie indéfinie. La distance entre les villes se parcourt à des allures folles grâce aux tubes pneumatiques, il faut  quinze minutes pour se rendre de New York à Paris. La production est telle que le travail est devenu une distraction qui ne prend que deux heures de notre temps, d’ailleurs tout est automatisé, les loisirs occupent la majeure partie de notre vie. Les moyens d’observations se développent, la communication est établie avec d’autres planètes, Mars et Mercure sont habités….

Alors dans une dernière tentative, les Français qui semblent être les plus obstinés, invitent notre génial inventeur à une cérémonie qui doit se dérouler à Bordeaux. On le couvre de gloire, le flatte, le congratule, le faisant passer pour l’homme le plus important de la terre, le bienfaiteur universel, le plus grand de tous les scientifiques que la terre ait connu. Mais de toutes ces flagorneries, il n’en a cure, sa décision est toujours aussi ferme, il quitte ainsi la France avec le regard accusateur de tout un pays pointé dans son dos. Comme tout bon bienfaiteur qui se respecte il leur laissera  en gage de son immense mansuétude, une substance supprimant presque toutes les douleurs dans tous les cas de souffrance physique.

Les journaux publient sur lui d’abominables diatribes, on le caricature, le vilipende, le dénigre. Un jour pourtant un membre de sa famille va lui présenter un de ses petits fils atteint d’un mal inconnu, ses jours sont comptés. De fait, envahi par un remord profond  et une incommensurable fatigue morale, il cède aux suppliques de la jeune femme éplorée et verse quelques gouttes d’une liquide doré dans la bouche de l’enfant. Le résultat est foudroyant, le mal semble avoir abandonné le petit malade. Sa résistance montre des signes de faiblesse, il réitérera cette intervention miraculeuse, mais au compte goutte.

Pour effacer sa morosité,il va se livrer par la suite à l’exploration des fonds marins, la terre lui ayant révélée presque tout ses secrets, poursuivant encore et toujours sont admirable travail pour le bonheur de ses semblables.

Lors du bicentenaire de sa première invention extraordinaire, Smithson semble être tombé en disgrâce, personne pour le remercier de tant de bienfaits, lui qui à toujours œuvré pour ses concitoyens et frères terriens. Un seule chose les préoccupe, et devant une telle attitude d’enfants trop gâtés par un père qui a toujours donné sans compter, décide avec son épouse de ne plus boire le précieux liquide régénérateur :

« En deux jours ils vieillirent de tout le temps qu’ils avaient volé à la nature, et ils moururent désabusés, sans un regret »

 

 

Une agréable longue nouvelle d’un auteur qui déjà en 1884 nous avait livré un fort passionnant « Les malheurs de John Bull » ( Marpon & Flammarion 1884) à placer dans la thématique des guerres futures. Il y fait preuve d’une inventivité assez rare pour un roman de cette période.

Dans « Le vainqueur de la mort », il aborde avec une certaine ironie le problème du savant de génie confronté à une humanité hostile et peu reconnaissante de sa bonté. A trop vouloir faire le bien pour ses semblables, il se rend vite compte de toute l’hostilité de ses semblables lorsqu’ils veulent encore et toujours plus. Un exemple intéressant de savant qui va se démener toute sa vie durant, pour améliorer notre condition et qui n’utilisera à aucun moment tout son savoir afin de se retourner contre nous.

Une de ses petites « perles » qui se cachent bien à l’abri des revues scientifiques de cette époque.

 

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