• Accueil
  • > les coups de coeur du "Moi"

Catégorie

Archive pour la catégorie « les coups de coeur du « Moi » »

« Désolation » Le Duo Jaworski/Ascaride: Un Roman Graphique Au sommet Du Talent!

 désolation logo

Lorsqu’en 2017, les Moutons Électriques publièrent leur premier roman graphique « Tout au milieu du monde » avec le trio de choc qu’est Melchior Ascaride, Julien Bétan et Mathieu Rivero, nous avions déjà là l’amorce d’une catégorie de livre qui allait marquer durablement ma vie de lecteur en publiant le tout premier livre graphique de la collection. Deux années plus tard, les trois complices récidivent en réalisant « Ce qui vient de la nuit » , ouvrage dont je n’ai pas eu le temps de faire l’éloge, mais qui venait asseoir le talent de ces jeunes artistes avec cette histoire de Fantasy baignée de magie de malédiction et de terreurs ancestrales. En priorisant le jaune, Melchior Ascaride est parvenu à appesantir encore plus l’atmosphère étrange de ce texte sombre et sans concession, comme une brume lactescente qui progressivement semble vouloir sortir d’entre les pages, vous agripper de ces doigts glacés et fantomatiques pour vous attirer dans cette campagne bretonne du temps jadis, pétrie de légendes et de haut fait d’armes. Une fois de plus, texte et images sont en parfaite corrélation et l’on sent dans la technique utilisée par l’artiste un tournant déterminant comme pour vouloir encore plus imprégner le lecteur de toute la magie de l’histoire.
Fidèle au vieil adage « jamais deux sans trois » l’éditeur vient de renouveler l’expérience avec le tout aussi percutant « Désolation » écrit cette fois par une figure emblématique de la Fantasy, Jean-Philippe Jaworski et dont le texte vient coller comme une ombre au magnifique travail pictural d’un Melchior Ascaride plus inspiré que jamais. Tout d’abord, ce qui frappe l’esprit du lecteur que je suis, avide de belles couvertures, c’est le travail effectué une fois de plus pour cette édition et de la typographie du titre qui vient parfaitement se marier avec les circonvolutions de cette créature mythologique que l’on pourrait aisément confondre avec un vers à l’aspect redoutable. Ensuite, ce que j’ai aimé dans ce court roman, c’est le choix de l’auteur de commencer cette aventure de manière aussi abrupte qu’elle se termine. Une sorte de tranche de vie dans des temps reculés et/ou imaginaires, pétri lui aussi d’histoires terrifiantes traversé par la fureur du métal qui s’entrechoque et de l’odeur du sang versé. Certes comment ne pas penser à l’univers de Tolkien père fondateur de toutes ces terres de magie et de mystère, mais si Jean-Philippe Jaworski excelle à nous rappeler l’univers du maître, son talent parvient largement à prendre le large et nous livrer son univers qu’il est capable de construire en quelques pages et le peupler de figures inoubliables pour qui le tranchant d’un épée et plus éloquent que bien des discours. Il nous plonge ainsi dans une quête extraordinaire, une course contre la montre obligeant un puissant seigneur et toute sa horde bardée de fer et lourdement chargée de victuailles de porter secours à un fief voisin assiégé de toute part et risquant de plier l’échine face à un impitoyable ennemi. Pour cela, une seule issue possible s’il veut arriver à temps, passer à travers une montagne maudite, abritant selon les légendes un redoutable dragon et résister aux attaques de hordes de Gobelins commandés par un chef à la sanglante réputation : Le dévoreur !
Aidé de son fidèle Radswin le diseur de loi, Hjalmberich accompagné de 20 guerriers nains et de trente gnomes, vont traverser le massif du Kluferfell et braver la terrible région du Wyrmdale et il faudra bien plus que le savoir de maître Skirfir « Brûle-gueule » l’artificier de la troupe pour mener à terme une expédition qui va découvrir un secret bien plus incroyable que celui de l’existence d’un dragon !

Ce qui fait le charme incroyable de cette odyssée, c’est son coté quelque peu décalé en marge d’une Fantasy certes très codifiée avec les grandes figures classiques du genre, mais en y insufflant cette touche personnelle où le tragique des situations se mélange avec bonheur au comique de certains personnages. Ainsi Skirfir cité plus haut, spécialiste en explosifs et Littyllytig le contremaître des gnomes, sont les deux personnages qui régulièrement vont interagir dans les moments clef de l’aventure en y injectant la quantité suffisante espièglerie , de malice et d’humour afin de créer un tout homogène et particulièrement savoureux. Une expédition, sans cesse accompagnée par le bruit des armes et la fureur de la bataille, car « Griffus », « viandars », « panses de fer » et autres « Konomor » le konungr des Uruk Maug , ne cessent de harceler cette troupe hétéroclite aussi peu nombreuse que déterminée.

Pour un peu j’aurai presque l’envie de vous présenter ce volume une corne remplie d’un alcool fort et à brailler des chansons paillardes!


Ainsi donc, pour ce troisième roman graphique Melchior Ascaride articule toute son œuvre sur des tons oranges et noirs et nous propose une fois de plus un travail qui vient éveiller nos rétines et accroître de manière déterminante cette sensation éprouvée au fil de la lecture, comme si le lecteur, sous le joug d’une magie ancestrale, pouvait se retrouver en parfaite symbiose avec les aventures qu’il est en train de lire. Toutes les pages sont baignées de cette atmosphère unique où texte et images œuvrent dans une symbiose parfaite pour le plaisir du lecteur et si nombres de ses dessins me poussent bien après la lecture du livre à revenir dessus pour le seul plaisir des yeux, je ne peux qu’éprouver un profond respect pour la parfaite cohésion entre le texte, l’image et la mise en pages qui d’une manière spectaculaire trouve sa substantifique moelle entre la page 104 et 115 lors de la traversée de la cité sous la montagne : quand le dessin se fait langage on comprend mieux alors pourquoi il est un art qui ne connaît aucune frontière !
Au final nous voilà donc en présence d’une pièce majeure chez cet éditeur en ce qui concerne le roman graphique et du rouge roman initiatique en passant par le jaune des vieilles malédiction, nous voici dans l’orange du fracas des batailles où les deux talents vont jouer de talent et d’originalité afin de nous plonger dans une épopée inoubliable, une descente aux enfers où la verve de l’écrivain n’aura d’égale que la sublime inspiration de l’artiste qui l’accompagne.
Sans nul doute un très gros coup de cœur et je ne pourrai trop que de conseiller aux lecteurs amateurs de beaux objets, de belles histoires et d’une plongée dans un art graphique d’une grand originalité, d’acquérir cette trilogie qui je l’espère est annonciatrice d’autres ouvrages d’une telle qualité et d’une telle intensité,
Bien que cela n’enlève rien à la qualité du travail réalisé, pour quand un ouvrage relié dans le même esprit, mais avec cette fois-ci des plages entières et non coupées par le milieu de manière à dévoiler de manière plus percutante le travail de l’artiste ?

« Désolation » Roman graphique paru aux Moutons Électriques, collection « La bibliothèque dessinée » texte de Jean-Philippe Jaworsky , dessins de Melchior Ascaride. 2020.

Tout au milieu du monde

ce qui vient la nuit

Désolation

désolation 3

désolation 1

désolation 2



« Celui Qui Chuchotait Dans Les Abysses » Aux Origines Du Mythe!

HPL Logo


Sans être un grand spécialiste, je suis, à l’image des passionnés de littérature fantastique, amateur de ce nouveau genre appelé terreur cosmique et me délecte de temps à autre d’ouvrages écrits par toute une génération d’auteurs vouant un culte innommable au grand-maître de Providence. Depuis quelques années en effet, les éditeurs ne cessent de nous régaler de « pastiches » plus ou moins réussis s’affiliant au redoutable cycle de « Cthulhu » et ma bibliothèque peut ainsi se vanter de totaliser quelques dizaines d’ouvrages de formats variables arborant fièrement sur leurs couvertures d’indicibles visions qui, si elles ne vous rendent pas fous, suscitent une certaine admiration tant l’artiste s’est immergé dans l’univers cauchemardesque de H.P.Lovecraft. Pour exemple le dernier volume paru chez Bragelonne « Les montagnes Hallucinées » magnifiquement illustré par François Baranger. Ici point de roman « a la manière de…. » , la reprise d’un classique, mais revêtu d’un habit de circonstance qui force le respect : grand format sous couverture rigide avec un dessin en transparence et un lettrage couleur argent du plus bel effet, jaquette couleur, illustration à l’identique à chaque page voire en double page ! En bref, si vous me lisez et que cet ouvrage n’occupe pas une place d’honneur sur vos étagères, vous savez ce qu’il vous reste à faire ! Tout cela pour en venir au fait qu’actuellement ce n’est pas la réédition des œuvres de Lovecraft qui sont importantes, bien que nous attendons le super méga collector de la mort proposé par Mnemos en huit volumes , mais de la nouveauté originale de la part des continuateurs et surtout que l’éditeur nous propose une présentation sympathique et originale pouvant ainsi se démarquer des éditions « classiques » pour ne pas dire un peu trop conventionnelles. Chers amis, si vous êtes à la recherche d’un tel objet, j’ai ce qu’il vous faut et croyez moi, en matière de « Collector » je n’ai pas le coup de cœur facile.
J’ai découvert les éditions « Le miroir aux nouvelles » d’une façon assez tardive…..Honte à moi qui suis souvent à la recherche du modeste petit éditeur , proposant des produits originaux. C’est en furetant sur le net, comme tout bon Savanturier des temps modernes qui se respecte, que je tombe par hasard sur leur site : peu de livres, mais sacré bonsoir, tous attirants à souhait et vous donnant une envie folle de les avoir dans votre bibliothèque : formats peu conventionnels, illustrés, thèmes divers et variés ( polar, SF, fantastiques , curiosités littéraires…..) et tous écrits par la même personne…….Mystère ! Dans le lot, je repère un titre qui attire ma convoitise : «  47°9′ S 126°43′ W  celui qui chuchotait dans les abysses ». Mon sang ne fait qu’un tour , d’autant plus que la couverture est terriblement sympathique puisque, outre quelques tentacules, on y aperçoit l’étrave d’un navire dont le nom frappé aux initiales de « HPL » ne pouvait que m’emporter à son bord sur des mers étranges et redoutables. Ni une ni deux, je commande l’objet et j’en profite pour en demander un second , nous sommes en période de Noël et je connais un poulpesque ami qui sera content de ce présent. Bien entendu, je pousse l’impertinence jusqu’à demander une dédicace !
Deux jours après, je reçois une gentil mail de l’auteure, Chrystel Duchamp, qui me dit combien elle est heureuse de cette commande et que, bien entendu les ouvrages seront dédicacés par ses soins, mais également par l’illustrateur Eric Barge : une première approche plus que prometteuse !

Moins d’une semaine plus tard, les ouvrages arrivent et quel bonheur, l’objet est de doute beauté : Grand format, couverture souple frappé d’une blason à tête tentaculaire, recouvert de son élégante jaquette aux dégradés de vert, à l’intérieur de superbes illustrations pleines pages en N&B, et à la toute fin de l’ouvrage la première page d’un journal fictif plié en quatre qui……Mais, n’anticipons pas !
L’histoire donc. Un journaliste est contacté par un mystérieux professeur, risée du monde scientifique, lui proposant de servir de biographe à une formidable expédition organisée dans la zone la plus isolé du pacifique, le point Nemo,c’est-à-dire le point de l’océan le plus éloigné de toute terre immergée. En effet, un son étrange en provenance de cette surface d’Océan se fait entendre depuis quelque temps et a défaut de lui trouver une explication la communauté scientifique le nomme « Bloop ». Mais le professeur Lewis Theobald Jr ne s’y trompe pas, il sait lui que l’origine de ce son provient d’une créature dont on veut feindre l’existence : le grand Cthulhu en personne ! Pendant des années il prépare avec soin le bateau et l’équipement de pointe nécessaire afin d’explorer les fonds marin. Le « HPL » est enfin prêt, commence alors pour notre journaliste un voyage aux enfers qui se terminera comme bien souvent lorsque l’on se frotte aux grands anciens par un placement dans un lieu où personne ne vous entendra hurler.
Raconté ainsi, vous me direz que l’histoire semble banale, téléphonée et sans surprise, mais c’est sans compter sur le talent narratif de l’auteure qui vient ici avec son style bien millimétré et diablement efficace nous apporter un plaisir de lecture que le vieil habitué des terres de l’imaginaire que je suis, aime à parcourir. En effet, Chrystel Duchamp prend le parti avec ce livre de s’adresser à un public ignorant tout de l’œuvre de Lovecraft, en parcourant sa novella,de références à son œuvre, tout en utilisant comme je le disais plus haut un style narratif pouvant charmer les plus aguerris. Il y a chez le héros de cette aventure, une mise en abîme incroyablement bien menée et de la rencontre avec le professeur et celle finale , avec Cthulhu en personne, une montée en puissance qui arrive à nous surprendre. D’ailleurs cette aversion de David Wayland pour la mer qui devient peu à peu obsessionnelle pour en devenir maladive, ne sont que les prémisses d’une horreur encore plus grande à venir. On retrouve les mêmes maux que dans les héros de Lovecraft, personnages septiques et/ou à la recherche de la vérité et qui finalement se trouvent coincés dans une spirale infernale, mais racontée d’une telle façon qu’au final, j’ai eu l’impression de redécouvrir tout ce qui fait le fondement de son cycle. Une approche certes plus moderne, mais avec un style plus léger, l’auteure va à l’essentiel et c’est justement ce qui fait la force du texte : on ne s’embarrasse pas de fioriture, on se laisse embarquer tête baissée, et ce, sans jamais le regretter.
Ce format entre la nouvelle et le court roman n’est pas un exercice facile mais nous avons ici la preuve formelle que même en utilisant un thème archiclassique, formaté et usé jusqu’à la trame, il est possible d’en faire quelque chose d’inhabituel , non seulement à lire mais agréable à regarder, avec un final assez original ou le fin mot de l’histoire nous est livré sous la forme d’une coupure de presse factice, intégrée comme preuve ultime, document plié en quatre et collé sur la dernière page, comme si toute cette histoire n’était qu’une mystification, le délire d’un fou et finalement remise en doute par plusieurs articles de presses et inséré intentionnellement dans ce récit témoignage, comme pour semer le doute dans la tête du lecteur.
Ce livre est beau, il est bien pensé, fabriqué avec amour et les illustrations d’Eric Barge, complice de l’auteure, viennent ici par la présence de ces dessin pleines pages N & B, asseoir encore plus ce statut d’objet culte , de ceux incontournables que tout amateur de sympathiques histoires et de beaux livres, se doivent d’avoir dans leurs bibliothèque,
En tout cas, le mien trône fièrement à côté de ceux de François Baranger et je voulais par ce petit article rendre hommage au travail de ces artistes de l’ombre qui œuvrent en toute simplicité pour le plus grand plaisir de leurs lecteurs. Une preuve de leur grande générosité et d’une foi inébranlable sur cette route pas toujours facile qu’ils ont choisis d »emprunter.

« 47°9′ S, 126° 43′ Celui qui chuchotait dans les abysses » Éditions « Le Miroir Aux Nouvelles » Texte de Chrystel Duchamp, illustrations de Eric Barge. 215 . Tirage Limité

Pour le commander c’est ici: https://www.lemiroirauxnouvelles.fr/

HPL 1

HPL 2

HPL 3

HPL 5

HPL 4



« La Science-Fiction En France Dans Les Années 50″ Une Décennie Fabuleuse Mise à L’honneur

Logo


À peine sortions nous quelque peu époustouflés par la monumentale somme qu’est le « RétroFictionS » des ami Guy Costes et Joseph Altairac, qu’une rumeur venait poindre le bout de son nez, annonçant la parution prochaine d’un ouvrage consacré à la « Science-fiction » en France dans les années 50. Rumeur vite confirmée par l’éditeur avec la présence d’une somptueuse couverture rétro à souhait et un lettrage de couverture digne de cette époque bénie qui au final n’avait été que rarement évoquée occultant de fait toute l’importance que ce « mauvais genre » avait exercé sur notre pays. Pour les lecteurs et modestes chercheurs que nous sommes, cet ouvrage représentait beaucoup pour nous, en raison des faibles documents existants ou du moins de façon éparses dans diverses et rares revues ou sur des sites internet, mais ce, de façon très parcellaire, voire incomplète. Notre ressenti fut donc plus que positif et pour cause, en plus de paraître chez Moltinus et distribué par les Moutons Électriques , éditeur dont nous connaissons tout l’engagement en ce qui concerne les rééditions d’œuvres populaires ayant sombré dans un oubli total avec des ouvrages d’excellentes qualités, mais de surcroît réalisé par un grand spécialiste en la matière, mémoire vivante et fin connaisseur de la littérature populaire et surtout grand collectionneur devant l’éternel. Il faut dire que nous avions déjà beaucoup apprécié sa plume alerte et féconde dans diverses études, « Les pulps l’âge d’or de la littérature populaire Américaine », « Bob Morane, profession Aventurier » les deux volumes parus dans la collection « Travaux » de chez Encrage et mesuré de fait sa grande érudition en la matière. De l’érudition, il en fallait pour mener à terme cette entreprise assez compliquée car dans les années 50, juste après cette frontière symbolique entre « roman scientifique » et/ ou « Merveilleux scientifique » , les balbutiements du genre furent assez chaotiques et dans cette pléthore d’éditeurs, aussi bien dans les magazines que dans les collections spécialisées, il fallait un formidable défricheur de cette période afin non seulement d’y mettre bon ordre mais surtout de le restituer de façon cohérente et plaisante à lire, tout cela afin de ne pas perdre le passionné comme le simple profane.
A la lecture de ce magnifique ouvrage rouge sang sous une délicate parure de velours, le lecteur va pouvoir s’abreuver jusqu’à plus soif de ces quelques trois cent pages où fourmillent détails surprenants, anecdotes étonnantes et surtout un regard lucide et parfaitement maîtrisé sur une folle décennie, laboratoire formidable d’une genre qui cherchait ses marques , terrain d’expérimentation pour tout un public abreuvé par une production majoritairement étasunienne mais qui ne tarderait pas à accorder ses bonnes grâces à une production nationale qui peu à peu va finir par s’affirmer et acquérir ses lettres de noblesses.
Il vous suffira de jeter un œil sur le sommaire de cet ouvrage véritable bible du genre, pour vous apercevoir du minutieux travail de fouille «  archéobibliographique » réalisé par Francis Saint-Martin et de voir à quel point cet incroyable chercheur est allé déterrer au plus profond de ses précieuses archives afin de nous exhumer l’histoire de cette décennie fondamentale pour l’histoire de la science-fiction Française .Si la qualité ne fut pas toujours au rendez-vous, il s’agissait plus du tâtonnement d’éditeur parfois peu scrupuleux en quête d’une manne providentielle pour assouvir leurs intérêts personnels que de rechercher une réel public avide d’une genre qui paradoxalement n’avait pas encore pris de réelles marques. D’ailleurs dans un chapitre fort instructif, comme l’ensemble du livre, et intitulé « L’apparition du mot science-fiction » l’auteur nous précise la genèse de ce mot tant outre Atlantique que sur notre bon vieux territoire.

Au final, nous voilà donc en présence d’un ouvrage unique et indispensable où rien n’est oublié. Ainsi de la revue « V magazine » en passant par « Bolero » le royaume des éditions « Del Duca » celle d’Hauteville, les débuts de « Richard-Bessière » et de « Keller-Brainin » de Jimmy Guieu , de Brantonne et Jeff De wulf, la genèse des éditions Fleuve noir ( tous genres confondus) de la revue Fiction , des petits publications comme « Le trotteur » « Grand Damier » « Série 2000 » ou les plus connues comme « Le rayon fantastique » ou « Présence du futur » , c’est la porte ouverte vers un univers merveilleux que nous découvrons et que l’auteur nous propose avec toute sa modestie, son érudition mais surtout cet art de savoir diriger une livre à vocation historique en l’écrivant comme un roman tellement passionnant qu’il nous est impossible de le lâcher. Cela fait bien des années que je manipule ces précieux petits volumes sans me douter un moindre instant de leur fabuleuse histoire qui fut bien souvent le fait d’un hasard incroyable pour ceux qui les ont écrit et d’une plus mouvementé pour ceux qui les publièrent.
En le lisant, j’ai appris une quantité incroyable de choses, mais ce qui fait la force principale de l’ouvrage, ce sont les détails que Francis Saint-Martin nous livre sur des figures légendaires avec cette lucidité et cette bienveillance propre aux passionnés de l’histoire de la SF et nous livre une foule de détails sur des noms aussi célèbres que Pacifico Del Duca, Georges H.Gallet, Maurice Renault , Michel Pilotin, Jacques Bergier …….. Tout un univers dont nous ignorions l’existence et dont les portes viennent s’ouvrir devant nous et dans laquelle nous pouvons nous engouffrer avec plaisir et ravissement. Voilà une année qui se termine des meilleures façons qui soit car notre histoire de la Science-Fiction en France était orpheline d’un tel ouvrage à la fois didactique, plaisant à lire et un ouvrage précieux pour celles et ceux cherchant des éléments précis , des points de repaires indispensables sur ces auteurs, ces éditeurs et bien souvent ces illustres inconnus qui contribuèrent à l’édification d’une genre.Que ce soit par passion pour la littérature ou par appât du gain, voilà ainsi offert à notre curiosité toute une période de notre histoire populaire qui depuis trop longtemps était resté dans l’ombre et qui vient par ce magnifique ouvrage remettre sur le devant de la scène plus qu’un courant littéraire mais toute une période incroyablement palpitante, tumultueuse et terriblement novatrice.
Saluons une fois de plus Moltinus d’avoir pris le risque de publier un tel ouvrage qui, en raison de son faible tirage reste malgré tout un petit peu cher et que certaines personnes pourraient fustiger pour le manque de reproduction en couleur. Comme tout passionné, je dois avouer regretter le manque de présence de cette imagerie souvent naïve, avec l’éclat chatoyant de certaines couvertures qui vous pètent à la figure, mais je suis aussi partisan de cette bonne vielle phrase « peu importe le flacon….. » et je pense franchement que l’ivresse est là de part le magnifique écrin dans lequel l’ouvrage a été placé et par la qualité exceptionnelles des informations qui se trouvent à l’intérieur , et ça les amis, croyez moi, cela n’a pas de prix !

« La Science-Fiction en France dans les années 50 » de Francis Saint-Martin. Éditions Moltinus  collection « Le rayon vert ».

SF années 50

SF années 50 verso

 



« La Murène » de Brice Tarvel: Aventure Quant Tu Nous Tiens!

La murène logo

 Ce qu’il y a de bien chez des auteurs comme Brice Tarvel c’est que le lecteur est certain de trouver suffisamment d’intérêt pour passer un agréable moment de lecture. Peu importe le genre qu ’il aborde, c’est l’imagination qui fait loi et qu’il s’agisse de romans de Fantasy, de romans jeunesse, de fantastique, d’horreur pure ou de détective de l’occulte, on sent derrière tout cela un homme de terrain , habitué depuis sa plus tendre enfance à parcourir les territoires de l’imaginaire. Il n’y a pas de meilleur spécialiste en la matière que celui , infatigable, arpente les méandres cauchemardesques de son imagination pour nous livrer des romans qui à l’image de « La murène » fleure bon cette marmite du populaire où mijote depuis des décennies une bien curieuse pitance qui vient régaler les affamés que nous sommes.
Il y a dans son style peu conventionnel et comme il me plaît à la signaler à chaque fois, cette patte incomparable qui fait que, pas de doute, nous sommes en présence d’un roman de cet auteur. Entre délire de l’imaginaire et style d’écriture aux expressions qui n’appartiennent qu’à lui, chaque roman est une aventure incomparable où, le temps de quelques heures le lecteur va perdre pied et se retrouver dans un univers hors de l’espace et du temps. Pourtant, dans ce roman paru chez Rivière Blanche, nous serions en droit de croire que tout va se passer d’une manière conventionnelle…..Que nenni ! Ne vous fiez pas à l’allure flegmatique du lascar, c’est une véritable tempête qui s’agite sous son crâne, de celles qui ne cessent jamais et qui poussent notre auteur à écrire encore et toujours de folles histoires. Pour preuve donc, l’histoire de Peggy Hammer qui depuis sa plus tendre enfance suite à la rencontre douloureuse avec une murène, s’est retrouvée forte d’un bien étrange don : celui de pouvoir modifier sa peau comme bon lui semble. Mais le fort caractère de la drôlesse ne lui dicte pas à devenir un « super-héros » de pacotille dont les pouvoirs seraient au service du bien, mais plutôt une bien curieuse souris d’hôtel afin d’assouvir ses petites fantaisies…..il faut bien vivre ! Pour son malheur, la charmante créature est liée par les liens de la cambriole avec le responsable de la brigade de vigilance rouge, mystérieuse organisation de l’état, chargée des affaires délicates et dont personne ne connaît l’existence. À sa tête, Lucien Verary qui entend bien utiliser la belle mutante afin de dénouer un sombre affaire de savant fou dont le projet insensé n’en est pas moins la destruction de monde afin d’asseoir son autorité : la routine quoi !
Nous voilà donc embarqué dans un folle histoire se déroulant en partie dans les égouts de Bordeaux, pour finir dans les vignobles de cette belle région, notre belle aventurière accompagnée d’une toute aussi délicieuse créature au don de prémonition, va devoir affronter bien des dangers avant de remettre un bon d’ordre dans ce gigantesque bazar. D’ailleurs profitant de cette escapade dans la région Brice en profite pour faire allusion à un personnage bien connu du monde de l’édition…..je vous laisse découvrir qui !

Entité protoplasmique, rats mutants, horde de Bécassines déjantées, laboratoire secret, végétation mutante, invention folle capable de modifier de climat……Ce livre est un festival de situations rocambolesques où le seul mot d’ordre est de divertir le lecteur et croyez moi, chaque chapitre apporte son lot de surprises tant l’imagination de Brice ne connaît aucune limite.

J’ai toujours aimé les histoires de savants fous, figure emblématique d’une certaine littérature d’avant-guerre où cet esprit vif, mais ô combien dérangé savait assouvir sa soif de vengeance avec des inventions toutes plus folles les unes que les autres et c’est avec cette thématique que le roman vient ici nous divertir, mais avec ce grain de folie supplémentaire propre aux auteurs, justement nourris à cette littérature. Je vous le disais plus haut, à chaque livre signé par l’auteur , c’est une surprise sans cesse renouvelée, on se frotte les mains à l’idée de ce que l’on va découvrir, on salive d’avance à chaque nouveau personnage qui vient enrichir son univers peuplé de ces héros de l’ombre qui viennent acquérir de fait une part d’immortalité. Avec la parution de ce roman chez Rivière Blanche, c’est au final la parfaite symbiose entre un éditeur qui a toujours encouragé la littérature de genre et conservé cet esprit populaire dans le sens noble du terme et un auteur qui porte en lui les derniers germes d’une génération ou écrire est plus qu’un art, mais toute une tradition au service du plaisir du lecteur.
Ce livre par son coté complètement décalé, l’enchaînement dément des situations que vont vivre les personnages (attendez de voir le cambriolage avorté de « La murène » au début du livre.) et cette espèce de « je ne sais quoi » qui confère à l’histoire cette agréable sensation de baigner dans un univers qui nous colle bien à la peau, est la preuve que la littérature populaire, loin de s’étioler retrouve un souffle nouveau que certains auteurs s’efforce de faire (re)vivre avec cette fraîcheur vivifiante et ce devoir de mémoire dans un pays où le genre connu son heure de gloire, un certain déclin et une renaissance source, de la part du lecteur que je suis, d’un émerveillement sans cesse renouvelé.
Pour conclure, la couverture bien que représentant une femme à l’air farouche n’est pas désagréable à voir (nous avons connu pire.) , une illustration plus dans le ton du roman eut été parfait ou alors , à la place du « S » sis sur la casquette de la belle aventurière , un « M » eut été le bienvenu.
Mais ne boudons pas notre plaisir, l’ensemble reste cohérent et nous ne remercierons jamais assez Rivière Blanche de tant d’implication dans les littératures de genre et de nous faire partager d’aussi bons moments de lecture.

« La Murène » de Brice Tarvel, Éditions Rivière Blanche . Collection Blanche N°2183. Illustration Mike Hoffman

La murène



« Astar Mara » Suivez Brice Tarvel sur les Chemins d’Eau!

Astar Mara Logo

 À l’heure actuelle, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas l’œuvre de Brice Travel, deux possibilités : soit ils viennent de la planète Mars, et encore, soit ils viennent d’un lointain exil ou d’un long séjour passé dans quelques obscures geôles hyperboréenne ! Il faut dire que sur la scène du fantastique et de la fantasy française, nous avons là un auteur incontournable qui depuis quelques années marque notre littérature de l’imaginaire à l’encre indélébile. Une encre faite d’une tradition populaire dont le lecteur averti parviendra à déceler la moindre trace, la plus petite allusion, de ces petits riens que l’auteur va pétrir avec tout cet amour de la langue française pour nous offrir tout ce talent dont on fait les bonnes histoires. En ce qui me concerne et bien que sa verve n’a jamais cessé de m’enchanter depuis fort longtemps, j’ai relevé un tournant décisif dans son style inimitable, lorsqu’il publia le premier tome de « Ceux des eaux mortes » et intitulé « L’or et la toise » . J’avais à l’époque publié un article enthousiaste lors de sa parution tellement le style m’avait touché de plein fouet, dans un univers éditorial qui manquait un peu d’originalité. La suite « Au large des vivants » fut à l’avenant de ce premier tome et il fut fort dommage que le public soit passé à coté d’une telle explosion de talent, lui coupant un peu l’herbe sous les pieds et empêchant de fait la parution d’un troisième volume qui eut été le fort bien venu. Après ce coup de maître dans le domaine de la fantasy, n’oublions pas qu’il fut scénariste de plusieurs bandes dessinées dont l’excellente série « Mortepierre et « Les traine-ténébres », nous le retrouvons dans un texte complètement déjanté , un roman post-apocalyptique « Une camionnette qui servait de volière » , où nous retrouvons son univers décalé bien loin des classiques du genre, un univers où le grotesque des situations se double d’une originalité dans les thèmes abordés que peu d’auteur à ce jour parviennent à rivaliser. Même constat pour son roman « Pluie de plomb sur Pluton » paru chez l’incontournable « Carnoplaste » où là aussi nous retrouvons cet univers qui au fil des années va s’étoffer d’une savoureuse consistance, construit par strates successives et assemblé avec l’intelligence de ces auteurs qui savent tirer le meilleur de cette culture de l’imaginaire acquise au cours d’innombrables lectures et restituée de la plus belle manière qui soit. Puis en 2017 arrive cet Ovni aux « Moutons Électriques » , annoncé par un bandeau « La rentrée de la fantasy Française ». Ce roman vient un peu bousculer le monde de l’édition et devient rapidement une œuvre majeure dans ce domaine. Par bonheur, la critique va être unanime et le roman de Brice devient vite une pièce incontournable de cette « fantasy française » qui vient, sans nul doute, trouver ici la clef de voûte du genre.
Comme cet auteur est un arpenteur infatigable des routes de l’imaginaire, un comble pour quelqu’un qui aime surtout vivre dans son bureau , entouré de ses livres et de ses auteurs préférés, il se laisser de nouveau guider par le souffle épique de son univers et nous propose une nouvelle œuvre atypique où vont à nouveau se croiser son imaginaire puissant et cet amusement qu’il déploie à utiliser une langue dont il s’est fait le créateur et qu’il est le seul à utiliser avec un don inimitable pour la gouaille et des aventures aussi insolites qu’absurdes. Mais de cet absurde qui font que les situations sont toujours en décalage complet avec ce que le lecteur à l’habitude de lire dans ce genre de roman, mettant en scène des personnages qui marquent les mémoires, du personnage falot et secondaire, jusqu’à celui ou celle, car dans les romans de Brice il est souvent question d’héroïne, qui dans la tourmente d’une aventure ne manque jamais de piquant portent le roman à bout de bras pour en faire un incroyable morceau de bravoure. Comme cet auteur est un arpenteur infatigable des routes de l’imaginaire, un comble pour quelqu’un qui aime surtout vivre dans son bureau, entouré de ses livres et de ses auteurs préférés, il se laisser de nouveau guider par le souffle épique de son univers et nous propose une nouvelle œuvre atypique où vont à nouveau se croiser son imaginaire puissant et cet amusement qu’il déploie à utiliser une langue dont il s’est fait le créateur et qu’il est le seul à utiliser avec un don inimitable pour la gouaille et des aventures aussi insolites qu’absurdes.

Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête de l’auteur, mais qui pourrait croire en regardant ce personnage à l’apparence si calme et sereine, que se cache un monde incroyablement riche et complexe, possédant ses propres règles, son propre langage, sa propre logique. Alors ne me demandez pas de vous raconter l’histoire de « Astar Mara » son dernier petit bijou digne d’un orfèvre de la fantasy, un roman pareil, c’est comme un ouvrage de Jean Ray, de Georges Simenon, de Léo Mallet ou de serge Brussolo, cela ne se raconte pas, cela se lit , cela se vit ! Il y a des moments dans la vie d’un lecteur où l’admiration pour un auteur va au-delà des mots, car la lecture est une expérience unique, une expérience propre qui se ressent plus qui ne se raconte. Alors certes, dans «  Astar Mara, » il est question d’un univers incroyablement riche, à la fois sombre et coloré. Vous y croiserez des personnages détestables et fascinants évoluant dans un monde où il vous faudra oublier toute logique. Un monde à la fois étrange et terrible, fait de légendes murmurées à voix basse de peur de réveiller des forces qui dépassent l’entendement. Vous y croiserez d’étranges pirates dont le bateau renferme une bien mystérieuse cargaison et si les périls que va traverser notre héroïne sont à la mesure d’un monde ne répondant à aucune logique, c’est pour mieux dérouter le lecteur, l’envelopper d’une puissante brise marine et l’entraîner dans les profondeurs d’un océan comme vous n’en avez jamais exploré. Il s’y trouve, parait-il, des hommes qui tentent désespérément d’en vider le contenu, vivant sur des îles artificielles faites de la récupération de bateaux naufragés et maintenues à flots par la mystérieuse puissance d’un fragment de lune jadis tombé sur la terre. Ainsi les dangers se font plus terribles et si la perfide sirène qui tente de récupérer un insolite bijou aux propriétés magiques reste en soi une sombre menace, ce livre est peuplé de mauvaises rencontres, de sélénites voraces qu’il ne faut surtout pas toucher, Tout est fait ici pour nous rappeler que la mer est peuplée de bien des mystères qui alimenteront à tout jamais notre inconscient collectif générant ainsi une pérennité dans ce vaste terreau fertile que sont les contes et les légendes. Mais face à un tel déploiement d’inventions, essayer de vous en extraire toutes les géniales trouvailles serait une mission aussi vaine qu’impossible.
Ce roman est la rencontre de l’univers de Jean Ray et celui de Serge Brussolo mais avec la toute puissance d’un souffle nouveau, de ceux qui vous obligent à rester à bord, quoiqu’il arrive , car l’aventure c’est aussi cela , s’embarquer à bord d’un rafiot pourri , à braver les plus terribles légendes, surmonter ses peurs , prêt à en découdre avec les êtres les plus vils engendrées par cet océan qui effraie et qui fascine : Homme libre, toujours tu chériras la mer !
« Astar Mara » ce n’est pas seulement les chemins d’eau que va parcourir Nalou, c’est également pour le lecteur une incroyable odyssée dans un univers marin qui est la parfaite synthèse de toutes ces légendes de pirates et de créatures marines que nous imaginions à la lecture des grands classiques des récits maritimes. J’espère juste, et ce sera là ma seule remarque, que Brice nous prépare une suite à ce magnifique roman, car je dois avouer être un peu resté sur ma fin lors de la conclusion et que la captivité et probable évasion de Nalou seront les prémices à de nouvelles aventures dans un monde d’une richesse inouï où l’on se laisse submerger avec délice par cette forte odeur d’iode et de bourrasques chargées de toute la puissance des embruns d’une imagination sans limite.
Saluons la présentation soignée du volume et la magnifique couverture de Melchior Ascaride qui, une fois de plus, offre un véritable écrin à cette perle sauvage, la plus pure qui soit , qui certes ne se cultive pas, car sauvage de nature, mais n’en est pas moins le résultat d’une imperfectible maturation et d’un talent sans faille.

Extrait

«  L’aigle d’écume n’ayant à son bord aucun piège à mailles, on pouvait se demander comment il conviendrait de s’y prendre pour faire razzia de cet or, de ces trésors convoités par l’équipage et son capitaine. Il est vrai qu’il y avait soi-disant ce quartier de lune tombé du ciel, cette masse engloutie sur laquelle on comptait pour faciliter la tache. Était-ce une espérance bien sérieuse ? La lune, ce satellite qui n’avait toujours su qu’apporter un peu de lumière aux nuits terrestres et qui n’avait que pour fonction de gérer le rythme des marées, était-elle apte à faire jaillir des richesses qu’il suffisait à cueillir?C’était difficile à croire, mais il y avait tant de choses extraordinaires dont Nalou n’avait eu que récemment la révélation….. »

« Astar Mara, les chemins d’eau » de Brice Tarvel, Les Moutons Électriques « La bibliothèque voltaïque », Couverture de Melchior Ascaride.

Astar Mara

 



« Le Confesseur Sauvage » de Philippe Foerster……du Grand Art!

le confesseur sauvage logo


Publié en 2015 ce volume de Philippe Foerster, demeure pour moi mon préféré, et ce, à plus d’une raison . Tout d’abord le contexte conjectural : Un fragment de lune se détache de notre satellite et vient pile-poil se ficher sur la centrale nucléaire de Tchernobourg . En forme de croissant de lune, il confère non seulement au paysage environnant un air d’apocalypse, mais entraîne de part son impact de nombreuses fuites en provenance des cuves radioactives et une contamination de la population qui, bien que continuant à vivre comme si de rien n’était, n’en génère pas moins son lot de mutants aux caractéristiques assez inattendues. Ensuite, il y a ce dessin inimitable qui plonge à chaque fois le lecteur dans un univers cauchemardesque et si parfois le réel imprègne l’une de ses planches, c’est pour vous plonger de manière plus abrupte au cœur de quelques sombres demeures d’où vous ne ressortirez pas vivant.
C’est donc l’histoire, où plutôt les cinq histoires racontées par un singulier personnage qui s’est auto-proclamé prêtre et qui recueille les confessions d’étranges paroissiens pour qui mutation est synonyme de malédiction. Il faut dire qu’en présence de ce représentant du seigneur de pacotille, les langues se délient vite en raison de son don un peu exceptionnel. Pourvu de tentacules en lieu et place de ce qui lui tenait de jambes, chaque fois que l’un de ses appendices touche une personne, celle-ci se sent submergée par une irrépressible envie de raconter son histoire : une bien étrange manière de se confesser !
Nous voilà donc les témoins de ces cinq histoires dont les titres débutent toujours par celui qui…., cinq histoires où le rire se mêle à l’effroi et qu’il s’agisse du récit de cette limace qui se prenait pour un top-modèle, cet homme aux étranges mains d’araignées, de ce chasseur de spectres impitoyables, d’un enfant capable de générer des explosions à l’envie ou de celui possédant cet étrange pouvoir d’engloutir les ectoplasmes, toutes baignent dans un climat surréaliste, imprégnées del’univers si particulier de Philippe Foerster. Car l’homme est non seulement doué pour nous conter des histoires d’un macabre taillées dans du diamant, mais il nous délecte de son coup de crayon inimitable aux perspectives parfois vertigineuses en jouant habilement avec la bichromie histoire d’accentuer le coté glauque et spectral de certaines situations. Cet auteur est pour moi la quintessence même de toute cette littérature fantastique dont j’ai été nourri et tout particulièrement Jean Ray bien entendu, mais également Thomas Owen et Gérard Prévot en passant par Kafka et Topor. Tout un univers de personnages falots, parfois insignifiants, mais qui vont être confronté à un destin souvent abominable, comme si ce dernier, dans un excès d’acharnement voulait leur montrer qu’il peut y avoir des choses bien pires qu’une vie triste et insignifiante. L’univers de cet artiste, c’est une galerie de portraits incomparables, de Freaks aux sourires désabusés, entre la caricature et la sombre réalité qui nous entoure, le quotidien de ses petites gens qui un jour va basculer dans un fantastique pur et dur avec un humour souvent corrosif mais avec toujours un soupçon d’humanité . Il est parvenu à insuffler une dimension fantastique à notre vie quotidienne en donnant juste un petit coup d’épaule pour nous faire comprendre que, d’un claquement de doigt tout peu basculer et qu’au final l’imaginaire n’est qu’une question de point de vue.
Sans nul doute un album excellent qui ne devrait pas vous laisser indifférent tant par le texte que par l’image, j’y ai personnellement trouvé beaucoup de talent, de génie et de cette sensibilité qui lors du dernier dessin de la dernière histoire ne pourra pas vous laisser de ce marbre de la pierre tombale.
« Le confesseur sauvage » est un album à consommer sans modération et de toute urgence, car une chose est certaine, c’est que vous n’en sortirez pas indemne et qu’il exercera sur vous cet étrange pouvoir attractif de ces ovnis de l’imaginaire qui se font rares par les temps qui courent.

« Le confesseur sauvage » par Philippe Foerster. Éditions Glénat 2015.

 

Note de l’éditeur :

Les monstres aussi ont leurs états d’âme !

Dans la ville de Tchernobourg, suite à une catastrophe nucléaire, une partie de la population se retrouve transformée en d’effroyables mutants. Résultat : des limaces géantes, hommes-araignées et toutes autres sortes de monstruosités côtoient à présent les citoyens lambda. L’un de ces mutants, un poulpe empathique, remarque un fait étrange : lorsqu’il s’assoit près de quelqu’un, l’un de ses tentacules se met inéluctablement à venir tapoter amicalement l’épaule de son voisin qui se met aussitôt à se confesser. C’est ainsi que notre ami poulpe va s’improviser prêtre et venir à la rencontre des habitants de Tchernobourg recueillir des témoignages tous plus délirants les uns que les autres.

le confesseur sauvage

le confesseur sauvage planche 3

le confesseur sauvage planche 2

le confesseur sauvage planche 1

 



« Les nuages de Magellan » de Estelle Faye

les nuages de Magellan logo

Il existe certains auteurs qui me font penser à cette catégorie de réalisateurs dont l’immense talent leur permet de créer des films culte et ce, quel que soit le genre abordé. Estelle Faye est un peu de la trempe de types comme Stanley Kubrick ou Robert Wise dont le génie leur permet de réaliser un chef-d’œuvre dans des domaines aussi variés que le western, le polar, le film de science-fiction, de guerre ou la comédie musicale. Lorsque l’amateur éclairé se penche sur la carrière de cette auteure, il lui sera possible de se rendre compte de la diversité des genres qu’elle aborde dans ses romans : Fantasy, Roman post-apocalyptique, roman historique, roman pour la jeunesse et dernièrement space opéra…..et tout cela avec le même talent, la même délicatesse d’écriture et surtout ce don inné pour raconter de belles et prenantes histoires afin de capturer le lecteur et de le tenir en haleine de la première à la dernière page.

Déjà lauréat de nombreux prix, son dernier roman « Les nuages de Magellan » vient de revoir le prix « Rosny aîné » pour cette petite merveille de space opéra et l’on se félicite que le jury ne soit pas passé à côté d’un texte écrit comme il se doit avec toute la maestria dont elle sait faire preuve. Dans ce roman , Estelle en restant fidèle aux bonnes recettes du genre , est parvenue à lui insuffler sa propre respiration en sachant doser efficacement ce qu’il fallait d’aventure, de mystère, de passion de sensibilité et de baston dans un monde en pleine mutation où la conquête de l’espace n’est plus que l’apanage des grandes compagnies à la solde d’un pouvoir dictatorial voulant imposer sa propre loi aux hommes qui ne demandent qu’à vivre librement et assouvir eux aussi leurs besoins d’explorer de nouveaux horizons , d’aller au-delà de ce que peut leur permettre une vision étriquée. C’est l’histoire d’une civilisation opprimée se raccrochant à de vieilles légendes d’un monde meilleur, de pirates de l’espace et de capitaines courageux. L’histoire d’un mythe, d’un légendaire vaisseau de pirate qui tente fièrement de se dresser contre le pouvoir en place et qui vient narguer les dirigeants d’un univers qui ne fonctionne pas comme il le devrait. Avec ce récit, Estelle revisite également nos bonnes vieilles histoires de pirates où jambes en bois et bandeau sur œil crevé sont remplacés par des jambes artificielles et des yeux bio ioniques. Vous allez y retrouver avec délectation l’histoire d’une belle héroïne, Dan chanteuse de jazz qui, la tête toujours dans les étoiles, va croiser le chemin de Liliam, véritable légende vivante et embarquer avec elle dans une incroyable histoire qui va les mener aux confins de la galaxie à la recherche de leur « Île au trésor » la mystérieuse Carabe , havre de paix où la richesse se matérialise sous la forme d’une liberté sans condition .

Le lecteur que je suis, nourri aux classiques du genre, va se délecter à la découverte de ces mondes mystérieux, peuplés d’étranges créatures et de personnages hauts en couleur qui vont croiser le chemin de nos deux héroïnes et participer à une aventure qui rapidement va se révéler exaltante mais terriblement dangereuse. « Les nuages de Magellan » c’est aussi le retour en force de véritables héroïnes, prenant leurs destinées en main, et prouvant avec beaucoup de panaches et de subtilité, qu’un bon roman du genre n’est pas uniquement bourré de testostérones. Un roman qui prône la tolérance et l’acceptation des différences non seulement des rapports entre humains mais aussi entre l’homme et de fait femme avec la machine.

J’aime toute cette délectable sensibilité dans l’écriture de l’auteure, elle a cette faculté de vous emporter de sa plume délicate mais virile à la fois, car ce n’est pas une main puissante mais molle qu’elle vous tend mais des doigts délicats et fermes. Il y a de l’inventivité dans les mondes qu’elle nous propose, des idées excellentes qui viennent titiller notre cervelle de lecteurs aguerris et nous procurer ce plaisir jubilatoire que recherche l’amateur du genre lorsqu’il ouvre un nouveau livre. Quelle belle idée que celle de ce capitaine lié à son vaisseau par un lien organique, un bras artificiel en l’occurrence, et lui permettant cette fusion parfaite que seule une amputation sera capable de rompre définitivement. Ce livre regorge idées, comme cette mystérieuse planète faite de sel et cette autre construite sur plusieurs niveaux….. alors embarquez à bord du « Carthagéne » , vous verrez que vous ne serez pas au bout de vos surprises ! Cet ouvrage est en effet une véritable porte ouverte vers des mondes étranges qui jadis peuplaient les étals des marchands mais qui peu à peu ont laissé place à une littérature insipide, formatée où l’aventure n’est plus que synonyme d’ennui mortel, à suivre les fades exploits de héros de plus en plus conventionnels. Il y a dans son style ce plaisir que nous éprouvions lorsque, à l’époque où le space-opéra était un genre divertissant et surtout plaisant à lire, nous prenions l’un de ces précieux volumes tout en sachant que, quoiqu’il se passe, nous allions nous évader, la tête dans les étoiles, pendant quelques heures de pur bonheur,

J’ai retrouvé dans ce texte ce même plaisir de lecture, je me suis laissé emporter par son aisance d’écriture et je me suis retrouvé le temps d’un clignement de paupière, tellement le texte est prenant, à cette époque où je découvrais avec ce plaisir mâtiné de ce petit frisson de l’aventure ces bons vieux romans de pirates et de trésors cachés, de princesses aux prises avec des super méchants de l’espace, de toute cette littérature qui a bercé notre enfance et qui quelques années après nous procure avec ce volume, des sensations identiques .

Voilà un univers qu’il ne reste plus qu’à exploiter, car il y a plein d’éléments qui nous laissent présager peut-être une suite à l’aventure et de toute façon en l’état, il est impossible à Estelle de nous laisser prisonnier d’un univers aussi riche et plein de promesses et de nous y abandonner sans nous donner la possibilité d’y vivre de nouvelles épopées. C’est le seul reproche que je peux avoir à l »encontre de cet ouvrage, c’est de nous avoir ouverts l’appétit sans nous avoir complètement rassasié. Mais c’est là un de mes défauts, une gourmandise insatiable qui me pousse, lorsque je suis accro à quelque chose, d’en vouloir encore toujours plus,

Mais en l’état, « Les nuages de Magellan » se suffit à lui-même, une incroyable et belle odyssée , pleine de sensibilité, d’inventivité et de toutes ses petites choses qui dans un travail d’écriture font que dès que vous lisez les premières lignes, vous savez que vous allez être prisonnier, pas par obligation, mais par choix délibéré car c’est vous-même qui avez fermé la porte et jeté la clef afin que personne ne puisse vous faire sortir , et ça, ce n’est pas donné à tout le monde !

Un superbe dernier roman à rajouter à un palmarès déjà d’une grande richesse.

« Les nuages de Magellan » de Estelle Faye éditions Scrineo, Couverture de Benjamin Carré

 les nuages de Magellan



« La Mort de Paul Asseman » de Laurent Mantese: Un Pur Chef-D’oeuvre de Fantastique Contemporain!

la mort de paul Asseman logo

Il y a des livres comme ça qui lorsque vous les refermez vous laissent un sentiment de satisfaction intense, de celle qui vous imprègne totalement avec cette sensation d’avoir eu entre les mains un objet unique que tout le monde a laissé filer , le laissant dans une ignorance totale  et de fait vous l’approprier, le faire votre, comme un trésor caché et dont vous êtes le seul à connaître l’existence.
« La mort de Paul Asseman » de Laurent Mantese, c’est d’abord une couverture de Léo Gontier, une illustration envoûtante et qui résume bien à elle seule l’univers dans lequel le lecteur va se retrouver prisonnier, une maison, une fenêtre éclairée, une brume lactescente où l’on devine des silhouettes fantomatiques qui n’appartiennent pas à notre univers. C’est un paysage éclairé par une lune blafarde au-dessus d’une demeure aux allures d’une Malpertuis des temps modernes. Il y a déjà une ambiance qui se veut résolument fantastique et l’auteur, loin de vouloir berner le lecteur annonce déjà la couleur : le héros de l’histoire quoiqu’il arrive va mourir, ne nous reste plus qu’à découvrir de quelle manière. J’aime lire ce genre d’ouvrage où d’entrée de jeu, on ne tourne pas autour du pot sur plus de 300 pages. On sait comment tout cela va finir, mais le plus important n’est pas de savoir comment, mais surtout pourquoi. C’est ce que va faire Laurent Mantese dans ce texte qui oscille entre fantastique et roman de mœurs dans une écriture bien tassée d’un style époustouflant qui tour à tour vous plonge dans une sorte de mélancolie avec la précision toute chirurgicale de la vie des gens de la campagne dans une nature hostile et fascinante à la fois, pour passer à la terreur pure où il va justement se servir de ce cadre si propice à un climat aux différentes nuances spectrales. Une région où la rudesse des gens est le résultat d’une environnement à la fois hostile et d’une beauté sauvage. C’est l’histoire de plusieurs malédictions à commencer par celle de Paul Asseman qui après la mort tragique de sa femme et de son fils décide de se retirer loin de monde afin d’essayer de plonger dans une amnésie salvatrice, celle de cette maison, un ancien relais de poste, qui par tradition reçoit les différents médecins venus s’installer dans la région et qui abrite en son sein bien des secrets, celle des habitants condamnés à vivre dans cette région oubliée des hommes et qui renferme bien des légendes. C’est aussi et surtout l’histoire d’une médecin de campagne qui pense pouvoir changer le cours des choses, d’un étranger qui, bien que symbolisant le savoir, n’en est pas moins une pièce rapportée , un « gars de la ville » à qui l’on hésite d’accorder sa confiance . Mais c’est avant tout une histoire d’un homme face à ses responsabilités et sa condition d’être humain qui va se retrouver confronté à des situations dont l’étrangeté n’a d’équivalent que la violence par laquelle les phénomènes extraordinaires vont se manifester : tout dans sa cette nouvelle vie semble vouloir aussi bien le happer que le mettre en garde contre quelque chose d’indicible et au fil des pages qui glissent entre vos mains d’une manière effrénée, c’est toute l’originalité d’un fantastique d’une puissance incroyable qui prend forme pour se conclure d’une manière surprenante.
Dans cette nouvelle retraite, véritable entité vivante respirant au rythme de la nature environnante, le héros va tenter d’apprivoiser les murs de cette étrange demeure qui va nous livrer au fil de l’histoire bien des secrets, nous procurer bien des frissons.
Comme je vous le disais au début, Laurent Mantese est un virtuose des mots, il nous entraîne avec brio dans un récit d’une parfaite maîtrise et je retrouve là toute la puissance d’un Claude Seignolle avec ce talent si particulier de nous décrire des choses qui au premier abord insignifiantes, construisent un texte riche de descriptifs aux consonances poétiques, mais de cette poésie que seuls les gens de la terre peuvent percevoir, ressentir et dont il sont les seuls à en comprendre la finalité. Il y a de la musicalité dans son écriture, un rythme d’une sombre beauté, d’une mélancolie rare et qui vous attrape les tripes de sa poigne glacée pour vous laisser haletant, mais avec ce plaisir et ce juste avec des mots, d’être parvenu à vous faire pénétrer dans son univers et d’en partager les sombres menaces. La comparaison avec Seignolle n’est à prendre à la légère, juste placée ici pour faire plaisir à l’auteur ou inciter de potentiels lecteurs, non il y a dans son style une tradition du fantastique propre aux gens du terroir , l’empreinte d’une homme qui puise aux sources même de nos légendes ce terreau si fertile « ce murmure du vent qui se lève, la goutte du ruisseau qui passe et ce frisson de son âme afin de pétrir les choses dont on fait les histoires »
Lire « La mort de Paul Asseman » c’est la garantie de fleurter avec la plume inspirée d’un grand écrivain qui est parvenu à insuffler une âme nouvelle à la littérature de genre et nous donner certainement l’œuvre la plus aboutie sur la thématique de la maison hantée, entre autres, depuis de nombreuses années. Mais je ne vous en dirais pas plus les amis…..lisez le !
Remercions Philippe Gontier et « La clef d’argent » de nous avoir ainsi fait le cadeau d’une aussi belle pépite dans un aussi bel écrin, Laurent Mantese nous avait déjà témoigné de son travail d’écrivain accompli avec « Le comptoir des épouvantes » et « Le rapport Oberlander » aux éditions Mapertuis , voilà qui ne fait que confirmer qu’il est bel et bien un auteur incontournable au talent plus que confirmé.

«  La mort de Paul Asseman » de Laurent Mantese Éditions « La clef d’argent » Avril 2019

la mort de paul asseman

 



« Lhéritage du docteur Moreau » de Jean-Claude Renault où comment renouer avec le genre!

 

l'héritage du docteur moreau logo

Je viens enfin de terminer le deuxième tome de « L’héritage du Dr Moreau », ayant pris un retard considérable sur ma pile en souffrance, et je dois avouer que, tout comme le premier volume, je n’ai pas été déçu par cet ouvrage qui vient ici conclure la lutte du célèbre docteur à la tête de la fameuse « Compagnie des  intelligences botaniques »au prise avec de bien mystérieuse créatures, les Vril-Ya, réveillées d’un sommeil séculaire et qui ne rêvent que d’une chose : conquérir le monde. Mais ce n’est pas la seule menace qui pèse sur le monde. Les Martiens ont en effet prit possession de l’Angleterre et compte bien eux aussi asservir l’humanité au moyen de leur technologie aussi puissante que meurtrière, Albion est ainsi isolée et il faudra toute l’audace et le courage des créatures au service du Dr Moreau et de son fils pour venir à bout de ces deux terribles menaces qui mettent en danger l’équilibre de la planète.
Nous évoquions lors du colloque sur le Merveilleux-Scientifique de la continuité du genre et lors d’une intervention fort appréciée de Jean-Guillaume Lanuque responsable des superbes anthologies chez Rivière Blanche « Dimension Merveilleux-Scientifique et Robert Darvel éditeur de la célèbre revue « Le Carnoplaste » et écrivain chevronné, nous étions d’accord sur le fait que le genre  devait probablement se tourner plus vers l’humour ou la parodie et aller chercher son lectorat dans l’originalité. Nul doute que Jean-Claude Renault nous prouve avec éclat qu’il est encore possible de nos jours de faire du moderne avec de l’ancien et parvenir à dynamiser un genre que l’on croyait obsolète ou en tout cas trop désuet pour parvenir à tenir en haleine un public. En deux épais volumes avec un style énergique et bien rythmé, il parvient sans défaillir à nous tenir en haleine en faisant intervenir une multitude de personnages qu’il prend le temps de développer, à rendre sympathique ou fort méprisable, Bien entendu il se sert de figures emblématiques du M-S en réutilisant certains codes du genre , mais en les modernisant et en parvenant à faire preuve d’originalité comme cet arbre gigantesque qui pousse en plein Paris, se nourrissant d’électricité et capable de fournir de singuliers livres mémoires qui seront d’une utilité capitale dans la lutte contre les envahisseurs. Personnages de fiction croisent des figures historiques dans un habile mélange qui certes rappelle le concept des « compagnons de l’ombre » , mais avec une fort belle originalité qui, sur plus de 600 pages, force le respect.Jean-Claude Renault connaît ses classiques , il les utilise avec un sens du rythme qui pousse le lecteur à aller de plus en plus en avant dans l’histoire, générant chez lui une forme d’addiction et qu’il quittera avec regret à la toute dernière ligne avec un dernier clin d’œil que j’ai particulièrement apprécié. Il y a de l’action, des scènes de batailles titanesques, des armes redoutables, des mutants, des êtres étranges repoussants et attachants et une lutte de pouvoir entre puissances étrangères qui nous plongent à la fois dans le roman extraordinaire, d’espionnage et d’aventures scientifiques pour nous entraîner dans un récit audacieux et foutrement bien construit. Un auteur que l’on n’avait pas vu arriver, en tout cas en tant que continuateur d’un genre que l’on croyait démodé et qui trouve en l’espace de ces deux volumes riches de belles couvertures de Pierre Droal l’espace suffisant pour nous prouver que le genre peut se renouveler d’une fort belle manièr .
Merci aux éditions Nestiveqnen de nous avoir donné l’occasion de passer un aussi agréable moment de lecture, mais il faut dire qu’il nous a bien habitué à quelques auteurs plus que recommandables comme avec les deux volumes de Paul Martin Gal et les deux derniers que je viens de recevoir : « Le Möbius Paris Venise » de François Darnaudet et « L’envol de Moby Dick » de …..Jean-Claude Renault, en somme que du bonheur !

Pour en savoir plus sur les ouvrages de l’auteur et de sa très sympathique Compagnie des intelligences botaniques c’est ici: http://www.lacompagniedesintelligencesbotaniques.com/

« L’héritage du docteur Moreau » tome 1 et 2 de Jean-Claude Renault, Parus en Novembre 2018 aux éditions Nestiveqnen, Couvertures illustrés par Pierre Droal

 

l'héritage du Dr Moreau 1

l'héritage du Dr Moreau 2



« Les Attracteurs de Rose Street » de Lucius Shepard: Qui a Peur Des Fantômes?

Les attracterurs de rose street logo

 

Fraîchement admis dans le très prisé « Club des inventeur » , Samuel Prothero jeune aliéniste dont la réputation reste à prouver est contacté par Jeffrey Richmond à la réputation sulfureuse. En effet, en cette fin du XIXéme siècle on voit d’un mauvais œil un homme aussi génial, vivre dans un quartier mal famé, entouré de miséreux et qui plus est dans un maison ayant servi de bordel pendant de longues années. Richmond lui propose d’asseoir sa réputation en proposant au jeune psychiatre une expertise qui pourrait se révéler déterminante pour sa réputation. En prenant ses quartiers dans l’étrange bâtisse, il découvre alors l’invention que son hôte vient de réaliser, une colossale machine capable de purifier l’air. Mais ce qu’il va découvrir rapidement, c’est que cette structure possède une propriété bien particulière, celle de faire revenir les morts ! Commence alors une étrange aventure où l’aliéniste découvre peu à peu l’étrange relation de Richmond avec sa défunte sœur, Christine, dont le spectre vient hanté la maison et du terrible secret lié à sa disparition prématurée. Commence alors un pénible travail de psychanalyse, ballotté entre une ancienne prostitué dont il tombe éperdument amoureux, un spectre qui supporte mal sa condition immatérielle et son frère qui cache un passé bien plus terrible qu’il n’y paraît. L’aliéniste, plus que sa raison, risque d’y perdre la vie dans un final d’apocalypse où «  L’attracteur de Rose Street » devient une porte ouverte sur le monde des vivants .

 

Dans ce court roman inédit proposé par la magnifique petite collection « Un heure lumière » , nous avons un texte, bien soigné, admirablement écrit et nous racontant la mise en abîme d’un homme qui va se retrouver détruit par sa propre invention. Au delà de cette thématique du « savant fou » , c’est une histoire d’amour et de mœurs que nous propose ici l’auteur dans un cadre victorien fort bien à propos, venant renforcer l’atmosphère délétère et de déchéance qui flotte dans cette sinistre demeure. En se faisant côtoyer plusieurs thématiques, histoire de fantôme et de maison hanté, c’est aussi un roman à caractère sociologique où nous est dépeint un société machiste complètement gangrenée par le cadre étriqué de la bienséance et du « quand dira t-on », du moins en apparence. Mais ce roman est avant tout une formidable histoire de possession, doublé d’une histoire d’amour où les personnages vont se retrouver prisonniers non seulement de leurs sentiments mais des remords d’un passé qui leur est impossible d’effacer. Malgré la taille de l’œuvre, les personnages ont une belle consistance et Shepard est parvenu à créer une véritable atmosphère étrange , proche de l’ oppression. Cependant, une question se pose à la lecture de ces 128 pages : Le roman dégagerait-il une telle force s’il avait été traduit différemment ? En effet il nous faut saluer ici le talent de Jean-Daniel Brèque dont on retrouve toute la minutie du choix des mots avec ce style qui lui est propre et que l’on retrouve avec délectations dans sa collection Baskerville, consacrée exclusivement au polar Victorien.Sous sa plume inspirée, le roman se révèle être d’une lecture plus qu’agréable, elle bonifie un texte qui à mon avis demandait un grande subtilité de traduction en regard de la thématique et de l’époque où se situe le roman . Certes, c’est un exercice dont il a grande habitude, toutefois un roman contemporain situé dans le passé avec le style de l’époque , voilà un défit qu’il était difficile à relever et les deux écrivains ont réussi à le relever haut la main et je puis vous assurer que « Les attracteurs de Rose Street » est la meilleur histoire de fantôme que j’ai eu l’occasion de lire depuis fort longtemps.

Sous une magnifique couverture d’Aurélien Police, voilà un petit roman dont le prix ridicule ne grévera pas votre budget et qui marquera certainement votre esprit de lecteur féru d’histoires de fantômes.

« Les attracteurs de Rose Street » de Lucius Shepard, Éditions Le Bélial collection « Une heure lumière » N° 15. Couverture d’Aurélien Police.

Les attracterurs de rose street



12345