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Le Coup De Coeur Du « Moi »: « Les Pilleurs D’Âmes » De Laurent Whale : Nagez Ferme!Nagez! Nagez…….

 

Qui n’a pas rêvé étant gamin d’être un implacable pirate, de naviguer sur les eaux chaudes et clémentes des caraïbes, à la recherche de fabuleux trésors ? Personnellement, et comme beaucoup de jeunes aventuriers, j’ai effectué mes premières armes avec « L’île aux trésors » et je garde de cette lecture le doux souvenir d’une vie de flibuste trépidante et exaltante. Mais être un écumeur des mers est tout autre chose, car si avec nos yeux d’enfants nous nous laissâmes bercer par le doux tangage de ces fascinants navires, la réalité est bien loin de cette vision idyllique et idéalisée. C’est un petit peu à l’image du chevalier pour lequel nous nous forçons à croire qu’il personnifie la pureté de l’âme et la noblesse des sentiments. Une épée reste une épée et un pavillon frappé d’une tête de mort un symbole d’âpreté des cœurs et de sécheresse des sentiments

Laurent Whale dans son roman « Les pilleurs d’âmes » nous plonge dans une réalité des plus concrète en nous livrant, sur fond d’intrigue conjecturale, un récit flamboyant et haut en couleurs où le fracas des armes et l’odeur de la poudre sont des constantes incontournables. Pour faire simple, un homme venu du futur, chargé de réguler les paradoxes temporel et surtout certains recrutements intempestifs, se trouve aux prises avec un monde cruel et impitoyable. Sa mission est de repérer un « recruteur » venu également du futur, personnage dont la mission est de ramener dans son monde des êtres suffisamment vils et redoutables, capables d’assumer avec toute la bestialité qui les caractérise, certains corps armés de notre lointain avenir. A croire que la civilisation recouvre de son vernis tenace les réflexes primitifs qui sommeillent en nous. L’histoire est suffisamment riche en hommes barbares et sanguinaires pour qu’il soit ainsi possible de venir « faire son marché » et piocher les mauvaises graines qui pullulent dans le fertile terreau de l’humanité.

A bord d’un engin des plus singulier, avec qui il fait véritablement corps et pour qui il entretient une relation « fusionnelle » (une idées des plus passionnantes)Yoran le héros de cette histoire va prendre l’identité de Yoran Le Goff, en ces temps barbares cela passe mieux inaperçu, et se faire enrôler sur « La Providence » un des navires du terrible capitaine Jean-David Nau dit L’Olonnais. Un sacré lascar celui là, de la graine de brigand comme il s’en faisait à l’époque et dont le courage et la roublardise n’ont d’équivalent que sa férocité et son goût prononcé pour le massacre. Yoran quand à lui  est un aventurier dans l’âme et se transfert d’identité n’est pas pour lui déplaire, bien au contraire, il voit dans cette mission une raison supplémentaire de parfaire son éducation « physique » dans un univers où la force musculaire est un atout majeur, un homme en fait qui aime à relever les défis. Sa délicate mission sera de repérer et de neutraliser le recruteur avant qu’il n’accomplisse sa redoutable besogne. Le seul problème c’est qu’il va lui être très difficile de repérer un individu qui, comme lui, vient de revêtir les attributs des ces terribles gibiers de potence.

Disons le tout de suite, le roman est le prétexte pour l’auteur de nous faire voyager avec ravissement à une époque où des individus sans foi ni loi, parcouraient les océans du globe non seulement à la recherche de quelques butins mais aussi afin d’assouvir leur soif de violence et de sang. Une époque des plus sanguinaires où la crasse et les tueries étaient de mise, où seul le sabre d’abordage tirait un trait final à toutes discussions. Il nous fait alors vivre un épisode mémorable de cette période, avec un sens de la description tout à fait incroyable et nous décrit  certaines scènes de batailles avec un tel réalisme, que nous avons presque l’impression de sentir l’odeur de la sueur et de la poudre. Pour un peu je poursuivais la lecture avec une bouteille de rhum à mes cotés.

Il y a deux temps forts dans le roman, celui où les pirates livrent bataille à la flotte espagnole, un petit bijou de bataille maritime « à l’ancienne » et bien évidemment l’attaque du port de la Havane, qui reste une merveille de stratégie mais surtout un témoin de la sauvagerie humaine. Par ses admirables descriptions, il nous immerge complètement dans une époque barbare et hors du commun dont il est préférable d’en apprécier toutes les saveurs bien confortablement assis dans un fauteuil : Ils ne rigolaient pas beaucoup à l’époque !

Le récit est à ce point maîtrisé que, loin d’être une spécialiste de cette époque fascinante et implacable, j’ai parfois eu l’impression d’en être un des acteurs. Un monde régit par ses règles, ses codes, une époque que finalement le héros arrive à comprendre et presque à aimer en raison de cet état d’exaltation que parfois elle lui procure. Un travail bien documenté et qui vous donne envie de relire tous vos classiques car la France, c’est aussi le pays de la flibuste.

J’ai de plus vraiment éprouvé une certaine empathie avec les deux personnages principaux, car outre Yoran, l’aventure ne pouvait être  parfaite sans l’adjonction de son double du passé, son frère d’arme. Ainsi Maximilien « Bras-de-fer » sera t-il le compagnon idéal et incontournable, celui sur qui l’on peut compter et qui ne vous laisse jamais tomber quoiqu’il arrive. Cet attachement pour ces deux héros provient sans aucun doute de cette aisance d’écriture où, dans un style parfait, limpide, parfois très visuel, l’auteur parvient à nous faire passer un maximum d’informations, sans alourdir la narration du récit. Il en découle des scènes captivantes et des passages jouissifs à souhait où la complicité parfaite des deux lascars est un atout supplémentaire au déroulement du récit.

Le final est à la fois simple mais diablement ingénieux et lorsque les informations se recoupent et que nous est dévoilé la clef de la mission, nous replongeons, formule ô combien adéquate, dans un univers conjectural qui trouve sa place la plus naturellement au monde et vient s’imbriquer dans un contexte temporel qui finalement trouve une place légitime. Les 237 pages du roman se laissent dévorer avec un plaisir évident et cela le m’étonnerait pas que Laurent Whale, Savanturiers dans l’âme et passionnant raconteur d’histoire, ait trouvé dans quelques fantastiques brocantes la clef lui permettant de voyager à bord d’une de ces magnifiques machines temporelles si bavarde mais si attachante et de venir nous faire profiter par un habile jeux d’écriture, après une virée au XVII eme siècle, d’une escapade aussi stimulante

Voilà un roman qui se laisse lire sans ennui, on le prend et on ne le lâche plus, c’est intelligent, captivant et nous donne cette douce et agréable impression de ne pas avoir fait un achat inutile.J’ai même eu par moment l’impression de lire une de ces scènes sanglantes et épique dont R.E.Howard avait l secret.Croyez moi, par les temps qui courent, c’est déjà une excellente chose. Un prix Rosny Ainé 2011 bien mérité !

Dernier petit coup de chapeau pour Eric Scala, l’illustrateur de cette magnifique couverture qui mélange avec perfection les deux thématiques du roman. Du bon boulot qui nous prouve que certains vaisseaux maritimes ou autres, peuvent voler.

 

« Aujourd’hui vivants, demain morts, que nous importe d’amasser ou de ménager, nous ne comptons que sur le jour que nous vivons et jamais sur celui que nous allons vivre ». 

Alexandre-Olivier Exquemelin.

 

 

« Les pilleurs d’âmes »  deLaurent Whale. Ad AStra éditions. Collection « Ad-ventures ».2010

 

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Le Coup De Coeur Du « Moi »: « Ange Maudit » De Frédéric Merchadou

Alors que l’on pensait la littérature fantastique chose morte et éculée, ayant utilisée toutes les pistes et explorée, le moindre recoin de ses sinueuses circonvolutions fantasmagoriques, il est parfois des ouvrages qui nous surprennent encore par leur originalité et leur sens aigue d’une ambiance des plus réussie.

Je viens donc de terminer l’ouvrage de Frédéric Merchadou, « Ange Maudit » publié aux éditions « Malpertuis ». Vous connaissez toute l’affection que je possède pour ce dynamique éditeur qui nous prouve une fois de plus par ses choix et ses goûts sûrs et précieux, la qualité de ses publications. Une garantie de lectures enchanteresses.

Je ne connaissais pas l’auteur, rencontré lors du festival zone franche et je dois dire que mon premier contact avec ce personnage charmant et enthousiaste, fut pour moi assez révélateur et participa grandement à faire l’acquisition de son ouvrage dont j’avais du coin de l’œil, apprécié la superbe couverture.

Mais faut-il préciser que l’un des arguments de vente pour un éditeur, est de savoir attirer le regard du lecteur ? Pour l’occasion, je pense que c’est un coup de maître et toute l’atmosphère bizarre et spectrale du roman est parfaitement mise en valeur dans la magnifique composition de Philippe Jozelon. Toute l’essence même du roman est ainsi retranscrite d’une manière percutante et envoûtante. A mon humble avis, une des plus belles illustrations de la collection.

Il y avait donc dés le départ une forte aura positive et je ne doutais pas un seul instant des qualités intrinsèques d’une œuvre qui, d’après le résumé figurant au second plat de couverture, venait renouer avec cette forme narrative si chère à nos auteurs de cette fin du 19eme.

L’attente fut à la hauteur de mes espérances et le livre fut donc dévoré avec la même délectation que les savoureuses histoires d’un Joseph Shéridan le Fanu d’un Shirley Jackson ou d’un Montague Rhodes James….c’est tout dire ! Je me rappelle de cette ambiance si particulière de ces auteurs qui, à chaque lecture, me faisaient agréablement frissonner, pas forcement de peur, mais du plaisir sans cesse renouvelé de me plonger dans un univers ou le mystère et l’horreur flottent comme une présence tenace, impalpable et monstrueuse.

C’est une de ces  histoires maudites où la peur de mourir est plus forte que tout .L’âme d’une femme ayant pactisée avec un démon, utilise son pouvoir afin de se réincarner dans le corps de ses victimes en utilisant un portrait comme « porte » afin de procéder au transfert. De générations en générations elle bénéficie ainsi d’une vie éternelle dont le prix à payer sera la brièveté d’occupation du corps lui servant de réceptacle. A ses cotés, un enfant démon à la présence obsédante et au regard aveugle, qui ne devra lui aussi sa survie que par cette énergie vitale qui circule dans les veines de son hôte et dont il s’abreuve goulûment lors de leurs rites infernaux….. « Car la vie est dans le sang » et cette engeance infernale ne trouve sa pérennité que dans le précieux breuvage qu’elle absorbe, du fanatisme de ces adorateurs et dans la peur quelle inspire aux autres. Un jour pourtant, tout va basculer ou presque, lorsque  Mathias Yequel va répondre à une annonce et s’engage sur la route qui le conduira au manoir d’Herberay. Jeune peintre Parisien, ayant trop abandonné son corps et son esprit aux rêves acides d’une absinthe dont il ne peut se défaire, il pense que se séjour forcé, loin de tout mais surtout loin de la fée verte, pourront ainsi sauver son âme d’une peu reluisante fin. Il est loin de se douter que cette sinistre maison renferme bien des secrets et qu’il va se jeter tel le frêle papillon, dans l’immense toile d’araignée tissée par la maîtresse des lieux et dont les appétits insatiables et infernaux, lui réservent un sort bien pire que la mort.

Avec une telle aisance d’écriture et cette qualité propre aux talentueux raconteurs d’histoires, nul n’est besoin de faire des comparaisons. Ils possèdent leurs styles propres, ce « petit rien » faisant la différence mais dont  la subtilité met en exergue toute les qualités d’un roman, sa marque de fabrique, son originalité. Lorsque Frédéric Merchadou vous entraîne dans sa descente aux enfers, vous savez qu’elle vous conduira à une mort certaine, mais avec cette étrange sensation procurée par l’anisé breuvage qui, l’espace d’un instant, provoque une euphorie passagère et comme par une sombre fatalité, vous fait accepter l’inéluctable. Le texte est insidieux, accroche votre main de la façon la plus anodine qui soit et vous fait visiter un univers où le beau est en parfaite adéquation avec le monstrueux. Il se passe quelque chose et vous savez que dans l’ombre de cette demeure au funeste passé, se trame un acte odieux  dont il est impossible d’en évaluer l’effroyable teneur.

L’auteur  distille son récit au compte goutte, à l’image de cette eau fraîche et désaltérante qui vient se répandre sur ce simple morceau de sucre. Elle vous enveloppe et se répand dans le moindre petit cristal, pour finir sa course au fond du verre, se mélangeant à la précieuse substance dans une union parfaite. Le résultat est aussi trouble que notre frêle existence, aussi enivrante et terrible à la fois de cette perception de l’impermanence de notre vie. C’est une expérience qui laisse le lecteur avec une sensation bizarre, comme s’il venait d’assister en spectateur au déroulement d’un drame affreux, mais se refusant à toute intervention par crainte d’éventuelles représailles. L’ambiance de ce roman agit sur vous comme une malédiction et dans un style impeccable, vous captive, vous fascine et vous envoûte. Nul doute que ce style narratif employé par d’autres, au talent des plus douteux, vous plongerait dans un désopilant ennui.

Avec « Ange maudit » il y a une sorte d’empathie qui se crée avec les personnages et l’utilisation de la première personne, ne fait que renforcer cette impression de vivre cette singulière aventure comme si l’auteur voulait nous y faire participer de manière plus directe.

Les pages défilent alors à une vitesse folle, le langage est précieux et agréable et la description de cet univers des plus singuliers revêt alors un caractère des plus  étrange. Un univers coincé entre une maison maudite, dont les pièces, décrites avec force détails, sont à l’image de pores gigantesques, qui transpirent la peur et nous inspirent un malaise profond. De la chambre du grenier qui reste son seul et unique frêle refuge en passant par la cave qui recèle une bien étrange collection, cette thématique de la maison « vivante » est une des plus intéressante qui soit et Frédéric Merchadou joue ainsi avec aisance avec cet acteur hors norme, lui conférant un caractère « humain ». De cet univers relativement clos dont les limites ne dépassent pas la frontière du village, tout nous laisse supposer qu’une effroyable malédiction pèse et dans ce microcosme en dehors du temps,une fois rentré à l’intérieur, il vous est impossible d’en ressortir. Les habitants du cru semblent redouter l’ombre menaçante de la spectrale demeure, on chuchote, on tremble à l’évocation de son nom, mais par un terrible destin, sont étrangement liés aux choses abominables qui s’y déroulent.

Seul le « docteur », un vieil alcoolique au cerveau complètement détruit par la propre absinthe qu’il distille, osera se mettre en travers de ses funestes dessins. Bien mal lui en pris! La visite de sa maison donne d’ailleurs l’occasion à l’auteur de nous livrer un passage des plus extraordinaire. Car son domaine est à l’image de cette zone maudite dans laquelle il évolue. Un univers oublié de dieu où règne le désordre et le chaos, un enchevêtrement de broussailles et de végétaux en décomposition que seuls les serpents semblent vouloir investir.

Car de ces redoutables reptiles, il en sera souvent question et comme pour vouloir donner une plus grande aura  corrompue et méphitique, cet animal que l’on exècre imprimera de ses ondulations redoutées les nombreuses pages de ce roman.

Fort heureusement un peu de « légèreté » va venir s’immiscer dans cette sombre aventure et comme pour vouloir adoucir une trame à l’atmosphère pesante, une histoire d’amour viendra ici rompre le destin funeste de ce candide peintre à l’esprit torturé. Un amour impossible que notre héroïne est seule à partager, souffrant de l’incompréhension de cet artiste aux sentiments refoulés qui à aucun moment ne percevra le trouble incommensurable qu’il attise en elle. A trop vouloir sublimer son art et rester aveugle aux avances insistantes de ce cœur passionné, c’est la sauvegarde de son âme qu’il met ainsi en péril. En refusant une âme au cœur pur il deviendra l’acteur passif de la continuité des exactions de ce terrible démon.

Dans un final apocalyptique où toute la tension de ce drame cauchemardesque trouve sa catharsis lors d’un cérémonial que vous  ne serez pas prêt d’oublier, l’auteur nous plonge dans une horreur sans nom , usant avec brio de son savoir faire et de son originalité.

Ce roman est une pure merveille d’horreur Victorienne, un habile exercice de style, un joyau taillé avec finesse et habileté, se lisant avec un plaisir croissant sans qu’il vous soit possible de le lâcher avant la dernière page. En renouant avec une tradition littéraire qui trouva l’expression de la maturité ultime dans le roman de Oscar Wilde « Le portrait de Dorian Gray » pour la thématique du tableau maléfique et celui de Shirley Jackson « Nous avons toujours habité le château » pour celle de la maison maudite, Frédéric Merchadou nous livre une œuvre puissante et originale qui ne pourra que combler d’aise les amateurs de littérature fantastique, attachés à une écriture fine, délicate et témoignant d’un amour profond pour le genre et d’un respect exceptionnel pour les lecteurs qui l’affectionne.

Un réel et très grand plaisir de lecture qui me pousse à faire l’acquisition de son tout premier roman « Damné pour damné » éditions du Rocher

 

« Ange maudit »  de Frédéric Merchadou.Editions Malpertuis, Collection  »Absinthes,éthers,opiums ».2012

 

 

Le Coup De Coeur Du

 



Les Coups De Coeur Du « Moi » : « Le Diable Du Crystal Palace » de Fabrice Bourland

Avec ma passion pour le fantastique, maladie fort agréable qui débuta il y a de cela quelques décennies, j’ai contracté très rapidement une autre affection qui, bien que tout aussi inoffensive, ne cesse de provoquer chez moi de fréquentes poussées obsessionnelles : les détectives de l’occulte !

Genre un peu en marge de la littérature d’horreur et du roman policier, sorte de « boule puante » décrié en son temps par les spécialistes car  trop sur le fil entre deux univers diamétralement opposés et qui possédaient de fervents partisans toujours sur la défensive, il fut une époque où nos illustres limiers de l’impossible avaient la vie dure. De l’anonymat quasi complet ils passèrent à un statut plus qu’honorable lorsque l’on comprit enfin tout le potentiel que l’on pouvait en tirer. Je ne vais pas vous faire l’historique de leurs glorieuses origines, tel ici n’est pas le propos et des spécialistes du genre hautement plus qualifiés que moi ce sont livrés à ce genre d’exercice, mais pour vous parler d’un sacré coup de cœur, la découverte d’un auteur que je ne connaissais pas il y a quelque mois mais qui pourtant est un des plus prometteurs dans notre thématique de prédilection.

Lorsque je dis que je ne le connaissais pas, en fait j’avais deux de ses ouvrages qui trônaient fièrement dans ma bibliothèque dans la catégorie « Détectives de l’occulte » mais en bon maniaque de la littérature de l’imaginaire et collectionneur addicte qui se respecte, les livres étaient là, et je me les gardais pour une lecture ultérieure, lorsque arriverait l’hypothétique jour où j’aurais enfin compulsé les piles de livres déjà en retard. Syndrome particulièrement fréquent chez les boulimiques du papier où l’on a parfois non pas les yeux plus gros que le ventre, mais un sens un peu trop démesuré de notre capacité à pouvoir ingurgiter en peu de temps une masse considérable d’ouvrages.

Il y a quelques mois, suite à un petit article que j’avais rédigé sur l’extraordinaire roman de mon ami Eric Poindron « De l’égarement à travers les livres » nous avions échangé quelques mails et ce digne représentant du cénacle troglodyte » m’avait  confié tout le respect dont il faisait montre à l’égard de Fabrice Bourland. « Tu connais ces livres » me dit-il « Il faut les lire c’est absolument passionnant ». Connaissant les goûts sûrs de Eric et surtout honteux d’en posséder dans ma bibliothèque et de ne pas les avoir ouvert, je me suis donc précipité vers la deuxième aventure des détectives amateurs Andrew Singleton et James Trelawney, et ouvert sans retenue « Les portes du sommeil » et je dois dire que je n’en suis toujours pas revenu et la porte ne s’est toujours pas refermée….

Pénétrer dans l’univers de Fabrice Bourland, c’est plonger dans les effluves surannées d’un Londres entre deux guerre, où toute la dimension du fantastique revêt une charge émotionnelle extraordinaire car libérée de tout le scepticisme de la patrie de Descartes et de l’approche par trop rationnelle de notre culture face à l’étrange et à l’inexpliqué. Pour un auteur Français c’est un comble, mais l’auteur en choisissant la capitale Londonienne  comme le lieu géométrique de toutes les terreurs, ne peut que forcer notre admiration et notre respect car il existe déjà des précédents et pour arriver à convaincre le lecteur, une bonne dose d’inspiration risquait d’être nécessaire. Mais pour tout vous dire et au risque de dévoiler rapidement un suspens insoutenable : de l’inspiration il en a à revendre !

Dés le premier volume, on trouve déjà le souffle imaginatif d’un auteur qui non seulement connaît ses classiques mais en plus parvient à s’approprier certains des personnages célèbres du panthéon de la littérature populaire pour nous les resservir avec une grande habileté et un sens tout à fait extraordinaire de l’à-propos. Grand admirateur de Sir Arthur Conan Doyle dont il connaît me semble t-il le moindre recoin de l’œuvre, il utilise comme moteur de l’histoire lors de cette première enquête, ce qui finalement occupa la majeure partie de la vie du célèbre écrivain : Sherlock Holmes et le spiritisme. Mais loin de tomber dans une trame classique où,  en bon élève ayant bien appris sa leçon, il pourrait  déraper dans le piége de l’hommage à petit frais, Fabrice Bourland par une parfaite maîtrise du suspens et un sens aigu de l’imaginaire, nous concocte une histoire des plus mystérieuses.

Je ne voudrais pas vous dévoiler tout le contenu de cette fantastique et passionnante  histoire, le but de cet article étant de vous forcer un peu la main et vous pousser à acquérir l’ouvrage, mais le fond du récit repose sur une succession de meurtres étranges perpétrés par de redoutables fantômes que les amateurs de littérature d’épouvante, et les autres, ne sont pas prêt d’oublier. Tout cela sur fond d’enquête policière menée tambour battant par nos deux détectives, aidés en cela par une célèbre « allié » pour le moins ectoplasmique…

Dans la seconde enquête, l’auteur nous « plonge » dans l’univers onirique et ô combien délectable du rêve. S’articulant sur le postulat de la mort mystérieuses de personnes dont le point commun semble être une attirance pour cet état de « mort transitoire », il faudra toute la sagacité et le courage de Singleton et de Trelawney, pour affronter les redoutables créatures qui peuplent nos nuits et en ressortir indemnes. Le premier de nos protagonistes sera d’ailleurs un intervenant direct de cette redoutable enquête, victime également de ces étranges phénomènes. Fabrice Bourland une fois de plus dans une maîtrise parfaite du sujet va rendre le récit d’autant plus crédible qu’il fait intervenir dans son récit des personnages historiques qui prennent une part active dans cette palpitante aventure : Si je vous dis André Breton cela vous dit quelque chose ?

 Tout comme le premier roman, vous en dire plus serait déflorer une intrigue astucieuse dont le final sera le point de départ d’un autre court roman « La dernière enquête du chevalier Dupin » que je n’ai hélas pour le moment pas encore lu.

Dernier ouvrage en date et objet finalement principal de mon article, « Le diable du Crystal palace » qui, bien que d’un intérêt équivalent aux ouvrages précédents, reste un de mes préférés. Il faut dire que les ingrédients qui émoustillent ma fibre de conjecturopathe aux appétits insatiables sont au rendez vous et par une parfaite alchimie des idées et du langage, une fois encore notre éminent spécialiste de l’étrange nous concocte une aventure qui vous fera saliver de bonheur.

Dans une Europe qui assiste indolente à une montée insidieuse du nazisme, Londres est le siége de mystérieuses disparitions dont le point de départ est le témoignage d’un chauffeur de taxi qui affirme avoir renversé un animal sauvage des plus étrange. Les deux détectives seront contactés par la fiancée de la première victime disparue, un entomologiste du prestigieux British muséum, et qui semble en savoir bien plus qu’il n’en faudrait. Rapidement Singleton et Trelaney découvrent qu’à la base de cette « simple affaire », un complot des plus extraordinaire se trame, visant à déstabiliser l’empire Britannique.

Lorsque je vous disais que Fabrice Bourland avait un parfait contrôle des histoires dans lesquelles il nous entraînait, ce n’est pas une parole en l’air, et lorsque vous jetez ne serait-ce qu’un oeil dans ses incroyables histoires, il vous est alors impossible d’en sortir. L’intrigue est si passionnante que les pages défilent à une allure  folle, et c’est la cervelle toute retournée, de bonheur rassurez-vous, que vous arrivez  à la dernière page en vous demandant par quelle diablerie vous ne vous êtes aperçu de rien.

C’est parce que l’auteur est un fieffé raconteur d’histoire qui s’y entend en ambiance des plus passionnantes où évoluent des personnages à la fois drôles et attrayants. Mais une des choses qui caractérise le plus cet univers unique et foisonnant, est sans nul doute le détail, et le soin particulier apporté au décor dans le quel gravitent les protagonistes. Fabrice est un de ces « maniaques » du détail, j’entends par là non pas un défaut devenant rapidement insupportable, non bien au contraire, et je l’imagine sans problème dans son bureau avec des tas de livres sur les rues de Londres, le plan des égouts, les horaires de bus, l’emplacement exact des édifices…bref quelqu’un soucieux du petit détail. Personnellement cela me rend admiratif et dénote de la part d’un écrivain, du respect qu’il possède vis-à-vis de ses lecteurs : Une tache qu’il prend à cœur et qui force notre admiration. Peu d’auteurs s’immergent et vous immergent par la même occasion dans des ambiances aussi véridiques et j’oserai dire « authentiques » si le mot n’avait pas été si galvaudé.

 Dans une mise en place de décors quasiment photographiques, il nous est alors possible de sentir l’épaisse moiteur du Fog qui nous enveloppe, visualiser dans les moindres détails les scènes des horribles méfaits qui s’y produisent.Pour peu, nous ne serions pas étonnés d’entendre « la voix grave de Big-Ben nous saluer de sa clameur de bronze ».

Les personnages sont tout aussi ahurissants  et qu’il s’agisse du truculent Pr Winwood dont nous sera fait une savoureuse description de son « cabinet de curiosité, du perfide Thaddeus Babel ou des surprenantes créatures qui peuplent son bestiaire insolite, tout est fait pour accroître votre plaisir de lecture et votre soif  d’en découvrir d’avantage. Tout cela bien évidemment dans une ambiance démesurée où se mélangent des thématiques aussi diverses que celle du  savant fou, la Cryptozoologie, l’évolution et « dévolution »  des espèces, le crime scientifique. L’auteur va même se payer le luxe de faire référence à un ouvrage connu des seuls spécialistes de l’anticipation ancienne, « La plutonie » de V.Obroutchev.

Car tout au long de cette hallucinante histoire il sera fait référence comme je vous le disais un peu plus loin à Conan Doyle et son ouvrage, « Le monde perdu », non content d’être cité de manière récurrente, fera l’objet d’un extraordinaire hommage dans un final dont vous me direz des nouvelles.

Comme toute bonne histoire qui se respecte, Fabrice Bourland va nous ouvrir au final une nouvelle porte et nous parler d’un certain Dr Mac Rae dont je vous laisse le loisir de découvrir l’identité et l’évocation d’intrigantes «  Archives secrètes de la zoologie ».

 Si après tout cela, vous ne courrez pas comme des forcenés acheter l’ensemble de sa collection, dont les aventures sont un brillant et original mélange de tous les héros de l’ombre que nous aimons tant,c’est que vraiment il n’y a plus rien à faire pour sauver votre âme.

Je suis vraiment très heureux d’avoir rencontré non seulement son œuvre mais aussi le personnage qui est d’une grande générosité, ouvert et incroyablement passionnant. Un auteur qui mérite sincèrement à être connu, mais je crois que de ce coté là il n’y a aucun souci à se faire.

Un raconteur d’histoire,un  vrai, à suivre comme il en existe peu dans le domaine des « détectives de l’étrange », un genre qu’il vient de s’enrichir de deux figures mythiques promues je n’en doute pas à un brillant avenir.

Bientôt la prochaine aventure et croyez moi, j’en suis plus que satisfait !

 

Bibliographie :

- « Le fantôme de Baker street » Editions 10/18. Collection « Grands détectives ». N° 4090.2008.

- « Les portes du sommeil » Editions 10/18. Collection « Grands détectives ». N° 4091.2008.

- « La dernière enquête du chevalier Dupin ». Editions 10/18. Collection « Grands détectives ». 4207.2009.

- « Le diable du Crystal palace ». Editions 10/18. Collection « Grands détectives » N°4260.2010.

 

Les Coups De Coeur Du lediableducrystalpalace dans les coups de coeur du

 

 

 



Les Coups De Coeur Du Moi: »Mascarades » de Philippe Ward

Voilà un roman que j’avais mis de coté depuis pas mal de temps. Lors du Festival Zone Franche 2011, j’ai eu l’occasion et la chance de rencontrer Philippe Ward, qui m’a gentiment offert et dédicacé ce petit volume noir comme la plus profonde des nuits et sur lequel se dessine l’ombre inquiétante d’une sorte de créature faite de paille et dont la fantastique silhouette ne semble qu’attendre un mystérieux signal pour vous sauter à la figure, sortant ainsi de son immobilité photographique. Après lecture du roman, une chose est certaine, toutes les choses que vous pensiez immuables vont soudainement se transformer et croyez moi, vous ne regarderez pas, si je puis me permettre une aussi vile comparaison, les épouvantails d’un même œil serin.

Dans ce roman fantastique fort original, l’auteur nous plonge dans les méandres et la complexité du milieu séparatiste Basque qui trouve, au fil d’une écriture simple et fort bien documentée, toute son authenticité et en quelque sorte, sa raison d’être. Pour faire court, les indépendantistes sont divisées en deux factions, celle qui prône la non violence, lassée par de nombreuses années de tueries et de luttes intestines et qui voudrait arriver à un accord pacifiste avec les gouvernements Français et Espagnol. De l’autre coté, il y a la branche armée qui elle par contre n’entend pas déposer les armes et compte bien imposer ses revendications par la force et la voie du terrorisme. On assiste alors à l’évolution du principal personnage, Mikel, libraire Bayonnais, dans les différentes ramifications d’un réseau beaucoup plus complexe qu’il n’y parait.

Mais visiblement, la parole des armes ne sera pas la seule forme d’autorité qu’il aura à affronter, car tapies dans l’ombre, de redoutables créatures du folklore Basque vont faire irruption dans cette guerre sans merci et il faudra tout le courage et la ténacité de notre amoureux des livres, afin de venir à bout du redoutable chasseur noir, invocateur des terribles « Ehiztarbeltz », monstres de chiffons et de papier, dont l’invulnérabilité et la sauvagerie n’ont d’égales que la détermination qui les anime. Il existe pourtant un faille à leur pouvoir et le libraire, aidé en cela par une mystérieuse société occulte « Eguzkiberri » qu’il va intégrer en cour de roman, sera peut-être la solution pour éradiquer cette terrible menace.

Lorsque j’ai ouvert le roman et parcouru le premier chapitre, il y avait dans le style et l’imagination de l’auteur des éléments essentiels qui en font un excellent roman fantastique. Philippe Ward nous campe dans la banalité d’une situation quotidienne et brusquement, l’horreur vous éclate à la figure aussi violemment que la mort du premier personnage dans le tout premier chapitre. Débuter ainsi le roman avec un rythme aussi soutenu n’est pas une mince affaire, car habituellement au fil des chapitres, on se lasse un peu car la cadence a la fâcheuse tendance à s’amenuiser progressivement.

Premier point positif, dans le cas de « Mascarades », après 300 pages, la pression est toujours aussi permanente voire même on assiste à une montée en puissance jusqu’à la catharsis finale qui restera dans les annales du roman fantastique. Ici l’ennuie n’est pas de rigueur et comme pour vouloir nous impliquer un peu plus dans la trame, l’auteur parvient d’entrée de jeu à nous faire « choisir » notre camps et toute l’empathie que l’on peut éprouver vis-à-vis du héros est justifiée par la noblesse de ses convictions qui, si elles sont résolument nationalistes, n’en empêche pas moins des idées plus tempérées, tournées vers le dialogue et les compromis. Il n’y a pas à proprement parler des « bons » et « méchants » dans ce roman, l’écrivain ne critique ni ne condamne, il nous décrit simplement des personnages ballottés dans le flux de l’histoire qui veulent à tout prix défendre leurs convictions et leurs idées.

Pour un peu sortir du contexte « politique » du roman, et je trouve qu’il effectue là un véritable tour de force, c’est d’avoir utilisé la « mythologie » Basque en utilisant ses légendes peuplées de redoutables créatures, et de les avoir incluses dans une trame qui bascule dés lors dans le fantastique le plus pur. Je dois avouer avoir une grande admiration pour l’écrivain Américain Graham Masterton pour l’originalité de ses romans, il n’hésite pas à faire appel au Folklore de certaines régions Américaines ou de certains pays, afin de donner plus de force et d’authenticité à ses histoires. Cela demande une bonne connaissance des mythes et légendes qui s’y rattachent et Philippe Ward nous fait découvrir une facette du pays Basque qui ne peut qu’attiser notre curiosité.

J’avais eu l’occasion de voir une émission sur ces effrayantes créatures lors d’une fête Basque et j’imagine sans peine toute l’horreur et l’effroi qu’elles ont pu susciter de la part des malheureuses victimes : le « Zako » fait de toile de Jute,le « Momotxorro » homme primitif sauvage et sanguinaire, le « Miel Otxin » qui représente les mauvais esprit, le « Ziripot » habillé de sac rempli d’herbes, le « Yoaldum » au visage grimaçant, le « Tintuntturo », le « Tenicero »…..tout un monde « poupées » cauchemardesques que rien ne semble vouloir arrêter !

Une autre grande force également de « Mascarades » est l’utilisation de faits historiques pour apporter un certain équilibre à la logique du récit. Ainsi le fameux « chasseur noir » est un prêtre érudit qui se passionne depuis des années à l’histoire Basque et à la bataille de Roncevaux, bataille comme nous le savons à présent où ne furent pas impliqués les Sarrasins mais les Vascons, ancêtres du peuple Basque. Utilisant donc ce support réaliste, Philippe Ward agrémente l’histoire de sa propre théorie sur les faits qui se sont déroulés lors de ce célèbre épisode et profite ainsi des zones d’ombres qui entourent ces événements pour étayer une audacieuse hypothèse sur l’origine de cette mystérieuse confrérie « Eguzkiberri »

Enfin, un des derniers atouts de ce roman, est le dosage parfaitement équilibré entre les scènes d’investigations du personnage principal, les indices qu’il va mettre à jour, la rencontre des différents protagoniste de cette fantastique aventure et des scènes où vont se déchaîner les forces du mal qui, telles des tueurs impitoyables, ne trouveront le repos que dans l’exécution de leurs affreuses besognes. Pas de ressentiment, pas de pitié ni de remords, une fois que cet ordre aussi bref que terrible : tue ! leur a été donné, c’est une véritable déchaînement de violence et de souffrance qui se met en branle. Il faudra alors plus que ce cri sans age, puissant et presque animal, « L’Irrintzina », véritable souffle surhumain de l’âme Basque, pour venir à bout de des créatures sans age, et Mikel en fera la douloureuse expérience.

Véritable roman d’épouvante parfaitement maîtrisé et original, il est à classer sans contexte parmi les grandes réussites de l’horreur à la Française, nationalité que j’utiliserai ici bien sûr, sans vouloir offenser l’identité Basque. Je ne peux que clamer ici toute mon admiration pour ce « Mascarades » que j’ai quasiment dévoré d’une traite, tellement l’intrigue est passionnante et le sujet sincèrement original.Il est rare, mis a part le merveilleux Claude Seignolle, de voir ainsi un auteur dont le roman est à ce point ancré à une région et à ses traditions.

Le genre de roman que nous aimerions lire plus souvent, qui nous plonge au cœur d’une mythologie que nous n’avions pas l’habitude de rencontrer et qui plus est, nous retrace l’histoire d’un pays et d’une culture, nous donnant envie d’en savoir un petit peu plus. D’avoir ainsi aiguisé le curiosité du lecteur moyen que je suis, est déjà une chose en soi suffisamment convaincante pour vous plonger sans retenue dans se roman unique en son genre et qui ne manque pas de souligner à quel point notre pays est également riche en folklore et légendes terrifiantes.

 

- « Irrintzina » de Philippe Ward.éditions Naturellement.1999.Ce texte remanié est paru sous le titre de:

- « Mascarades » de Philippe Ward.Aïtamatxi.2009

Les Coups De Coeur Du Moi:



Les Coups De Coeur Du « Moi » : « Au Large Des Vivants » de Brice Tarvel

« Comme je ne lis pas que des choses anciennes et surannées et que de temps en temps j’ouvre un livre dont la date n’affiche pas toujours le centenaire sur la page de garde, je me suis dit qu’il serait également sympathique de vous faire part de mes coups de cœur, ou de vous parler d’un ouvrage qui mérite toute notre attention.»

Les Coups De Coeur Du  

Comment vous parler d’un livre dont vous avez lu avec un grand plaisir la première partie, avec la crainte de se répéter et de reformuler les mêmes appréciations ? Il serait alors possible de m’arrêter ici en vous invitant à vous rendre sur la page de mon blog et de lire la critique réalisée pour « Ceux des eaux mortes ».

Du reste voilà une solution de facilité qui n’est pas de mon habitude et en grand bavard que je suis, une méthode qui ne pourrait que générer une forme de dépression. Ne serait-ce que par respect pour l’auteur qui à sué sang et eau, et jamais telle métaphore n’a revêtu une telle puissance pour une saga se déroulant dans les marécages et au pays des vampires, et surtout parce que si le style reste identique, vif et rythmé avec des situations toujours aussi délirantes, il semblerait que l’ensemble du second volume possède une identité propre. Je ne parle pas de l’histoire qui utilise avec brio la thématique du vampire, mais de l’ensemble qui, pour une raison difficile à exprimer, possède un « je ne sais quoi » de supplémentaire qui évite au roman de plonger dans une certaine routine, piége récurant dans lequel certains auteurs sombrent parfois.

Comme je le signalais dans un précédent court article, les histoires de vampires il en existe des tonnes et j’éprouve une certaine lassitude à lire les méfaits de ces redoutables prédateurs de la nuit. Il y a des exceptions qui confirment la règle et avec les suceurs de sang du père Brice, là les amis c’est du grand respect et le mot est faible. Fort d’une imagination et d’un style original que nous lui connaissons, il est arrivé à redynamiser un mythe vieux comme le monde et qui fut utilisé avec diverses fortunes.

Entrer dans le roman de Brice Tarvel, c’est un peu comme pénétrer dans une maison hantée : On est septique, on a la frousse, mais la soif de l’aventure et de ressentir cet infime petit picotement le long de la colonne vertébrale, nous poussent à ouvrir la porte. Mais prenez garde, une fois à l’intérieur, et après avoir fait quelques pas, la sortie se referme et il ne vous reste qu’une solution, c’est aller de l’avant. Il faudra donc au « voyageur imprudent », avoir déjà tenté l’expérience avec le premier volume et si votre hardiesse vous a permis de violer les frontières de la Fagne, alors n’hésitez pas à vous enfoncer en pays d’obscurie : Autre temps, autre lieue….

Nos amis « traine-vase », se rendent dans cet étrange royaume dont on colporte moult légendes, souvent peu ragoûtantes d’ailleurs, afin de retrouver le mage Vorpil, le seul en mesure de faire passer de l’état liquide à l’état solide, la belle Candorine dont les restes ballottent dans une outre que son bien aimé Jodok transporte avec lui. Mais chacun possède une vison bien spécifique du mot « trésor ». Clincorgne, plus matérialiste, ne rêve que de se remplir les poches avec la dépouille de Renelle, transformé en maison « Cartier » qui pour l’occasion brille de mille feux. Transformée en imposant magot lors du premier tome, le deuxième sbire entend bien profiter des largesses de la magicienne et trouver un moyen de la « débiter » à sa convenance. Le périple prend une tout autre tournure et contraints de se délester provisoirement de leur pesant butin au fond de l’étang marquant la frontière de la Fagne, ils vont devoir affronter les pires cauchemars du pays d’obscurie. Mais l’espiègle Renelle n’entend pas en rester là et après avoir récupéré sa forme humaine va parcourir cette contrée à la recherche d’une nouvelle vie. Hélas la nature reprend toujours ses droits.

Sur le papier, tout cela semble relativement facile et pourrait même sombrer dans un classique roman de fantasy s’il n’y avait les fameux « vampires » aussi affamés que calculateurs et les passages régulièrement destructeur de la mâchoire, cette immense tempête capable d’avaler hommes, bêtes, maisons, montagnes et forêts. Ajoutez à cela le don particulier que possède Brice pour Raconter les histoires à « sa » manière et vous obtiendrez un cocktail une fois de plus jouissif et particulièrement plaisant à lire.

Pour l’occasion, le roman va s’enrichir de l’apparition de nouveaux personnages comme la malicieuse Quiquine, Elvége de Saint Vermont au caractère bien trempé, les bonnes sœurs de la communauté des trois chênes qui vénèrent une bien étrange divinité « Vuvix » au terrible destin ( pas de bras ni de jambes, qui fut démembré par quatre aigles pour racheter les fautes d’obscurie….), une bande de pillards sans foi ni loi et qui ne cesse de traquer le vampire, les fameux « sans-yeux » dont la privation de ce précieux sens à développé une ouïe particulièrement délicate et qui se nourrissent de délectables notes de musique, une âne qui parle et franchement insupportable ( lisez le livre vous comprendrez pourquoi), et puis il y a enfin la découverte de Vorpil et son château gardé par un bossu où le lecteur apprendra bien des choses sur l’obscurie et ses redoutables créatures….et bien d’autres monstruosités encore. Que de références les amis !

Il m’est si difficile de vous parler de tous ces personnages sans éprouver le plaisir coupable de vouloir vous en révéler les mystérieux secrets. Car toute la « magie » et la force de Brice Tarvel est de vous prendre par la main au début de chaque chapitre et de vous laisser en sueur ou exsangue en fonction des créatures rencontrées, et de ne jamais vous laisser le temps de respirer, car le chapitre suivant repart et de plus belle. Une délicate alchimie qui fonctionne à merveille sans qu’aucune lassitude ne s’installe pages après pages Le langage inventé de toute pièce dans cette extraordinaire saga est une fois de plus à l’honneur et je dois avouer prendre un certain plaisir à découvrir au fil des situations plus extravagantes les unes que les autres, une nouvelle expression, une nouvelle injure.

Toute la force de son style est de rester en permanence d’une agréable tenue et loin de s’essouffler et de perdre de son intensité, décolle de plus belle à chaque étape du roman. On ne peut que s’interroger face à une telle verve imaginative, et se demander si l’auteur, par une curieuse découverte dans quelques grimoires maudits, ne s’est pas concocté une substance lui permettant le rare privilège de voyager dans un des ces univers parallèles dont très peu d’élus peuvent se vanter d’en être revenus afin de nous en conter leurs extraordinaires découvertes.

L’auteur possède un sens du rythme particulièrement affûté, un souci du détail qui confère à la maniaquerie et chaque passage nous décrivant une mémorable baston est à ce point vivant que l’on a vraiment l’impression de voir le film devant nos yeux. C’est tellement « vivant » que l’on peut sentir la moiteur de l’air ambiant, le souffle brûlant de la mâchoire, sentir l’haleine fétide des sans yeux et entendre le claquement des dentiers métalliques de ces redoutables vampires.

Tout comme les grands romans qui explorent les territoires de l’imaginaire et dont je me suis sustenté jusqu’à la trogne, telles les canines inoxydables de nos redoutables morts-vivants d’obscurie, j’ai toujours un sentiment de compassion pour les malheureux lecteurs qui n’ont pas encore eu le bon goût de s’arrêter sur les ouvrages de ce merveilleux auteur. Faut-il qu’ils soient eux-mêmes atteint de quelque infirmité qui frappent les habitants d’obscurie pour ne pas céder aux magnifiques couvertures de Johann Bodin et faut-il qu’ils soient également frappés de ramollissement cérébral causé par une des fameuses décoctions de la perfide Renelle (car la bougresse elle va nous étonner jusqu’a la dernière ligne) pour rester indifférent à une tel plaisir de lecture.

Comme vous pouvez vous en douter j’ai éprouvé une joie immense à la lecture de ces deux ouvrages et voilà assurément deux beaux volumes que je n’hésite pas offrir lorsque je veux faire un cadeau original et prouver, si besoin en est, que l’imaginaire Français se porte d’une excellente manière et qu’il vient de trouver par la publication de ses deux volumes, un représentant au plus haut de sa forme et de son talent.

Nous avons une dette envers des écrivains de la trempe de Brice Tarvel, celle de nous faire passer de jubilatoires heures de lecture et pour un lecteur assidus, il n’y a à rien de plus précieux.

Jodok, Clincorgne et Renelle vous nous manquez déjà !

 « Au large des vivants, ceux des eaux mortes Tome 2 » de Brice Tarvel. Éditons Mnémos collection « Dédales ». Mai 2011. Couverture de Johann Bodin

 

aulargedesvivants dans les coups de coeur du



Les Coup De Coeur Du « Moi »: »Green Tiburon, Contre La Pieuvre Carnivore de Santa Zanya »

 Parce que « Sur l’autre face du monde » sert aussi à promouvoir les collections dynamiques ayant un lien avec les littératures dites « populaires»et que le rôle d’un blog traitant de l’imaginaire sous toutes ses formes permet de découvrir de jeunes talents dont il faut encourager l’inspiration. Une fois n’est pas coutume, je vais aujourd’hui vous parler de la toute dernière « créature» des laboratoires interdits du « Carnoplaste » où il se passe vraiment de drôles de choses.

 

Les Coup De Coeur Du

 

Il fallait une certaine audace, pour écrire un roman atypique dont les héros seraient…des catcheurs Mexicains ! Culturellement il faut reconnaître que nous ne sommes pas habitués à ce genre de personnages, et même si le catch est entré depuis de nombreuses années dans l’horizon télévisuel Français, il n’en reste pas moins relativement confidentiel et réservé à une minorité de passionnés. Actuellement, avec les cartes à collectionner, la tendance aurait toutefois une certaine tendance à s’inverser.

Pour les amateurs de curiosités et de pellicules « décalées » que nous sommes, cette figure emblématique au Mexique est pourtant bien implantée dans notre mémoire du cinéma « Bis », grâce aux célèbres exploits du fameux « Santo, el enmascarado de plata » à savoir « « Santo, l’homme au masque d’argent ». Bien qu’il n’y ait pas pire déshonneur pour un lutteur masqué que de se faire enlever sa cagoule et révéler ainsi son identité, ce dernier pourtant sera identifié et reconnu sous les traits de Roberto Guzman Huerta.

Santo, est devenu rapidement une idole dans les années cinquante et les premiers films « Santo contra el cerebro del mal » et « Santo contra los hombres infernales » marquèrent les premiers jalons d’un succès qui n’aura de cesse d’aller grandissant. Après « Santo contra los zombies » en 1961, le ton fut ainsi donné et de lutteur professionnel, notre mystérieux homme au masque d’argent, va s’employer à lutter contre le mal sous toutes ces formes : La naissance d’un nouveau vengeur masqué !

Il faudra attendre 1962 pour admirer en France les exploits du « Luchadore » avec ce film au titre trafiqué de « Superman contre les femmes vampires » (Superman étant plus accrocheur que « Santo » inconnu en France) pour ensuite en 1967 admirer de nouveau ses exploits dans « Santo et le trésor de Dracula » de René Cardona. En France, tout comme en Angleterre, le vampirisme est une affaire de tradition. Par la suite cette illustre figure va s’associer avec une de ses adversaires de ring « Blue démon ». Les aventures vont ensuite se succéder, les adversaires seront de plus en plus horribles et repoussants, cette figure emblématique du cinéma Mexicain devient une légende vivante qui va ainsi perdurer pendant de nombreuses années. Il affrontera tout à tour des vampires, des zombies, des momies, des extra terrestres….tout le panthéon de la littérature fantastique et ce pour notre plus grand plaisir. Un mythe à figure humaine qui fut enterré à ce qu’il parait, avec son fameux masque d’argent. De nos jours, cette figure emblématique vient d’être ressuscité sous les traits de  Jack Black  dans un film hommage, un peu trop parodique à mon goût :« Super Nacho »

Fidèle à toute une tradition, notre ami et « Savanturier » Julien Heylbroeck, avait déjà eu l’occasion de mettre en valeur ses mystérieux lutteurs cagoulés, dans un blog des plus sympathique qui déjà annonçait les prémisses de cette folle aventure. J’ai toujours eu une attirance pour ces personnages un peu hors normes, qui nous semblent en dehors du temps et de l’espace, représentation d’un monde qui peut sembler au commun des mortels ,ringard et outrancier mais qui se révèle riche et passionnant, répondant à des codes bien précis, des valeurs que rien ni personne ne pourraient remettre en question.

Car dans le fascicule « Green Tiburon contre la pieuvre carnivore de Santa Sangre », l’auteur nous propulse dans un monde qui nous semble bien réel, où les héros évoluent dans des décors crédibles et dont la présence ne semble pas perturber les populations. Bien au contraire, il font partie intégrante du décor et se balader ainsi en collant, cape et masque vous donnant l’apparence du « Dr Rictus », n’affole ni les ménagères, ni les petits enfants. Toute la « cohérence » de ces aventures, vient du fait que le monde qui nous y est décrit repose sur des règles qui nous sont familières, si ce n’est l’intrusion d’un monde fantastique, venant rompre ainsi l’équilibre du cour normal des choses.

Le petit archipel de « Los Murcielagos » (les chauves souris, tout un programme…) semble être, à l’image de la nouvelle Angleterre de Lovecraft, « le carrefour de l’ étrange « ( petit clin d’œil à un blog que j’affectionne tout particulièrement). Une sorte de porte ouverte sur une autre dimension, une dimension de cauchemar bien entendu, prête à chaque instant à vomir ses légions infernales sur la terre. Ainsi, dans cette spirale diabolique qui se nomme « L’espirale grande » en fonction de leurs humeurs ou d’un calendrier cosmique échappant à l’entendement humain, de temps à autres des « Jobbers » ( nom attribué aux dites créatures)s’octroient une petite visite, histoire de faire un peu de tourisme. Bien évidemment il n’est pas question pour eux de prendre des photos comme souvenir, mais de mâchouiller quelque peu leurs modèles, de semer la confusion et la folie dans les cervelles dociles des habitants ou de pervertir quelques illuminés de façon à édifier temples et sectes à la gloire des entités du « dehors ».

Le héros du jour, « Green Tiburon » est un habitué de ce genre d’affaire, car, comme je vous le disais plus haut (tant pis pour ceux qui ne suivent pas), il a déjà affronté ces redoutables créatures. Il connaît leurs points faibles et l’on découvre avec stupéfaction que la seule manière de combattre ces monstruosités, c’est de leur arracher une sorte de pierre qu’elles portent entre les deux yeux. Pas d’armes, pas d’incantations, rien que du combat rapproché et l’on se doute à présent, la raison de l’utilisation de « Lutteurs » dans ce type de missions.

Aidé par son ami « Black Torpedo », « Sangre Negro » et « Atomico Cerebro » ( un catcheur cyborg »…mon préféré) « Green Tiburon » va devoir affronter une secte infernale, rejetons d’une pieuvre carnivore aux appétits féroces. Une confrérie d’encapuchonnés, dont les visages ne sont pas à proprement parler des faces de porte bonheur. Tout cela à un fort relent de poisson pas frais et de marée pestilentielle et les fans du solitaire de Providence apprécieront l’hommage qui lui est ici rendu.

Toutefois, si l’on sent tout l’amour que Julien Heylbroeck porte à ses classiques, il n’en reste pas moins que son écriture reste originale, inventive et souvent drôle et l’on assiste « médusé », histoire de rester dans l’ambiance, aux exploits parfois hilarants de cette bande de vengeurs hors du commun. Les rencontre y sont souvent improbables et je dois avouer que le Professeur Gonzales attire toute ma sympathie avec son fameux « Transcyclotron mémospatiotemporel ». Appareil improbable qui fera date dans le guide des inventions et même G.de Pawlowski dans son célèbre « Inventions nouvelles et dernières nouveautés » (Bibliothèque Charpentier 1916) n’y avait pas songé. Imaginez le concept :

« Son Transcyclotron spatiotemporel projette l’âme de la personne à une époque précisément programmée d’une de ses vies antérieures, et donc lui permet de voyager dans le temps. Le sujet remplace alors cette âme dans une sorte de projection physico-spirituelle. Le voyage dure le temps d’un rêve. »

Une machine à désincarner, puis réincarner une âme…fallait y penser ! Il y a vraiment de drôles de paroissiens qui hantent les couloirs du « Carnoplaste ».

Notre ami cagoulé, fera les frais de ce voyage temporel assez particulier, et je vous laisse découvrir la finalité de cette expérience peu banale. La suite des événements sera tout aussi réjouissante avec un affrontement des plus spectaculaire lors d’une attaque massive de morts-vivants et la confrontation finale avec le « Boss » en personne et là aussi, l’auteur nous réserve quelques petits moments d’anthologie.

Au final, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, car dans son délire l’auteur nous plonge dans un univers référentiel qui, loin d’alourdir la technique narrative et l’utilisation de temps à autres de termes propres aux « Luchadores », rend bien au contraire la lecture plaisante et même passionnante. Les scènes d’action sont toujours bien enlevées, avec un sens du rythme des plus adapté. Le pari de nous faire vivre de la sorte des aventures mettant en avant des personnages aussi décalés n’était pas gagné d’avance, et contre toute attente, il apporte très sincèrement une touche unique et « exotique » supplémentaire à cette aventure dont la thématique, à ma connaissance, n’a jamais abordée dans la littérature de l’imaginaire.

Dans ce lieu géométrique de toutes les terreurs, Julien Heylbroeck, contribue de façon singulière, délirante et drôle, à édifier un peu plus haut l’édifice de la littérature fantastique, avec un style original et personnel. Décidément « Le Carnoplaste  éditeur de fascicule » semble une fois de plus confirmer son goût pour les héros en marge de ce que nous avons l’habitude de lire. Dans un contexte actuel de personnages stéréotypés, comme il est agréable et délicieusement sulfureux de tenir entre nos petites mains fébriles, de curieuses et bariolées brochures où les auteurs n’hésitent pas à prendre des risques en sortant des sentiers battus, et nous offrir des personnages hauts en couleur qui feront date dans l’histoire des « Héros de l’ombre ».

A dévorer toutes affaires cessantes !

 

 

 Un couverture qui laisse présager d’incroyables aventures
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Les Coups De Coeur Du « Moi »: « Le Psychagog » De Robert Darvel

Mais quel pourrait être le lien entre un blog consacré à l’anticipation ancienne et un roman ou plutôt un fascicule dont le titre, à l’aspect des plus « fantastique », nous affiche qui plus est un bien curieux personnage ?Diantre! vous oubliez deux éléments importants…

Ah !les fascicules à lui seul le terme est synonyme de dépaysement. Le plaisir d’avoir entre les mains cet assemblage de papiers, si souple, que l’on peut aisément ouvrir en deux sans risquer d’en abîmer le dos, de pouvoir le ranger n’importe où si l’on veut se déplacer et le cas échéant l’utiliser comme cornet à frites, ou mettre sous ses vêtements si l’hiver se fait un peu trop rude : de culturel qui plus est, il devient alors fonctionnel.

Le fascicule c’est le support idéal, dont le contact et le visuel ne peuvent qu’évoquer dans le cerveau des mollusques attardés que nous sommes, des souvenirs basiques et primaires des collections d’antan qui s’affichaient sans aucune vergogne sous l’œil réprobateur des gens de bonnes vertus. Car le fascicule est le symbole de toute une époque où le littérature populaire était dans son droit, clamait haut et fort son identité, affichait ses couleurs d’une manière triomphante, était le symbole d’aventure d’exotisme et d’évasion. Très fragile de part sa constitution rudimentaire, il est aujourd’hui l’objet de toute nos convoitises car, bien que produits à des milliers d’exemplaires, nous connaissons tous la tragique fin d’une grande majorité de ses plaquettes d’un papier de piètre qualité et qui résistent si mal à l’usure du temps.

De nos jours cette forme de parution est complètement obsolète, elle ne représente plus qu’un vague souvenir dans les esprits de certains nostalgiques, tout un monde disparu à jamais où les couvertures offraient une luxuriance bariolée, se permettaient toutes les audaces, aguichaient l’œil de la servante, enflammaient l’imagination du gamin de la rue. Tout un univers de papier à « quatre sous », qui fleurait bon l’inventivité et l’outrance imaginative.Un gigantesque vivier où de nombreux écrivains, réalisateurs et dessinateurs, puisèrent à pleines mains.

Ensuite, et le plus important, il y a Robert Darvel. Comment, vous ne le connaissez pas ? Alors il faudra relire vos classiques et faire un tour du coté de la planète Mars. Il faut dire que le diable d’homme brouille les pistes car certains disent avoir aperçu sa silhouette fantomatique dans quelques ruelles sordides de Limehouse ou de Whitechapel à la poursuite de monstres criminels, d’autres vous diront qu’il est en train de combattre le « Roi des boy-scouts » sur une fragment gelé de la calotte glacière en compagnie d’une étrange créature toute de métal recouverte, à moins qu’il ne soit sur un rocher Martien, à améliorer son apnée afin de plonger dans un sable aussi rouge que son auteur fétiche. Beaucoup vous diront pas mal de choses à son sujet et une rumeur grandissante affirme qu’il serait mort dans de curieuses circonstances à la recherche des mystères de l’au-delà…. A croire que ce fascinant personnage est un ectoplasme ou un esprit des plus tenace et dont la faculté serait de pouvoir se réincarner à l’infini, histoire de nous raconter des histoires de plus en plus extraordinaires et de nous pervertir un peu plus nos circonvolutions cérébrales….

Robert Darvel serait-il un chat doté de plusieurs vies ?

Dans sa dernière aventure il va donc frayer avec la mort et nous en revenir avec cet édifiant témoignage : Oui mes amis après la mort, et comme pour répondre à la phrase siégeant en couverture « Vous mourez, et Après ? », il y a bien autre chose, mais attention, le voyage est une pure hallucination dont vous ressortirez complètement abasourdi. Esprits rationnels s’abstenir….quoi que !

Trop lire de fascicules du Carnoplaste conduit à la folie!

Imaginez le témoignage d’un esprit, formé aux théories de l’abbé Moreux (pour les béotiens consultez votre moteur de recherche) qui nous livre son expérience de la fin tragique et surprenante de son enveloppe corporelle et qui va ensuite nous livrer un descriptif détaillé de son voyage dans l’au-delà, avec force de détails et d’images saisissantes. Mr Dacre, puisque c’est le nom du héros et qu’il en faut un, va rencontrer sur les territoires nébuleux et crépusculaires de « L’autre coté » un bien étrange guide, forme vaporeuse surmontée d’un cerveau, spécialiste de la bicyclette psychique et dont il va se faire un allié important. C’est lui qui va le l’initier, accompagner sa forme translucide et lumineuse, pendant cette étape transitoire où il devra faire le choix entre un monde des esprits plus cloisonné et restreint, ou continuer dans le vaste néant, plus spacieux mais ô Combien plus redoutable (l’épisode de la mer de « tentacules de poussière » est absolument original).Le choix est difficile mais l’appel de l’aventure plus important.

C’est ainsi, avec cette prolixité du verbe et le sens de la démesure que nous connaissons de l’auteur, que notre éthéré personnage va s’octroyer un petit passage dans le monde des vivants dont vous me direz des nouvelles. S’immisçant dans une séance de spiritisme qui fera date dans les annales du spiritisme, il va de ce fait jouer un sale tour à l’un de ses anciens condisciple et détracteur, condamné comme lui à une vie évanescente, mais dont la soif de réel et de tangible finira par lui jouer des tours…et quel tour !

Mais il est difficile de parler d’une telle aventure, il faut en être l’acteur et plonger sans retenues dans cette ébouriffante épopée aux pays des morts. Rassurez vous l’auteur est un guide excellent et il parvient avec une justesse du langage, un sens de la transcription des images en mot et une humour toujours fort à propos, à vous faire regretter, dés la fin du fascicule, à toujours appartenir au monde des vivants :

- Pensez-vous ? Tout danger de croiser un tentacule est écarté, dit le psychagog. Vous pouvez errer ici tant qu’il y aura une humanité.

- Et si l’humanité vient à disparaître ?…

- Et bien vous peuplerez sans doute les songes médiumniques d’un pyrozoaire, conclut son guide en dodelinant de son étonnent chef.

Nous serions presque à nous demander, si ce n’est sur la planète Mars, où le bougre va chercher une telle inspiration. Peut-être une séance un peu trop prolongée dans le vide cosmique lors d’un de ses fameux transfert psychique à la recherche de quelques « Erloor » facétieux. Aurait-il baigné trop longtemps dans les effluves médiumniques de centaines de fakirs troglodytes ?…… Juste pour vous en rendre compte, reportez vous à la page 34 dans le chapitre « Une séance de Oui-ja » et voyez de quoi il est capable lorsqu’il fait voler un esprit dans le monde des vivants.

Un chose est certaine, ouvrir un fascicule de Robert Darvel ou de la collection du « Carnoplaste » en règle générale, c’est renouer avec une tradition du court roman, publié à une époque en fascicule et qui n’avait d’autres ambitions que de vous faire voyager, vous aventurer aux confins du réel et de l’imaginaire. Une méthode qui peut vous sembler facile au premier abord, mais qui demande une certaine maîtrise, un certain talent et surtout une bonne connaissance du genre.

Car sous des airs de parfaite décontraction, force est de constater que l’auteur à de solides connaissances en la matière qu’il connaît parfaitement les sujets dont il traite et qu’il ne se contente pas de reproduire….il crée !

Décidément, une nouvelle collection originale et ambitieuse ayant la particularité de nous étonner à chaque parution et dans l’attente de me plonger, avec les protections qui s’imposent, dans l’univers des « Luchadore », il ne me reste plus qu’à vous conseiller de vous ruer sans plus tarder sur le site de l’éditeur et de passer commande d’aussi savoureuses lectures. Sans compter que vous y trouverez une rubrique « Blog » ( car ce fascinant personnage est aussi l’historien de la planète du dieu de la guerre) tout à fait passionnante où délire et inspiration sont au rendez-vous, et en cette période de morosité, quoi de plus jouissif.

 

 

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Les Coups De Coeur Du « Moi »: Le club Diogéne de Jérome.Sorre & Stéphane.Mouret

Le rythme des parutions est tel, qu’il nous est souvent difficile de parler des ouvrages qui nous ont vraiment procuré un immense plaisir. De plus il faut savoir concilier entre travail et vie de famille et nous nous retrouvons ainsi submergé par une pile incroyable de livres qui non seulement menace de s’écrouler à chaque instant mais nous regarde d’un oeil accusateur comme pour bien vouloir nous faire comprendre à quel point nous avons un retard considérable de lecture. Je suis comme beaucoup de nos amis lecteurs, un boulimique de livres, mais ma capacité de lecture est inférieure à mon rythme d’achats et donc il m’arrive de lire certains romans quelques semaine après les avoir achetés.

Ce petit « problème » vient donc de se produire avec le recueil de Jérôme Sorre et Stéphane Mouret « La mort et quelques amis s’invitent au club Diogène », acheté dés parution mais « dévoré » quelques semaines après. Pourtant je voudrais faire ici amende honorable car je n’avais pas attendu un tel délai pour lire le premier volume qui fut déjà une révélation. Vous savez tout le bien que je pense de cet excellent éditeur qu’est Malpertuis, honorable institution dont j’avais déjà eu l’occasion de vous e parler lors d’un article précédent sur mon blog. Christophe Thill, qui dirige la collection, est un homme charmant, rencontré au festival « Zone franche » de Bagneux, et dont l’enthousiasme, le dynamisme et le professionnalisme, sont des gages de réussite. « Malpertuis », un nom mythique et qui force le respect pour toute une génération de lecteurs de littérature de l’imaginaire et la politique éditoriale de son équipe est une preuve de sa volonté, de son identité. Un label de qualité, qui nous propose des ouvrages passionnants, venant de ce fait égayer un peu la morosité dont souffrait quelque peu le domaine fantastique en France.

« Le club Diogéne » est une de ces curiosités littéraires comme nous aimerions en lire plus souvent et dont il nous faut saluer la venue, tant l’originalité de son contexte, l’excellence de son style narratif et la diversité de ses thématiques, sont une véritable bouffée d’air pur (ou de relents putrides car l’on y croise souvent la mort) pour le lecteur curieux et avide de nouvelles sensations. Un cabinet de curiosités donc, qui se visite avec délectation et chaque nouvelle est un objet rare et précieux dans laquelle nous plongeons avec une joie toute gourmande. Mais une petite visite guidée s’impose.

Les deux romans entrent dans un cycle qui devrait nous porter jusqu’à l’aube de la première guerre mondiale, et pour notre plus grand plaisir les deux auteurs n’auront de cesse, au fil des extraordinaires et rocambolesques aventures de leurs héros, de nous présenter ainsi un éventail de tout ce que la littérature d’horreur peut nous servir de délectable. « Goules, vampires, morts-vivants, fantômes, monstres humains, maniaques, pervers, quatrième dimension, rejeton de Cthulhu, extra-terrestres …. » tout y passe, ou presque.Un improbable musée des horreurs, que les différents protagonistes vont affronter avec plus ou moins de succès, dans un étalage de scènes parfois assez spectaculaires où le grand guignol côtoie l’horreur suggérée la plus pure et la plus efficace qui soit.

C’est à la suite 52, au cinquième étage d’un hôtel sordide, d’une rue située probablement en dehors du temps, que sévit ce club très fermé, dirigé par un mystérieux « Monsieur », un homme sans age « aux traits d’un vieillard mais au corps de jouvenceau » et dont les mystérieuses origines nous seront à peine esquissées dans la nouvelle du second volume « Le trafiquant d’éternité »…vous avez dit immortel ? Cette « société secrète », agissant dans l’anonymat le plus strict, ne possède pas de statut légal et semble être inconnue des services de police (Bien que dans le second volume, un certain inspecteur Dacan, suive les faits et gestes du club avec un intérêt particulier). Constitué de sept membres permanents, cinq hommes et deux femmes, il semblerait que ce soit la soif d’aventure qui pousse ainsi nos courageux personnages à pourchasser le crime sous toutes ses formes. L’aventure certes, mais surtout rompre également une vie monotone que les différents intervenants, trouvent fade et insipide. Ils voulaient de l’action ? Ils vont être servi !

Pourtant, loin d’être des investigateurs de l’occulte à proprement parler, ils sont avant tout une sorte de rempart contre le crime et si leurs propres existences ne sont pas exemptes de zones troubles et de quelques dérives de comportements, ils n’en restent pas moins voués à une seule et unique cause: combattre le mal sous toutes ses formes. Bien souvent le crime prendra une bien sinistre et infernale apparence. Dès la première enquête du volume « Le chérisseur de tête » intitulé « Une amie commune » (on appréciera le jeux de mot) le ton est donné et cette course poursuite dans un Paris ensanglanté par l’épisode trouble de la commune, est une sorte de mise en bouche brutale et sans concession où notre atypique club se lance sur les traces de « La bosse » une goule perfide aux appétits féroces. L’atmosphère y est oppressante, les pages transpirent le sang et la peur et tout le génie des écrivains est de nous avoir propulsé dans une époque où les rues de la capitale étaient plongées dans une horreur sans nom. En choisissant délibérément de telles circonstances, les méfaits de la redoutable créature ne pouvaient que faire partie de cette ambiance de feu et de sang et donc pouvoir opérer sa sinistre besogne en tout impunité, sans risque d’attirer l’attention. En effet quelques cadavres de plus dans la panique générale, quoi de plus naturel dans cette période de tueries et de massacres.

La grande force du style est de mêler de façon habile et bien documentée les différentes actions dans des quartiers de Paris à une époque où la misère, la crasse et la corruption étaient de mise. Tout transpire le vice et la décadence et ce n’est pas le comportement libertin de certains de ses membres qui va mettre un frein à une telle ambiance. En effet au club Diogène,on couche à tout va et dans la mesure du possible on déboutonne son pantalon aussi vite que l’on vide une bonne bouteille. Il n’est pas rare de croiser les relents hallucinogènes de quelques flacons d’absinthe ou l’ambiance moite et doucereuse de sordides fumeries d’opium. Bons vivants, il veulent jouir de la vie et y croquer à pleines dents. Ils savent qu’il ne faut pas manquer une bonne occasion lorsqu’elle se présente, la vie est trop courte et les redoutables créatures qui vont leur barrer la route sont des preuves supplémentaires qu’il faut jouir de chaque instant. D’ailleurs ils n’hésiteront pas à s’acoquiner avec certains des monstres qu’ils auront à combattre tel Franklin avec une vampire dans « Pour vierges avertis » (Tome premier) et dont le titre ne laisse pas indifférent. Une histoire soit dit en passant absolument extraordinaire et qui renouvelle le mythe du vampire d’une manière très habile. J’ai toujours été blasé par les nouvelles axées sur les suceurs de sang et là je peux vous dire que j’ai pris un « pied » incroyable….. Mais comme nous parlons un peu des idées souvent brillantes de nos deux compères, revenons rapidement sur l’originalité des différentes thématiques abordées dans les deux volumes.

En fait le sous titre qui pourrait convenir à cette incroyable équipée est sans nul doute « Les anciens mystères de Paris » en voulant en cela rendre hommage non seulement à Eugène Sue, mais à toute une cohorte d’écrivains qui choisirent Paris comme lieu géométrique de toutes les terreurs et du mystère: Léo Malet et son « Nestor Burma » dans « Les nouveaux mystères de Paris », Frédéric Dard et ses « Derniers mystères de Paris », et le trublions de cette joyeuse équipe Roland C.Wagner et ses « Futurs mystères de Paris » où le détective « Tem » possède un curieux pouvoir. Si la capitale fut ainsi à l’honneur par ces écrivains si talentueux, Jérôme Sorre et Stéphane Mouret sont parvenus à la rendre plus mystérieuse, inquiétante et dangereuse. Car la peur rode dans chaque ruelle. Des venelles torves et sinueuses qui ne sont pas sans nous évoquer un monstrueux tube digestif, prêt à vous engloutir et vous digérer à tout moment. Paris nous y est alors décrit comme un organe gigantesque, aux féroces appétits et qui ne se trouve rassasiée, qu’à grands renforts de massacres et d’épouvantables rituels. Cette ville est une apologie de la violence, repère de tous les monstres que les enfers ont engendrés et jamais métropole ne fut plus dangereuse pour un chasseur de spectres.

Des goules (« Une amie commune » Tome1) et des vampires vous disais-je, mais également un savant psychopathe ( «La folle étude du Dr Seyeux »), un dangereux collectionneur de têtes ( « Chef d’œuvre », tome 1, un must!), un fantôme amoureux ( dans la remarquable nouvelle « Un péché presque de chair » tome 1, que n’aurait pas renié le grand W.H.Hodgson),un « Nevolodz » un cauchemar de la mythologie Russe qui à la désagréable manie de dévorer vivantes ses victime ( « Puzzle » tome 1), un extra-terrestre venant sur terre pour réaliser de redoutables et horribles expériences sur les êtres humains (« Universellement votre » tome 2, une excellente nouvelle mêlant SF et grand guignol sur fond d’exposition universelle, un régal quand à son final!). J’ai pour ma part apprécié cette dernière, une introduction au deuxième volume assez brutale et cauchemardesque (une version « Freaks » mais en plus hallucinante, mais où vont-ils chercher tout cela…), sans oublier « D’une rue à l’autre » (Volume 2) qui pourrait être un brillant hommage à Jean Ray et sa « Ruelle ténébreuse », si ce n’était l’explication finale,vraiment géniale, nimbée d’une poésie surréaliste et dont l’originalité est à mon avis unique dans la littérature fantastique. Dernier petit coup de cœur personnel « Nos Aïeux » (volume 2).Une fois de plus ils ont frappés très très fort avec cette organisation de vieillards qui sous couvert d’une paisible maison de retraite, fomente une domination mondiale de la pègre avec un passage des plus jubilatoire qui n’est pas sans nous rappeler un épisode de James Bond : Génie quand tu nous tiens ! Vous parler de toutes les histoires serait gâcher le charme de la découverte, mais sachez qu’il y aura également des mouches récalcitrantes, des tentacules un brin collants, un collectionneur de cheveux particulier, la disparition brutale et horrible d’un être cher……

Dans les méandres de ce labyrinthe infernal il y en a pour tous les goûts et chacun y trouvera « créatures à son pied ». Il est en effet difficile de ne pas se laisser entraîner dans d’aussi palpitantes aventures et de partager la quotidien assez mouvementé de cette plaisante et picaresque assemblée. Le style narratif y est toujours dynamique et incisif, pas de temps morts ou presque et si le langage employé par ces hommes d’une époque révolue peut nous sembler parfois un brin « ampoulé » le vocabulaire sera souvent un parfait équilibre entre le précieux et le châtié, avec un soupçon toujours a bon escient de vulgarité, propre aux gens dont le comportement glisse de temps en temps vers la décadence.

Au final un équilibre parfait ou l’humour est une qualité constante et dont la truculence de certaines situations vous feront regretter de refermer le livre. Gageons que ce cycle sera promu à un brillant avenir et dont l’originalité et le plaisir de lecture (mais le mot est faible) feront date. Félicitons ce duo de choc qui mérite ici toute notre attention et nos encouragements les plus vifs et les plus sincères et en grands égoïstes que nous sommes : Mettez vous vite au travail car le « Club Diogène » c’est comme un verre d’absinthe, les délires qu’il nous procurent sont un ravissement, mais quand la bouteille est vide, le manque se fait cruellement ressentir.

Félicitons enfin pour les illustrations de couvertures de Patrick.Mallet qui au début je dois l’avouer me laissèrent perplexe, mais que finalement après lecture, je trouve fascinantes et collant parfaitement aux ouvrages : colorées, mystérieuses, une bonne transcription des redoutables aventures qui attendent nos héros. Dans la veine des romans populaires d’antan. A quand un portfolio du reste des nouvelles ?

- « Le chérisseur de têtes et autres pacotilles » Le club Diogène (1871-1877) Volume 1. De Jérôme Sorre et Stéphane Mouret. Editons Malpertuis collection « Absinthes, éthers, opiums » N°9. 2009.

- « La mort et quelques amis s’invitent chez le club Diogène  » (1878-1885) Volume 1. De Jérôme Sorre et Stéphane Mouret. Editons Malpertuis collection « Absinthes, éthers, opiums » N°9. 2009.

http://www.ed-malpertuis.com

 

 Jamais une collection ne porta aussi bien son nom: Bienvenue au royaume de la mort!

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Les Coups De Coeur Du « Moi » : « De L’égarement à Travers Les Livres » de Eric Poindron

Curieusement depuis ma plus tendre enfance, même si je n’étais pas un lecteur exemplaire, j’ai toujours adoré le mot « bibliothèque », Je lui trouve une rondeur et un équilibre parfait, un mot riche de promesses, de sensations, de voyages et de découvertes. Ce qui me plaisait avant tout, c’était l’alignement des volumes, la symétrie des étagères et je me disais alors que si les livres étaient ainsi les uns contre les autres, si bien serrés, c’était pour éviter que les mots qui se trouvaient à l’intérieur ne puissent s’échapper.

Comme je le signalais il y a quelque mois dans un billet consacré à mon rapport avec les livres, je n’étais pas prédestiné à ressentir un tel attachement pour ce simple objet si anodin en apparence. J’ai toujours été réticent dans ma jeunesse à me lancer dans ses longues heures de solitude et de me plonger à la découverte d’univers imaginaires et de territoires inconnus et terrifiants. Mon père avait pourtant essayé de me convertir en m’achetant, le classique des classiques « L’île au trésor ». Je fis la moue en découvrant le volume, bien enveloppé dans son papier cadeau. Je pensais plutôt à une bande dessinée, à l’époque objet de mes convoitises.

Je n’étais pas prêt, je ne savais pas dans quels mondes merveilleux, on voulait me conduire et me guider. Il faudra bien des années pour que je finisse par rencontrer le véritable amour, le roman qui allait transformer ma vie et ouvrir mes yeux et mon esprit sur un royaume insoupçonné.

Si je vous parle de la sorte de ma petite personne et le lecteur voudra bien m’en excuser, alors que je suis censé vous parler de mon dernier « coup de cœur », c’est qu’il y a forcément une raison, un lien qui nous rattache, un lien de phrases et de mots. En fait et sans aucune hésitation, si j’avais lors de ma jeunesse rencontré le livre de Eric Poindron « De l’égarement à travers les livres », il ne fait aucun doute que cette passion pour la littérature qui maintenant est la mienne, aurait débuté d’une manière beaucoup plus précoce. Il y a dans cet ouvrage, tous les germes d’une œuvre qui donne envie d’aller au-delà de la simple lecture, de s’immerger, de se donner corps et âme à cette passion, certes envahissante et dévorante, mais qui vous procure une sensation de bien être incommensurable, qui donne un sens à votre vie, qui vous transporte et vous sublime.

Amis lecteurs, je viens de dévorer un livre qui vient de trouver une excuse à mes plaisirs coupables, un livre bibliothèque, un cabinet de curiosités littéraire.

Organisé comme un roman à énigme, à la recherche de bizarreries romanesques, le héros (peut-être l’auteur, ou peut-être vous ou moi..) est contacté par un singulier personnage .En le faisant passer pour une sorte « d’élu » car frappé d’une singulière pathologie la « Bibliopathonomadie » (de l’égarement à travers les livres) et dont le symptôme principal est une forte tendance à la onirobibliomania, ce mystérieux « Professeur » le convainc de rejoindre une sorte de société secrète « Le cénacle troglodyte » qui, pour faire court, est chargée de collecter, entasser, répertorier des textes et leurs secrets : « Tous ceux qui ne doivent pas disparaître » pour paraphraser l’auteur.

Débute alors une passionnante chasse au trésor, à la recherche d’improbables énigmes littéraires, de secrets cachés entre les lignes, sous les épaisses couvertures de cuir et la poussière des années, protégeant les précieuses reliques des mains impies et profanes. Mais prenez garde car la curiosité à un prix, vous serez de fait agrippé par la main dés la première phrase, pour vous rassurer vous mettre en confiance et on vous laissera au bout de quelques lignes couloirs, dans le recoin d’une salle encombrée d’étagères, de livres poussiéreux, de mystères de plus en plus épais. Vous vous retrouverez seul dans un monde où l’imagination sera votre seul mot d’ordre, la lecture votre seule arme et la raison votre pire ennemi. Un univers où il n’existe aucune certitude, les possibilités y sont diverses et la seule véritable logique est celle imposée par votre capacité et votre ouverture à l’imaginaire.

Car dans ce roman, Eric Poindron brouille les pistes et ce diable d’homme en fin érudit et collectionneur avisé mélange d’une subtile façon, faits réels et imaginaires, personnages historiques et héros de la littérature et si vous êtes comme moi, en retard de plusieurs années de lectures intensives, il vous faudra garder un œil sur votre moteur de recherche pour ne pas devenir fou. Et justement c’est une constante du roman, « Qui lit trop devient fou », une expression qui prend alors tout son sens, car cet « égarement » est réalisé comme une enquête mais qui ne vous apportera pas de véritables réponses. Chacun doit se faire sa propre idée, les faits ne sont ici que pour attiser votre curiosité, susciter chez vous le besoin de savoir, mais rarement de comprendre, l’envie de pénétrer encore plus avant dans le mystère, d’aller au-delà d’une simple lecture.

En créant ainsi cette nouvelle race de « Détective littéraire » (en ce qui me concerne le premier du genre) Eric Poindron vient enrichir la littérature d’une nouvelle figure emblématique qui, à l’instar de son homologue le détective de l’étrange, va écumer les territoires vastes et insoupçonnés qui se cachent au plus profond de nos bibliothèques. Et les bibliothèques, ce n’est pas se qui manque dans ce livre véritable labyrinthe de papier dont le lieu géométrique de tout le savoir débute à Reims, où notre héros se lance à la recherche de cette mystérieuse antre du savoir. Quête improbable au fil d’indices qui oscillent entre l’imaginaire et le réel, à la rencontre de personnages énigmatiques dont la présence est si forte qu’elle devient obsédante pour le narrateur et dont les appétits bibliophiliques ne semblent ne vouloir jamais s’apaiser. Dans cet univers dont l’existence trouve sa substance grâce à l’intérêt que le lecteur lui accorde de pages en pages, les personnages resurgissent d’un monde profondément enfoui dans la mémoire de ces fameuses bibliothèques et dont les fantômes après des années ou des siècles d’errance, se trouvent ainsi libérés, réclamant avec avidité notre devoir de mémoire.

Ainsi vous y rencontrerez de bien singuliers personnages comme cet écrivain dont le héros Peter Schlemihl après avoir participé à un étrange marché, est à la recherche de son ombre. Vous ferez équipe avec un certain Monsieur Claude, hommage à ce sublime raconteur de fables et de légendes, ce « Spécialiste des Folklores fantastiques, de diables de toutes tailles et des légendes malfaisantes » dont le chemin croisant celui de notre « détective », nous mènera sur les traces du « voyage mouvementé de Louis XVI à Varenne », mais avec une telle compagnie, la conclusion ne peut que finir que sur quelques diableries. Qu’est-il arrivé au corps de Voltaire ? Un mystère plane sur l’authenticité du corps se trouvant au Panthéon et si ce n’était pas lui ? Qu’est-il arrivé à son cœur et son cerveau dont la dépouille semble avoir été dérobée ? Nous découvrons un Lewis Carroll atteint d’une étrange maladie ou bien serait-il un amateur « De curiosités médicales ». Un homme, amoureux des farfadets lègue une partie de sa fortune à une femme de confiance afin qu’elle puisse « veiller sur son petit peuple », elle va tenir sa promesse mais lorsqu’elle déménage en Avignon à coté d’Alexis- Vicent-Charles Beringuier (l’homme qui aimait les écureuils), elle ignore l’étrange aversion qu’elle va de ce fait accélérer chez ce curieux personnage qui passa sa vie à les combattre et à rédiger un rarissime « Les farfadets ou tous les démons ne sont pas de l’autre monde », une somme de renseignements en trois volumes. Sans aucun doute mon personnage préféré de toute cette galerie atypique.

Mais comme l’auteur n’est pas en reste avec la littérature « fantastique » et que l’on devine derrière le brillant homme de lettre, un amour pour certaines lectures plus « légères », son détective prendra également connaissance d’un récit qui pourrait se révéler une pièce déterminante sur les derniers jours de la vie de W.H.Hodgson. Un récit fascinant qui oppose Lovecraft, ou peut-être est-ce son double, au très célèbre Carnacki le chasseur de fantômes. Un pari insensé dont l’enjeu est un ouvrage mythique « « Le bibliotaxinomia considéré comme un assassinat ». Un rencontre déjà légendaire qui pourrait figurer en bonne place dans la célèbre anthologie « Les compagnons de l’ombre » où le reclus de providence se révèle en outre un redoutable « collectionneur de curiosités » Et comme pour brouiller un peu plus les pistes, nous avons droit à l’énumération de toute une bibliothèque infernale et maudite si chère aux continuateurs de H.P.L.

Rassurez-vous, vous croiserez également la route d’une grande quantité d’autres personnages tout aussi célèbres et mystérieux, qu’il vous sera possible de retrouver en fin de volume dans une utile et intéressante bibliographie agrémentée de « Quelques livres jugés essentiels pour instruire le jugement et qui furent des compagnons de l’auteur durant la rédaction de ces confessions ». J’ai pour ma part relevé quelques ouvrages passionnants qui doivent d’ores et déjà cheminer vers ma bibliothèque.

Une fois arrivé à la fin des 200 pages, nous vient alors comme un malaise, une sensation bizarre, comme un manque : la bibliopathonomadie serait-elle contagieuse ? Lire ce livre, c’est participer à une expérience aussi savoureuse que jubilatoire où l’auteur nous emporte de façon magistrale dans une histoire recomposée, une intrigue qui ne trouve de solutions que par l’intérêt qu’elle suscite en nous. Dans cet « égarement » où nous nous laissons emporter avec plaisir et délectation, Eric Poindron nous fait partager son amour pour la littérature et tout ce qu’elle peut comporter de mystérieux et d’enrichissant. C’est un voyage trépidant auquel il nous convie, dans cette zone crépusculaire entre le mythe et la réalité et qui nous fait vivre, avec une parfaite maîtrise du verbe, une érudition sans faille et un goût prononcé pour le roman d’aventure, un des plus agréable moment que la littérature romanesque puisse nous donner.

J’espère, cher Eric que vous me pardonnerez ces excès de bavardage et il ne me reste plus qu’a vous adresser une dernière supplique : A quand la suite !

« De l’égarement à travers les livres », dont on ne félicitera jamais assez le superbe travail de couverture de Casajordi, est le 5éme volume de la collection « Curiosa & Coetera » aux éditions du « Castor Astral ».Une bien belle collection où il vous sera possible, antre autre, de découvrir un très intéressant recueil de nouvelles d’un auteur que j’apprécie tout particulièrement : Claude Seignolle ( « Au château de l’étrange »), et d’un roman tout aussi fascinant : « Le Paradisier » de Frédéric Clément.

Un éditeur à suivre et à consommer sans modération !

http://www.castorastral.com/

 

Les Coups De Coeur Du

 



Les Coups De Coeur Du « Moi »

Ce mois ci deux ouvrages viennent enrichir ces « coups de cœur » et, une fois n’est pas coutume, une superbe redécouverte et une étude qui je pense ne pourra que charmer les « collecteurs » de choses anciennes que nous sommes.

Si vous êtes comme moi, un amateur de curiosités et de choses rares, alors allez vite faire un tour sur ce lien et vous y découvrirez l’interview d’un personnage vraiment fascinant. En fait vous allez découvrir un petite facette de deux individus incroyables : Claude Seignolle et Eric Poindron. J’ai toujours été émerveillé par les gens de lettres, les vrais, ceux qui ne font pas beaucoup de bruit, qui utilisent les mots avec élégance et facilité. Je suis admiratif du langage et, bien que ne sachant pas l’utiliser avec autant d’aisance et de sobriété, je suis éperdument amoureux de la musique des mots, la couleur des phrases et la texture du vocabulaire. Nous découvrons donc dans ces lignes tout l’amour d’un homme cultivé et passionnant, pour un auteur qui bien que très discret, est pourtant à la tête d’une imposante bibliographie.

J’avais découvert Claude Seignolle il y a de cela plusieurs années et cette soif de mystère et de fantastique ne pouvait que me diriger vers cet auteur mêlant de façon érudite folklore et fiction. Un homme profondément enraciné dans notre terroir et dont le talent fait resurgir de manière saisissante tout se patrimoine culturel de contes et de légendes dont notre pays peut s’enorgueillir. Mais au-delà de l’histoire, il y a les mots et le fait de parcourir cet entretien, m’a redonné l’envie de me replonger dans l’œuvre de Mr Seignolle.

En reprenant la lecture de « La nuit des halles », je me rends compte à quel point j’étais passé à coté d’un ouvrage vraiment extraordinaire et d’une sensibilité extrême. Élégant mais jamais maniéré, sobre tout en étant puissant et poétique à la fois, des textes empreints d’une grande générosité de cœur et de sentiments. L’amour y flotte comme une étrange odeur de parfum douceâtre et entêtant comme la mort. Des personnages s’y meuvent et leurs destins marqués par une rencontre aussi soudaine que durable ne pourront être que source de souffrance et de mélancolie. Douleur de l’âme et de l’esprit, corps graciles et fantomatiques rencontrés au coin d’une rue au hasards d’une errance nocturne, compagnon de route d’un énigmatique et silencieux personnage, vie éternelle dont le destin se trouve enfermé dans la flamme tremblotante d’une bougie, quête improbable à la recherche d’une figure folklorique, la mort dans « La nuit des halles » est d’une présence permanente, réclamant son dû pour chaque histoire, comme pour mieux nous rappeler que nous faisons partie intégrante d’un cycle dont la fin est presque toujours inéluctable.

Claude Seignolle est un magicien des mots, nous ne pouvons que boire ses phrases avec une grande avidité, car elles coulent en nous de façon onctueuse et rafraîchissante et sont la promesse d’agréables moments de lecture, riches et captivants. Un auteur qui nous fait aimer encore plus la littérature et qui, personnellement, illumine mes journées dans la perspective de tenir entre mes mains un de ses ouvrages.

Un grand merci à Eric Poindron de nous donner l’opportunité dans sa prometteuse collection « Curiosa & coetera » de (re)découvrir toute la magie de ce fascinant et talentueux personnage.

« La nuit des halles » de Claude Seignolle.G.P.Maisonneuve et Larose, éditeurs. Mille exemplaires sur Alfa mousse.1965.

- « Invitation au château de l’étrange » de Claude Seignolle. Editions du Castor Astral, collection « Curiosa & coetera ».2011.

Pour la passionnante interview de Eric Poindron, c’est ici:

http://www.heresie.com/eric_poindron.php

 

 

Walter Benjamin disait à propos des collectionneurs que « cette passion confine au chaos des souvenirs ». De ce fait dans cet ouvrage Philipp Blom nous raconte comment au travers de cette curieuse et singulière « manie », ils s’emploient à mettre de l’ordre dans le désordre du monde. L’auteur nous rappelle également que « dans notre société de consommation, nous sommes tous des collectionneurs à notre façon ».

Cette « Histoire intime des collectionneurs » est une étude passionnante des plus grandes figures du genre, une sorte de cartographie des objets insolites et rares accumulés par des personnages hauts en couleurs .Mais, loin de susciter l’ennuie par une liste laborieuse et sans intérêt, l’auteur parvient à attiser notre curiosité par quelques bonnes anecdotes et autres faits historiques toujours placés à point nommé, une étude qui se dévore comme un roman. Blom, en spécialiste du genre, prend ici un malin plaisir à décortiquer les traits de ces grandes figures historiques qui, sans avoir à aucun moment participées à l’édification de l’histoire des hommes, en sont pourtant les témoins et les archéologues attentionnés, au travers de leurs incroyables « collections ».

Lorsque la science n’était pas une science exacte, qu’elle ne possédait pas de véritable « statut » ce sont les collectionneurs qui commencèrent à accumuler et à répertorier, les objets curieux, les créatures bizarres que l’on rapportait de ces nouvelles terres, découvertes au-delà des océans. Mais déjà à cette époque (le XVIéme siècle) on s’interroge sur l’utilité de telles démarches et des personnages célèbres comme Saint Augustin, Saint Thomas D’Aquin opposent une farouche résistance, car ce poser trop de questions sur tout ce qui nous entoure, peut révéler des choses dérangeantes et avoir un effet néfaste sur les croyants, les éloigner de dieu : L’ignorance est le meilleur moyen de lutter contre l’opposition.

Les collectionneurs furent à l’origine des hommes curieux et dont la soif de découverte n’avait aucune limite, entassant au fil des années dans leur extraordinaire « Studioli » une quantité impressionnante d’autant de preuve de la singularité de notre monde. Livres, objets, curiosités parfois proches du macabre, du surnaturel ou de l’improbable, c’est un fascinant voyage au pays du bizarre que nous est ici proposé. Dans un monde de bêtise, d’ignorance et de violence, vous allez ainsi pénétrer dans une autre dimension, où la découverte se fait reine, le savoir un havre de paix, dans la quiétude feutrée originale et sereine de ces quelques cabinets de curiosités dont nous ne voudrions jamais ressortir.

- « Un histoire intime des collectionneurs » de Philipp Blom. Editions Payot.2010

 

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