« Le Confesseur Sauvage » de Philippe Foerster……du Grand Art!

Posté le Dimanche 22 septembre 2019

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Publié en 2015 ce volume de Philippe Foerster, demeure pour moi mon préféré, et ce, à plus d’une raison . Tout d’abord le contexte conjectural : Un fragment de lune se détache de notre satellite et vient pile-poil se ficher sur la centrale nucléaire de Tchernobourg . En forme de croissant de lune, il confère non seulement au paysage environnant un air d’apocalypse, mais entraîne de part son impact de nombreuses fuites en provenance des cuves radioactives et une contamination de la population qui, bien que continuant à vivre comme si de rien n’était, n’en génère pas moins son lot de mutants aux caractéristiques assez inattendues. Ensuite, il y a ce dessin inimitable qui plonge à chaque fois le lecteur dans un univers cauchemardesque et si parfois le réel imprègne l’une de ses planches, c’est pour vous plonger de manière plus abrupte au cœur de quelques sombres demeures d’où vous ne ressortirez pas vivant.
C’est donc l’histoire, où plutôt les cinq histoires racontées par un singulier personnage qui s’est auto-proclamé prêtre et qui recueille les confessions d’étranges paroissiens pour qui mutation est synonyme de malédiction. Il faut dire qu’en présence de ce représentant du seigneur de pacotille, les langues se délient vite en raison de son don un peu exceptionnel. Pourvu de tentacules en lieu et place de ce qui lui tenait de jambes, chaque fois que l’un de ses appendices touche une personne, celle-ci se sent submergée par une irrépressible envie de raconter son histoire : une bien étrange manière de se confesser !
Nous voilà donc les témoins de ces cinq histoires dont les titres débutent toujours par celui qui…., cinq histoires où le rire se mêle à l’effroi et qu’il s’agisse du récit de cette limace qui se prenait pour un top-modèle, cet homme aux étranges mains d’araignées, de ce chasseur de spectres impitoyables, d’un enfant capable de générer des explosions à l’envie ou de celui possédant cet étrange pouvoir d’engloutir les ectoplasmes, toutes baignent dans un climat surréaliste, imprégnées del’univers si particulier de Philippe Foerster. Car l’homme est non seulement doué pour nous conter des histoires d’un macabre taillées dans du diamant, mais il nous délecte de son coup de crayon inimitable aux perspectives parfois vertigineuses en jouant habilement avec la bichromie histoire d’accentuer le coté glauque et spectral de certaines situations. Cet auteur est pour moi la quintessence même de toute cette littérature fantastique dont j’ai été nourri et tout particulièrement Jean Ray bien entendu, mais également Thomas Owen et Gérard Prévot en passant par Kafka et Topor. Tout un univers de personnages falots, parfois insignifiants, mais qui vont être confronté à un destin souvent abominable, comme si ce dernier, dans un excès d’acharnement voulait leur montrer qu’il peut y avoir des choses bien pires qu’une vie triste et insignifiante. L’univers de cet artiste, c’est une galerie de portraits incomparables, de Freaks aux sourires désabusés, entre la caricature et la sombre réalité qui nous entoure, le quotidien de ses petites gens qui un jour va basculer dans un fantastique pur et dur avec un humour souvent corrosif mais avec toujours un soupçon d’humanité . Il est parvenu à insuffler une dimension fantastique à notre vie quotidienne en donnant juste un petit coup d’épaule pour nous faire comprendre que, d’un claquement de doigt tout peu basculer et qu’au final l’imaginaire n’est qu’une question de point de vue.
Sans nul doute un album excellent qui ne devrait pas vous laisser indifférent tant par le texte que par l’image, j’y ai personnellement trouvé beaucoup de talent, de génie et de cette sensibilité qui lors du dernier dessin de la dernière histoire ne pourra pas vous laisser de ce marbre de la pierre tombale.
« Le confesseur sauvage » est un album à consommer sans modération et de toute urgence, car une chose est certaine, c’est que vous n’en sortirez pas indemne et qu’il exercera sur vous cet étrange pouvoir attractif de ces ovnis de l’imaginaire qui se font rares par les temps qui courent.

« Le confesseur sauvage » par Philippe Foerster. Éditions Glénat 2015.

 

Note de l’éditeur :

Les monstres aussi ont leurs états d’âme !

Dans la ville de Tchernobourg, suite à une catastrophe nucléaire, une partie de la population se retrouve transformée en d’effroyables mutants. Résultat : des limaces géantes, hommes-araignées et toutes autres sortes de monstruosités côtoient à présent les citoyens lambda. L’un de ces mutants, un poulpe empathique, remarque un fait étrange : lorsqu’il s’assoit près de quelqu’un, l’un de ses tentacules se met inéluctablement à venir tapoter amicalement l’épaule de son voisin qui se met aussitôt à se confesser. C’est ainsi que notre ami poulpe va s’improviser prêtre et venir à la rencontre des habitants de Tchernobourg recueillir des témoignages tous plus délirants les uns que les autres.

le confesseur sauvage

le confesseur sauvage planche 3

le confesseur sauvage planche 2

le confesseur sauvage planche 1

 

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« Les nuages de Magellan » de Estelle Faye

Posté le Mardi 10 septembre 2019

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Il existe certains auteurs qui me font penser à cette catégorie de réalisateurs dont l’immense talent leur permet de créer des films culte et ce, quel que soit le genre abordé. Estelle Faye est un peu de la trempe de types comme Stanley Kubrick ou Robert Wise dont le génie leur permet de réaliser un chef-d’œuvre dans des domaines aussi variés que le western, le polar, le film de science-fiction, de guerre ou la comédie musicale. Lorsque l’amateur éclairé se penche sur la carrière de cette auteure, il lui sera possible de se rendre compte de la diversité des genres qu’elle aborde dans ses romans : Fantasy, Roman post-apocalyptique, roman historique, roman pour la jeunesse et dernièrement space opéra…..et tout cela avec le même talent, la même délicatesse d’écriture et surtout ce don inné pour raconter de belles et prenantes histoires afin de capturer le lecteur et de le tenir en haleine de la première à la dernière page.

Déjà lauréat de nombreux prix, son dernier roman « Les nuages de Magellan » vient de revoir le prix « Rosny aîné » pour cette petite merveille de space opéra et l’on se félicite que le jury ne soit pas passé à côté d’un texte écrit comme il se doit avec toute la maestria dont elle sait faire preuve. Dans ce roman , Estelle en restant fidèle aux bonnes recettes du genre , est parvenue à lui insuffler sa propre respiration en sachant doser efficacement ce qu’il fallait d’aventure, de mystère, de passion de sensibilité et de baston dans un monde en pleine mutation où la conquête de l’espace n’est plus que l’apanage des grandes compagnies à la solde d’un pouvoir dictatorial voulant imposer sa propre loi aux hommes qui ne demandent qu’à vivre librement et assouvir eux aussi leurs besoins d’explorer de nouveaux horizons , d’aller au-delà de ce que peut leur permettre une vision étriquée. C’est l’histoire d’une civilisation opprimée se raccrochant à de vieilles légendes d’un monde meilleur, de pirates de l’espace et de capitaines courageux. L’histoire d’un mythe, d’un légendaire vaisseau de pirate qui tente fièrement de se dresser contre le pouvoir en place et qui vient narguer les dirigeants d’un univers qui ne fonctionne pas comme il le devrait. Avec ce récit, Estelle revisite également nos bonnes vieilles histoires de pirates où jambes en bois et bandeau sur œil crevé sont remplacés par des jambes artificielles et des yeux bio ioniques. Vous allez y retrouver avec délectation l’histoire d’une belle héroïne, Dan chanteuse de jazz qui, la tête toujours dans les étoiles, va croiser le chemin de Liliam, véritable légende vivante et embarquer avec elle dans une incroyable histoire qui va les mener aux confins de la galaxie à la recherche de leur « Île au trésor » la mystérieuse Carabe , havre de paix où la richesse se matérialise sous la forme d’une liberté sans condition .

Le lecteur que je suis, nourri aux classiques du genre, va se délecter à la découverte de ces mondes mystérieux, peuplés d’étranges créatures et de personnages hauts en couleur qui vont croiser le chemin de nos deux héroïnes et participer à une aventure qui rapidement va se révéler exaltante mais terriblement dangereuse. « Les nuages de Magellan » c’est aussi le retour en force de véritables héroïnes, prenant leurs destinées en main, et prouvant avec beaucoup de panaches et de subtilité, qu’un bon roman du genre n’est pas uniquement bourré de testostérones. Un roman qui prône la tolérance et l’acceptation des différences non seulement des rapports entre humains mais aussi entre l’homme et de fait femme avec la machine.

J’aime toute cette délectable sensibilité dans l’écriture de l’auteure, elle a cette faculté de vous emporter de sa plume délicate mais virile à la fois, car ce n’est pas une main puissante mais molle qu’elle vous tend mais des doigts délicats et fermes. Il y a de l’inventivité dans les mondes qu’elle nous propose, des idées excellentes qui viennent titiller notre cervelle de lecteurs aguerris et nous procurer ce plaisir jubilatoire que recherche l’amateur du genre lorsqu’il ouvre un nouveau livre. Quelle belle idée que celle de ce capitaine lié à son vaisseau par un lien organique, un bras artificiel en l’occurrence, et lui permettant cette fusion parfaite que seule une amputation sera capable de rompre définitivement. Ce livre regorge idées, comme cette mystérieuse planète faite de sel et cette autre construite sur plusieurs niveaux….. alors embarquez à bord du « Carthagéne » , vous verrez que vous ne serez pas au bout de vos surprises ! Cet ouvrage est en effet une véritable porte ouverte vers des mondes étranges qui jadis peuplaient les étals des marchands mais qui peu à peu ont laissé place à une littérature insipide, formatée où l’aventure n’est plus que synonyme d’ennui mortel, à suivre les fades exploits de héros de plus en plus conventionnels. Il y a dans son style ce plaisir que nous éprouvions lorsque, à l’époque où le space-opéra était un genre divertissant et surtout plaisant à lire, nous prenions l’un de ces précieux volumes tout en sachant que, quoiqu’il se passe, nous allions nous évader, la tête dans les étoiles, pendant quelques heures de pur bonheur,

J’ai retrouvé dans ce texte ce même plaisir de lecture, je me suis laissé emporter par son aisance d’écriture et je me suis retrouvé le temps d’un clignement de paupière, tellement le texte est prenant, à cette époque où je découvrais avec ce plaisir mâtiné de ce petit frisson de l’aventure ces bons vieux romans de pirates et de trésors cachés, de princesses aux prises avec des super méchants de l’espace, de toute cette littérature qui a bercé notre enfance et qui quelques années après nous procure avec ce volume, des sensations identiques .

Voilà un univers qu’il ne reste plus qu’à exploiter, car il y a plein d’éléments qui nous laissent présager peut-être une suite à l’aventure et de toute façon en l’état, il est impossible à Estelle de nous laisser prisonnier d’un univers aussi riche et plein de promesses et de nous y abandonner sans nous donner la possibilité d’y vivre de nouvelles épopées. C’est le seul reproche que je peux avoir à l »encontre de cet ouvrage, c’est de nous avoir ouverts l’appétit sans nous avoir complètement rassasié. Mais c’est là un de mes défauts, une gourmandise insatiable qui me pousse, lorsque je suis accro à quelque chose, d’en vouloir encore toujours plus,

Mais en l’état, « Les nuages de Magellan » se suffit à lui-même, une incroyable et belle odyssée , pleine de sensibilité, d’inventivité et de toutes ses petites choses qui dans un travail d’écriture font que dès que vous lisez les premières lignes, vous savez que vous allez être prisonnier, pas par obligation, mais par choix délibéré car c’est vous-même qui avez fermé la porte et jeté la clef afin que personne ne puisse vous faire sortir , et ça, ce n’est pas donné à tout le monde !

Un superbe dernier roman à rajouter à un palmarès déjà d’une grande richesse.

« Les nuages de Magellan » de Estelle Faye éditions Scrineo, Couverture de Benjamin Carré

 les nuages de Magellan

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Teddy Verano: Réhabilitation d’un Détective Des Fantômes

Posté le Vendredi 9 août 2019

Teddy Verano Logo

Teddy Verano m’a tellement marqué depuis de nombreuses années que je l’ai adopté comme pseudonyme sur de nombreux sites et forums. J’espère que Maurice Limat voudra bien pardonner cet emprunt, signe de toute l’affection et la fascination que j’ai toujours eu à l’égard de cet attachant personnage.

Il y a toujours en nous, lecteurs infatigables de l’imaginaire, cette part de phantasme que l’on accorde à des œuvres souvent oubliées de toutes et de tous et qui dorment parfaitement alignées dans quelques bibliothèques de collectionneurs jaloux de leurs trésors ou pire, à moisir dans des caves obscures, se déliter dans d’anonymes containers à ordures. Rien n’est plus terrible que cette disparition programmée, cette amnésie collective pour une littérature jugée trop insignifiante pour attirer l’attention de quelques mécènes de l’édition pour qui rentabilité est plus importante que sauvegarde d’un certain patrimoine. Un gros éditeur ne prendrait pas trop de risque à se lancer dans ce travail de mémoire, ce sauvetage salutaire qui se doit d’être réalisé maintenant avant que ne disparaisse les derniers dinosaures d’un monde suranné aux accointances littéraires qui frôlent la démence tant elles sont considérées comme obsolètes. Pourtant et fort heureusement, il existe certaines exceptions à la règle où des éditeurs, animés par cette douce folie qui n’affecte que les gens de goûts, prennent des risques et n’écoutant que la simple envie de plaisir et de se faire plaisir, entreprennent des chantiers colossaux aux allures de paris insensés en proposant aux lecteurs les plus attentifs des rééditions pour le moins inespérées.
Les Moutons Électriques sous la direction d’André-François Ruaud c’est un peu comme Don Quichotte l’archétype du personnage idéaliste et généreux qui se pose en redresseur de torts et en défenseur des causes perdues. Car il faut être animé d’une belle et noble cause pour oser nous proposer depuis quelques années des textes condamnés à un oubli probant et exhumer des textes, voire des séries entières, qui ne seraient plus qu’un souvenir, une vague réminiscence, une impression de déjà entendu, sans leur devoir de mémoire. Avec un catalogue déjà bien rempli de textes à ce jour introuvables ou jalousement gardés par des maniaques du vieux papier, notre patrimoine populaire se trouve à présent riche de la nouvelle sortie de l’intégrale, ou presque, des aventures d’un détective hors du commun, dont les enquêtes se mêlent souvent avec cette envoutante fragrance de fantastique, j’ai nommé Teddy Verano.
Une carrière hors du commun pour cet illustre personnage, connu seulement par quelques initiés et dont on raviva la mémoire en décembre 82 dans le N°12 de la défunte et sublime revue « Le fulmar » lors d’un double numéro consacré aux « Détectives de l’incroyable ». À l’occasion de la sortie de ses deux revues devenues introuvables, l’infatigable François Ducos réserva une place de choix à notre célèbre inspecteur et l’occasion pour moi de faire connaissance avec cette branche inconnue de la littérature fantastique : le détective de l’étrange ! Imaginez, à l’époque de sa sortie, j’avais 22 ans et depuis cette passion ne s’est jamais éteinte.
Il faut dire que depuis la lecture de ce fameux numéro, je n’ai eu de cesse de trouver l’intégralité des aventures de Teddy Verano et l’affaire n’était pas gagnée d’avance, pensez donc pas moins de 70 aventures qui s’échelonnent entre 1936 et 1981 et publiées dans des formats et des collections aussi diverses que variées, entre le roman populaire, policier, d’aventure et de science-fiction en passant par le simple fascicule de format minuscule , le petit broché, ou le format roman de gare….. Un véritable casse-tête pour le collectionneur !
Au final une série qui s’annonce bien difficile à trouver et si des années d’acharnement me permirent d’en retrouver la quasi-totalité, certains titres restent encore inaccessibles. Dans cette perspective, il nous faut donc saluer le travail immense réalisé par les Moutons Électriques qui ont bien compris toute l’utilité de fonctionner de manière collective et d’utiliser les liens étroits tissés dans la communauté des amateurs du genre en lançant un appel à la mobilisation générale de manière à regrouper l’ensemble de la production des Teddy Verano. Toutefois, réussir la gageure de réunir tout le support papier n’est qu’une première étape, encore faut-il numériser et retravailler tout cela : caractères souvent illisibles, si ce n’est pas effacé, fragilité de certains ouvrages, difficulté à ouvrir certains livres comme les « Angoisses », car il y a dans ce travail de réédition un respect à avoir pour les ouvrages prêtés (les collectionneurs sont des maniaques……) Un boulot donc de titan, réalisé avec brio par de petites mains agiles et le résultat se révèle stupéfiant devant nos yeux empli d’une certaine émotion car le défit se révélait impossible, ou du moins la tache très ardu. Au final, le résultat est là, une intégrale en 9 volumes, sous une couverture sobre mais efficace du talentueux Melchior Ascaride et dont la marque de fabrique se symbolise par un V comme Verano certes, mais aussi comme Victoire. Cette intégrale est dotant plus louable, c’est que non seulement elle a pour vocation la réhabilitation d’un auteur et d’une partie de son œuvre, mais elle permet en outre de regrouper en quelques volumes une intégrale qui, comme je vous le précisais plus haut est pratiquement impossible à trouver complète en raison de sa rareté. Le lecteur avisé ne s’y trompera pas et ne laissera pas passer une telle aubaine d’autant plus que le tirage est limité, malgré le nombre d’amateurs qui, ne nous faisons pas d’illusion, diminue comme peu de chagrin. Pourtant quelle joie de se plonger dans cette littérature de genre, peuplée de sales trognes, de tueurs implacables, d’esprits dérangés, de spectres affamés de vengeances, dans un univers unique en soi qui finalement n’est pas si éloigné que cela de notre quotidien. Le genre d’auteurs et de personnages qui alimentent notre soif d’aventures, de mystères et de fantastique !
Chaque volume comporte la même illustration, mais avec une couleur différente et la typo du titre sur fond noir avec ces deux corbeaux dont un prenant son vol est du plus bel effet et confine à cette série un coté sobre, mais terriblement classe. À l’intérieur des volumes en début de chaque aventure vous y trouverez la couverture d’origine, mais il faut surtout saluer la magnifique introduction de notre ami Francis Saint-Martin dans le premier volume. Cet érudit des littératures populaires, grand archiviste devant l’éternel et dont l’érudition en la matière n’est plus à prouver, nous offre une passionnante présentation de l’auteur avec surtout la genèse de Teddy Verano et son parcours sur 45 ans d’existence avec certains petits points de détail sur son œuvre qui font toute la différence, donnant à cette préface un atout indispensable voire incontournable. Une approche méticuleuse de l’auteur et de son œuvre probablement la moins connue, car elle n’intéressait jusqu’à présent qu’une poignée de spécialistes amoureux de cette catégorie pendant fort longtemps restée dans l’ombre : le détective de l’étrange !
Concluons par cette phrase que je me permets d’emprunter à Francis et qui vient conclure sa très belle préface :


« Maurice Limat, est mort le 21 janvier 2002 à Sèvres, en regrettant, malgré sa bonhomie, d’être un auteur un peu oublié malgré une œuvre importante. Nous ne doutons pas qu’il et été heureux de voir rééditer, même dans une édition limitée, les exploits de son alter ego, son détective des fantômes, le sympathique Teddy Verano »


Un grand bravo à toute l’équipe des Moutons, un risque une fois n’est pas coutume de leur part, qui n’est pas évident à prendre, mais on ne vit qu’une seule fois et si ce n’est pas maintenant qu’il faut agir et surtout se faire plaisir, après il sera hélas trop tard.

Merci pour nous et merci pour Maurice Limat, l’ombre du grand Teddy veille sur vous les amis !

Pour commander les livres cliquez ici : https://www.moutons-electriques.fr/

Teddy Verano intégrale volume 1

Teddy Verano intégrale volume 2

 

 

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Collection Tallandier « A Travers L’univers » Inventaire des Quatre Séries

Posté le Lundi 5 août 2019

 

A travers série 1

Nous allons débuter cette base de données par la collection « A travers l’aventure » première et deuxième série .

Les titres en rouge et gras appartiennent au domaine conjectural, vérification après lecture, si d’autres titres vous semblent , après lecture, appartenir à ce domaine, merci de bien vouloir informer Philippe ou moi même

 

À travers l’aventure première série (alternant romans d’aventures et récits vécus) Tallandier

1 Le tour du monde d’un gamin de Paris Louis Boussenard  SF
2
Surcouf roi des corsaires Arthur Bernède 1932
3
Les coureurs de Llanos Henry Leturque   1932
4
Vent-en-Panne, corsaire Jean Normand 1932
5
Les brûleurs de galions Albert Bonneau 1932

6 Jean Bart, dieu des mers Arthur Bernède 1932
7
Les pirates de l’ivoire Jean Clairsange 1932
8
Le maître du Mississipi Pierre Mariel
9 La piste de flamme Ph. Noort 1932  SF (avion sans aile, vitesse > son, amphibie)
10
Hernando Cortez, le conquérant du Mexique Ch. Beaulieu 1932

11 Aventures d’un gamin de Paris en Océanie Louis Boussenard 1932
12
Le naufrage de La Méduse Pierre Dukay 1932
13
Jim Blood le négrier Maurice de Moulins
14
Abd-el-kader l’indomptable émir Louis Grandval
15 Le roi de l’inconnu Commandant de Wailly 1932  SF

16 Le vainqueur des pavillons noirs (Francis Garnier)Pierre Mariel 1932
17
Denise, la fille du sorcier Maurice Mario 1932
18
Le prospecteur de la sierra Jean Normand 1932
19
La vengeance des Afridis Albert Bonneau 1932
20
Le destin tragique de James Cook Pierre Maidières 1932

21 L’île du solitaire Maurice Champagne 1932  SF
22
Samuel Champlain, premier des canadiens Ch. Beaulieu 1932
23
Les renégats de Marrakech Maurice de Moulins 1932
24
Sous les sagaies des cannibales Pierre Mariel
25
Le brick sanglant Commandant de Wailly

26Tombouctou la mystérieuse Jean Normand 1932
27 Le cavalier du crépuscule Albert Bonneau 1929
28Au pays des amazones Jean d’Arjanse 1932
29 Le campong aux têtes fumées André Falcoz
30 La vie extraordinaire de Barberousse Louis Grandval 1933

31 L’arche en dérive Norbert Sevestre 1933 INTRUS
32 Les héros de Tuyen-Quan Pierre Dukay
33Le napoléon des îles Commandant de Wailly
34 L’émir félon, Samory roi du Soudan Félix Léonnec 1933
35 La capitaine Tête-de-Mort Maurice de Moulins 1933

36Charles de Foucauld au Maroc Pierre Mariel 1933
37 A l’ombre du Bouddah vivant Marcel Vigier 1933
38A la conquête du Sénégal Jean d’Arjanse 1933
39La nuit de l’engoulevent Pierre Dennys 1933
40Maximilien, l’empereur martyre Pierre Maidières

41 Le meurtrier du globe Commandant de Wailly 1933  SF
42 Les pèlerins de l’inconnu Jean Normand 1933  SF ??

43 Morok, l’orang-outan Maurice de Moulins 1933
44 Duquesne l’intraitable Ch. Beaulieu 1933
45Les mystères du mas perdu Jean Clairsange 1933

le roi de l'inconnu

 

A travers série 2

 A travers l’univers deuxième série 

Avec pour la plupart des illustrations de Maurice Toussaint. (96 pages, 2Frs ) récits historiques, a priori rien de conjectural sauf avis contraire

1
Savorgnan de Brazza au Congo Pierre Mariel  
2
Sur la route du Niger Jean d’Arjanse 1933
3
Les aventures de Jacques Cartier José Douro 1933
4
Le Napoléon du Cap, Cecil Rhodes Pierre Dukay 1933
5
Les exploits de Duguay-Trouin Louis Granval 1933

6 Godefroy de Bouillon à la croisade Pierre Mariel
7
Le survivant du Mercure Jean Normand 1933
8
Les héros de l’Antarctique ( Scott au pôle sud ) Albert Bonneau 1933
9
De Paris à Palikao Pierre Maidière 1933
10
Vers le Tchad mystérieux Jean d’Arjanse

11 L’infatigable Bougainville Charles Beaulieu 1933
12
Le drame du Transsaharien George Fronval  
13
Vasco de Gama, grand amiral de la mer des Indes L. Granval 1933
14
Le pays des cent mille embûches Maurice de Moulins 1933  
15
Qui vive ? … France ! Félix Léonnec

16 Les libérateurs des noirs, Toussaint-Louverture et Soulouque Jean Normand  
17
Les français en Egypte Pierre Dukay 1933
18
Le sachem rouge, Sitting-Bull Jacques Chambon  
19
Cervantes chez les pirates d’Alger Pierre Mariel 1933
20
La loi du talion José Douro 1933

21 Les conquérants du Gabon Jean d’Arjanse  
22
Tourville, le roi-soleil de la marine Charles Beaulieu 1933

Annoncé, non paru :

23 Scouts, service secret Jean de la Hire

 

A travers série 3

 

A Travers l’Univers troisème série 

Non numéroté, illustrations non signées, pas d’illustration intérieure, format poche 12×18,5 cm, environ 220-250 pages. Bandeaux bleus. Les dates sont trompeuses, car plusieurs rebrochages pendant la guerre d’ouvrages plus anciens (de la BGA a priori).

La numérotation est purement à titre d’indication et n’est pas mentionnée sur les volumes de la collection

Dans cette liste les titres en gras et rouges sont reconnus comme étant de la SF. Toutefois il manque des informations sur les deux derniers titres et sur certaines dates de quelques ouvrages

 

1 La perle de Mindanao Maurice de Moulins ( Albert de Bonneau) 1935

2 Les chasseurs d’ivoire Albert de Bonneau 1935

3 La Pampa tragique Albert de Bonneau 1936

4 Le Dernier des Mohicans Fenimore Cooper 1936

5 Le carré diabolique Georges Le Faure 1936

6 Le Diable de Mallicolo Maurice de Moulins ( Albert de Bonneau) 1937

7 Le Monstre du marais sans borne Maurice de Moulins ( Albert de Bonneau) 1937

8 Le cobra noir Jean Normand 1939

9 Le maître de l’étoile Jean Normand 1939

10 L’aviateur du Gran Chaco François de Gondou 1939

11 La Cité du roi lépreux Emilio Salgari 1939

12 Les pygmées de Norbert Sevestre 1939

13 Le complot des météores Maurice de Moulins ( Albert de Bonneau) Date ?

14 La revanche de Catamount Maurice de Moulins ( Albert de Bonneau) Date ?

15 Le volcan de l’éternel oubli Maurice de Moulins ( Albert de Bonneau) Date ?

16 Uraga le Forban Mayne-Reyd Date ?

17 Le defi d’un boy-scout Colonel Royet Date ?

18 La princesse du no man’s land Maurice de Moulins ( Albert de Bonneau) Date ?

19 Le semeur de Feu André Falcoz Date ?

20 La cité sans soleil Albert de Bonneau Date ? Teneur conjecturale à confirmer

21 Les vengeurs du soleil Jean Normand 1944 ? Teneur conjecturale à confirmer

A travers série 4

 

A Travers l’Univers quatrième série

Non numérotés, illustrations R. Adam, pas d’illustrations intérieures, format petit poche 10,5×15,5, environ 255 pages. 12 volumes selon La Librairie Tallandier.

La numérotation est purement à titre d’indication et n’est pas mentionnée sur les volumes de la collection

Dans cette liste les titres en gras et rouges sont reconnus comme étant de la SF.

 

1 La guerre des mondes H.G.Wells Date ?

2 Contes de l’Inde Rudyard Kipling Date ?

3 La flèche noire Robert Louis Stevenson Date ?

4 Le mystère de Cloomber Arthur Conan Doyle 1953

5 Moby Dick Hermann Melville Date ?

6 La folie Malaise Joseph Conrad Date ?

7 Le bateau qui pleure Roger Vercel Date ?

8 Le Péril bleu Maurice Renard 1953

9 La Citadelle des glaces Paul Alpérine 1953

10 L’île des phoques Georges Blond

11 L’appel lointain Edison Marshall

12 Les bâtisseurs de ponts Rudyard Kipling Date ?

 

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Base de données des collections d’anticipations anciennes

Posté le Lundi 5 août 2019

 

A compter de ce jour, sous l’impulsion de mon ami Philippe Mura, grand collectionneur devant l’éternel et archiviste de premier ordre, « Le chasseur de chimères » va se faire le porte parole d’une forme de centre de documentation des littératures de l’imaginaire et du Merveilleux-Scientifique,en vous proposant des listes de collections célèbres ou d’autres moins connues afin d’en faire, grâce à l’aide d’un groupe de chercheurs indépendants, spécialistes du genre ou simples passionnés, des listes les plus exhaustives possibles. Toutes les formes y seront traitées : collections, revues, journaux, magazines…….

Il vous suffira, soit par l’intermédiaire de la messagerie du blog soit en envoyant un mail à mon adresse ou celle de Philippe de nous fournir les éléments nécessaires afin de compléter ou modifier certains éléments figurants sur la ou liste disponibles sur « Le chasseur de chimères » ;

Afin de connaître la source de toutes ces informations, chaque fois qu’un élément sera rajouté nous nous appliquerons à mettre entre parenthèse les initiales de l’informateur source afin de pouvoir, le cas échéant, pourvoir s’adresser directement à lui pour des renseignements complémentaires .

Avec Philippe , nous pensons que cette forme sera la plus adaptée afin de faire circuler les informations et posséder une base de données facilement retrouvable sur le site. Il vous suffira pour cela de mettre un mot clef dans le moteur de recherche du blog et de retrouver plus facilement la thématique et/ou la collection recherchée, ou tout simplement de repérer sur la colonne de droite du blog sous la rubrique « Base de donnée collection anticipations anciennes » la thématique désirée et de cliquer sur la photo de la collection correspondante.

Nous comptons sur votre implication et la fiabilité des vos informations et maintenant c’est à vous de jouer !

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« Bulles de Dinos »: 150 ans de Paléontologie en Bande Dessinée!

Posté le Mardi 16 juillet 2019

bulles de dino

 

Habitué à présent à cette immense fête dinosaurienne qu’est le « Dinoblog » cette année une fois encore l’événement fut à la hauteur de mes attentes. Nos deux amis paléontologues, non content d’être brillant dans leur discipline , se passionnent également pour le domaine de la Savanture en nous gratifiant à chaque cession d’une communication sur le sujet et outre notre ami Marc Madoureau qui fit une brillante intervention sur la thématique des dinosaures au cinéma, j ’ai eu pour ma part l’année dernière l’immense joie de parler des dinosaures dans le roman d’aventure en couvrant une centaine d’année de publication . Mais il faut dire que notre ami Jean, directeur du musée ne manque pas une occasion, et ce, à chaque cession, de nous parler des dérives une peu fantasques de toute une génération d’écrivains pour qui le sujet, à défaut d’être une sujet à traiter avec la plus extrême des rigueurs, se devait de revêtir une forme distrayante pour le lecteur voire humoristique. Alors quoi de plus naturel pour notre très cher ami de clôturer cette version 2019 par une fort sympathique communication sur une question de la plus haute importance « Quand les dinosaures avaient des oreilles ». Sujet fort plaisant et traité d’une manière très rigoureuse avec exemples à l’appui et donc l’occasion de rebondir sur le sujet principal de ce petit papier : « Bulles de Dino »
Imaginez un cadre plus que propice, dans une grande salle où, en son milieu, trônent quelques beaux squelettiques spécimens et une allée, magnifiquement bien agencée en quatre petits espaces où les murs ne sont que reproductions de couvertures, d’affiches, de planches, de dessins et autres papiers colorés, autant de supports pour une magnifique exposition consacrée, comme son nom l’indique, à l’histoire des dinosaures en bandes dessinées. On n’imagine même pas le travail que cela a nécessité tellement cette exposition est riche et représente probablement…… non certainement, l’exposition la plus exceptionnelle sur le sujet !
Déjà, dés votre arrivée vous tombez sur le charme de ce panneau/tapisserie qui reprend en petite format une partie des BD que vous allez pouvoir admirer au sein de l’exposition. Commence alors un voyage dans le temps et dans l’histoire afin de rappeler au bon souvenir du visiteur que la genèse des dinosaures en bande dessinée est aussi ancienne que la découverte de ces illustres mastodontes. Se faisant pour l’occasion archéologues du merveilleux dessiné, nos deux complices , Jean et Christel, sont allés dénichés quelques perles rares, ignorées de toutes et de tous , allant même, grande classe, à réaliser avec quelques vieilles revues devenues introuvables, des albums plastifiés à consulter sur place et délicatement accrochées sur des panneaux afin que le curieux puisse les consulter à sa guise : lorsque l’exposition devient bibliothèque !
Une exposition qui devient alors au fil des reproductions un festival d’images tantôt humoristiques, tantôt de cette beauté surannée propre à ces images anciennes, voire terrifiante au fur et à mesure que nous progressons dans cet espace dédié. Car ici, l’intérêt n’est pas que graphique et purement artistique, il se veut également éducatif et nous sentons , panneaux après panneaux, que rien n’est laissé au hasard et qu’une bonne dose d’éruditions accompagnent les images d’un commentaire à la fois clair, précis , pertinent tout en restant raccord avec l’ambiance générale : humour et décontraction ! Mais il n’y a pas que cela à faire de cet endroit un lieu unique et l’on devine par les objets fait-maison qui ornent chacune des pièces qu’il y a non seulement de l’amour pour le travail bien fait, mais de magnifiques points de repère pour satisfaire encore plus le visiteur et l’inciter à tout regarder dans moindre détail, à savourer le plaisir que les organisateurs ont eu à apporter leur touche personnelle : vitrine pleine de BD dont chaque tranche est visible et vous pousse à regarder les titres (regardez bien il y a même une petite figurine de Rahan que j’aurais bien voulu emporter.) , une autre renfermant une pièce magnifique, un globe coupé en deux et prouvant que la terre est creuse et belle et bien habitée, une autre avec de précieux ouvrages sur les origines avec une splendide sculpture d’une créature antédiluvienne…..tout cela sans parler des affiches, des cadres et des superbes coussins dont deux furent vendus le soir lors de la vente aux enchères et dont l’un fut remporté par un membre du célèbre club des Savanturiers,
Un visite dont on a du mal à se détacher tellement elle fourmille de petits détails cocasses et amusants et comme nos deux amis sont d’une gentillesse extrême, tout cela se termine par le remerciement des auteurs et des éditeurs avec, suprême honneur une mention spéciale pour le club dont j’ai l’honneur d’assumer la présidence et ce n’est pas sans une certaine fierté qu’il y a un peu de nous dans cette exposition qui je l’espère ne restera pas lettre morte et qu’un éditeur inspiré parviendra à en saisir toute l’importance en osant publier cette fort belle et passionnante histoire des dinosaures dans la bande dessinée car il s’agit là non seulement d’une partie intégrante de notre patrimoine culturel, mais qui nous prouve également que science et fantaisie peuvent faire bon ménage . Franchement, n’y a t-il pas plus belle façon que de susciter de nouvelles vocations et donner , spécialité oblige, un bon coup de pinceau sur une discipline que l’on croyait austère et archaïque, mais qui est en fait d’une incroyable diversité et composée d’un panel de scientifiques aussi brillants qu’intéressants et bougrement accessibles .
Un événement à ne manquer sous aucun prétexte et franchement, si vous passez dans le coin, allez y faire une petite visite, parole de Savanturier, vous ne le regretterez pas, en plus vous repartirez avec plein de magnifiques souvenirs achetés dans une boutique à faire craquer tout bon collectionneur qui se respecte (n’oubliez pas le sac « Bulles de Dino » absolument génial.) et avec un peu de chance vous y croiserez Jean et Christel, dites leur que vous venez de notre part, vous allez voir vous passerez une journée somme toute exceptionnelle.

En résumé, une exposition qui ravira aussi bien les explorateurs en herbe que les aventuriers aguerris et vous fera embarquer dans une magnifique machine à voyager dans le temps , madeleine paléontologique où, enfant, vous dévoriez ces magnifiques histoires illustrées , vous transportant dans l’espace et le temps à la recherche de mondes inconnus.

N’hésitez pas à aller faire une petite visite sur leur blog aussi instructif que savoureux: http://www.dinosauria.org/blog/

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« La Mort de Paul Asseman » de Laurent Mantese: Un Pur Chef-D’oeuvre de Fantastique Contemporain!

Posté le Mardi 2 juillet 2019

la mort de paul Asseman logo

Il y a des livres comme ça qui lorsque vous les refermez vous laissent un sentiment de satisfaction intense, de celle qui vous imprègne totalement avec cette sensation d’avoir eu entre les mains un objet unique que tout le monde a laissé filer , le laissant dans une ignorance totale  et de fait vous l’approprier, le faire votre, comme un trésor caché et dont vous êtes le seul à connaître l’existence.
« La mort de Paul Asseman » de Laurent Mantese, c’est d’abord une couverture de Léo Gontier, une illustration envoûtante et qui résume bien à elle seule l’univers dans lequel le lecteur va se retrouver prisonnier, une maison, une fenêtre éclairée, une brume lactescente où l’on devine des silhouettes fantomatiques qui n’appartiennent pas à notre univers. C’est un paysage éclairé par une lune blafarde au-dessus d’une demeure aux allures d’une Malpertuis des temps modernes. Il y a déjà une ambiance qui se veut résolument fantastique et l’auteur, loin de vouloir berner le lecteur annonce déjà la couleur : le héros de l’histoire quoiqu’il arrive va mourir, ne nous reste plus qu’à découvrir de quelle manière. J’aime lire ce genre d’ouvrage où d’entrée de jeu, on ne tourne pas autour du pot sur plus de 300 pages. On sait comment tout cela va finir, mais le plus important n’est pas de savoir comment, mais surtout pourquoi. C’est ce que va faire Laurent Mantese dans ce texte qui oscille entre fantastique et roman de mœurs dans une écriture bien tassée d’un style époustouflant qui tour à tour vous plonge dans une sorte de mélancolie avec la précision toute chirurgicale de la vie des gens de la campagne dans une nature hostile et fascinante à la fois, pour passer à la terreur pure où il va justement se servir de ce cadre si propice à un climat aux différentes nuances spectrales. Une région où la rudesse des gens est le résultat d’une environnement à la fois hostile et d’une beauté sauvage. C’est l’histoire de plusieurs malédictions à commencer par celle de Paul Asseman qui après la mort tragique de sa femme et de son fils décide de se retirer loin de monde afin d’essayer de plonger dans une amnésie salvatrice, celle de cette maison, un ancien relais de poste, qui par tradition reçoit les différents médecins venus s’installer dans la région et qui abrite en son sein bien des secrets, celle des habitants condamnés à vivre dans cette région oubliée des hommes et qui renferme bien des légendes. C’est aussi et surtout l’histoire d’une médecin de campagne qui pense pouvoir changer le cours des choses, d’un étranger qui, bien que symbolisant le savoir, n’en est pas moins une pièce rapportée , un « gars de la ville » à qui l’on hésite d’accorder sa confiance . Mais c’est avant tout une histoire d’un homme face à ses responsabilités et sa condition d’être humain qui va se retrouver confronté à des situations dont l’étrangeté n’a d’équivalent que la violence par laquelle les phénomènes extraordinaires vont se manifester : tout dans sa cette nouvelle vie semble vouloir aussi bien le happer que le mettre en garde contre quelque chose d’indicible et au fil des pages qui glissent entre vos mains d’une manière effrénée, c’est toute l’originalité d’un fantastique d’une puissance incroyable qui prend forme pour se conclure d’une manière surprenante.
Dans cette nouvelle retraite, véritable entité vivante respirant au rythme de la nature environnante, le héros va tenter d’apprivoiser les murs de cette étrange demeure qui va nous livrer au fil de l’histoire bien des secrets, nous procurer bien des frissons.
Comme je vous le disais au début, Laurent Mantese est un virtuose des mots, il nous entraîne avec brio dans un récit d’une parfaite maîtrise et je retrouve là toute la puissance d’un Claude Seignolle avec ce talent si particulier de nous décrire des choses qui au premier abord insignifiantes, construisent un texte riche de descriptifs aux consonances poétiques, mais de cette poésie que seuls les gens de la terre peuvent percevoir, ressentir et dont il sont les seuls à en comprendre la finalité. Il y a de la musicalité dans son écriture, un rythme d’une sombre beauté, d’une mélancolie rare et qui vous attrape les tripes de sa poigne glacée pour vous laisser haletant, mais avec ce plaisir et ce juste avec des mots, d’être parvenu à vous faire pénétrer dans son univers et d’en partager les sombres menaces. La comparaison avec Seignolle n’est à prendre à la légère, juste placée ici pour faire plaisir à l’auteur ou inciter de potentiels lecteurs, non il y a dans son style une tradition du fantastique propre aux gens du terroir , l’empreinte d’une homme qui puise aux sources même de nos légendes ce terreau si fertile « ce murmure du vent qui se lève, la goutte du ruisseau qui passe et ce frisson de son âme afin de pétrir les choses dont on fait les histoires »
Lire « La mort de Paul Asseman » c’est la garantie de fleurter avec la plume inspirée d’un grand écrivain qui est parvenu à insuffler une âme nouvelle à la littérature de genre et nous donner certainement l’œuvre la plus aboutie sur la thématique de la maison hantée, entre autres, depuis de nombreuses années. Mais je ne vous en dirais pas plus les amis…..lisez le !
Remercions Philippe Gontier et « La clef d’argent » de nous avoir ainsi fait le cadeau d’une aussi belle pépite dans un aussi bel écrin, Laurent Mantese nous avait déjà témoigné de son travail d’écrivain accompli avec « Le comptoir des épouvantes » et « Le rapport Oberlander » aux éditions Mapertuis , voilà qui ne fait que confirmer qu’il est bel et bien un auteur incontournable au talent plus que confirmé.

«  La mort de Paul Asseman » de Laurent Mantese Éditions « La clef d’argent » Avril 2019

la mort de paul asseman

 

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« Lhéritage du docteur Moreau » de Jean-Claude Renault où comment renouer avec le genre!

Posté le Mercredi 12 juin 2019

 

l'héritage du docteur moreau logo

Je viens enfin de terminer le deuxième tome de « L’héritage du Dr Moreau », ayant pris un retard considérable sur ma pile en souffrance, et je dois avouer que, tout comme le premier volume, je n’ai pas été déçu par cet ouvrage qui vient ici conclure la lutte du célèbre docteur à la tête de la fameuse « Compagnie des  intelligences botaniques »au prise avec de bien mystérieuse créatures, les Vril-Ya, réveillées d’un sommeil séculaire et qui ne rêvent que d’une chose : conquérir le monde. Mais ce n’est pas la seule menace qui pèse sur le monde. Les Martiens ont en effet prit possession de l’Angleterre et compte bien eux aussi asservir l’humanité au moyen de leur technologie aussi puissante que meurtrière, Albion est ainsi isolée et il faudra toute l’audace et le courage des créatures au service du Dr Moreau et de son fils pour venir à bout de ces deux terribles menaces qui mettent en danger l’équilibre de la planète.
Nous évoquions lors du colloque sur le Merveilleux-Scientifique de la continuité du genre et lors d’une intervention fort appréciée de Jean-Guillaume Lanuque responsable des superbes anthologies chez Rivière Blanche « Dimension Merveilleux-Scientifique et Robert Darvel éditeur de la célèbre revue « Le Carnoplaste » et écrivain chevronné, nous étions d’accord sur le fait que le genre  devait probablement se tourner plus vers l’humour ou la parodie et aller chercher son lectorat dans l’originalité. Nul doute que Jean-Claude Renault nous prouve avec éclat qu’il est encore possible de nos jours de faire du moderne avec de l’ancien et parvenir à dynamiser un genre que l’on croyait obsolète ou en tout cas trop désuet pour parvenir à tenir en haleine un public. En deux épais volumes avec un style énergique et bien rythmé, il parvient sans défaillir à nous tenir en haleine en faisant intervenir une multitude de personnages qu’il prend le temps de développer, à rendre sympathique ou fort méprisable, Bien entendu il se sert de figures emblématiques du M-S en réutilisant certains codes du genre , mais en les modernisant et en parvenant à faire preuve d’originalité comme cet arbre gigantesque qui pousse en plein Paris, se nourrissant d’électricité et capable de fournir de singuliers livres mémoires qui seront d’une utilité capitale dans la lutte contre les envahisseurs. Personnages de fiction croisent des figures historiques dans un habile mélange qui certes rappelle le concept des « compagnons de l’ombre » , mais avec une fort belle originalité qui, sur plus de 600 pages, force le respect.Jean-Claude Renault connaît ses classiques , il les utilise avec un sens du rythme qui pousse le lecteur à aller de plus en plus en avant dans l’histoire, générant chez lui une forme d’addiction et qu’il quittera avec regret à la toute dernière ligne avec un dernier clin d’œil que j’ai particulièrement apprécié. Il y a de l’action, des scènes de batailles titanesques, des armes redoutables, des mutants, des êtres étranges repoussants et attachants et une lutte de pouvoir entre puissances étrangères qui nous plongent à la fois dans le roman extraordinaire, d’espionnage et d’aventures scientifiques pour nous entraîner dans un récit audacieux et foutrement bien construit. Un auteur que l’on n’avait pas vu arriver, en tout cas en tant que continuateur d’un genre que l’on croyait démodé et qui trouve en l’espace de ces deux volumes riches de belles couvertures de Pierre Droal l’espace suffisant pour nous prouver que le genre peut se renouveler d’une fort belle manièr .
Merci aux éditions Nestiveqnen de nous avoir donné l’occasion de passer un aussi agréable moment de lecture, mais il faut dire qu’il nous a bien habitué à quelques auteurs plus que recommandables comme avec les deux volumes de Paul Martin Gal et les deux derniers que je viens de recevoir : « Le Möbius Paris Venise » de François Darnaudet et « L’envol de Moby Dick » de …..Jean-Claude Renault, en somme que du bonheur !

Pour en savoir plus sur les ouvrages de l’auteur et de sa très sympathique Compagnie des intelligences botaniques c’est ici: http://www.lacompagniedesintelligencesbotaniques.com/

« L’héritage du docteur Moreau » tome 1 et 2 de Jean-Claude Renault, Parus en Novembre 2018 aux éditions Nestiveqnen, Couvertures illustrés par Pierre Droal

 

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Le Merveilleux Scientifique à la BNF: Voir l’invisible !

Posté le Mercredi 17 avril 2019

exposition bnf logo

 Pendant fort longtemps, je me suis demandé quel symbole ou quelle image pourrait le mieux représenter le merveilleux scientifique. Disons par exemple que si d’aventure, et le mot est bien choisi, le club des Savanturiers se faisait l’émissaire de cette branche littéraire, et qu’il lui faudrait sélectionner une illustration pour l’envoyer dans l’espace afin de rendre compte à nos amis extraterrestres de son incroyable diversité, que nous faudrait-il retenir ? Si un ami me demandait par l’image : c’est quoi le merveilleux scientifique ? Que pourrai-je lui proposer ?
Autant de questions aussi futiles que délirantes, mais qu’il m’arrive pourtant de me poser. Si je ne devais retenir qu’un seul artiste, vers lequel faudrait-il me tourner ?
Un choix cornélien n’est-ce pas, face à l’immense production en la matière et si mon attention pendant fort longtemps s’est portée sur l’illustration du numéro de
L’almanach scientifique de la revue Sciences et Voyages de 1925 et sa célèbre couverture de Le messager de la planète de José Moselli, je dois avouer que la diffusion de l’image publicitaire de l’exposition de la BNF organisée par Fleur Hopkins Le merveilleux scientifique une science-fiction à la Française m’a quelque peu retourné le cerveau !
C’est en revoyant cette magnifique couverture affublée d’un titre aussi bizarre que mystérieux, que j’ai pleinement pris conscience de la toute puissance évocatrice de cette trinité du merveilleux scientifique qui trouve ici toute sa substantifique moelle entre l’auteur, le titre de son œuvre et son illustrateur. En effet, n’y avait-il pas plus judicieuse décision que de prendre, pour émissaire à cette exposition aussi inespérée qu’audacieuse, celui qui toute sa vie durant contribua non seulement à donner ses lettres de noblesse au genre, mais la théorisa en lui consacrant de nombreux articles et une étude devenue notre sainte bible à tous :  
Du roman merveilleux-scientifique et de son action sur l’intelligence du progrès 
Mais ce qui me fascine le plus dans cette illustration choisie par Fleur, c’est la pertinence du titre que Louis Bailly à fort habilement mis en couleur, composition qui vient ici renforcer le drame et le mystère de cette fascinante histoire d’homme « truqué ». Car le titre disais-je, est en parfaite cohésion avec le thème de cette exposition et dans ce terme de truqué il y a comme une intention volontaire de la part de l’auteur ,au-delà d’une simple altération , de ne pas mettre le lecteur en déroute pour ne pas le brusquer, pouvoir l’emmener à cette hypothèse audacieuse d’une  modification comme évolution du progrès et utiliser un terme qui s’approche plus du jargon de la magie que de la science. Comme dans la plupart des romans à hypothèse de l’époque, les auteurs vont bien souvent « truquer » les dés et nous proposer des solutions que seule une explication plus proche du merveilleux sera en définitive acceptable pour ne pas dire recevable. Entre science et merveille il n’y a qu’une étroite bande qui les sépare et ce trait d’union entre les deux mots n’est-il pas cette petite part de rêve qu’il nous faut savoir accepter si nous voulons aller outre notre scepticisme et de nos a priori afin de repousser les limites du possible ?
Maurice Renard le disait fort bien :


Entre les épaisses ténèbres de l’inconnu et le bloc lumineux de notre savoir, il y a une zone extrêmement captivante qui est le domaine de l’hypothèse, contrée fort mince où sont dardés tous les efforts des savants et des philosophes. Cela fait une espèce de halo fantômal. C’est comme la frange de la science, le duvet de la certitude. Là, s’agitent les personnages du roman d’hypothèse, là sont allumées ces lumières qui, toutes artificielles qu’elles soient, font pour ainsi dire rayonner la connaissance sur l’ignorance et nous donner, sinon le pouvoir même, du moins l’illusion ravissante de comprendre un peu l’inexpliqué.

C’est l’essence même de la magnifique couverture que nous propose Louis Bailly, où Jean Lebris semble revêtir l’apparence d’un mage en transe complète, image frôlant les représentations des spirites au siècle dernier qui, le visage impavide, partent à la découverte de mondes interdits que seuls les initiés peuvent atteindre. Renforcé par l’expression du visage aux yeux révulsés, il flotte autour de lui d’étranges sphères électriques qui sont autant de représentations d’un monde parallèle insoupçonnable à l’œil nu : Voir l’invisible !
De sa main droite tendue peut-être fait-il signe à son entourage de ne pas s’approcher, ou peut-être veut-il nous mettre en garde contre une force dont on ne mesure pas la portée : il est le symbole d’une mutation qui se veut nécessaire pour l’évolution de l’espèce humaine, mais qui ne se fera pas sans quelques sacrifices !
Cette illustration est d’une grande beauté , elle est la représentation type de toute une époque où sciences et merveilles se mélangent parfaitement, une osmose entre ce qui fut considéré comme de la magie, voir de la sorcellerie et la marche en avant du progrès qui avec un peu d’audace, de poésie et de fantaisie va permettre d’ouvrir toutes les portes de l’imaginaire et définir un genre , cette espèce de
halo fantômal cher à Maurice Renard ,concrétisant les bases du roman à hypothèse.
Plus je regarde cette couverte et plus je me sens envoûte, attiré vers cette autre dimension et vouloir partir à la recherche de cette dimension imperceptible à l’œil humain et que seules les merveilles de la science peuvent nous permettre de percevoir.
Oui cette illustration, c’est tout cela, le passé et l’avenir, le doute et les certitudes, le merveilleux et le scientifique et je ne peux que féliciter Fleur d’avoir eu autant de perspicacité dans son choix d’illustration, une preuve supplémentaire non seulement de ses goûts sûrs en la matière, mais également le signe d’une maturité dans ce domaine qui force le respect.
Je souhaite à cette exposition tout le succès qu’elle mérite parce qu’il fallait avoir une bonne dose de courage pour bousculer ce marasme dans lequel la littérature est plongée depuis trop longtemps et permettre de faire découvrir au grand public toute la richesse de notre patrimoine populaire et lui faire comprendre une bonne fois pour toute que la France possède sa propre histoire en matière de science-fiction, qu’elle est aussi très ancienne , d’une élégance folle , colorée, divertissante , amusante et surtout d’une richesse thématique que nous étions fort peu à connaître, mais qui désormais va se démocratiser. Un travail collectif pour lequel de nombreux passionnés agissent souvent dans l’ombre depuis de nombreuses années.

À l’image de cet Homme truqué il va être ainsi possible au public de voir l’invisible et un corpus d’œuvres cachées depuis bien trop longtemps.
Chère Fleur, un grand merci, cette exposition fera date dans les annales de la savanture et du merveilleux-scientifique . Maurice Renard s’il te regarde depuis son infra-monde, dois te percevoir avec toute bienveillance et fierté ;

Merci à tous les chasseurs de chimères qui se reconnaîtront c’est aussi un peu la votre , vous avez également toute mon admiration.

Lien utile : https://www.bnf.fr/fr/agenda/le-merveilleux-scientifique

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« RétroFictions » De Guy Costes et Joseph Altairac: L’objet de tous nos désirs!

Posté le Dimanche 14 avril 2019

 Rétrofictions Logo

On avait l’habitude de dire naguère, dans le cercle un peu fermé des amateurs de conjectures anciennes, qu’il y avait un avant et un après Versins. Archiviste fou, lecteur acharné et amateur de science-fiction sous toutes ces formes, la parution en 1972 à L’âge d’homme de L’encyclopédie de l’utopie et de la science fiction, fut un véritable coup de tonnerre dans le milieu spécialisé car pour la première fois, un homme mettait au service de tous, la somme de toutes les informations qu’il avait patiemment collecté au cours de sa vie. Travail prodigieux qui pendant quelques décennies va attiser notre curiosité, titiller notre fibre de collectionneurs et surtout balancer à la face du monde littéraire un peu serré du cul, que notre imaginaire puise ses origines à une époque fort éloignée et que ce genre, longtemps décrié pour son coté populaire dans le sens péjoratif du terme, plus qu’un simple clignement de paupière dans l’histoire de la littérature est un genre bien affirmé, possédant ses codes, une histoire bien distincte et surtout un immense champ d’investigation. Par le biais de cette encyclopédie, le monde incrédule va découvrir que bien des auteurs qualifié de « solvables » en terme de respectabilité, se sont essayé à ce genre d’exercice avec un certain panache et que le premier prix concourt fut attribué en 1903 à John-Antoine Nau pour Force ennemie, pur roman de science-fiction.
Versins fut en cela un grand défricheur de l’imaginaire ancien, digne hériter d’historiens du genre tout aussi célèbre que Régis Messac et Jean-Jacques Bridenne. Si le premier sorti depuis quelques années de l’ombre grâce au travail de fond de son petit-fils, Olivier Messac, il semblerait que le nom du deuxième soit hélas condamné à l’oubli.
L’ouvrage de Versins est un monstre de connaissance, mais il possède l’avantage et l’inconvénient d’être le premier du genre. En effet au début des années 70, les passionnés étaient rares, les contacts assez difficiles et le genre n’avait pas encore fédéré tout un noyau de passionnés qui à l’heure actuelle communiquent par l’outil informatique, créent des groupes virtuels, alimentent des blogs. Ce passionné Suisse réalisa donc son travail de fond en solitaire, avec pour seul outil sa mémoire, les livres et objets divers qu’il avait collecté et quelques précieux contacts, comme Jacques Bergier dont nous retrouvons la correspondance dans l’indispensable ouvrage de Jospeh Altairac, Jacque Bergier l’aube du magicien volume 2 ( Éditions de L’œil du sphinx 2016) avec qui il échangea de nombreuses et précieuses informations avant de se brouiller définitivement avec lui. Nous voilà donc avec une copieuse encyclopédie, avec un nombre considérable de références, avec cependant un petit inconvénient : le manque de références, de collections, de dates de parution. De plus, l’encyclopédiste dans sa grande générosité accordait beaucoup de place à certains auteurs qui à mon humble avis ne génère pas forcément un enthousiasme fou, alors que d’autres sont juste cités pour ne pas dire ignorés. Mais attention, que l’on ne se méprenne pas sur mon avis, Versins reste et restera l’icône incontestée de notre domaine et son ouvrage restera toujours l’une des références du genre. Il lui manque à l’heure actuelle cette finesse de précision indispensable au chercheur acharné !
Si la découverte des œuvres citées dans ce pavé, relève souvent d’un véritable travail d’archéologue et d’une grande part de chance, il n’en reste pas moins une source de plaisir et de bonheur sans cesse renouvelée par la satisfaction de tomber peut-être sur LE texte rarissime.La vieille SF est un genre qu’il nous faut promouvoir et développer, car elle est non seulement le témoin des peurs, des appréhensions, des espoirs et de l’imaginaire de toute une époque, mais elle est aussi partie intégrante de notre patrimoine culturel. Arrêtons nos préjugés et ouvrons notre esprit à une « littérature différente » car totalement libérée de ses contraintes de style et ouverte aux possibilité infinies de notre imaginaire. J’aime reprendre cette phrase qui est en outre le titre d’un ouvrage de Jules Romain « Gloire à nos illustres pionniers. »
Depuis beaucoup d’eau a coulé sous l’immense pont de l’imaginaire Français et de
La littérature Française d’imagination Scientifique  de Jean-Jacques Bridenne à Ces Français qui ont écrit demain ( Honoré Champion 2013) de Natacha Vas-Deyres en passant par Panorama de la science-fiction de Jacques Van Herp (Marabout 1973) La science fiction en France de Simon Bréan ( Presse université de la Sorbonne 2012) et le magnifique ouvrage de Xavier Fournier Super Héros une histoire Française ( Huginn & Muninn 2014) , il est possible pour l’amateur éclairé ou le simple curieux d’avoir une petite idée de l’immensité et de la richesse de ce patrimoine culturel.
Mais en y réfléchissant bien et la lecture de tous ces ouvrages de référence dont je n’ai cité qu’une infime partie, ce qu’il manquait surtout au chercheur et passionné du genre, c’est un ouvrage de références pures, un dictionnaire où serait répertorié toutes les œuvres, romans, nouvelles, illustrations, revues, journaux…… afin de pouvoir non seulement s’y référer mais l’utiliser comme outil de recherche fiable lors de la rédaction d’articles, d’études, d’expositions, de tout support pouvant approcher d’une manière la plus exhaustive possible, le merveilleux scientifique. La concrétisation de ce rêve un peu fou a pu être réalisée par deux gars extraordinaires qui dans un premier temps se sont fait un peu les dents sur un premier pavé, qui fut croyez moi, une révolution dans le milieu des amateurs. Nos deux vénérables érudits de conjectures anciennes,Guy Costes et Joseph Altairac ,en réalisant cette première bible que sont Les terres creuses ( Éditions encrage 2006) fut l’occasion de nous ouvrir leurs prodigieuses bibliothèques et nous faire partager leur immense savoir en la matière. Cet ouvrage également unique en son genre est d’une incroyable richesse , s’affirme dors et déjà comme une référence incontournable, car au-delà de ce répertoire des ouvrages romanesques sur la terre creuse, c’est une « plongée vertigineuse » non seulement dans les mondes souterrains, mais également dans les nombreuses thématiques qui depuis les origines attisent l’imagination des écrivains. Bien souvent, l’exploration des gouffres est sujet à la découverte d’anciennes civilisations, de mondes perdus, de peuplades terrestres ou extra terrestres et pour cela il faut inventer des machines, des explosifs,des inventions qui vont changer le cour de l’histoire ou le destin de l’humanité, etc.… La particularité dans la conjecture ancienne, est qu’elle ne reste pas figée dans un seul thème et bien souvent pour un sujet sur lequel s’articule toute l’histoire, c’est un véritable catalogue d’inventions qui s’offre à nous. Voilà pourquoi l’ouvrage sur Les terres creuses est une véritable « mine » de renseignements où l’amateur du genre et ce, sur pratiquement 800 pages trouvera sur une écriture serrée, 2211 références indispensables dans notre domaine. Chaque titre s’accompagne d’un petit résumé ou d’un passage de l’œuvre concernée avec date de parution est surtout les références d’éditions. De nombreuses illustrations agrémentent ce volume qui débute par une passionnante étude sur les terres creuses face à la science et qui se termine par une analyse de l’ouvrage de Ronceray Paul La vengeance de l’abîme que j’avais en son temps chroniqué dans le « Bulletin » et d’un tout aussi intéressant article de Serge Lehman Par-delà le vortex
Malgré l’ampleur de ce projet finalisé avec brio, nos deux compères dont la gentillesse n’a d’égale que le brin de folie et de fantaisie qui ne semble ne vouloir jamais les abandonner , avaient en tête un projet encore plus démentiel : une encyclopédie ultime où serait répertoriée toute la conjecture romanesque rationnelle Francophone. Imaginez la réaction de leurs amis, de leurs familles, de ces passionnés qui d’un air contrit leur accordait un certain sourire compatissant tout en sachant qu’ils n’en verraient jamais le bout tellement le projet était ambitieux et titanesque. On en parlait, on savait que le projet allait probablement aboutir, mais comment fixer une date de sortie lorsque l’on est perfectionniste comme nos deux auteurs et que chaque jour qui passe est la porte ouverte pour la découverte d’un nouveau titre, d’une nouvelle illustration, d’un nouveau texte, aussi court soit-il, découvert dans une obscure revue ?
Fin septembre 2018, je vois débouler mon facteur un gros colis dans les bras. Il a pourtant l’habitude de me livrer des livres, mais cette fois, il me dit : C’est du lourd !
Il a raison le bougre et dans les deux sens du terme : un coffret contenant deux gros volumes pour un poids approchant les 5 kilos avec pas moins 11 086 entrées , plus de 1 000 illustrations pour un total de 2456 pages d’une écriture serrée . J’avais entre les mains RétroFictionS encyclopédie de la conjecture romanesque rationnelle francophone : Tout un programme……et quel programme ! De Pantagruel de Rabelais au Calles, ou l’humanité souterraine du Docteur Ayme c’est plus de 400 ans d’ouvrages répertoriés qu’ils nous proposent dans cette monumentale encyclopédie. Lorsque le perfectionnement côtoie à ce point l’érudition, nous avons entre les mains l’ouvrage de référence par excellence qui non seulement va minutieusement répertorier chaque œuvre, mais en fournir un résumé, toutes les éditions accompagnées de leurs dates de publication. Afin de palier à la faiblesse de l’ouvrage de Versins qui ne possédait pas d’index, RétroFictionS se paye le luxe : d’un index thématique, d’un index alphabétique des titres et d’un index chronologique des titres.
Tout le monde s’accorde à dire que nous avons là l’ouvrage de référence par excellence, qui n’enlève rien à ce qui a été fait précédemment, mais qui vient ouvrir de nouveaux horizons pour la conjecture romanesque rationnelle, ouvrir de nouvelles portes et permettre à un public d’érudits ou bien qui avait toujours dénigré le genre, de prendre la pleine mesure de la portée extraordinaire du genre. Pour le novice, il est l’occasion d’avoir entre les mains un condensé de cet immense champ littéraire, pour le passionné, il est un moyen inespéré d’avoir accès à des milliers de références, fiables et complètes, même si par modestie nos deux amis trouvent quelques petites « failles » de temps à autres, et de pouvoir si nécessaire avoir un accès rapide à des données pouvant faire avancer nos propres recherches et éviter ainsi de passer à coté d’une œuvre introuvable ou tout simplement inconnue. Cette encyclopédie, outre le minutieux travail de référencement des romans, nouvelles, feuilletons, contes ……, se paye le luxe de répertorier les illustrateurs, les objets, les cartes postales, les assiettes enfin tout ce qui peut avoir attrait à la conjecture ancienne. À ce titre et personnellement j’adore l’index thématique, car il me permet, lors de mes propres travaux, de retrouver certains ouvrages que je ne possède pas ou que je n’ai tout simplement pas encore eu l’occasion de lire, ce qui rend ma tache bien souvent plus facile. Un ouvrage qui se savoure comme un grand nectar, en prenant tout notre temps car il est des plaisirs dans la vie qu’il faut savoir faire durer et en regard de la taille de la bête, cela va être délicieusement bon !
RétroFictions est une chance inouï pour l’amateur éclairé comme pour le simple profane , le plus beau cadeau que l’on pouvait nous faire, l’œuvre d’une vie, le témoignage de tout cet amour que deux passionnés ont généré pour le merveilleux scientifique, appelons le comme cela pour faire court, et qu’il vont sans nul doute continuer à perpétrer grâce à une œuvre aussi ambitieuse qu’aboutie , le témoignage de deux amis qui viennent ainsi cimenter à l’aide de ces deux pavés indestructibles la clef de voûte de l’immense édifice de l’imaginaire Français, Un travail qui ne peut que susciter le respect et notre éternelle gratitude, car il se veut le chaînon manquant de l’imaginaire ancien permettant d’assurer le passage de relais aux générations futures .
Le petit mot de la fin sera pour Jeam Tag et ses deux magnifiques illustrations de couvertures formant un diptyque incroyablement inspiré et d’une grande beauté graphique ainsi que pour les petites mains, les travailleurs de l’ombre qui se reconnaîtront et sans qui également ce travail n’aurait jamais vu le jour : vous avez également toute mon admiration et ma plus sincère reconnaissance.

Avant il y avait le Versins maintenant il y a ce que l’on nomme affectueusement le Costaltairac !

« RétroFictionS » de Guy Costes et Joseph Altairac, éditions Encrage septembre 2018 . Deux forts volumes sous coffret illustré par Jeam Tag.

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merveilleuxscientifiqueunblogfr @ 19:49
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