« La Grande Bagarre » De Jean Doutreligne: L’invasion De L’Europe?

Posté par merveilleuxscientifiqueunblogfr le 21 septembre 2012

 

« La grande bagarre » de Jean Doutreligne. Editions Flammarion.1951. Jaquette illustrée couleur.

Justificatif de tirage :

Il a été tiré de cet ouvrage : trente exemplaires sur papier pur fil des Papeteries d’Arches dont vingt-cinq numérotés de 1 à 25 et cinq numérotés de I a V, soixante exemplaires sur papier pur fil Oulhenin-Chalandre dont cinquante numérotés de 26 à 75 et dix numérotés de VI à XV et deux cent vingt sur papier Alfa dont deux cents numérotés de 76 à 275 et vingt numérotés de XVI à XXXV.

 

 Note de l’éditeur

Cette histoire est celle qui peut se dérouler à partir de demain en Europe. Elle met en scène les forces occidentales opposées à la ruée soviétique. Commencée en Allemagne, l’affaire se pour­suit en Hollande, en Belgique, en France, en Espagne, enfin jus­qu’à la mer.

Aucun épisode ne s’entache d’invraisemblance, tout s’or­donne avec la minutie d’une partie d’échecs, pour se déchaî­ner ensuite comme une éruption volcanique. Est-ce la vérité de demain ? C’en est en tout cas son interprétation très plausible.

Mais il ne s’agit pas d’un récit purement militaire. Après la conquête, vient la colonisation. A la phase d’extermination suc­cédera un peuplement ukrai­nien, tartare, mongol, qui achèvera d’effacer toute trace des anciennes civilisations européennes.

Et l’affaire ne se limite pas à l’Europe ! On voit aussi comment l’Amérique peut être annihilée sur son propre sol et le rôle que joueront les États-Unis d’Afrique traitant, désormais, sur un pied d égalité avec la Maison Blanche.

Au déroulement des épisodes de la guerre future, évoqués avec une lucidité prophétique, Jean Doutreligne a mêlé une émouvante aventure humaine.

L’héroïne en est Baisy, la secrétaire du Général comman­dant en chef les armées améri­caines, qui est elle-même officier. Elle est aussi la femme du Commandant de la U.S. Air- Force, le sympathique John.

Au cours de la retraite, son mari sera tué et elle-même, emmenée parmi les prisonniers, en Espagne, finit sa vie dans un kolkose andalou. Au cours d’un cruel exode, elle perd l’espoir d’une maternité où elle eût retrouvé un prolongement de son amour pour John. Elle glis­sera peu à peu à une indiffé­rence de bête de somme et subira, comme tous les êtres, l’avilissement de l’individu que doit imposer une certaine formé de société future.

« Finie, la vie, finies, les âmes  »  tel est le mot de la fin de ce livre qui, à des évoca­tions terrifiantes, mêlées de réflexions pleines de clair­voyance et souvent d’esprit, unit encore les accents humains les plus pathétiques.

Cette lecture est boulever­sante. Cauchemar du présent, vérité de demain? Au lecteur d’en juger.

 

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« Le Dernier Jour » Roman D’anticipation De Alexandre Arnaud

Posté par merveilleuxscientifiqueunblogfr le 20 septembre 2012

 

« Le dernier jour » Roman d’anticipation. De Alexandre Renaud. Editions Le nef de Paris.1960

 

«Le dernier jour», se situe au soir de notre millénaire et raconte la fin d’une période d’humanité « trop évoluée dans la science du mal ».

Un scientifique, pétri de la connaissance des anciens livres, dans un style toujours simple et clair, accessible à tous, brosse d’abord un magistral tableau de la civilisation humaine de cette époque. Les hommes travaillent de moins en moins, songent surtout au repos, aux plaisirs, aux loisirs. La machine est reine. Les idéologies s’affrontent dans l’envie, la jalousie, et l’obsession de la puissance.

Soudain des savants demi-fous et exaltés, impossibles à re­pérer et qui se proclament « le parti » déclenchent le cata­clysme. Fusées, bombes, rayons de mort frappent les villes au hasard.

Cependant quelques hommes et quelques femmes réunis au hasard, disciplinés, bien commandés, réfugiés dans un abri anti-atomique, pourvus de Téléradio et d’un périscope, assistent, à demi asphyxiés eux-mêmes et pleins d’horreur, à l’agonie de la Terre, Ils entendent toutes les grandes voix de l’Univers qui s’insultent d’abord, puis gémissent, puis implorent et s’é­teignent une à une. Ils voient aussi l’armée de la matière et de la science, les chutes d’avions, les grandes nuées faune et ocre qui envahissent le ciel.

Et soudain le silence se fait. La Terre est morte. Alors le groupe sortant de l’abri erre, comme jadis Adam, Noé, Loth, sur la Terre déserte et après de longues semaines d’angoisse arrive dans une sorte de paradis terrestre miraculeusement épar­gné par la tornade pour y recommencer une nouvelle période humaine.

Nouvelle plongée dans un roman post apocalyptique qui révèle une fois de plus les craintes et les angoisses des hommes à une époque ou la menace d’une guerre nucléaire se faisait de plus en plus oppressante

 

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« Ces Français Qui Ont Ecrit Demain- Utopie, Anticipation et Science-Fiction Au XXéme Siécle » De Natacha Vas-Deyres

Posté par merveilleuxscientifiqueunblogfr le 19 septembre 2012

 

« Ces Français qui ont écrit demain - Utopie, anticipation et science-fiction au XXe siècle » de Natacha Vas-Deyres.Editions René Champion. Collection « Bibliothèque de littérature générale et comparée », n° 103. 536 pages

« L’écriture de nos futurs possibles appartient aux littératures de l’imaginaire, aux récits utopiques, à l’anticipation et à la science-fiction. En France, ces visions souvent pessimistes ou inquiètes se sont développées depuis la fin du XIXe siècle par l’invention d’une veine littéraire dont l’héritage touche et structure les oeuvres les plus actuelles. De Jules Verne à Serge Lehman, en passant par Rosny Aîné, Régis Messac, Pierre Boulle ou Michel Jeury, cette littérature française conjecturelle selon le mot de Pierre Versins, révèle un imaginaire collectif complexe, vecteur de contextes technologiques en évolution constante depuis l’advenue des sociétés industrielles. Comment appréhender un progrès technique et scientifique annoncé comme inéluctable mais insaisissable ? Seule la science-fiction ou l’anticipation déploient des images virtuelles suffisamment diversifiées pour s’approprier ou explorer une histoire moderne confrontée aux désirs d’alternances, de révoltes ou d’alternatives. Plusieurs générations d’écrivains français, issus de la littérature populaire, générale ou spécialisée, ont travaillé depuis un siècle à l’invention ou à la réinvention de nos sociétés contemporaines ; la projection vers ces univers politiques, sociaux ou technologiques n’existe que pour nous prévenir : élaborer le futur nécessite de l’écrire dès aujourd’hui.»

Un ouvrage venant de paraître et si nous devons saluer cette louable entreprise qui devrait je n’en doute pas ravir quelques passionnés, il n’en reste pas moins que cet ouvrage malgré un nombre de pages assez conséquent dépasse gaillardement les 100 euros.J’avais déjà lors de la parution de « L’imaginaire médical dans le fantastique et la science fiction » souligné le prix légèrement élevé de cette formidable étude alors que l’editeur nous proposait le volume pour une quarantaine d’euros. Dommage que ce genre d’ouvrage dont la publication reste dans notre territoire relativement anecdotique, ne soit adressé qu’à une certaine catégorie de chercheurs ou de passionnés pouvant allonger sans rechigner une centaine d’euros sur la table.

 

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« Opération Choléra » De John Castle: La Terreur Des Bactéries….

Posté par merveilleuxscientifiqueunblogfr le 17 septembre 2012

 

« Opération Choléra » de John Castle. Editions Albin Michel.1966

Une arme épouvantable met le monde en péril. Seuls quelques hommes détiennent cet incroyable secret. Il faut agir et agir vite. Les conséquences seraient plus terribles encore qu’une guerre nucléaire !

Jeté malgré lui dans l’univers tout-puissant et anonyme des Services Secrets de son pays, un jeune biologiste anglais est chargé, avec tout un commando, de retrouver la dangereuse cargaison d’un avion naufragé dans un désert turc. Quelle cargaison ? Quelques tubes d’un microbe d’une extrême virulence destiné à des expériences dans le cadre d’une préparation à la guerre bactério­logique. Il y parvient en partie, mais il manque un tube, suffisant pour répandre le choléra sur toute la terre.

Dans un climat angoissé, l’action se déplace très rapidement : Angleterre, Moyen-Orient, Italie, France… De l’action, du suspense, des rebon­dissements imprévus composent cet étonnant roman d’espionnage qui, d’ores et déjà, figure parmi les grandes réussites du genre. Opération choléra : un livre qui laisse le lecteur haletant et bouleversé, un tour de force qui place John Castle au premier rang des auteurs de romans à suspense

 

Ce roman est le reflet des craintes de cette époque ou le peur n’était plus seulement nucléaire  mais bactériologiques. Thématique assez utilisée dans les oeuvres d’anticipations anciennes, elle trouvera son apogée la plus comique dans l’œuvre de Robida et sa « Guerre au XXéme siècle »  avec sa fameuse « Batterie des chimistes sans peur » et ses obus miasmatiques. Dans les cas de cet artiste hors pair, c’était un sujet de dérision certes mais lourd de sous entendus comme à son habitude et par la suite, le ton sera beaucoup plus tragique dans « L’ingénieur Von Satanas ». D’autres auteurs  par la suite, comme Victor Méric avec sa « Der des Der », Roger Chanut dans « Les ombres de demain »,Le Docteur Rochard et son « La guerre microbienne, la fin du monde » ou  Le dernier blanc » de Yves Gandon, aborderont le sujet d’une manière beaucoup froide et dramatique. Mais il y en eut bien d’autres et fera l’objet ultérieurement d’un petit inventaire.

Concernant l’édition du présent roman de John Castle, il est à préciser que cette édition connu la même année deux présentations avec deux couvertures différentes. L’un des ouvrages porte le titre de « Le septième fléau » sous titré « Opération Choléra »

 

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« La Maladie Du Papier » De Eero Tolvanen : La Fin Du Monde ?

Posté par merveilleuxscientifiqueunblogfr le 13 septembre 2012

 

« La maladie du papier » de Eero Tolvanen. Imprimé par A.Deurve et Cie, pour le compte des papeteries Ruysscher. Cartonné, 32 pages, illustrations originales de Sempé, tirage limité numéroté.1964.

 

Un soir après une long et harassant voyage le héros du roman rentre chez lui fatigué. Préférant la marche il parcours ainsi sous une fine pluie, le chemin le conduisant à son domicile. Rien d’anormal en apparence, si ce n’était une odeur qui flotte dans l’air. Une fragrance entêtante, pas vraiment désagréable bien que légèrement piquante, comme un léger relent de moisissure. Il arrive chez lui, se couche presque tout habillé et s’endort d’un sommeil de plomb. Le matin au réveil son être est sous l’effet d’une sensation bizarre, comme si quelque chose d’anormal venait de se produire. Et toujours cette satanée odeur qui semble occuper à présent tout son espace vital. C’est au moment où il porte les yeux sur sa bibliothèque qu’il constate la chose, énorme, incroyable abominable ! En lieu et place de ses précieuses reliures il ne reste plus qu’un tas de cendres grisâtres. Tout sa bibliothèque est ainsi réduite à néant et pas que…..Dans son portefeuille le salaire qu’il venait de recevoir en grosses coupures vient également de subir le même sort. Sur son bureau la seule preuve de l’existence des précieuses feuilles, factures, papier à lettre…tout est réduit en poussière. Il croit être sous l’emprise d’un mauvais rêve mais très vite il s’approche de la fenêtre, une rumeur est en train de monter. Dans la rue, il y a comme un vent de panique, les gens semblent comme sous l’emprise d’une terreur profonde. Visiblement le mal mystérieux vient de frapper toute la ville. La ville ? Que dis-je la France, la terre entière….Toute la population pense que le fin du monde vient d’arriver et pour cause. Plus de papier, plus de monnaie, le système économique s’effondrent. Serait-ce la fin de notre civilisation ? La populace est dans la crainte d’une nouvelle forme de guerre bactériologique. La nourriture devient de plus en plus difficile à trouver, non seulement en raison de la disparition de l’argent en espèce mais aussi parce que les emballages subissent un sort identique. Seules les conserves restent intactes.

Le gouvernement va tenter de réagir rapidement et de faire frapper un maximum de pièces de monnaies. Le métal or et argent deviennent des valeurs refuges, on spécule, on s’entredéchire…Dans la rue la foule au début relativement calme commence à s’échauffer, mais que fait le gouvernement ? Les boutiques sont prises d’assaut, c’est un carnage. En compagnie de son amie, le héros résigné assiste à une scène improbable, celle de l’attaque d’une boucherie ou un homme ressort avec un quartier de viande sur l’épaule mais qui sera immédiatement submergé par un groupe d’individu l’écume aux lèvres.

Tout cela prend de telles proportions qu’il faut dépêcher la troupe. Un couvre feu est instauré. Les militaires patrouilles dans les rues, des chars prennent position aux carrefours stratégiques. Finalement les états du monde entier prennent des dispositions. Le monde sera régi par un nouveau système économique. Le tableau noir et la craie redeviennent à la mode, constituant un moyen fiable pour communiquer par écrit. Toutefois un nouveau mal s’empare de la planète : La fringale de lecture. La disparition des livres se fait cruellement ressentir et là aussi il  va falloir improviser, développer de nouveaux moyens de communications. Des sociétés et des clubs se forment pour la diffusion orale et de mémoire des textes littéraires. L’art oratoire va connaître un renouveau et la radio voit le nombre de ses auditeurs exploser. De nouveau les hommes descendent dans la rue pour écouter les orateurs, les crieurs publics, la grande mode est désormais aux discours et à la diatribe bien affûtée.

Puis un jour, un savant de génie trouva la formule d’un papier indestructible à cette étrange maladie de la cellulose et le monde se mit à nouveau à tourner au rythme des rotatives. Nouveaux billets, nouvelle économie la fringale de livres fut à nouveau assouvie, l’écriture récupéra sa place d’antan et cette maladie affection brutale ne deviendra bientôt plus qu’un mauvais souvenir, un affreux cauchemar pour collectionneur compulsif. Mais comme le termine si bien l’auteur :

« La maladie du papier nous a-t-elle enseignée quelque chose ? Non. Nous voilà de nouveau noyés dans la paperasserie »

 

C’est ouvrage constituant un véritable cauchemar pour bibliophile ou tout simplement l’amoureux de la littérature, est agrémenté de sept compositions de Sempé dont quatre sur une double page dépliante. La plume géniale et affûtée de cet artiste vient donner plus de poids à cette histoire oscillant entre la drame et la comédie. Une thématique rarement exploitée mais qui trouve ici avec « Les naufragés de Paris » de Georges Blond toute la force et l’originalité d’un monde privé de cette substance si noble et généreuse et source de la plus belle invention de l’humanité.

 

Voir sur cette thématique de la « disparition du papier » l’article publié précédemment sur les pages de ce blog

 

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Un Poulailler Au XXIéme Siècle

Posté par merveilleuxscientifiqueunblogfr le 11 septembre 2012

 

Les publications anciennes regorgent d’images insolites et d’inventions assez loufoques. Il n’était alors pas rare de voir quelques idées saugrenues prendre forme et ce, pour améliorer le confort de notre vie quotidienne. Tous les domaines étaient alors ainsi explorés et comme vous pouvez le constater sur cette image, la vie à la ferme ne fut pas oubliée.

« Nos pauvres ancêtres qui avaient des poulaillers, alors qu’il était si simple d’avoir une machine à poulets ! »

Plus que la fameuse machine à couver et à faire éclore les poussins, c’est surtout la façon dont on « gonfle » en premier plan les poules que je trouve assez insolite.

Dessin extrait de la revue « Je sais tout » du 15 Mars 1914 et réalisée par  Hesketh Daubeny

 

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Bonnes Vacances!

Posté par merveilleuxscientifiqueunblogfr le 2 septembre 2012

 

Chers amis et fidèles lecteur qui partagez avec moi cette exploration de cette autre face du monde pleine de mystères et d’aventures, je n’embarque dés ce soir pour quelques jours de vacances afin de refaire le plein des batteries. Je vous donne donc rendez-vous dans un semaine pour de nouvelles et je le souhaite, palpitantes découvertes. A très vite donc!

 

 

                                                                    Décollage Immédiat !

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« La Conjuration Des Chats » De Roger Avermaete: Un Bien Curieuse Invasion Animale!

Posté par merveilleuxscientifiqueunblogfr le 2 septembre 2012

 

« La conjuration des chats » de Roger Avermaete. Editions « Lumiére » Anvers.1920. Magnifiquement illustré par Joris Minne. Tirage limité à 500 exemplaires numérotés sur papier soufflé et 10 sur papier Featberwight

 

La révolte gronde en Afrique et ses occupants, que le vieille Europe jugeaient inoffensif, tombe un peu des nu lorsqu’elle apprend que non seulement ces « braves négres inférieurs et soumis » se rebellent mais qu’en plus ils trucident sans distinction toute personne de race blanche. Les massacres vont bon train et il est donc décidé d’envoyer une expédition punitive, afin de mater la rébellion et de montrer enfin qui est le patron. C’est une déculottée sans nom pour les petits blancs, il va donc falloir employer les grands moyens et envoyer sur ce continent tout ce que les occidentaux possèdent d’hommes valides, de matériel, armes, habits, nourriture…. Une formidable armada, comme il n’en fut jamais contemplé de mémoire d’homme, traverse la méditerranée laissant de fait notre pays et tant d’autres, aux mains des femmes, enfants, vieillards et…des chats. Car voyez vous, alors que l’on se glorifie déjà des lauriers de la victoire qui ne manqueront pas de tomber, le gente féline profite de cette désertification de vaillantes testostérones, pour fomenter un complot afin de déstabiliser la race humaine et prendre enfin le pouvoir : C’est la fameuse conjuration des chats !

S’il y avait eu encore quelques savants sur le continent, car hélas tous étaient sous le chaud soleil d’Afrique afin de créer des armes de destruction massive, ils auraient probablement découverts les prémisses de mouvements inhabituels de  la part de nos chers petits matous.

Ainsi c’est à la Haye que va se tenir le premier comité provisoire où chacun des leaders et représentants de différentes nations, pourront s’exprimer et révéler leurs plans de bataille. Ainsi, « Raminagrobis », « Mazarin », « Mouche » vont cracher à la figure des auditeurs toute la hargne qu’ils éprouvent pour les humains. Si les autres animaux acceptent une telle soumission, c’est leur affaire, mais nous, nous en avons assez du joug de ce bipède prétentieux et vil. Révolte ! Révolte !

C’est le général « Asdrubal », général chat de son état qui va prendre les choses en main et convenir d’une attaque franche et massive. Profitant de l’absence des jeunes males humains, il décide de paralyser les différents pays en se rendant maître des voies de communication et des systèmes électriques. L’offensive se déroulera la nuit car les humains, misérables créatures bipèdes, ne voient guère dans l’obscurité, il leur sera alors facile de réduire à néant le peu d’autorité qu’il leur reste. Après concertation et proposition de « Mirtis », la prise du pouvoir se fera dans la nuit du 1er Mai. Seul Mourzouk est contre ce projet audacieux, selon lui les chats ne sont pas faits pour dominer la terre, ils ne sont que des animaux privilégiés, faisant partie de décor, rien de plus :

«   Je prévois simplement que l’on va occire  un nombre fabuleux de chats dans les premiers jours de mai  et dans le cas improbable ou vous réussiriez, je prévois que les chats seront bien vite dégoûtés du pouvoir, car le chat, en général, n’est pas devenu la bête maboule à force d’entendre jaser de savants humains, comme j’en aperçois un certain nombre ici, autour de moi.Je tiens à vous dire que je ne soutiendrai pas votre gouvernement, si vous parveniez à en fonder un, car je suis convaincu d’avance qu’il ne vaudra rien. Aucun gouvernement ne vaut quelque chose, aucun gouvernement ne pourra jamais valoir quelque chose puisqu’il impose à tous les individus une certain nombre de mêmes entraves rigides et qu’il n’y a a pas deux individus identiques. »

Sur ce il se retire loin de ces « amis » chats. Après un moment de flottement, ils oublièrent le sermon de cet anarchiste et se rallièrent tous à la cause commune sous les miaulements de leur devise : « L’avenir est aux chats »

Cette sinistre nuit arriva et ce fut un massacre. Beaucoup de chats périrent mais combien d’humains y laissèrent la vie : Morts, blessés grièvement par lacérations multiples, yeux arrachés, car les vilaines bestioles adoptèrent d’entrée de priver la résistance en lui supprimant la vue. Ils en profitèrent également pour régler une très ancienne dette envers leur ennemi de toujours : Le chien !

Pour couper court à tout problème venant de l’extérieur, les malines bestioles diffusent des messages aux forces de la coalisation se trouvant en Afrique, en expliquent qu’une gigantesque épidémie de Choléra frappe l’ancien monde et qu’il est inutile pour le moment d’envisager un retour

La race humaine fut ainsi rapidement mise à mal, ne pouvant opposer qu’aux félines exactions que des enfants et des vieillards. Afin de garder sous contrôle tout ce beau monde, on ouvrit de gigantesques camps où fut parqué ce rebus de l’humanité. Mais rapidement des problèmes d’intendance se présentèrent…dame ! Il fallait bien les nourrir….Finalement tout se petit monde devint rapidement un fardeau qui n’avait de cesse de brailler, de rouspéter, d’exprimer son mécontentement. On essaya alors de les utiliser à des taches utiles, mais ils se révélèrent vite fainéants et inutiles. Alors on essaya de les mettre en conserve, peut-être que réduis en bouillis ils serviront à quelque chose. Mais même les plus jeunes d’entre eux se révélèrent impropre à la consommation : les rares chiens encore en vie n’en veulent même pas dans leurs gamelles.

Un crise grave s’installe alors dans cette nouvelle société féline et l’on se pose des questions sur le bien fondé  d’une telle conjuration. Car la révolte  c’est bien, mais encore faut-il savoir après ce que l’on compte faire. Les problèmes ne cessent se s’accumuler et qui plus est la nourriture commence à se faire rare. Les faits sont là, les chats sont incapables de se nourrir seul et les silhouettes commencent sérieusement à s’affiner. Dans le rang des partisans on commence alors à se poser des questions…

Pendant ce temps, en Afrique, les Européens se prennent une déculottée monumentale. L’ennemi est insaisissable et malgré les moyens employés, les défaites se succèdent. L’Amérique décide alors d’intervenir. Pensant être la seule puissance pouvant venir à bout de cette menace potentielle pour le nouveau monde, elle engage des moyens considérables. Tout va se terminer par un massacre à l’échelle des moyens engagés et l’armée Américaine repart honteuse « la queue » entre les jambes. Il faudra compter sur le génie du Professeur Klablenberg pour conclure définitivement cet épisode regrettable. Grâce à son canon géant d’une portée de 500 kilomètres, chargés d’obus à microbes, les forces Européennes vont pouvoir accepter une reddition immédiate et sans condition : Le temps du retour à la maison vient de sonner !

Panique chez les matous qui se tiennent au fait des événements. C’est Mourzouk qui un fois de plus en chat avisé, apporte la solution. Pourquoi ne pas faire comme si rien ne s’était passé. On ouvre les camps, nous retournons à notre statut de meilleur ami de l’homme et ni vu ni connu. De toute façon qui va croire de séniles vieillards et de jeunes braillards lorsqu’ils diront que les chats se sont révoltés ? La décision fut prise et l’on procéda comme se « chage » animal l’avait préconisé.

Lorsque les hommes rentrèrent au pays, la surprise fut de taille. Personne pour les accueillir en héros, pas de « Hourra ! » de fanfare et de décorations. Ils trouvèrent des villes fantômes, désertées. Seuls quelques chats terriblement amaigris venaient à leur rencontre en quête d’une caresse ou d’un parole aimable. Dans les rues régnait un désordre indescriptible où de nombreux animaux se promenaient en liberté. C’est lorsqu’ils découvrirent les camps, sans gardiens, qu’ils se posèrent vraiment des questions. Que pouvait bien signifier un tel comportement ? Ils furent reçus en sauveurs, sous les hurlements hystériques des femmes qui parlaient d’une révolte des chats, d’emprisonnement, de mauvais traitements…Les hommes passèrent sur le compte des fièvres venant de l’épidémie du choléra pour expliquer de tels comportements. Un tableau apocalyptique qui étonne ces héros victorieux et qui, pour compléter le tout, devint cauchemardesque lorsque ces jeunes guerriers constatent que leurs femmes, malgré leur absence, possèdent pour certaines quelques ventres bien tendus : Comme quoi il ne faut jamais se fier aux personnes âgées !

Les hommes ne voulurent jamais croire à cette conjuration des chats, Voilà pourquoi dans les livres d’histoire entre Avril et Décembre on ne parle que de la révolte des noirs de l’Afrique et de la terrible épidémie de Choléra qui frappa l’Europe toute entière. Les chats quand à eux continuent à ronronner tranquillement en rêvant secrètement du jour ou ils furent les maîtres du monde.

 

Curieux et fort rare roman que cette conjuration des chats qui non seulement traite d’une guerre future avec les pays d’Afrique, ce qui en soi est déjà une fait relativement exceptionnel dans cette thématique, mais parle également d’un révolte animale assez inattendue. Si de nombreux auteurs portèrent majoritairement leur dévolu sur les singes, bien peu se livrèrent à cet exercice où le monde se trouve sous le joug des…chats !Pour mémoire et concernant une révolte animale , nous nous souviendrons du roman de Léon Gozlan « Les émotions de Polydore Marasquin », des « Voyages très extraordinaire de Saturnin Farandoul » de Robida ,de « Les animaux partout » de Georges Orwell et de « La planète des singes » de Pierre Boulle. Plein d’humour et proche de la satyre sociale cette société animale n’est pas exempte d’une certaine forme de hiérarchie où brille , bille en tête, le symbole de l’autorité le général Asdrubal qui finalement conduira nos aimables félins dans une impasse totale que rien ne pourra sauver. Par chance, le humains dans leur bêtise et leur suffisance ne se rendront compte de rien et le procédé narratif de l’histoire peut ainsi laisser place à tout les délires possibles et de la part de l’auteur avoir de fait imaginé un isolement complet de l’Europe sous couvert d’épidémie de Choléra, il fallait y penser. Reste des situations vraiment cocasses et un final assez inattendu où finalement nos gentils petits matous finiront une fois de plus à faire le dos rond et garder la tranquille apparence d’une animal parfaitement domestiqué qui rêva un jour de régner en maître absolu…

 

 

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Les Introuvables: »La plus folle des invraisemblance » Ou La Thématique Du Dernier Homme Sur La Terre

Posté par merveilleuxscientifiqueunblogfr le 1 septembre 2012

 

La littérature de « Fin du monde » est riche de nombreux ouvrages et si certains s’évertuèrent à nous présenter une terre complètement détruite par quelques catastrophes naturelles où quelques survivants s’efforcent tant bien que mal à reconstruire un semblant de civilisation, d’autres choisirent la solution radicale de nous présenter une humanité totalement annihilée avec un seul et unique représentant de l’espèce humaine comme témoin de notre passage sur terre. Ce qu’il y a de remarquable dans cette thématique c’est que pratiquement tous les auteurs qui choisirent cette hypothèse n’expliquent que rarement les causes de la disparition totale de l’humanité. Un jour un homme se réveille et constate avec stupéfaction qu’il est le dernier homme sur la terre….c’est aussi simple que ça ! D’ailleurs c’est assez amusant qu’il soit toujours, où presque, de sexe masculin, même si comme il sera de coutume dans une grande majorité des textes, de la découverte tardive d’une femme : après tout il faut bien repeupler la terre !

Il faut remonter en 1805 pour que nous soit présenté le premier roman du genre avec Jean Baptiste Cousin De Grainville et son « Le dernier homme » Dans ce roman  qui met en scène Omegare, on assiste  aux affres du dernier survivant de l’humanité sur une terre stérile et mourante. Moins connu du public, c’est à Mary Shelley inoubliable créatrice du monstre de Frankenstein que nous devons un autre roman mettant en avant les aventures du dernier homme sur la terre. Certes dans « Le dernier homme » (« The last man ») réédité en 1988 par les éditions du Rocher,  le texte est parfois un peu verbeux et ampoulé mais il posséde une sensibilité toute romantique et, longtemps inédit en France, nous présente une vision toute particulière d’une terre ravagée par une fléau impitoyable : La peste. Par la suite le roman de Grainville sera « plagié » par Elise Gagne, femme de lettre Française,  qui avec son « Omegar ou le dernier homme, proso- poésie dramatique de la fin des temps en douze chants » (Didier & Cie libraire éditeurs, 1859) nous dresse le tableau d’une terre dévastée où toute trace de vie vient de disparaître. Un fameux personnage que cet « Omegar » puisque le grand Camille Flammarion va également s’en servir comme personnage principal dans la seconde partie de son fameux « La fin du monde » (en volume aux éditions Flammarion 1894) et intitulée « Dans dix million d’années ».

Autre fin du monde tout aussi spectaculaire avec son seul et unique survivant désœuvré : « Le nuage pourpre » de M.P.Shiel et qui paru pour la première fois en France dans la revue « Je sais tout » (de Septembre 1911 à Janvier 1912,N° 81 à 84 superbement Illustré par M.Orazi) avant de sortir en volume aux éditions Lafitte en 1913.Le héros, Jeffson, de retour d’une expédition au pôle Nord, découvre à son retour qu’il est probablement le dernier homme sur la terre. Il va ainsi parcourir le monde, brûlant tout sur son passage. Il tombera quasiment dans la démence avant qu’il ne rencontre une survivante, l’obligeant à sortir de cet isolement forcé et de rompre ainsi avec certaines de ses habitudes…jamais tranquille même lorsque l’on pense être seul au monde ! Il est à noter que l’histoire de ce roman inspira Ronald Mac Dougall en 1959 pour réaliser son célèbre film avec Harry Belafonte « Le monde, la chair et le diable ». C’est ensuite la nouvelle que vous allez lire sur les pages de ce blog cette « La plus folle invraisemblance » qui par certains cotés me rappelle étrangement le roman de Shiel cité précédemment : même solitude du personnage qui sombre dans la folie suite à cette extermination massive de l’espèce humaine, même folie du héros face à la solitude et rencontre de celle qui va devenir « Eve » permettant ainsi un début hypothétique de repeuplement de la terre. Il existe par la suite de nombreux romans décrivant la fin de l’espèce humaine, d’une grande force et originalité comme « La mort de la terre »de Rosny Aîné où effectivement le dernier représentant « humain » va se retrouver isolé et seul monde mais finalement pour une période très courte puisqu’il sera « absorbé » par l’avancée inexorable et impitoyable des « Ferromagnétaux ». Il y a également l’ouvrage de Jean Paulin « S’il n’en reste qu’un » (Editions Self 1946) qui sous un titre assez trompeur cache en fait la survivance de toute une groupe de personne. Sans oublier « Le dernier Blanc » de Yves Gandon où cette fois seuls les hommes à la peau pigmentée seront les rescapés d’un fléau qui va frapper la terre avec une force redoutable….exit la race blanche ! Pareil pour « Le survivant » de Richard Matheson qui inspira Boris Sagal en 1971 pour son film éponyme avec le très controversé Charlton Heston. Je lui préfère personnellement la version moins connu mais plus réussie, réalisée par Sydney Salkow en 1964 « The last man on earth » avec un Vincent Price incarnant ce dernier homme avec tout le talent que nous lui connaissons. Ce film sera une nouvelle fois adapté sur grand écran en 2007 avec « Le survivant » de Francis Lawrence interprété ici par un Will Smith assez convaincant. Ici également point de dernier homme, puisque ce « dernier survivant » va découvrir tardivement toute une communauté d’individus ayant échappée au mal redoutable frappant la terre.

Il faudra de nouveau attendre 1977 et le roman de Victor Hàtar qui avec son « Archie Dumbarton » nous présente un texte sarcastique noir et plein d’humour sur les exploits du dernier homme qui un beau matin se réveille et constate avec stupéfaction qu’il est seul au monde….ou presque. Un roman totalement délirant. Une petite mention spéciale également pour l’ouvrage de Cormac Mac Carthy « The road » qui certes ne parle pas du dernier homme sur la terre mais qui narre avec force dans une écriture très rapide et percutante, la tentative de survie d’un des derniers survivants de l’espèce humaine, face à une nature hostile et de quelques survivants retournés à la barbarie. Une sorte de Road-movie post apocalyptique mis en scène avec brio par un John Hillcoat très inspiré et un Viggo Mortensen d’une incroyable crédibilité. A noter pour la petite histoire qu’il existe également un film intitulé « The last women on earth », après tout il est utile de respecter la parité homme/femme, et un tout aussi délirant « The last chihuahua on earth »….

Terminons par ce récit bref de Frédric Brown et intitulé « Un coup à la porte » :

« Le dernier homme sur la terre était assis tout seul dans une pièce. Il y eut un coup à la porte…. »

Sur ce, je vous laisse apprécier la nouvelle qui va suivre qui est en quelque sorte une version condensée du roman de Shiel « Le nuage pourpre », roman dont j’ai utilisé les magnifiques illustrations de Orazi réalisée pour la parution du roman dans la revue « Je sais tout » et qui d’une certaine manière, retranscrit magnifiquement le texte de R.A.Fleury

 

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« La plus folle invraisemblance » Nouvelle de R.A.Fleury paru dans le numéro de « Les marges » N° 162 au mois de Décembre 1927.

 

Le 13 juillet 2027, je constatai, non sans quelques stupeurs, que tous les parisiens avaient succombé dans la nuit. Un cyclone invisible et silencieux avait passé. Les rues et les places étaient semées,les maisons étaient truffées de cadavres. Les cafés et les théâtres étaient des cimetières qui montraient leurs morts et les inondaient de clartés. Je faillis devenir fou. Seule l’exagération de l’horreur me préserva de la démence. Les jours suivants j’explorai, tant à pied qu’en auto, la ban­lieue, puis l’île de France, la Beauce, le Berry, la Champagne. Partout même inénarrable hécatombe, même effrayant charnier. L’homme n’était-il donc- plus ?

Deux, mois après j’avais la certitude d’être absolument seul sur la terre .Dans les véhicules merveilleusement rapides et dociles du XXI ème siècle (à la fois auto et avions) j’avais parcouru le monde et nulle part je n’avais rencontré la vie ou le signe de la vie. Aux éviden­ces s’ajoutaient les preuves indirectes. Les bateaux stoppaient au milieu des océans, ou dans les ports .Les trains étaient arrêtés en pleine campa­gne, écrasés et renversés. Et les paillotes africaines,les huttes des es­quimaux,les tentes des kirghiz,les gratte- ciel de New York, étaient de navrants et irréfutables, sépulcres .Tour à tour me bouchant le nez et res­pirant des, antiseptiques j’allais dans le massacre et l ‘ épouvantement.

Par moments, au cours de mes investigations plutoniennes me venait l’étrange souhait qu’en effet toute l’espèce adamique fût anéan­tie. Je le désirais pour l’effrayante « beauté du fait » j’avais soif de cet affreux et colossal miracle. Mais la peur de la solitude et de l’héré­ditaire sympathie chassait bientôt ce voeu satanique sorti des profon­deurs de l’instinctive perversité.

Hélas, nul doute ne me restait plus. J’étais bien l’unique propriétaire de la planète. Certes rien n’allait me manquer. Tout s’offrait à foison:Les noix de coco,les bananes,les dattes,les légumes,les blés,les poissons,le gibier,les troupeaux. Je ne pouvais redouter la famine,et j’a­vais tout l’or tout l’argent toutes les pierreries, tous les jardins,tous les palais. J’étais éperdument riche et désespéré.

Je songeai au suicide. Ce fut une longue obsession. L’esseulement infini m’hallucinait. Ne jamais revoir une face vivante, réentendre une voix vivante! J’étais l ‘abandonné. J’étais celui du jour vide et de la nuit déserte. Plus d’entretiens, plus de concerts,plus de succès littérai­res ou mondains, de controverses, de luttes, de haines ni d’amours. Nous vivons par les autres autant que par nous-mêmes. Tous les autres étaient morts. N’étais-je pas mort aussi ?

Puis vint une réaction puissante. Je me rattachai à la vie d’autant plus âprement que j’étais entouré de plus de mort. Je devais de­meurer la seule feuille de l’arbre. Je ne voulais pas tomber avant mon heu­re. Je réfléchis : En somme Robinson croyait bien « Robinsonner » jusqu’au dernier souffle. Un prisonnier perpétuel qui ne voit même pas son geôlier et va et vient du cachot au préau tient pourtant à durer. J’étais, moi, le robinson et le prisonnier non d’une île ou d’un Mazas, mais de la terre entière. Le passé de la race humaine et la nature m’appartenait. Au milieu du désastre sans nom j’eus une lueur de joie, j’allais pouvoir pleinement satisfaire mes deux passions maîtresses: l’art et les livres,les paysages et les voyages. Sans doute il était atroce d’avoir perdu, et comment, tous mes amis, dont quelques-uns si chers, une maîtresse curieusement savourée et (j’étais orphelin) quelques parents lointains. Il était atroce de courir autour du soleil, emporté par mon astre natal, avec quinze cent milli­ons de charognes, avec toute l’humanité pourrissante. Je sentais en mon âme la plaie béante et brûlante de l’éblouissement, de la douleur et du re­gret. Mais enfin les animaux n’avaient pas disparu. Je trouverais chez eux des compagnons plus .sûrs que les hommes. Et je disposais souverainement des musées et des bibliothèques .Et tous les sites étaient à moi. Et comme l’ex­périence était attirante! Comme ma solitude pouvait être agréable et fruc­tueuse ! J’étais un ermite, mais l’ermite d’un Thélème aux ressources inépuisable et non celui d’une Thébaïde desséchée. Autour de moi pullulaient les trésors et pour en jouir il ne me fallait aucun travail vénal. Gratuité universelle. Je décidai -de continuer à vivre.

Et je vécus. Après avoir fait dans l’île de Cézembre, en face de Saint-malo,une retraite sanitaire d’un an, pour permettre aux hyènes,aux corbeaux, aux vautours, aux helminthes, au soleil et au gel de purifier l’univers, je me mis à mener l’existence de mes voeux. Je passai mes hivers à Constantinople, mes étés en norvège. Quand l’envie m’en prenait de revoir Vélasquez, Rembrandt ou Titien, une auto (j’en avais des armées) me trans­portait, toutes frontières abolies, toutes douanes absentes, à Madrid, en Hollande, à Venise. A Londres, à Paris, à Berlin, à Boston, je fus le bénédictin jamais dérangé des bibliothèques précieuses. Je lus les Védas dans leurs textes, dans le texte Héraclite et Plotin. J’appris le sanscrit, je réappris le grec. Mon érudition se développa prodigieusement. Je connus l’i­vresse du labeur intellectuel accompli pour lui-même, de la recherche désin­téressée .Nul jamais ne saurait mes efforts et je les faisais comme s’ils eussent dû me valoir les plus grands triomphes.

Entre deux « saisons d’art » ou de sciences j’allais me retremper et réjouir mes yeux aux Pyrénées, au Caucase, à la baie d’Along, au lac Tchad .Puis, pour occuper mon éternel loisir je fouillais les vies privées, non d’ailleurs, malgré mon droit évident et l’impunité certaine, sans quelques sentiments de honte secrètes. Je forçai les tiroirs des plus délicats cabinets en bois des îles, des plus solides bureaux de chêne et d’acajou, plein. Je me plongeai dans les lettres clandestines, dans les mémoires occultes, dans les confidences grosses de déshonneur et de calamités. Je devins polyglotte ac­compli et psychologue raffiné. Je découvris en tous pays des fourmillements d’adultères, de fraudes, d’escroqueries et de crimes. J’en vins à me demander s’il était tellement déplorable que ma race eut péri toute entière.

Comment avait-elle péri? Dès la catastrophe je m’étais posé la question. Les habitants de Mars ou de Vénus avaient-ils lancé sur nous des fluides terribles qui n’avaient épargné que moi?  Une comète avait-elle asphyx­ié tous les hommes, sauf un réfractaire, moi? Le magnétisme, le dynamisme vital avait-il brusquement quitté tous les vivants, sauf un seul, moi? Et pourquoi avais-je été sauvé? Et pourquoi sauvé les animaux? Je bâtissais mille hypothèses. Aucune ne me contentait et le fait restait, le fait implacable et inexpliqué.

Parfois je pensais: La puissance qui a tué n’achèvera-t-elle pas son oeuvre ? Ne vais-je pas moi aussi être soudainement supprimé ? Et j’avais peur car j’avais fini par tenir à la vie plus peut-être qu’au temps ou j’étais un homme parmi les hommes. On est vraiment jaloux de ce qu’on est seul à pos­séder. Mais ma peur était vaine. Les jours mourants tombaient sur les jours morts et je m’endormais chaque soir, je m’éveillais chaque matin dans la même paix que naguère, comme un honnête bourgeois d’Orléans, de Tours ou de Vendô­me. Quand je ne voyageais pas ma vie était très simple.

En somme j’étais exempt de tout soucis. Les plus élégantes confec­tions, prélevées dans les belles jardinières de l’Europe entière, m’habillai­ent. Mes magasins renfermaient des monceaux de céréales et de farine, d’énormes quantités de jambons et de conserves. Dans mes écuries et mes étables j’avais rassemblé des chevaux, des moutons, des boeufs, des vaches triés parmi ceux que j’avais retrouvés fidèles à leurs fermes et à leurs pâturages. J’avais du lait, de la viande fraîche. J’obtenais de mon jardin d’excellents légumes. Mon installation des environs de Compiègne était d’une tenue exemplaire. Je lui donnais tous mes soins qu’elle me rendait en joies agrestes, pacifiques et salubres.

J’avais plusieurs chiens, chats et perroquet .J’avais des paons plus beaux que ceux des rois de Perse ! J’avais des biches privées et une garde seigneuriale de six éléphants recueillis dans les écuries d’un prince indien au milieu de leurs gardiens morts. Flairant, eut-on dit, l’indescriptible catastrophe, ils m’avaient reçu en sauveur et suivi au premier signal. Oh le splendide voyage que je fis avec eux de Bénarès à Paris. Je les revois toujours traversant le Bosphore à la nage, comme de monstrueux dauphins et défilant avec moi, triomphateurs solennels, dans une Byzance à jamais éteinte. C’est d’eux que me vint une curieuse association d’idée.Il me parut à la fois juste et plaisant de prendre le costume hindou, puisque mes pachydermes étaient des bêtes hindoues et je ne crus pouvoir mieux faire que de me déguiser en em­pereur des Indes. Un jour je volai jusqu’à Buckingham palace et dans la gar­de-robe du feu roi d’Angleterre je trouvai sans peine le vêtement -requis.

Il était somptueux à souhait. De retour chez moi je l’endossai et juché sur un de mes éléphants je me promenait gravement par mes terres, comme un monarque absolu que j ‘étais.Dans la suite, paré du même costume éblouissant et chaussé de sabots, je donnais le grain aux volailles. C’était une compo­sition philosophique. Et mes chers éléphants me défendirent à plusieurs re­prises contre les loups et les ours qui, n’étant plus décimés, se reprodui­saient en abondance et se croyaient maîtres du monde. A l’ordinaire ils por­taient des fardeaux, arrosaient mes laitues, me servaient à table et lais­saient lire dans leurs yeux la plus touchante fidélité. Vingt-deux ans s’é­coulèrent. Je n’étais pas devenu muet, car je parlais à mes animaux et j’a­vais pris, la volontaire coutume de m’entretenir avec moi-même. Bien souvent je m’étais retourné brusquement, croyant qu’une voix humaine répondait à la mienne. Bien souvent j’avais cru- voir une forme humaine surgir devant moi. Illusions, et mirages. Nul être humain n’avait brisé la virginité de ma soli­tude.

Depuis longtemps les derniers ossements des hommes s’étaient mêlés à l’humus des champs engraissés de cadavres ou avaient disparu dans les fo­rets épaisses qui avaient envahi les villes délaissées. Je ne me repentais pas d’avoir vécu. Je m’étais instruit, j’avais médité. J’étais même contraint de m’avouer que mon unicité ne m’avait pas trop fait souffrir. Parfois je songeais encore à l’immensité formidable du cataclysme qui avait aboli ma race. Mais cette idée ne me donnait plus le frisson de peur surnaturelle que je ressentais dans les premiers temps .L’habitude était venue. Souvent encore il m’arrivait de regretter ma vie de parisien délicat, mes amis, le rire aigu et provoquant des femmes. Mais c’était un regret en estompe et très sup­portable .La solitude, la privation de nombreux plaisirs, la chasteté ne me pesaient plus. Je crois, que la résurrection subite de l’humanité m’eut sin­gulièrement gêné. Il eût fallu renoncer à ma liberté plénière, à mes aises illimitées, me plier de nouveau aux obligations, aux convenances, aux lois m’asservir, m’élaguer, me restreindre. Non, je ne souhaitais pas redevenir un être social et mon monachisme, mon indépendance, ma souveraineté ne fai­saient qu’un avec le plus intime de moi-même. J’en étais arrivé à les priser tant que la pensée de me retrouver face à face avec un seul de mes sembla­bles me donnait maintenant de l’aigreur. Je me perdais toujours en conjec­tures sur la cause du grand trépas; je ne demandais toujours par quels mys­tères j’en avais été seul excepté. Mais c’était là une curiosité purement in­tellectuelle, un simple exercice spéculatif. Je n’étais pas heureux peut-être. J’étais, loin d’être malheureux. Je ne voyageais plus guère. Je devenais casa­nier. Je cultivais mon jardin. Je lisais- et réfléchissais. C’était la cinquan­taine et j’attendais la mort dans le contentement du sage.

Un soir d’été devant ma porte goûtant la douceur pacifique des pre­mières ténèbres, je rêvais. Je fumais un havane irréprochable et, caressant mes chiens, je lançais à. mes éléphants couchés non loin des appels amicaux. La lune glaçait d’argent la futaie voisine et blêmissait la route blanche. Tout à coup quelque chose qui marchait apparut. Cela remuait deux jambes et ressemblait à un être humain aux vêtements flottants. Je fus si surpris que j’eus presque peur .Un singe ne m’eut pas- effrayé .Mais un individu de mon es­pèce prenait pour moi l’aspect d’un revenant. Je pensai me cacher. Je n’en eus pas le temps. La femme m’avait vu et courait vers moi. Découvert je n’osai fuir. L’Adam et l’Eve suprêmes se rencontraient.

Tels Deucalion et Pyrrha, nous avons repeuplé la terre. La seconde mère du genre humain avait trente-huit ans. Elle était la fille d’un arma­teur Suédois. Ni laide,ni jolie,elle avait la robustesse et la douceur. Nos enfants en qui s’unissaient nos sangs germaniques et celto latin naqui­rent bien portants, et forts .Nous eûmes en sept années deux garçons et qua­tre filles qu’il fallut bien marier entre eux. Pour ma part je me demandais

s’il était vraiment nécessaire de rendre aux animaux et aux végétaux leur insatiable tyran, s’il était vraiment nécessaire de tirer de son sommeil la race de vice, de ruse et de cruauté. Sans doute, me disais-je, il est no­ble de rappeler l’existence de la mathématique pure et le poème lyrique, la fresque et le bas-relief, la volupté, l’amour et les divines douleurs. Mais les fils que je Vais engendrer et les fils de leurs fils seront fatalement comme leurs aïeux, méchants, lâches et fétides. Et je voyais se dérou­ler d’immenses tableaux d’horreur sanglante et de marécageuses ignominies. Pareil au passé, l’avenir humain s’avérait une boue monstrueuse ou brillait de vaines paillettes d’or. Fallait-il payer ces quelques lueurs de tout ce cloaque ?…Tel je raisonnais et doutais, mais la femme était un pur instinct une sourde et puissante volonté de vie. Elle ne consentit pas â tricher et fière, incroyablement fière, d’être la source unique d’un nouveau fleuve immonde et superbe, elle se reproduisit avec délices.

La paternité me donna d’ailleurs des joies insoupçonnées. Je fus un père très, tendre. Je suis un grand-père attendri. Aujourd’hui- j’ai quatre vingt ans et je règne en patriarche sur une tribu déjà nombreuse et floris­sante. Chacune de mes filles est devenues mère à son tour et j’ai seize pe­tits enfants. Nous sommes bien surs d’être les seuls habitants du globe, car nous avons refait, plus minutieuse encore, l’exploration à laquelle je m’é­tais livré an lendemain du « déluge » et nous n’avons rencontré âme qui vi­ve. L’humanité nouvelle, d’origine exclusivement aryenne, n’a donc pas à craindre les alliages impurs. Elle est et restera formée du mélange des plus no­bles races. Ceci me console un peu de l’avoir procréé et ce qui non seulement me console mais m’enorgueillit. c’est que j’ai pu conter cent fois à un pu­blic émerveillé mon invraisemblable aventure et celle de ma femme,analogue à la mienne- c’est que, de cette aventure vertigineuse, l’histoire et la lé­gende se transmettront sans fin, engendrant tout un cycle esthétique, aux générations de ma postérité.

R.A.Fleury

 

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« Archie Dumbarton » de Victor Hatàr Ou Le Dernier Homme Sur La Terre

Posté par merveilleuxscientifiqueunblogfr le 30 août 2012

 

Avant de vous présenter une nouvelle où il sera question de cette thématique, une fois n’est pas coutume voici un roman « récent » mais dont l’originalité ne pourra que ravir les amateurs de littérature décalée et jouissive. Drôle, grinçant, sarcastique, un roman dont le propos ne devrait pas vous laisser indifférent. Un texte très peu connu et qu’il était indispensable de faire connaître à celles et ceux qui en ignoraient l’existence.

« Archie Dumbarton, une histoire criminelle » de Victor Hatàr.Editions Denoël « Les lettres Nouvelles » .1977. Traduit du Hongrois

 

« Archie Dumbarton, représentant de commerce et brico­leur qualifié, se réveille un matin dans sa villa londonienne et constate successivement une panne d’électricité, la mort de sa femme, la mort de ses deux enfants. Il sort et, dans les rues, ne rencontre que des cadavres. Seul rescapé, désor­mais, d’un brutal et énigmatique cataclysme, Archie commence par piller avec entrain tous les magasins de la ville. Mais rapidement sa solitude de survivant lui devient insupporta­ble, en dépit des inventions que lui suggère son génie du bricolage. Sa dernière trouvaille : organiser lui-même sa propre crucifixion — peut-être a-t-il une chance de sauver ainsi l’humanité apparemment anéantie… »

Roman de science-fiction ou conte métaphysique ? L’un et l’autre sans doute, et un brillant exercice d’humour, où l’on retrouve l’invention verbale et la fantaisie d’un écrivain hongrois parmi les plus originaux de son temps.

 

Sur L’auteur

 Né en 1914, Victor Hatâr fait à Budapest des études d’archi­tecte. Il fait de la prison sous le régime fasciste (en 1943) Puis sous le régime communiste (en 1950) et, du fait de la censure, accumules manuscrits impubliés. Après le soulèvement d’octobre 1956, il s’exile à Londres où il vit et publie aujourd’hui. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages : romans, essais, poèmes et satires.

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